Coriolan de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats, mise en scène de François Orsoni

Coriolan de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats, mise en scène de François Orsoni

 D’un côté les « bons», les Romains, contre les « méchants » Volsques. D’un côté les grands, le Sénat et de l’autre, la plèbe, qui, nombreuse, est menée à la conquête du pouvoir par ses tribuns. Cela fera pencher la balance… François Orsoni s’est intéressé à cet équilibre toujours instable en politique et dans la société et les êtres. Il a confié tous les rôles du peuple au seul Jean-Louis Coulloc’h qui peut paradoxalement en incarner encore mieux les contradictions, entre soumission et défis mais aussi jouissance amère d’une victoire inattendue sur le «grand homme» (et sa classe) qu’il admirait il y a peu. Fascination de la roche tarpéienne, si proche du Capitole…

 

©xLes tribuns (Thomas Landbo et Pascal Tagnati qui joue aussi Aufidius, l’ennemi préféré de Coriolan ont pour rôle de donner à ce peuple un discours, sans doute une façon de le payer de mots. On connaît ce fonctionnement et les risques du populisme à Londres au temps de la peste et de l’écriture de la pièce,… Et aujourd’hui dans des démocraties fragilisées. Le personnage principal, Caius Marcius, surnommé Coriolan en l’honneur de la victoire décisive qu’il a remportée à Corioles sur Aufidius et les Volsques a la gloire d’être né aristocratique. Et deux fois plus, pour avoir apporté un tel cadeau à Rome. Il estime avoir assez donné et qu à l’évidence, le consulat lui revient.
Mais son arrogance militaire se brise : il n’a pas su plier devant l’éloquence politique. Et ce guerrier ne va pas aller jusqu’à solliciter les électeurs. Trahi, c‘est-à-dire ne se sentant pas reconnu à sa juste valeur, il trahira à son tour et en subira les conséquences jusqu’à la mort. Alban Guyon fait de Coriolan un danseur, un acrobate un peu punk –no future- mais surtout un solitaire insaisissable, dans une perpétuelle démonstration de sa force, jusqu’au moment où…

Une figure puissante veille sur le général, celle de sa mère. Une vraie Romaine avec majuscule, incarnant la Patrie, l’épée qui pousse le héros dans le dos. Jusqu’à la trahison vengeresse… Il s’agira de le ramener sur le bon chemin et consolider le personnage. Volumnia règne sur les marches d’un temple de fantaisie, d’un pauvre parc d’attractions à l’antique imaginé par la scénographe Natalia Brilli. Et Esther Meyer* lui donne sa belle voix, quand l’heure n’est plus à la gloire mais au deuil.

Comment faire un grand spectacle avec cinq acteurs ? Justement en taillant dans le vif, en aiguisant les antagonismes, équilibres et déséquilibres, et en poussant la légère ironie du décor par des bruitages tout aussi suggestifs et décalés qu’a imaginés Éléonore Mallo). Le destin de Coriolan bascule, le peuple provisoirement vainqueur en prend pour son grade et pour un avertissement : attention à la victoire. Coriolan est une tragédie de l’ubris grec (l’orgueil qui pousse à aller trop loin, quitte à se mettre les Dieux à dos) et qui finit mal pour tout le monde.

Comme le fait remarquer François Orsoni, Coriolan est une œuvre peu jouée: trop pessimiste, trop méprisante pour la multitude? Christian Schiaretti en avait fait un grand spectacle emporté, avec un Wladimir Yordanoff impatient et blessé et une Hélène Vincent en mère bouillante de vertu romaine. À la Comédie-Française, Jean Meyer en 1956, avait confié le rôle du général vainqueur à Paul Meurisse, qu’on s’attendait presque à voir entrer en scène, trench-coat ceinturé et revolver à la main, en bon acteur de polars qu’il était aussi.
Ici, François Orsoni, avec un parti-pris de mise en scène  « à l’os », nous embarque dans un retour aux balbutiements de la République romaine (encore loin de la démocratie!) pour décaper nos institutions et montrer que si, nous nous ne occupons pas de politique, elle s’occupera de nous ! Un Coriolan sérieux et sarcastique, à mettre entre toutes les mains.

 Christine Friedel

Jusqu’au 7 octobre, Théâtre de la Bastille Paris, 76 rue de la Roquette Paris (XI ème),. T. 01 43 57 42 14.

Sous ma robe, mon cœur, le premier livre-disque d’Estelle Meyer a été publié en 2019 aux éditions Riveneuve.

 

 

 

 

 

 

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