Faut de tout pour faire un monde, conception et mise en scène de Marc Etc.

Festival d’Aurillac (suite et fin)

 

Faut de tout pour faire un monde, par la compagnie Ici Même, conception et mise en scène de Marc Etc. 

On a tendance à reprocher au théâtre de rue la faiblesse de ses dramaturgies. Mais ce spectacle est à la fois inclassable et étrange, et pour certains, irritant. Les acteurs répartissent le public en plusieurs groupes. Chaque groupe  muni d’un bracelet de couleur différent, fera un circuit particulier. Donc, à la fin, l’ensemble du public n’aura pas vu la même chose.. Toutes les salles de classe du lycée Saint- Géraud sont investies et transformées. Un travail titanesque.

© T. Moreau

© T. Moreau

En 2101, les conditions de vie sur Terre se sont considérablement dégradées. Certains s’exilent dans l’espace ou y envoient du patrimoine génétique et d’autres se réfugient dans des oasis artificielles. Avec les progrès de la physique, on sait voyager dans le temps. Des sociétés telles que REVEЯ by Dupont-White  commercialisent des «reversions» à sens unique dans des périodes historiques, perçues comme stables et hospitalières.
Un acteur nous explique le procédé spécial qui doit nous permettre d’aller dans un passé lointain pour comprendre le monde actuel. Ainsi cette déambulation en deux heures commence dans un château médiéval où une noble se fait servir par de nombreux domestiques…Nous ne savons pas trop à qui nous avons pas trop affaire, sans doute à une famille de riches possédants genre Liliane Bettencourt. Puis nous voici transportés dans une chambre à coucher où deux hommes, qui reviennent d’une partie de tennis, manifestent clairement leur homosexualité. Ils  discutent  et  nous comprenons qu’ils vendent et rachètent de grosses sociétés. Ils sont à la fois d’une grande vulgarité et d’une distinction sociale évidente. Voilà, nous sommes aujourd’hui dans le monde très fermé des dirigeants du CAC 40.

Le voyage continue et le passé alterne avec le présent. Un puzzle énigmatique mais ces dirigeants semblent incriminés dans le dérèglement climatique… Un expert fait une conférence où il explique que le seul moyen de nous en sortir, ce ne serait plus le déplacement des hommes sur la planète mais celui des territoires. On pourrait ainsi retrouver le Togo en face de l’Alsace.  Nous sommes dans les prédictions de Jules Verne, mais qui peut prétendre  que cela ne sera pas vrai un jour ?  Le spectacle se termine dans la cour du lycée par une superbe image : une photo des maîtres et de leurs domestiques.  Ce Rever a à la fois du style, du savoir-faire et de l’ambition. « C’’est la seconde fois que je viens, me dit un spectateur,  la première, je n’avais pas supporté, mais aujourd’hui, j’adore. »  Faut de tout pour faire un monde chemine à l’intérieur des esprits et nous interpelle sur la grave responsabilité des grosses boîtes exploitant des énergies fossiles…
Faudra-t-il demander à  Olivier Neveux, spécialiste de théâtre contemporain, si ce spectacle peut être tamponné politique, ou non ? Il a en tout cas le mérite de nous déstabiliser et de nous emmener loin des formes habituelles du spectacle…

Edith Rappoport 

Spectacle vu au lycée Saint-Géraud, le 20 août.

 

 

 

 

 


Archive pour août, 2022

Molière 3.0 : Les Fâcheux et Dom Juan

Molière 3.0 :

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Cette manifestation a eu lieu du 25 au 28 août, à l’occasion des quatre cent ans de la naissance de Molière, en partenariat avec les institutions culturelles de Pau. Molière 3.0 a rassemblé artistes, spécialistes et public autour des principes fondateurs du futur centre de  de création et recherche théâtrale qui sera consacré au répertoire français des XVII ème XVIII ème et XIX ème siècles.  Initié par la Ville de Pau et le metteur en scène Eric Vigner.

Il y a eu plusieurs conférences et débats sur l’œuvre de Molière et ont été  présentés: dans la Cour d’honneur du château de Pau, Les Fâcheux.  Mais aussi Le Malade imaginaire ou le silence de Molière dans la Salle des cent couverts. Dom Juan A4, d’après Molière, a été joué au Théâtre Saint-Louis. Et des films consacrés au travail de répétition et des captations de pièces ont été projetés à la médiathèque André Labarrère.

Les Fâcheux de Molière, mise en scène d’Hélène Babu

 Pour une grande fête en l’honneur du Roi, Molière écrivit cette comédie-ballet en trois actes en 1661, qui a été créée dans le parc du château de Vaux-le-Vicomte. Cette petite pièce d’une heure avait été commandée par Nicolas Fouquet, surintendant des finances pour les divertissements de Louis XIV, et propriétaire du château.

© J.L. Fernandez

© J.L. Fernandez

Ici, cela se passe dans la très belle cour du château d’Henri IV où il est né en 1553. Construit du XII ème au XIX ème siècle et classé monument historique, il est consacré à la mémoire du roi de France et de Navarre. Le spectacle a eu lieu à 18h 30 donc à la lumière du jour devant la façade et la metteuse en scène a fait habilement jouer les acteurs à la fois dehors et dans les chambres du premier étage.

Les Fâcheux, malgré une belle écriture, est une œuvre  bien mince avec des des esquisses de personnages. Très rarement jouée, elle a pour thème les ennuis d’Éraste qui est amoureux de la belle Orphise. Damis, son tuteur,  veut en effet la marier à un autre jeune homme…Éraste doit se rendre à un rendez-vous avec Orphise quand  des fâcheux vont venir l’importuner… Alcidor reste silencieux mais Lysandre veut absolument présenter à Éraste sa composition musicale pour une nouvelle danse : la courante sur un air de Lully. Alcandre lui, vient demander à Éraste de l’assister dans un duel.
Alcipe, un joueur de piquet -un ancêtre de la belote- tient à lui raconter pourquoi et comment il a perdu. Orante et Clymène demandent à Éraste de les départager quant aux qualités que doit avoir un bon amant. Dorante  lui, tient à relater sa partie de chasse à courre qui a été gâchée. Caritidès demande à Éraste de porter au roi une requête pour obtenir une charge de contrôleur de l’orthographe. Et Ormin, un économiste réputé, a aussi une requête pour le Roi : le soutenir pour un projet de taxes portuaires sur les côtes françaises. Quant à  Philinte, le grand ami d’Eraste, il veut l’accompagner partout afin de lui éviter une mésaventure! L’affaire se complique : Damis a appris qu’Éraste va aller voir Orphise chez elle et il veut le faire tuer mais est attaqué par les valets d’Éraste qui le défendra. Eraste obtiendra  ainsi en remerciement la main d’Orphise…

Le spectacle qui n’est pas récent (2016), est honnêtement réalisé, même si parfois les alexandrins de Molière ne sont pas exacts. Hélène Babu, Agathe Dronne, Nicolas Martin, Thibault de Montalembert, Océane Mozas, Xavier de Guillebon et François Loriquet font le boulot… Mais l’ensemble a quelque chose d’appliqué et manque singulièrement de vie. « La pièce, dit justement la metteuse en scène a des allures de cauchemar c’est un aspect que j’ai choisi de développer afin de permettre aux acteurs de construire des personnages plus fous. ( …) Chaque nouvel arrivant semble jaillir du cerveau d’Éraste. Des personnages différents seront joués par les même acteurs afin d’accentuer la déformation qu’il y a dans les rêves. » Désolé mais mais tout cela n’apparait pas dans cette mise en scène trop sage et où il manque la vraie folie qui s’empare des personnages.
Même si Océane Mozas et Thibaut de Montalembert dans les rôles principaux sont convaincants et si la façade du château est un beau décor dont les acteurs se servent au mieux. Il y a, entre chaque acte, des petits ballets assez dérisoires qu’il vaut mieux oublier.. Loin «de ne faire qu’une seule chose du ballet et de la comédie » comme le voulait l’auteur. Les Palois et la magnifique façade en pierre du château méritaient mieux que cette mise en scène approximative…

Nous n’avons pu voir Le Malade imaginaire ou Le Silence de Molière, d’après Le Malade imaginaire de Molière et Il Silenzio di Molière de Giovanni Macchia, une reprise de la mise en scène et de l’adaptation d’Arthur Nauzyciel. Mais ce spectacle sera repris au Théâtre National de Bretagne et nous vous en rendrons compte.

Dom Juan A4, d’après Molière, adaptation et mise en scène d’Eric Vigner. 

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Molière écrit Dom Juan ou Le Festin de pierre en 1664. Il vient de créer Tartuffe mais subit à nouveau de virulentes attaques d’une partie de la Courqui l’accuse de ne pas respecter la religion catholique et de faire preuve d’athéisme et d’immoralité, quand il prône une vie sans entraves et une liberté sexuelle qui lui conviennent parfaitement. Ses ennemis faisaient semblant d’oublier que le grand dramaturge en fait, avait de nombreux exemples autour de lui chez les nobles… Ainsi comme le rappelle Maurice Rat dans l’édition de la Pléiade, Henri de Lorraine avait trois femmes et de nombreuses amantes, le Grand Condé et l’abbé mais aussi médecin, Berthelot, voulaient brûler un morceau de la vraie croix, le marquis de Manicamp avait appris à louis XIV enfant, à blasphémer, le duc de Nevers, lui, faisait baptiser un cochon et Madame Deshoulières, un petit chien mais pas sa fille…

 Le thème des aventures de Dom Juan avait déjà été exploité par d’autres écrivains français après l’Espagnol Tirso de Molina. Molière écrivit Dom Juan en quinze jours mais la pièce connut un beau succès. Malgré la protection dont lui témoignait Louis XIV, la pièce fut interdite de représentation et Molière jugea plus sage de renoncer à l’imprimer… Il s’agit ici, non d’une adaptation mais, dit Eric Vigner, d’une traversée de la célèbre pièce. Cela se passe à Pau dans le beau théâtre Saint-Louis à l’italienne. Nous entrons par une porte de service puis suivons un long couloir pour arriver sur le plateau nu. Nous allons assister à la représentation mais sur la scène où ont été disposés des sièges pour quelques quatre-vingt spectateurs. Pas nouveau mais efficace pour ceux qui ne l’ont jamais expérimenté. Face à un rideau qui va se lever sur la salle de ce théâtre à l’italienne aux murs bleu pâle et aux fauteuils en velours rouge où s’est échoué le grand lustre. Une superbe image comme on en voit rarement. Les acteurs joueront sur la scène éclairée par une rampe-guirlande puis par une autre, dans une grande proximité avec le public. Puis, ils diront le texte dans les rangs du parterre ou par les portes d’accès au premier ou au deuxième balcon.

Cela commence avec la célèbre déclaration de Sganarelle sur le tabac, avec Jules Sagot, un jeune acteur absolument remarquable qui a souvent travaillé avec Eric Vigner.Enfin un Dom Juan jeune ce qui n’est pas si fréquent. Très crédible malgré un costume deux pièces bleu pâle, vraiment laid, il incarne avec toute la fougue de la jeunesse, son attirance pour une vie sexuelle loin de toute entrave et son aversion pour la religion catholique. Avec tous les risques que cela comporte à l’époque et chez Molière, il mourra foudroyé. L’Église de France en effet ne badinait pas avec la morale et le respect absolu de la religion: juste un siècle plus tard, en 1766, le jeune chevalier de la Barre de vingt-et un an fut condamné à mort pour blasphème et sacrilège par le tribunal d’Abbeville, puis par la Grand-Chambre du Parlement de Paris et décapité !

Ce Dom Juan, sarcastique et se réjouissant de son immoralité, a sans doute conscience que malgré sa jeunesse, il a trop tiré sur la corde, qu’il est épuisé et que ses jours sont comptés. Et ce jeune acteur renouvelle le personnage et sait remarquablement dire cette provocation assumée et en même temps la sourde inquiétude face à ce qui l’attend. Bénédicte Cerutti, non pas travestie mais en robe longue, réussit à incarner un Sganarelle, loin du personnage traditionnel. Sûrement pas l’idée du siècle mais l’actrice est comme d’habitude tout à fait remarquable et nous nous nous laissons prendre à cet admirable dialogue à l’écriture ciselée. Et que tous les acteurs reconnaissent aussitôt. Le metteur en scène Jacques Livchine avait ainsi dit à François Chaumette quelques lignes de la pièce et l’acteur, d’abord très étonné avait avait aussitôt reconnu Dom Juan ! » .
Eric Vigner avec une traversée de la pièce sait créer de belles images. Comme ce grand lustre du théâtre échoué sur les sièges rouges. A quelque pas dans une grande proximité avec le public, a lieu la fameuse entrevue où Don Juan, pas très à l’aise, rencontre Elvire, la jeune femme qu’il a séduite puis abandonnée. Mais la jeune Eva Loriquet en robe vert acide, qu’on entend mal, n’est pas très convaincante !

Particularité de cette mise en scène : une distribution avec un seul acteur et trois actrices qui joueront aussi: le Pauvre rencontré dans la forêt à qui Dom Juan fait miroiter un louis d’or à condition qu’il abjure, le Commandeur, M. Dimanche… Le père de Dom Juan sera représentée par une simple voix issue d’une trappe sur la scène que le fils refermera d’un coup sec de talon. Nombre de scène sont aussi jouées au parterre de la salle ou dans les balcons. Jutta Johanna Weiss joue en béarnais, ce Pierrot, jeune paysan amoureux de Charlotte que Dom Juan veut séduire en lui faisant miroiter tout le bonheur qu’il y a de vivre à la ville mais à une condition… Pourquoi pas?  Et les Palois visiblement comprenaient bien le texte. Un joli clin d’œil…

Côté scénographie, quelques éléments  mais peu significatifs:  une sorte de totem noir de quatre mètres de hauteur et côté cour, descendue des cintres, une grande fleur blanche proche d’une estampe japonaise. Puis un rideau de fils comme pour séparer deux mondes celui de Dom Juan sur la scène, proche de la mort et celui de ses interlocuteurs qu’il n’écoute plus. Nous avons été séduits par la grande rigueur du jeu des interprètes de Don Juan et de Sganarelle et par la grande qualité des images que propose Eric Vigner. Mais moins par la dramaturgie de cette traversée.Ce Dom Juan de poche semble plus destiné à ceux qui connaissent déjà la pièce.  Le spectacle en tout cas, se voit avec plaisir et grâce à ces  bons acteurs, il a tout pour réussir. A suivre…

 Philippe du Vignal

Spectacles vu à Pau le 26 août.

La saison du Théâtre à Pau dont la programmation a été assurée par Eric Vigner débutera en octobre prochain. T. : 05 59 27 27 08.

 

Festival Pampa 2022 / Episode I: Occupe-toi du bébé de Dennis Kelly, mise en scène de Claude Leprêtre

Festival Pampa 2022 / Episode I

Festival Pampa

© Chloé Signès

Au lieu-dit Calabre, sur les coteaux de Port-Sainte-Foy, dans la vallée de la Dordogne, a lieu la huitième édition d’un festival en plein champ. Le collectif Pampa a été créé il y a neuf ans autour de Matthieu Dessertine et Anthony Bouillonnois, tout juste sortis du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Quatorze artistes accompagnés par une chargée de production jouent la comédie, fabriquent et montent les décors, assurent la communication et la restauration des visiteurs. Et l’équipe a, d’année en année, étoffé son programme.

Depuis la naissance de Pampa, quarante spectacles ont vu le jour dans cette vaste prairie où sont montées plusieurs scènes, à l’ombre de grands arbres. Un répertoire exigeant, à la fois classique et contemporain a fédéré le public qui vient de plus en plus nombreux. Avec cette année, quelque trois mille spectateurs en dix jours. « Un record dans cette zone, baptisée la banane pauvre de la Nouvelle-Aquitaine et qui n’est pas une terre de théâtre, dit Loyse Delhomme, l’administratrice de l’équipe. Pour la première fois, les intervenants ont pu être rétribués et une cuisinière a été engagée, grâce au conventionnement « Territoire et Innovation » de la Direction des Affaires Culturelles Régionales de Nouvelle-Aquitaine un label du Ministère de la culture qui, selon son site : «  Couronne un remarquable travail dans des zones éloignées de l’offre culturelle en faisant preuve d’imagination et de talent, mais aussi d’audace et d’entêtement .» 
Et cette jeune équipe enthousiaste après trois semaines de travail, propose une palette variée, allant de Sophocle à Tchekhov et Dennis Kelly. Mais aussi avec une création jeune public et deux spectacles invités : Guten Tag Madame Merkel et Je m’en vais mais l’Etat demeure. Encouragé par son succès, l’accueil favorable de la municipalité et de ses habitants, le collectif Pampa envisage une implantation à l’année dans un lieu de la ville, pour irriguer les territoires d’alentour, voire d’autres régions, éloignés des offres culturelles et en particulier du théâtre. Les acteurs, tous engagés dans d’autres créations pendant l’année, se réunissent dès l’hiver pour construire le programme. Et certains mènent des ateliers-théâtre dans les établissements scolaires de Sainte-Foy et auprès d’associations comme un groupe de lecteurs en lien avec la librairie La Colline à Bergerac (Dordogne). Grâce à un président très actif sur les fronts culturels de la cité, Pampa a réussi à mobiliser des bénévoles pour renforcer son développement local. A suivre…

Occupe-toi du bébé de Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine et Pauline Sales, mise en scène de Claude Leprêtre, par le collectif Pampa

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Marion Noone © Chloé Signès

Le dramaturge britannique enquête sur un fait divers. Donna, jugée pour double infanticide, mise en prison puis relaxée, répond à ses questions devant nous. Les témoins se souviennent. Comme cette mère candidate aux élections locales ou M. Millard, psychiatre, qui a identifié un syndrome Leeman-Ketley selon lequel des femmes en arrivent à tuer à cause d’une trop forte empathie avec les misères du monde… Martin, le mari de Donna, lui, ne veut pas répondre et dénonce cette curiosité, exploitée par les tabloïds, ici représentés par un journaliste véreux. Donna, elle, traverse, fantomatique, les épisodes de sa vie, sans avoir conscience d’être livrée en pâture au public.
Coupable ou pas ? Là, n’est pas la question. L’auteur pose ici le problème question de l’impossible objectivité des témoignages et de l’appétit des médias pour les faits divers. Dennis Kelly entretient l’ambiguïté : les situations sont réalistes et nous nous laissons prendre à cette fiction en forme de documentaire.

« Ce qui suit a été retranscrit mot pour mot à partir d’entretiens et de correspondances. Rien n’a été ajouté et les mots utilisés sont ceux employés même si certaines coupes ont pu être faites »  avertit la première didascalie. Mais Dennis Kelly, maniant à plaisir les techniques journalistiques, a inventé cette histoire de toutes pièces, même s’il s’inspire de plusieurs infanticides qui alimentèrent la chronique en Angleterre. «Le théâtre documentaire y était très répandu, dit-il. Je voulais écrire une pièce de ce genre, un texte « verbatim » mais les personnages n’existent pas.» De fait, la fiction pointe, dans les séquences dialoguées qui ponctuent les monologues, où sont développées les relations entre Donna et sa mère, ou les magouilles électorales de celle-ci.

 Claude Leprêtre qui a réalisé une mise en scène très fluide, fait confiance au texte très bien traduit et où  des anglicismes enracinent l’action outre-Manche. On pense aux films de Ken Loach. Manon Noone impose une Donna émouvante, livrant au rythme de la partition française, une vérité opaque face aux affirmations des uns et des autres, y compris son mari qui finira par accepter de parler. Ses partenaires campent des personnages-types, imaginés par l’auteur, certains au bord de la caricature comme le psychiatre pontifiant (Léon Bertolini) ou le journaliste de tabloïd (Anthony Bouillonnois). La mère ( Manon Lambert) est une figure plus complexe cette politicienne retorse, séductrice et manipulatrice, écrase sa fille et se sert de sa cause comme tremplin pour sa campagne électorale, qu’elle mène flanquée de son âme damnée, obséquieuse à souhait (Florent Hu). Léonard Bourgeois-Tacquet joue un mari écorché vif et accompagne la troupe au piano.

 A l’heure où les réseaux sociaux mettent en spectacle nos vies intimes et donnent à tout un chacun la capacité de juger autrui sans autre forme de procès, Dennis Kelly interroge l’objectivité de l’opinion publique et la pertinence des médias. Aucun décor mais les acteurs suffisent à brosser avec une belle économie de moyens un tableau cruel de notre société. Cette création mérite largement d’être reprise.

 Mireille Davidovici

 Spectacle joué du 19 au 27 août, 539 route de Calabre Port-Sainte-Foy et Ponchapt. T. : 06 21 78 70 31.

 

 

Festival d’Aurillac ( suite) : On veut par la compagnie Khta

Festival d’Aurillac ( suite)

 On veut par la compagnie Khta

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Un spectacle en accès libre c’est à dire gratuit sur la grande place Michel Crespin. Cet artiste décédé en 2014, fut entre autres, le créateur du festival d’Aurillac en 86 qu’il dirigea jusqu’en 93.
On veut tient de la performance puisqu’il se déroule en continu sur 84 heures. «C’est une grande liste de tout ce qu’on veut. (…)  Le spectacle s’invente à chaque fois. Jamais la même chose. Autour du feu, en rase campagne, sur un palier d’immeuble, en solo, à 4, 10 ou 30 interprètes, hurlé depuis l’horizon ou chuchoté à l’oreille, en continu, à l’aube ou au milieu de la nuit, dans la forêt ou en centre-ville… Pas un spectacle qu’on tourne, non, un spectacle qu’on continue à inventer, à créer à chaque fois en fonction des contextes, des rencontres, des enjeux qui changent, des partenaires et de nos envies communes. S’interdire seulement de refaire la même chose. « 

Nous avons vu dans la journée quelques moments de ce spectacle hors-normes puisque sans décor autre que la façade du nouveau grand complexe de cinéma en fond de scène. Avec les acteurs de la troupe Ktha de théâtre de rue bien connue qui avait imaginé une déambulation dans le centre de Paris pour quelque cinquante spectateurs sagement alignés dans un camion (voir Le Théâtre du Blog) bien connue mais aussi des amateurs ou professionnels recrutés pour l’occasion. Il peut y avoir des dizaines de spectateurs ou quelques-uns quand du mercredi midi à samedi minuit, sans que rien jamais ne s’arrête. L’intégralité du texte est publiée sur une grande affiche tout à fait étonnante.

Sur la grande place Michel Crespin, quelques plots tournant sur eux-même où, debout les interprètes s’adressent ainsi sur 360 ° à tout le public , lui aussi debout ou pour quelques-uns assis sur des chaises en plastique. Mais bien sûr, on peut repartir quand on veut. Café et boissons à disposition sous une tente blanche qui abrite aussi le plan de travail établi dur toute la durée de cette performance. Ce tableau avec des milliers de cases sur plusieurs mètres de long, est tout à fait impressionnant et rien n’y est laissé au hasard. Cela pourrait très bien être une œuvre d’art conceptuelle…

Quand nous en avons vu une partie, une pluie fine tombait sans que cela gêne en rien le spectacle. Bien entendu la liste des revendications est forcément inégale mais cette proposition, disent ses auteurs est née pendant le covid: « Elle échappe à nos habitudes de production. Mettre toute l’énergie à créer.Et se préparer à faire et refaire et refaire.Toujours différemment. » Une prise de risques dont le théâtre contemporain a aussi grand besoin pour avancer et qui mérite le respect. Le festival d’Aurillac est aussi fait pour cela et Michel Crespin aurait sans doute apprécié….

Philippe du Vignal

Spectacle présenté du 17 août à 12h , au 20 août à minuit , place Michel Crespin, Aurillac.

Festival Cergy, soit ! Cergy (Val-d’Oise): du 9 au 16 septembre, seize  solos à chaque lever et coucher du soleil dans un endroit de l’agglomération différent. Le 17 septembre, treize solos, du lever au coucher du soleil. Et le 18 septembre à 18 h, final pour huit interprètes.

 

 

 

 

Festival d’Aurillac ( suite) Héroïne par la compagnie des Art oseurs, mise en scène de Périne Faivrere

Festival d’Aurillac ( suite)
 
 Héroïne par la compagnie les Art Oseurs, mise en scène de Périne Faivre
Pendant plus d’un an, la metteuse en scène a fréquenté les salles du tribunal d’une grande ville française et a écrit un sorte de carnet de bord. Soit un patchwork de notes prises pendant les procès, paroles recueillies dans les salles d’attente, etc. Mais elle a aussi interviewé des magistrats, greffiers, avocats… Bref, tous ceux qui, au quotidien, assurent la vie -généralement mal connue- d’un Palais de Justice.
La compagnie qui a souvent joué à Aurillac est maintenant bien connue ( voir Le Théâtre du Blog). Cela se passe dans la cour d’une école à Arpajon-sur-Cère (Cantal), une commune limitrophe d’Aurillac. Pas de scène au sens strict du terme mais face public, plusieurs praticables sur roulettes, munis ou non de vitrages en plastique. Mais aussi, sur les côtés, voire derrière les bancs en bois où sont assis quelque cent cinquante spectateurs.
Un inconfort revendiqué qu’ils partageront, dit la metteuse en scène, avec ceux qui assistent à une audience. Le spectacle a aussi un côté performance : un artiste commence à peindre une vaste fresque représentant des avocats, des prévenus, etc. qui sera achevée quand le spectacle prendra fin.

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Il est dix huit-heures et il fait donc encore grand jour, le public, heureusement, n’est pas tassé et les bancs sont loin d’être pleins. Nous sommes prévenus: nous pourrons donc changer de place, sortir de la cour puis y rentrer pendant les quatre heures que va durer cette incursion dans la vie judiciaire française.
Le thème pas neuf! reste inoxydable! Et les tribunaux ont souvent quelque chose du comique mais aussi du tragique le plus absolu d’une scène théâtrale. Lequel ne s’est pas privé  d’y trouver une source d’inspiration quasi permanente, qu’ils soient correctionnels, en comparution immédiate, administratifs ou d’assises, ont aussi quelque chose de théâtral. Scénario, jeu des protagonistes et des seconds rôles ou figurants, scénographie, lumière et son, public… Tout est déjà là. Et il y a donc une vieille tradition de pièces qui ont pour thème, la justice ou qui mettent en scène un procès. Déjà chez les Euménides d’Eschyle, puis chez Aristophane et ensuite dans de nombreux textes au Moyen-Age comme La Sottie des sots triomphants qui trompent chascun, commençant par un procès avec arguments des plaignants, comparution des accusés, réquisitoire et plaidoirie de la défense. Et aussi la fameuse Farce de Maître Pathelin (XV ème siècle). Les Plaideurs où Jean Racine n’épargne pas le monde de la Justice ! Et les pièces du XIX ème siècle qui font la parodie d’un procès ne manquent pas… La Robe rouge de Brieux créée en 1900 dénonce un juge d’instruction, avide de promotion, faisant condamner un innocent pour plaire au Pouvoir. Mais le condamné sera acquitté grâce à l’honnêteté du Procureur.
Plus récemment, naquit le théâtre dit documentaire avec, entre autres, de Peter Weiss: Le Procès d’Oscar Wilde et L’affaire Dreyfus sur le procès d’Emile Zola. Et le grand Jean Vilar monta L’Instruction, une pièce de ce même auteur sur l’affaire Oppenheimer, d’après les minutes de la Commission de sécurité de l’énergie atomique (Etats-Unis). Nous avions vu aussi L’excellent Palais de Justice, un procès en correctionnelle magistralement recréé par Jean-Pierre Vincent (1981) d’après les enregistrements faits en cachette par son équipe ! Avec la grande Evelyne Didi en redoutable procureure.
L’Américain David Mamet est aussi l’auteur de Romance, un procès intenté à un homme dont on ignore le crime. Pauline Bureau ( voir Le Théâtre du Blog) a, elle, écrit et mis en scène Mon Cœur, une sorte de reconstitution du procès du laboratoire qui avait commercialisé un médicament qui était aussi un bon coupe-faim. Mais ce Médiator avait des  effets secondaires catastrophiques…Tiago Rodrigues le nouveau directeur du festival d’Avignon, a fait avec Bovary, une évocation historique du procès de Gustave Flaubert inculpé pour outrage à la morale publique.
Bref, Le théâtre contemporain est donc lui aussi riche en procès en tout genre .
Mais bien entendu, il est évidemment impossible de recréer une audition en la résumant sur le temps d’un spectacle. Il s’agit donc nécessairement d’une représentation condensée voire résumée, d’un moment de la vie d’un tribunal où il faut grossir le trait… Ce qu’avait fait Nicolas Lambert quand il avait monté Elf , la pompe Afrique ( voir Le Théâtre du Blog). La metteuse en scène n’est pas tombée dans le piège et a fait un autre choix : montrer l’image de la Justice en de courtes scènes indépendantes.

Héroïne commence par un avertissement : « Mesdames, Messieurs, je vous invite dans ce faux tribunal, aussi faux que sont vraies les histoires que je vais vous raconter.  Dans cette fausse salle d’audience, aussi fausse que sont vraies les personnes que j’ai rencontrées, dix comédiennes et comédiens, danseuses et danseurs, régisseurs, peintre et musicien sont parmi vous. Alors que je commencerai la lecture de mon journal de bord, tous les membres de la troupe vont surgir à tous moments afin de tenter quelque chose, afin… que le théâtre tente quelque chose. Cette audience va durer quatre heures, peut-être moins, peut-être plus. Comme tous les tribunaux, cette maison est la vôtre, la justice va être rendue au nom du peuple français, vous en êtes ses représentants. »

Ici sont évoquées entre autres, l’histoire d’une jeune femme qui assiste tous les jours au procès d’un homme qu’elle ne connait pas du tout, convaincue de son innocence. Mais il sera reconnu coupable. Et elle commencera à lui envoyer des lettres.. Le début d’un amour…
Il y a aussi la galère d’un émigré sans papiers qui doit lutter avec la procédure dite Dublin. « J’ai traversé la mer, dit-il, j’ai traversé la mort.. » Il sera interné dans un centre de rétention puis libéré. Le droit des étrangers, la bête noire des magistrats, dit un avocat. Et ensuite nous pourrons assister à une brève séance de formation des avocats avec les mises en garde contre des mesures prises illégalement. « La garde à vue n’est ps toujours obligatoire. « Vous pouvez exiger le démenottage. » Soit deux heures où se succèdent de petites scènes.

Puis, après un entracte de trente minutes, est jouée en comparution immédiate une affaire de proxénétisme, des histoires de vol, une dispute qui tourne mal : Brahim a  fini par casser la gueule de son voisin. Le tribunal va ensuite juger un étranger qui se prétend mineur, alors que les expertises osseuses prouveraient que non… Et seront examinés un cambriolage en bande organisée et un viol sur deux de ses belles-filles et une jeune fille de quinze ans : l’homme déclaré coupable sera condamné à dix ans de réclusion…
Et nous aurons droit à un extrait d’une séance au tribunal pour enfants pour un lancer de pierres sur les forces de l’ordre dans une manifestation. Suivra le procès d’un entrepreneur responsable d’un chantier, même s’il n’était pas présent : un ouvrier, en l’occurrence son beau-frère, a fait une chute grave à cause d’absence de garde-corps sur un échafaudage… Une vraie tragédie familiale! Bref, au travers de ces courtes scènes où les tribunaux jugent des infractions mineures mais aussi de graves délits et des crimes, c’est toute la vie d’un pays qui défile. Avec la responsabilité des délinquants mais aussi, en filigrane,  de la société toute entière.
Tout le spectacle est remarquablement joué, avec beaucoup de nuances et souvent sans différenciation de sexe dans les rôles : aucun temps mort et les acteurs changent à vue de costumes  pendus sur des cintres dans les coulisses derrière les bancs. Le public -pas très jeune mais comme partout dans le in des festivals de théâtre- suit avec attention et a longuement applaudi. C’est un spectacle intelligent où on ne s’ennuie pas mais dont la dramaturgie reste un peu faiblarde… Cette suite de petites scènes avec quelques ballets d’avocats, est très bien réalisée mais elle mériterait quelques coupes. Et ces quatre heures ne nous ont pas semblé vraiment indispensables pour arriver à donner une image de la vie judiciaire en France. Qui trop embrasse, mal étreint! Et Héroïne gagnerait beaucoup à être resserré mais c’est sans doute un des meilleurs spectacles du In d’Aurillac, cette année.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 19 août à l’école élémentaire d’Arpajon-sur-Cère (Cantal).

 

Festival d’Aurillac ( suite) Alter par la compagnie Kamchatka

Festival d’Aurillac ( suite)
Alter par la compagnie Kamchatka
Une compagnie sans nationalité puisque ses acteurs viennent de divers pays. Impossible non plus de donner le nom d’un responsable: c’est un collectif.  Il y a toujours des valises dans leurs spectacles.Déjà au festival d’Aurillac il y a déjà quelques années, ( voir Le Théâtre du Blog), ils occupaient une grande maison abandonnée avec des actions curieuses à tous les étages et  on nous lavait les pieds.

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D’abord  trente minutes en car de vingt-cinq places: destination inconnue dans une forêt montagneuse.  On distribue à certains d’entre nous des lanternes et on nous demande  de suivre une sorte de guide dans le silence plus complet. Nous marchons comme des maquisards et au loin, nous distinguons un lac mais  le soleil est couché depuis une demi-heure. Trois vedettes ici:  la nuit, la forêt et le silence qui met en valeur les regards très forts et la nuit avec des ombres croisées. Nous nous retrouvons aussi face à des corps mi-enterrés… Une métaphore pour dire l’homme que l’on va déraciner? Plus compliqué: un homme creuse dans la terre et va découvrir dans un  linge des pommes de terre chaudes que nous allons vite manger.

Nous étions vingt  mais de partout, surgissent d’autres lanternes dans un silence total traversé par un très lointain son de violon gémissant. et nous voilà soixante-dix. Une superbe guirlande électrique surgit et forme un grand cercle que nous soutenons.
Le son en fait n’était pas celui d’un violon  mais d’une boîte à musique assez bizarre comme si l’électricité était produit par une manivelle.  Un bal vient remplacer le silence. Le public disparait comme absorbés par les acteurs et il n’y plus que des danseurs souriants. Mais la musique s’arrête, et c’est de nouveau le silence. Nous voyons disparaître les lanternes dans la montagne. Une autre superbe image sur un mode très lent. C’est la fin de cet étonnant spectacle mais aucun acteur ne viendra jamais saluer…
Edith Rappoport
Spectacle  vu au festival d’Aurillac le 20 août.

Festival d’Aurillac ( suite)

Festival d’Aurillac (suite)

«S’aérer la tête, prendre une pleine bouffée d’air bien frais puis l’expirer, dit Frédéric Rémy, le directeur du festival….Expirer comme on s’exprime, et ce, même sans entrave, comme on disait… À pleins poumons, crier sur tous les toits, dire ce qui doit, dire son histoire, dire des histoires… Regarder le monde qui ne tourne pas trop rond et redire encore, on n’est pas d’accord…Refaire le monde, refaire société, refaire ensemble ce qui nous lie et ce qui nous délie aussi… (…) Reprendre le pavé, sentir la rumeur, s’en approcher, pas trop, et puis si, carrément ! Être là, être bien là, être ensemble, être bien ensemble… » Ce plus important festival de théâtre dit « de rue » avec celui de Chalon, a lieu dans des cours de collège, places, etc.) ou dans des lieux intérieurs comme depuis longtemps, le théâtre d’Aurillac.

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Et cette année, plusieurs importantes manifestations gratuites réunissant des centaines de spectateurs avec en clôture, les Dark Daughters, célèbres chanteuses et musiciennes ukrainiennes très acclamées ou les remarquables équilibristes des Filles du Renard Pâle au-dessus du square Vermenouze sur cinq cent mètres de câble avec  deux scènes musicales. «Le fil sur lequel j’évolue, dit Johanne Humbert est le lien qui relie un point à un autre, au-dessus des frontières, des barrières, il rassemble. Un lien aussi symbolique que concret avec l’idée d’amener les spectateurs complètement ailleurs, par le bouleversement des codes du funambulisme. »

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Soit un programme éclectique avec quelque trente spectacles sur quatre jours.Et depuis une vingtaine d’années, les Préalables, une semaine avant le début du festival, les cantaliens (et les autres) bénéficient de petits spectacles gratuits dans les villes et villages autour d’Aurillac (Mauriac, Saint-Mamet-la Salvetat, Ytrac, Maurs, Cassaniouze, etc.) En 2020, ces Préalables sont devenus Champ Libre : une manifestation organisée avec vingt communes…
Le festival se porte bien même si comme en Avignon, la fréquentation surtout des jeunes gens, a chuté… Et celle de la consommation de bières aussi car interdites à la vente pendant ces quatre jours, ce qui n’était pas un luxe. Il y avait du monde, mais moins qu’avant le covid et le samedi soir, les rues du centre-ville étaient loin d’être pleines. Malgré cette année, semble-t-il, plus de spectacles en accès libre. Comme place des Carmes, Les Chiennes Nationales, (avec un jeu de mot plutôt confidentiel sur Scènes Nationales! ont monté Ce que la vie signifie pour moi  Je lis et je deviens le monde, dit Maïa Ricaud. La littérature me multiplie, me transforme, me déplace constamment. Mes certitudes s’ébranlent, vacillent, la curiosité de l’autre gagne du terrain, pages après pages, je deviens un homme voulant sauver les éléphants, intellectuelle féministe spécialiste du genre, transexuel philosophe, ouvrier faisant sauter la maison du patron, sculpteur aveugle, cheminot sauvant des enfants juifs, meurtrières sauvages et vengeresses, enfant de Belleville, vieille juive prostituée, vieux sur une barque, écrivain activiste, fou qu’ils disent décryptant le chant des oiseaux, poète intranquille, travailleuse précaire nettoyant les ferries , braqueuse de banque, aventurier à l’usage du monde, etc. »

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Elle invite des acteurs et des dramaturges mais aussi des artistes à collaborer avec elle pour créer une œuvre à base d’une thématique. Ici un court récit du fameux journaliste et écrivain américain Jack London (1876-1916) , auteur  de romans comme L’Appel de la forêt, Croc-Blanc, Le Talon de fer, Martin Eden, Le Cabaret de la dernière chance, la plupart auto-biographiques et quelque deux cent nouvelles. Dans Ce que la vie signifie pour moi, Maïa Ricaud raconte la vie souvent misérable sur fond d’alcool qu’il a menée avant d’arriver à être publié et pourquoi et comment il est devenu socialiste. Un texte à la pensée encore très virulente, est ici interprété par Maïa Ricaud, Stéphanie Cassignard et un dessinateur et comédien. Cela tient à la fois d’une performance et d’un spectacle sur l’actualité française avec des références à Pierre Bourdieu, Roselyne Bachelot, ex-ministre de la  Culture, et lié à une histoire de blablacar. Le spectacle souffre d’une scénographie approximative et d’une dramaturgie qui aurait mérité d’être plus fouillée. Et à moins d’être tout près des acteurs, on entendait mal et malgré deux tentatives, ce spectacle prétentieux et trop long (deux heures) ne nous a pas du tout convaincu et nous avons abandonné la partie… Sans doute aurait-il fallu laisser la place à Jack London, seul et dans une salle fermée. On peut se demander comment ces Chiennes nationales sont arrivées à Aurillac! Une erreur de programmation évidente.

 En revanche, dans la cour du collège de la Jordanne, étaient joués trois épisodes du fameux Littoral de Wajdi Mouawad (voir Le Théâtre du Blog). Une adaptation pour l’extérieur de cette œuvre.  « Littoral, dit sa metteuse en scène, nous ramène au rapport à nos pères, à la transmission, à l’affranchissement du passé, à la nécessité de lutter pour faire de la place. » Un texte poétique, ce qui est plutôt rare dans un festival consacré aux arts de la rue et en accès libre, c’est à dire gratuit, avec tout de même cent cinquante personnes environ ( dont pas mal de jeunes) qui avaient eu envie de voir à quoi pouvait ressembler ce Littoral.
Nous n’avons pu voir la première partie mais la seconde et un bon moment  de la troisième. Un théâtre avec huit interprètes pour trente personnages mais « aux mains nues » comme un acte de résistance à la puissance du fric: lumière naturelle, aucun siège sauf quelques chaises en plastique du collège, pas de décor autre qu’un monticule de terre avec deux stèles blanches et au centre, un mât surmonté de deux hauts-parleurs, auquel on peut monter. Dans le dernier épisode, joué à quelques dizaines de mètres de là dans une autre cour, juste une petite palissade en métal, avec devant, une machine à faire de la mousse pour figurer la mer…

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Des costumes très proches du quotidien sauf une sorte d’armure dorée… Bref, le minimum scénique dans cette « mise en rue » signée Maxime Coutour et Fanny Imber. Et une bande de jeunes acteurs à la diction et à la gestuelle irréprochable -cela devient rare par les temps qui courent- tous remarquablement dirigés.

Pour raconter l’histoire de Wilfrid, cet orphelin apprenant la mort de son père inconnu. Il veut placer son corps près de sa mère, mais  la loi ne le permet pas et sa famille n’est pas d’accord! Il va donc lui falloir durement lutter pour trouver une sépulture. Wilfrid décide alors de l’enterrer dans son pays natal, ravagé par la guerre et où il n’y a plus de place dans les cimetières. Et ce sera la mer qui ensevelira le corps.
C’est une sorte d’Odyssée en Orient comme celle de l’auteur d’origine libanaise qui a d’abord vécu avec sa famille en exil au Canada puis en France. Wilfrid se retrouve dans les lieux ruinés par les guerres civiles. «Dans les villages, les morts ont pris toute la place » et tous les jeunes sont orphelins. Le père mort devient la figure symbolique de tous les vivants comme des morts. Sans précision de lieu…  Un deuil et une recherche de sépulture qui sont aussi l’occasion pour lui de partir en quête de son identité. La mise en scène frappe par son dénuement et son efficacité dans ce grand espace goudronné et cerné par des bâtiments d’une rare laideur! 

Et le jeu comme la subtilité des enchaînements est tout à fait remarquable mais nous avons aussi été étonnés par la capacité qu’ont ces jeunes acteurs à s’emparer de ce beau texte, pas toujours facile et plutôt écrit pour être joué dans une salle. Avec une rare maîtrise, ils réussissent à nous emmener collectivement dans le parcours de Wajdi Mouawad… Chapeau! Et cela donne envie de voir la prochaine création de cette compagnie.

Philippe du Vignal 

Spectacles vus au festival d’Aurillac.

 

 

Insuline et Magnolia, texte et mise en scène de Stanislas Roquette

Insuline et Magnolia, texte et mise en scène de Stanislas Roquette

 

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Un titre sonnant comme celui d’un poème ou d’un conte qui attise notre curiosité: le nom de personnages dont nous allons découvrir l’histoire ou celui d’un breuvage magique? Ce récit autobiographique est d’une rare intensité. « Je voudrais, nous dit l’auteur-acteur, partager combien l’art et en particulier la poésie, pourtant si fragile et éphémère, nous sont d’une grande aide face à l’épreuve.» Un souhait ici réalisé brillamment. Les thèmes : école, famille, handicap, maladie, médecine, art, foi, ne sont jamais évoqués avec ironie ou cynisme mais avec humour et nuances. Les situations dramatiques construites  un dans un esprit théâtral et une adresse remarquables.

Le public dès les premiers instants rit, touché intimement : tous les premiers lundis du mois, la maîtresse, Madame Sardinet, invite ses élèves à une journée de poésie : «L’Homme: Récitations devant toute la classe/Avec note dans le carnet,/qui démarraient à huit heures. » Manque de chance : L’Homme, alors jeune écolier, et le premier désigné pour cet exercice de haut vol, est incapable de mémoriser les poèmes: L’Homme – « Je n’arrivais pas à les apprendre/ Parce que je ne les comprenais pas. /Le seul endroit où j’arrivais à connaître par cœur /Des textes entiers, même sans les comprendre, /C’était le dimanche, à la messe. »

Ce handicap va faire naître tout un univers poétique et existentiel, frappé soudain par une information à la fois tragique et heureuse qui, tel un moment épiphanique, viendra modifier à jamais l’existence de ce jeune homme de quinze ans. Seul en scène et aussitôt,  l’acteur, auteur et metteur en scène Stanislas Roquette, fascine et retient l’attention. Dans une scénographie simple et suffisante, un jeu de lumière tout en finesse créé par Yvan Lombard, une musique originale de Christian Girardot, en correspondance subtile avec les tableaux dramatiques, il passe d’un personnage à l’autre, avec une aisance étonnante.
Le texte ne cesse de jouer entre situations humoristiques ou tragiques, selon un tempo enthousiasmant et une poésie qui vont droit au cœur.. Nous passons sans cesse du rire à l’émotion… École, départ en famille pour les grandes vacances, évocation du milieu médical, rencontre, amitié. Et coup de théâtre avec l’annonce de la maladie : Le Docteur: « Combien : il nous fait en glycémie, ce matin ?/ C’est pas mal/… Ça va, il a bien dormi ? Il a mangé sa compote ? Bien…/ Bonjour jeune homme/. Bon, tes parents te l’ont déjà dit ? Tu es diabétique/ Type 1, insulino-dépendant. » À ce renversement brutal de situation et à l’image d’une fée, vient en écho, la rencontre d’ une camarade de classe, au joli prénom de Fleur. Cette amitié amoureuse va, comme l’apparition de la maladie, bouleverser l’existence du jeune homme. Dans une tension dramatique créée par un balancement régulier entre le noir et la lumière de l’existence. 

Tel un messager d’un autre monde, Fleur lui ouvre le chemin de la poésie, des mots et de leurs images ludiques ou troublantes. Libérateur et merveilleux, cet univers artistique et la présence de son amie vont transfigurer l’existence de ce garçon,  lui révéler la force de vie face à la maladie et à la banalité des jours : «L’Homme : Et tous ces corps qu’on a touchés ou caressés, tous ces paysages qu’on a perforés, tous ces animaux qui nous ont inspirés, toute la généreuse imposture, le bel élan qui n’anticipe rien, tous ces mots qui nous remâchent, la perpendiculaire du ciel qui nous assomme, le vol d’étourneaux, la paille séchée dans les chaussures, et le vin et le vent, et les cailloux, la pendule qui chavire, rien jamais sera nul, rien non plus non avenu ! Tout ça survivra grand, survivra petit bas. L’horizon se dégage, tout s’offre et se consume. »
Les tableaux, tous subtils et hauts en couleurs et les scènes, remarquablement agencées, ne cessent de nous surprendre. Emotion et enthousiasme du public: le sens du titre s’éclaircit en toute beauté, plein d’esprit et d’amour.
De cette amitié entre l’adolescent et Fleur, surgit un univers où la réalité fait place à l’enchantement mais avec une perception du monde, de la société, très lucide. Le récit et le jeu jubilatoire de l’acteur nous mettent en joie, face aux épreuves. Ce spectacle, hymne à l’art poétique et à la création esthétique, est d’une nécessité absolue pour combattre le tragique du chaos. Un moment théâtral d’une grande force où l’auteur ne tombe jamais dans la facilité.

 Elisabeth Naud

 Spectacle vu au Théâtre du Train bleu, Avignon.

 

Johnny un poème par la compagnie Gérard Gérard

Festival d’Aurillac
Johnny, un poème par la compagnie Gérard Gérard

Unknown-10Lui, c’est Alexandre Moisescot et elle, c’est Chloé Defaschelle. Il nous raconte un souvenir d’enfance: son père l’avait emmené quand il avait dix ans voir Johnny Halliday au stade de France.
Il avait très peu de relation avec lui et cela les avait rapproché, alors il raconte mais peu à peu se transforme en Johnny.
Il se débrouille bien, ce n’est pas de la pure imitation et il il pousse sa voix jusqu’à la grandiloquence et à la démesure.

Et pour raconter l’arrivée en hélicoptère et autres entrées magistrales, il a loué un un tracto-pelle, un engin de chantier  imposant.  Il y grimpe et se suspend, tourne à toute vitesse. C’est assez envoûtant.  Dans des moments plus calmes, il raconte les femmes de Johnny et là, c’est Chloé Defaschelle qui s’y colle. Alexandre Moisescot raconte quantité d’anecdotes mais le conducteur du tracto-pelle, un certain Nono entre alors dans le jeu, descend de la machine et s’en prend à Alexandre car lui seul sait ce que c’est le rock and roll.
Echanges très vifs et drôles… Nono, Arnaud Mignon dans la vie, n’est pas un comédien. C’est vraiment du brut de béton avec la voix rocailleuse d’un buveur de bière. L’actrice,elle,  quis’est mise aux commandes de la pelleteuse, fait tournoyer les deux gars sur de la musique acrobatique…. Grandiose, la pelleteuse fume, brûle envoie des paillettes et passent alors les grands hits de Johnny: « Allumez le feu, Avoir envie ». Et là, transcription de toutes les polémiques: Alexandre lance à la tête de Nono  la pelle qui doit peser une tonne et demi, l’autre lui renvoie. Chloé  Defaschelle aux commandes de l’engin, mène le bal, c’est fragile et nous avons peur.
Puis elle va chanter  en direct un « Que je t’aime que je t’aime » comme une vraie berceuse, c’est émouvant  et c’est la fin.  Mais coup de théâtre, Alexandre annonce à son père qu’il fait un  spectacle sur son souvenir du stade de France.   Et le père lui répond sèchement:  » Ce n’est pas moi qui t’avait emmené, c’était ta mère.  

Ovation nourrie du public.
 
 Edith Rappoport
Spectacle vu le 20 août au parking du Prisme, Aurillac.

Le Chevreuil et Dalida de Clémence Caillouel, mise en scène de Jessica Walker

Festival d’Avignon (suite et fin)

Pour des raison indépendantes de sa volonté notre collaboratrice Elisabeth Naud n’avait pu nous remettre cet article au moment du festival.

Le Chevreuil et Dalida de Clémence Caillouel, mise en scène de Jessica Walker 

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Itsi bits fini ouin bikini ! Un des célèbres tubes de Dalida ouvre le spectacle… Souvenirs et moments heureux pour le public ! La chanteuse nous reçoit à Porto-Vecchio, l’ambiance est légère, c’est la fête ! Et quelle surprise de la découvrir quelque peu transfigurée à l’image à la fois d’un clown et d’un travesti: costume flamboyant et visage  maquillé à l’extrême. Elle chante et ses mouvements sont ceux de la star que l’on connaît, mais tout autres quand elle prend la parole. Marchant courbée, le pas hésitant, elle se reprend avec grâce et malice. Ce seul en scène est interprété avec élan et sensibilité par Clémence Caillouel que nous avions déjà admirée  dans Paulina , une  adaptation de La Maison de la force d’Angelica Liddell (voir Le Théâtre du blog), premier Prix du festival Les Floréales Théâtrales 2017. En 2019, le spectacle avait reçu la mention spéciale du Jury du Prix Tournesol et le prix de la meilleure comédienne au off d’Avignon.

 La pièce revisite la vie de cette chanteuse mythique selon un mode tragi-comique. Mais ici, rien d’un biopic ! Si l’existence bigarrée de cette star mondiale a intensément inspiré Clémence Caillouel et Jessica Walker, le spectacle interroge aussi le destin d’une vie, de son évolution et anéantissement, de ses joies et souffrances. Or, le monde du show-biz ne fait pas bon ménage avec celui de l’évasion, de la solitude et d’être soi coûte que coûte. Dès son plus jeune âge, la vedette n’a cessé de vouloir réaliser un idéal : devenir une star ! Être célèbre et aimée de tous : «Mon rêve a toujours été de devenir quelqu’un. »  Clémence Caillouel se pose la question, à propos de l’idéal de Dalida: Amour, luxe et célébrité, «C’est quoi être une femme ? Avec tout ce qu’on lui impose, la maternité, la séduction, la maîtresse du logis etc. » Loin d’être une liberté de vie pour nombre d’entre elles, cette vie est un emprisonnement. Mais pour cette artiste, si féminine, si lumineuse: « Le public c’est mon mari, et mes chansons mes filles. » Autre surprise de la pièce : les thèmes du deuil et de la mort qui s’introduisent au cœur de cette tragi-comédie hors-norme : « J’estime que la mort fait partie de notre choix et que, si un jour je devais me la donner, je me la donnerais, mais pas pour un désespoir quel qu’il soit. Une chose est sûre, je ne veux pas qu’on me vole ma mort ».
Accroché au mur, une tête de chevreuil empaillé fixe du regard le public, comme une allégorie poétique du passage entre la vie et la mort. Côté cour, trône une bouée en forme de flamand non pas rose mais noir ! Comme un clin d’œuil à la mort et un rappel d’une enfance difficile  dans un milieu modeste mais où l’art, était présent. Dalida était la fille d’un violoniste et d’une  couturière. Le texte est écrit sous forme d’interview mais laisse place aussi à des paroles secrètes, intérieures quelquefois proches du soliloque. Ce contraste en la langue, donne l’occasion à la metteuse en scène de jouer tour à tour sur le personnage intime et public de Dalida. Ainsi vient prendre place, tel un patchwork, ses chansons,  des extraits de Candide de Voltaire et de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de l’écrivain suédois de Stig Dagerman. Ce choix esthétique crée ici une complicité entre les spectateurs et son idole. Le masque tombe ! Les paillettes peuvent devenir des larmes de chagrin et solitude. L’obsession du paraître et de la beauté ont un goût amer. Sans cesse et d’un moment à l’autre, Dalida quitte son piédestal, devient un être ordinaire habité par ses angoisses qui peuvent être aussi les nôtres.  Nous sommes étonnés et touchés par les vulnérabilités de la star. Le décor: sa maison à Porto-Vecchio (en Corse) pareillement nous surprend. Il pourrait être celui d’un intérieur privé comme celui d’ une loge d’artiste. Et vient renforcer cette dualité présente dans la pièce, entre la vie intérieure de la vedette et sa vie publique. 

L’écriture de Clémence Caillouel et et la mise en scène de Jessica Walker créent une tension dramatique venue d’un ailleurs,  le temps ainsi suspendu permet la mise en action du temps du souvenir. Ce mouvement, semblable à une onde qui traverse l’esprit et l’espace intime de chacun, fait  revivre dans un espace retrouvé les passions et les jours heureux d’autrefois : « Rien qu’un moment du passé. Beaucoup plus peut-être, quelque chose qui, commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiels qu’eux, écrivait déjà Marcel Proust dans Le Temps retrouvé.

Le public reçoit avec émotion ce visage singulier et tragique de Dalida en son habit de lumière. Une vie intime traversée par la disparition des êtres aimés et d’amours tragiquement vécus. S’emparer d’une vedette de la chanson populaire admirée par le monde entier et encore de nos jours, est un audacieux pari. Une pièce tout en finesse, une profonde poésie et un humour créent l’étonnement et la surprise et s’adresse à un large public. Nous sommes là face à un espace théâtral où : « La chanson populaire est d’abord à prendre comme un miroir musical du monde (…). » écrivait Friedrich Nietzsche.  

 Elisabeth Naud 

 Spectacle vu au Théâtre Artéphile-Bulle de création contemporaine, Avignon.

 

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