Duo 0471 par l’Acro Physical Théâtre, mise en scène de Sun Cheng-Hsueh

Duo 0471 par l’Acro Physical Théâtre, mise en scène de Sun Cheng-Hsueh

 

La saison chorégraphique taïwanaise retrouve enfin le festival après une longue interruption depuis 2019 suite au covid. Artistes et spectateurs sont au rendez-vous.Et les danseuses: Hsi Ling, Shi Chen-Yi et Hsiao Szu-Mien qui, en alternance, réalisent ici une véritable performance en duo avec le metteur en scène lui-même. Ce pas de deux acrobatique est d’une intensité physique impressionnante.

 

©ho-chao-sheng.

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Le couple de danseurs s’oppose tout en se recherchant en permanence. Homme et femme échangent des regards complices et leurs corps s’épousent avec sensualité. Dans un espace restreint par une table et deux chaises, les artistes se perdent, se retrouvent, et finissent par jouer avec ces objets du quotidien qui imposent leurs propres règles.La chorégraphie, très fluide, fait découvrir des portés inhabituels : la danseuse entoure le corps du danseur, le danseur semble la protéger. Elle s’accroche parfois à lui, comme le font, dans une communauté de singes, les bébés à leurs mères. Les tableaux se succèdent avec une importante prise de risque quand la danseuse frôle les projecteurs ou rase le sol en tournoyant au bras de son partenaire. Il a fallu des heures de répétition pour réaliser de telles figures à la frontière entre danse et acrobatie. Un beau spectacle de quarante-cinq minutes…

 Jean Couturier

Spectacle vu au Théâtre de la Condition des Soies, 13 rue de la Croix, Avignon. T. : 04 90 22 48 43.


Archive pour 4 août, 2022

Marcus et les siens, texte et mise en scène de Charif Ghattas

Festival d’Avignon (suite et fin)

 

 Marcus et les siens, texte et mise en scène de Charif Ghattas

 

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Ce jeune poète, scénariste, metteur en scène et comédien, n’a suivi aucune formation. Sa dernière création, Marcus et les siens, (publiée en juin 2022, aux éditions de L’Avant-scène théâtre) atteste à nouveau de la qualité de son univers théâtral contemporain.

Marcus, équivalent romain du prénom grec Martikos, signifie : « consacré au dieu Mars ». Un prénom qui résonne avec noblesse et pourrait être celui d’une tragédie contemporaine. Le texte est de forme théâtrale classique et les personnages, aux tempéraments singuliers et tous admirablement interprétés, sont bien définis, et élaborés avec une perception de l’humain dans ce qu’il a de plus surprenant, révoltant, et merveilleux.

La salle et le plateau plongés dans une quasi-obscurité instaurent d’emblée une atmosphère énigmatique. Dès le début, une étrange tension s’impose, à la fois conviviale et tendue. Le public ne sait comment réagir, il est en attente et concentré. Comme si par inadvertance, il était entré dans un théâtre à l’abandon, le lieu de l’ histoire et rejoignait secrètement Anna, Basile, Carl, Louis, Marcus, Nadine. Ces joyeux compagnons, liés par une longue amitié, et une passion : le théâtre. Tous sont comédiens, auteur ou metteur en scène.
Après deux ans d’absence, ils se retrouvent. Rendez-vous au théâtre de Marcus, metteur en scène de leur compagnie. La troupe est toute excitée à l’idée de se revoir, de retrouver Marcus ! Cette réunion inattendue et tant désirée ne va pas manquer, de joie mais aussi de violence et angoisse existentielle. Un moment qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer ! Leur destin en sera profondément perturbé. Pour le meilleur ou pour le pire ? Une même question va hanter l’esprit de la troupe : pourquoi cette invitation de Marcus, après tant de silence? Concerne-t-elle Mathilde (personnage testamentaire), assassinée devant les yeux de Marcus, son époux ? Ou tout autre chose ? Basile ( à Marcus) : « Ne nous remercie pas. C’est normal. » Anna : « Naturel. » Marcus : « Peut-être mais merci quand même. Voilà : si je vous ai tous appelés, si je vous ai demandé de venir aujourd’hui, c’est pour une raison bien particulière. Seulement cette raison n’est sans doute pas tout à fait celle à laquelle vous songez à l’heure où je vous parle. » La réponse se fait attendre et tient l’attention du public captivé.

L’énigme et le secret à l’instar d’une tragédie antique prennent place. Mais la pièce se déroule de nos jours. S’agit-il d’un drame tragique ou d’une tragédie contemporaine ? La question reste ouverte. A l’inverse du théâtre antique, nous sommes ici non pas en surplomb face à l’action mais bien à égalité avec les protagonistes. Tragédie notamment avec le thème de la violence, inévitable dans la composition du genre, et admirablement mis en place dans ce spectacle. Les premiers instants ne laissent en rien soupçonner la venue d’un déchaînement sans pardon ! Agressivité aux multiples visages qui laisse apparaître, pas à pas, non sans angoisse, le monstre tapi à l’intérieur de chacun des personnages, de nous-même ! Comme un écho à l’attentat où est morte Mathilde, l’amour de Marcus. Tempo  dramatique mené brillamment dans la succession des dialogues, des actions et des situations. Nous assistons à nouveau à ce qui est arrivé à Mathilde : l’impensable. L’ invitation de Marcus correspond au jour de la mort tragique de Mathilde. Mais cette fois le monstre (l’inacceptable , l’horreur) s’adresse à plusieurs. Nous sommes proches, là encore de la tragédie antique. Avec aussi le choix de l’espace : un huit clos, comme un clin d’œil à au théâtre antique ou plus encore, classique.  

 La notion du temps, concept précieux pour soutenir le rythme dramatique, est différente dans les deux parties de la pièce, et dévoile progressivement le tragique. Il s’insinue au sein des thèmes d’écriture ici présents, et favoris de Charif Ghattas : la famille et l’amitié, la vengeance, et dans cette pièce se joint celui du Monstre. Sans oublier, plus en retrait, l’objet de l’attente, celle de la venue de Marcus. Récurrente dans les œuvres dramatiques de l’auteur, l’attente se manifeste ici à plusieurs reprises. Elle engendre une tension théâtrale subtile et poétique. 

Au cours du spectacle, le renversement majeur de situation permet de bien distinguer les deux parties de la fiction théâtrale. Coup de théâtre de toute beauté, et très émouvant. Le moment musical (le seul de la pièce)  est porté dans ce moment festif, par une puissante théâtralité et est d’une grande jouissance pour le public. La pièce grave mais parfois comique, un comique sous-jacent, plein d’esprit, cocasse, s’adresse à tous les amoureux du théâtre. Elle rend avec finesse, à l’art dramatique, ce qu’il a d’essentiel : Une parole qui s’adresse et interpelle, une émotion subtile, une tension dramatique bigarrée et constante. Les acteurs tous formidables ont un jeu collectif assumé pleinement. La mise en scène et une scénographie sans artifices, s’accompagnent d’un jeu de lumière expressif et convaincant toujours en lien sensible avec la situation théâtrale. 

Marcus et les siens pose la question du mensonge et de la vérité, de l’engagement artistique et politique. Mais aussi de l’engagement personnel confronté au groupe et à la violence. Le réel rejoint la réalité et s’expose ici de plein fouet. Une belle découverte en ce Festival d’Avignon 2022 ! 

 

Elisabeth Naud

 Spectacle vu le 21 juillet au Théâtre des Carmes-André Benedetto, Avignon

 

 

 

 

 

 

 

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