Jours de joie d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Jours de joie d’Arne Lygre, mise en scène de Stéphane Braunschweig

 Le metteur en scène et directeur de l’Odéon connait bien l’œuvre du dramaturge norvégien et a déjà monté Jours souterrains, Je disparais, Rien de moi et Nous pour un moment (voir Le Théâtre du Blog). Ici en automne, un lieu paisible, sans doute un jardin public mais sans enfants près d’un cimetière et d’une rivière. Le plateau nu est tapissé d’un épais de matelas de feuilles mortes et un long banc à lattes en bois mais d’une longueur inhabituelle, capable d’accueillir huit personnes. Une très belle image qui fait penser à certains tableaux de René Magritte. Il y a d’abord ici une mère à la fois douce mais souvent fielleuse (remarquable Virginie Colemyn) avec sa fille ( Chloé Réjon, tout aussi remarquable) qui habite à l’étranger et à qui elle reproche de ne pas la voir très souvent.

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Mais comme les autres personnages qui se succèderont, mère et fille n’ont ni prénom ni nom de famille. Elles retrouveront  leur fils et frère qui en un: Askle, comme son compagnon: David. Et d’autres femmes et hommes les rejoindront sur ce banc où la mère les invite à s’asseoir. Ils ne se connaissent pas, ou très peu mais ont envie de partager une certaine joie de vivre, même si on la sent empreinte de nostalgie. C’est le lieu des confidences et proclamations d’amour mais aussi des regrets: la Fille dit qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants et des reproches…La Mère n’a pas de mots assez durs pour la famille de son mari.
Arrive un voisin avec son ex-femme pour une séance d’explications. Puis une femme qui a récemment perdu son mari, avec ses enfants venus voir ensemble le lieu où il a décidé d’être enterré. Askle (Pierric Plathier) n’est toujours pas là. Il y a donc ici trois groupes qui semblent appartenir à une même communauté de sentiments, même s’ils ne se connaissent pas.  Et ces personnages se parlent beaucoup et avec sincérité, comme s’ils n’avaient rien à perdre en confiant leur intimité à des inconnus. Avec en filigrane, un grand besoin de tendresse. Pas loin de Tchekhov…

Arne Lygre sait très bien dire cela dans une langue précise et subtile, presque celle de tous les jours, que ce soit en Norvège ou en France. Avec, comme dénominateur commun entre ces gens si proches de nous, la mort, l’éloignement ou la disparition d’êtres chers. Aksle arrive enfin mais il fait part d’une décision irrévocable chez lui : disparaître de son milieu habituel, couper les ponts et rompre avec David, son amoureux qui l’a abandonné. Comme le héros de John Updike dans Cœur de lièvre
Le dramaturge norvégien tresse habilement ces retrouvailles et, pour Stéphane Braunschweig, lui parait intéressant le travail « sur le rapport au bonheur, surtout quand on sent à quel point les spectateurs cherchent en ce moment au théâtre à retrouver de l’énergie positive. (…) Chacun des personnages est entièrement dans son univers mais cela n’empêche pas que se produise un point de rencontre entre eux. Et alors, tout à coup, même avec leur part de solitude, ces individus forment un monde, un paysage. »

Et ces jours de joie promis par le titre ? Peut-être de simples moments comme ceux où des femmes et des hommes ont plaisir à se retrouver ensemble, qu’ils se connaissent bien, un peu, voire même pas du tout. Le covid est passé par là… «Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte, disait déjà l’immense Eschyle il y a vingt-cinq siècles… Toute cette première partie doit beaucoup à l’intensité du langage et au pouvoir de mots mais aussi à une direction d’acteurs très soignée. Cécile Coustillac, Alexandre Pallu, Lamya Regragui Muzio, Grégoire Tachnakian, Jean-Philippe Vidal sont tous remarquables.

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Puis un mur blanc avec une seule porte descend des cintres et les accessoiristes apportent un grand canapé d’angle très confortable -la réplique domestique du grand banc- et une table avec deux chaises. Nous sommes chez David, au centre de cette seconde partie. Et les mêmes acteurs, comme l’a voulu l’auteur, jouent d’autres personnages comme la sœur et la mère de David, une voisine, trois amis d’enfance, la mère d’Askle. Elle a quitté son mari infidèle et arrive pour retrouver son fils. Dans la dernière scène, il y a une certaine connivence entre ces deux êtres abandonnés par leur conjoint.
Et il y a une sorte de chœur des voisins mais le texte assez bavard (la mise en scène reste aussi subtile) n’a pas le rythme des séquences précédentes. Sans doute, les répliques des personnages ( peut-être aussi sont-ils moins intéressants…) n’ont-elles pas non plus la même force et tout se passe comme si Arne Lygre  avait eu quelque difficulté à faire tourner cette  partie autour d’une  disparition.
Malgré cette seconde partie, à l’évidence trop longue  (la pièce dure deux heures vingt sans entracte), cette «tragédie des relations brisées» et la recherche de la joie vécue en commun vaut le déplacement, surtout si vous ne connaissez pas le théâtre d’Arne Lygre.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 14 octobre, Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris (VI ème). T. : 01 44 85 40 40.
Le texte de la pièce est publié chez L’Arche éditeur.

 

 

 


Archive pour septembre, 2022

La Foire de Madrid, adaptation de Félix Lope de Vega et mise en scène de Ronan Rivière

La Foire de Madrid, adaptation du texte de Felix Lope de Vega et mise en scène de Ronan Rivière

Le grand écrivain espagnol à vingt-cinq ans est déjà reconnu quand il écrit cette pièce. Il mourra en 1635 après en avoir écrit des centaines mais aussi des poèmes, romans… C’est un des meilleurs dramaturges du fameux Siècle d’or espagnol avec l’immense Calderon et Tirso de Molina.
En France, il a été vite apprécié et a inspiré, entre autres Molière,mais aussi Marivaux et les dramaturges du XVII ème et XVIII ème. Il a écrit un théâtre -facile d’accès et populaire, fondé sur une action simple et vraisemblable, avec des personnages dont un essentiel : le « gracioso », un valet-bouffon qui sera le modèle du Sganarelle de Molière. Dans un habile mélange à la Shakespeare entre comédie et tragédie… Lope de Vega, très habile scénariste et dialoguiste sait vite entraîner un public.

© Pascal Gely

© Pascal Gely

Cela se passe à Madrid pendant une foire. Il y a là Leandro, Adrian, Claudio et son épouse Eufrasia, Escudero le valet d’Eufrasia, un voleur, Violante et Patricio son mari, une servante, Belardo, le père de Violante. Les jeunes gens s’amusent, essayent en vain de draguer de belles filles souvent inaccessibles parce que mariées, ou très surveillées. Et il y a du cynisme dans l’air ! Claudio: «Cela fait deux ans maintenant que nous sommes mariés. Elle est élégante ! Elle me plaît ! J’ai du bien, je peux être généreux. (…) «Sur le papier, elle était femme de qualité, Intelligente et physiquement passable. (…) Vieille fille riche et noble, aucun parent, plus qu’un vieil écuyer… Pour moi, désargenté, C’était une chance inespérée Mais, en vérité, elle m’est odieuse, Je ne peux plus la voir en peinture, Elle est sinistre et mauvaise en amour. » Adrian en rajoute  côté cynisme : « Celle-là, il n’y a pas un chien qui ne l’ait sauté. » Quant aux vols de bourse ou de gâteaux chez le pâtissier, ils sont fréquents…

Et ce n’est pas mieux du côté des femmes: Eufrasia ne supporte plus Claudio… «Le joli manteau, Je ferais n’importe quoi pour avoir un manteau comme ça. D’autres font le tapin pour avoir des cadeaux. Moi, je n’ai besoin de rien ! Mais si je me dévergondais… Voilà justement des jeunes gens qui arrivent avec … Mince, mon mari ! Cachons-nous. » « Gardez vos malédictions, Quand on souhaite la mort de quelqu’un, il vit toujours plus longtemps. Les dernières années de mon défunt mari me furent interminables. »

Lope de Vega connait visiblement très bien ce milieu populaire madrilène et en dragueur impénitent, fut mêlé à de nombreuses histoires… Il réussit à se marier trois fois et a donc eu plusieurs familles, une dizaine d’enfants et de nombreuses amoureuses de passage. Mais il fut condamné à l’exil plusieurs années.
Parmi ces jeunes gens, Leandro (Ronan Rivière) est fasciné par la jeune Violante (Laura Chetrit) et réciproquement. Elle n’est pas très heureuse. Et Patricio, son mari jaloux (Michaël Giorno-Cohen) très violent, estmis devant devant le fait accompli: ils ont une liaison. Le père de Violante devant sa colère veut protéger sa fille et n’hésitera pas à le tuer. La jeune veuve dit avec  un peu de pitié : « 
Je n’ai jamais eu une heure de paix avec lui, Sa jalousie l’avait rendu insupportable à mon cœur, Mais c’était mon mari, et son décès m’afflige. »
Mais sa peine sera de courte durée et les amoureux pourront donc se marier. Lope de Vega s’en tire par une pirouette… Adrian couvre le corps de Patricio et dit juste: « Finie la comédie…

La pièce récemment traduite en français n’a sans doute pas la qualité de celles déjà connues en France comme Fuenteovejuna, Pedro et le Commandeur, La Dama Boba, Le Chien du Jardinier… Mais comme Lope de Vega est un très habile scénariste et dialoguiste, elle se laisse voir et il y a, du moins dans la version présentée ici, d’étonnantes répliques. Et nous écoutons avec plaisir les ponctuations musicales signées Manuel de Falla dont la célèbre Danse rituelle du feu et jouées ici au piano par Olivier Mazal. « La puissance de ce texte réside dans son dépaysement, dit Ronan Rivière, on a envie de faire plonger les spectateurs dans le Madrid fantasmé par Lope de Vega avec le regard d’une troupe d’aujourd’hui. » Pourquoi pas et à condition de s’en donner les moyens, ce qui est nettement plus difficile.
Mais cette mise en scène assez appliquée manque singulièrement de rythme et de folie: médiocre et peu crédible interprétation (orale aussi bien que gestuelle) sauf celle de Ronan Rivière et Laura Chetrit. Et la diction n’est pas toujours au rendez-vous.
La scénographie, un peu dans le style de Léon Guischia, le collaborateur de Jean Vilar, est assez maladroite (avec fenêtres en perspective!) et vieillotte dans la façon dont son auteur structure l’espace. Quelques éléments de décor aurait suffi dans cette belle salle aux murs de pierre blancs…
Et, comme le tout est mal éclairé par des douches, au milieu de la salle, nous avions de la peine à voir les visages des acteurs, ce qui est quand même ennuyeux pour une comédie ! Bref, rien ici n’est vraiment dans l’axe dans la mise en scène de cette comédie encore jamais jouée en France, sauf au Lucernaire et par cette même troupe, «accueillie en résidence artistique depuis 2016 par la ville de Versailles. »
Les quelque cinquante spectateurs ont applaudi frileusement et vous aurez compris qu’il n’y a aucune urgence à aller jusqu’à la Cartoucherie voir cette Foire de Madrid . Elle mérite mieux que cette réalisation trop approximative et perdue dans ce vaste espace scénique. Dommage…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 septembre, Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. T. : 01.48.08.39.74.
Métro : Château de Vincennes, et ensuite navette gratuite.

 

 

Éléphant, chorégraphie de Bouchra Ouizguen

Éléphant, chorégraphie de Bouchra Ouizguen

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© Tala Hadid – Compagnie O

  Bouchra Ouizguen, fondatrice de la Compagnie marocaine O, élabore une grammaire singulière et originale, entre danse contemporaine et tradition populaire: « Les danseuses n’ont pas fait d’école, comme moi d’ailleurs. Certaines ont étudié le tissage, c’est un travail qui convoque un espace, des couleurs, une véritable partition artistique. » Parmi ses spectacles, on peut citer Madama Plaza (2010), Corbeaux (2014), OTTOF (2015), ou encore Jerada (2017), pour lequel elle obtint le Prix de la critique du meilleur spectacle de danse en Norvège. Éléphant ou le temps suspendu, première version d’Éléphant, a été présenté à la Biennale internationale d’art contemporain de Rabat au Musée des Oudayas.

« L’éléphant, est un très bel animal, dit la chorégraphe,  et pourrait être ici la métaphore de ce qui nous est cher et qui tend à disparaître. » La pièce commence avec la lenteur d’un rituel bien ordonné : trois femmes lavent méticuleusement le grand plateau, avec de larges gestes uniformes. Ce prologue nous entraine dans une autre temporalité, ponctuée de silences. L’artiste  marocaine, à la recherche,  ici, de pratiques ancestrales perdues, a réuni autour d’elle trois chanteuses et musiciennes, venues du sud de son pays et collaboratrices fidèles depuis plusieurs spectacles. 

Tout au long, Halima Sahmoud, Milouda El Maataoui, Joséphine Tilloy, et Bouchra Ouizguen  elle-même, se glisseront dans divers habits colorés – longs manteaux et amples tuniques -, pour retrouver des chants, rythmes, attitudes et pratiques traditionnels. Elles sont tour à tour chamanes ou pleureuses, méditent sur un long tapis, s’immobilisent, prostrées,  roulent ou se convulsent au sol….Le son est un des éléments fondamentaux du spectacle : voix rauques, chants de gorge, cris, sanglots, les artistes composent un chœur en mouvement, parfois au rythme de petits tambours de terre cuite. Eléphant procède par tableaux aux ambiances contrastées, dans un temps comme suspendu. L’espace nu est structuré par la scénographie lumineuse de Sylvie Mélis.

Et si l’on a du mal à saisir toute la symbolique de cette culture maghrébine, la poétique des chants en langue locale,  on peut apprécier l’investissement de ces artistes hors normes et l’émotion qu’elles communiquent. Elles disent à travers leurs gestuelles la puissance ou la souffrance, la joie et les peines liées à la condition féminine..

Mireille Davidovici

Le spectacle a été joué jusqu’au 17 septembre, Centre Pompidou, 19 rue Beaubourg, Paris (IV ème), dans le cadre du festival d’Automne.

 Les 29 et 30 septembre, T2G Théâtre de Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

 Le 11 octobre, Points Communs, Théâtre 95 Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

 

 

Panorama, direction artistique de Cyril Teste

Panorama, direction artistique de Cyril Teste

La Fondation d’entreprise Hermès « cultive le jardin des diversités et s’engage en faveur de l’intérêt général avec transmission des savoir-faire, création d’œuvres, protection l’environnement et encouragement de gestes solidaires. »
Panorama est voulue comme une déambulation dans plusieurs espaces (salles, bar) du Théâtre de la Cité internationale que dirige Marc Le Glatin, mais aussi les allées du parc, la Fondation des États-Unis et le Collège franco-britannique. «Au fil des déplacements, dit Cyril Teste, séquence par séquence et lieu après lieu, c’est un documentaire inédit de ces jeunes artistes au travail qui se fabrique. » Des jeunes gens
avec un T. Shirt au logo Hermès nous remettent des bracelets de couleur selon les groupes. Un peu partout des jeunes gens   chargés de la maintenance des casques, jumelles, etc. renseignent aussi  très bien le public sur le chemin à parcourir.

Première des cinq étapes chacune dix minutes : dans l’Agora, au sol des pancartes par dizaines avec un mot ou deux écrits à la main: Corps, Réussite, Fiction, Structure, Mœurs…. Nous sommes conviés depuis une galerie, munis d’un casque à voir et écouter une dizaine de jeunes acteurs. Alors qu’on les entend très bien! La manie des micros HF a encore frappé, mais bon, on ne changera pas le metteur en scène Cyril Teste, adepte du H.F. et des grands écrans.
Ces jeunes artistes nous parlent souvent avec clairvoyance de leurs projets et interrogations : «Serais-je capable de modifier mon corps? Dois-je accepter de jouer l’amour avec un partenaire de vingt-cinq ans de plus que moi? Pourquoi un prof de théâtre nous avait dit qu’il y avait comme une date de préemption pour les rôles de jeunes: vingt-sept ans pour les filles et quarante pour les hommes? Pourquoi ne pas mélanger les âges ?» etc. Bref, rien que de très banal et ce qu’on entend un peu partout dans les cours, écoles et Conservatoires national ou régionaux, dits «d’art dramatique».

Deuxième étape: au bar du Théâtre et dans la petite salle attenante, sur des tables des photos en noir et blanc, et en couleurs, de chambres, H.L.M. et paysages urbains, vols d’oiseaux en bord de mer. Prises à Rennes, Bordeaux, Paris, Lyon… par ces élèves. Pourquoi pas, même si les photos sont de qualité très moyenne
Troisième étape : nous sommes admis depuis une galerie extérieure à  à voir dans le parc de la Cité, grâce aux jumelles qu’on nous prête, de jeunes acteurs se livrer à des exercices  notamment gestuels, les paroles étant retransmises par un haut-parleur. Bon… mais au bout de cinq minutes, nous n’avons pas eu envie de nous attarder.

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Quatrième étape: il faut trouver le pavillon franco-britannique! Pas si facile car aucune indication mais impossible de se tromper : l’architecte de briques est bien là et, comme les allées du parc avec ses arbres, maintenant presque centenaires, sont magnifiques, cela vaut le détour… Sur des poufs rouges, des portraits au polaroïd de jeunes artistes, des notes d’intention et sur grands écrans,  des interviews d’eux. Bon…
Enfin, un peu plus loin, dernière des cinq étapes, avec, devant la fondation des Etats-Unis, une dégustation en petites barquettes de tisanes élaborées à partir des végétaux récoltés ici dans les jardins par Céline Pelcé, « désigneuse culinaire »  (sic, nous vivons une époque moderne !). Froides mais parfumées au miel ou au sirop d’érable, elle se laissent boire…
Dans une salle à l’intérieur, nous sommes admis à voir encore sur très grand écran, la récolte et la préparation de ces tisanes. Passionnant !!!

Ici, tout est remarquablement organisé et, sur le plan technique, impeccable comme tout ce que fait Cyril Teste. Mais on nous l’a bien dit, et redit, à l’entrée, il ne s’agit pas d’un spectacle mais d’une déambulation. Traduction: prière de ne pas donner son avis?  Désolés, mais sur le plan artistique, nous sommes restés sur notre faim. Enfin, tant mieux si des apprentis-artistes ont pu bénéficier de bourses offertes par Hermès… « Tout s’expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c’est beaucoup plus cher forcément. » Au moins, cette déambulation est-elle gratuite.

Philippe du Vignal

Ces déambulations ont été organisées les 15 et 16 septembre à la Cité Internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris (XIV ème).

New Settings, cinquième édition, un programme de la fondation d’entreprise Hermès, aura lieu au Théâtre de la Cité Internationale du 06 au 27 novembre avec cinq œuvres associant un artiste de la scène et un plasticien.
En collaboration avec le Théâtre de la Cité internationale et le French Institute Alliance Française de New York, possibilité sera offerte à cinq artistes de croiser leur univers, avec  une création commune.

Soirée Luc Ferrari pour les quarante ans de La Muse en circuit

Soirée Luc Ferrari pour les quarante ans de La Muse en circuit

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© Christophe Raynaud de Lage

« 2.022 marque autant les quarante ans de La Muse en circuit, que les trente ans de son installation à Alfortville», écrit Wilfried Wendling, directeur de cette association de musiciens, fondée par Luc Ferrari (1929-2005). Cette soirée est consacrée à ce trublion de la musique contemporaine qui a fédéré des auteurs vivants hors-normes et dépassant les cadres souvent austères d’un art réputé élitiste.

Luc Ferrari était un joyeux drille à l’humour caustique mais aussi un chercheur qui, sous une légèreté apparente, a osé mélanger les genres et mis au goût du jour les paysages sonores, le ‘‘field recording’’, la musique minimaliste, la ‘‘new discipline’’ ou les musiques conceptuelles. «Il a inscrit profondément dans nos racines, la sève du libertinage artistique et du dévergondage musical » selon Wilfried Wendling. Une démarche essentielle pour les interprètes. En a en 2006, La Muse en circuit a été labellisée : Centre National de Création. Ses studios sont maintenant de véritables laboratoires.

Le public a été convié à y partager l’esprit festif du compositeur tout terrain, avec deux concerts et des jeux d’interactions sociales intuitives inspirés par les happenings de Luc Ferrari.  Dans Société VI liberté, liberté chérie, les musiciens du groupe déambule parmi les spectateurs avec des pancartes aux questions provocatrices sur le capitalisme ou la sexualité… Ensuite, nous avons écouté deux concerts.

 A la Recherche du rythme perdu

Cette pièce de trente minutes, écrite à partir d’une bande magnétique et d’une partition minimaliste laisse une grande liberté à Benjamin Soistier, aux percussions et Franco Venturini, au piano. «Il y a ici, disait le compositeur, l’utilisation de la même bande magnétique que dans Musique Socialiste-programme commun pour clavecin et bande, réalisée en 1972, année de la signature du Programme commun de la gauche.»

Mais, ici la partition est destinée à des musiciens de jazz, à qui il appartient d’improviser sur la musique enregistrée.  C’est  pour l’auteur, une réflexion sur l’écriture:  «Musique Socialiste était destiné à des interprètes venus de la musique classique. Dans A la recherche du Rythme Perdu, je voudrais m’adresser à des musiciens de jazz. Ce qui veut dire que les notes sont ici des indications d’ambiance, plus que des signes à reproduire instrumentalement. C’est pourquoi, cette partition comporte moins de notes et surtout des notes qui ne sont pas obligatoirement à jouer, mais plus d’indications de parcours général. »C’est dire à quel point le pianiste et le percussionniste ont  dû improviser, en passant du free jazz aux sonorités du rock and roll, ou de petites touches plus contemporaines.  Et d’une séance à l’autre, ce n’est pas la même musique que l’on a entendue, mais le même plaisir partagé entre les artistes et l’assistance.

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Cette pièce d’un quart d’heure, composée à l’origine pour une chanteuse soliste s’accompagnant d’un tambour de basque peut être aussi chantée par plusieurs. Ici, la flûtiste Shao-Wei Chou, la violoncelliste Louise Leverd et la violoniste Winnie Huang se se sont lancées  dans des improvisations vocales a cappella en s’accompagnant de tambourins. Une performance étonnante avec des vocalises samplées et rediffusées.

 J’ai tort, j’ai tort, j’ai mon très grand tort

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© Mireille Davidovici


Selon Luc Ferrari : « Un chœur ou des acteurs arrivent, par un effet de surprise, à convier le peuple à une grande fête sonore et joyeuse dont chaque individu est une composante.» Pour clore la soirée, les musiciens nous ont entraînés dans une performance interactive entre eux et les spectateursn dont chacun est invité, selon le s fiches distribuées à l’entrée, à taper du pied, faire des bruits avec sa langue, sa bouche, à rire ou à claquer des doigts ou des mains… Une joyeuse pagaille dans l’esprit des années soixante. Soit une amusante cacophonie, sans plus…Mais la fête continuera le mois prochain… Avec le plaisir d’en savoir plus sur ce compositeur prolifique et inventif qui a marqué plusieurs générations d’interprètes et sorti la musique contemporaine de son ghetto…

 Mireille Davidovici

Concert entendu le 9 septembre, à La Muse en Circuit, 6-18 rue Marcelin Berthelot, Alfortville (Val-de-Marne) T. : 01 43 78 80 80.

 Le 1er octobre, Nuit blanche!, concerts et performances de Luc Ferrari, POC ! sur le Parvis des Arts, Alfortville. 

Le 28 octobre, Une autre écoute possible, documentaire sur Luc Ferrari de Jérôme Florenville.

 

Coriolan de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats, mise en scène de François Orsoni

Coriolan de William Shakespeare, traduction de Jean-Michel Déprats, mise en scène de François Orsoni

 D’un côté les « bons», les Romains, contre les « méchants » Volsques. D’un côté les grands, le Sénat et de l’autre, la plèbe, qui, nombreuse, est menée à la conquête du pouvoir par ses tribuns. Cela fera pencher la balance… François Orsoni s’est intéressé à cet équilibre toujours instable en politique et dans la société et les êtres. Il a confié tous les rôles du peuple au seul Jean-Louis Coulloc’h qui peut paradoxalement en incarner encore mieux les contradictions, entre soumission et défis mais aussi jouissance amère d’une victoire inattendue sur le «grand homme» (et sa classe) qu’il admirait il y a peu. Fascination de la roche tarpéienne, si proche du Capitole…

 

©xLes tribuns (Thomas Landbo et Pascal Tagnati qui joue aussi Aufidius, l’ennemi préféré de Coriolan ont pour rôle de donner à ce peuple un discours, sans doute une façon de le payer de mots. On connaît ce fonctionnement et les risques du populisme à Londres au temps de la peste et de l’écriture de la pièce,… Et aujourd’hui dans des démocraties fragilisées. Le personnage principal, Caius Marcius, surnommé Coriolan en l’honneur de la victoire décisive qu’il a remportée à Corioles sur Aufidius et les Volsques a la gloire d’être né aristocratique. Et deux fois plus, pour avoir apporté un tel cadeau à Rome. Il estime avoir assez donné et qu à l’évidence, le consulat lui revient.
Mais son arrogance militaire se brise : il n’a pas su plier devant l’éloquence politique. Et ce guerrier ne va pas aller jusqu’à solliciter les électeurs. Trahi, c‘est-à-dire ne se sentant pas reconnu à sa juste valeur, il trahira à son tour et en subira les conséquences jusqu’à la mort. Alban Guyon fait de Coriolan un danseur, un acrobate un peu punk –no future- mais surtout un solitaire insaisissable, dans une perpétuelle démonstration de sa force, jusqu’au moment où…

Une figure puissante veille sur le général, celle de sa mère. Une vraie Romaine avec majuscule, incarnant la Patrie, l’épée qui pousse le héros dans le dos. Jusqu’à la trahison vengeresse… Il s’agira de le ramener sur le bon chemin et consolider le personnage. Volumnia règne sur les marches d’un temple de fantaisie, d’un pauvre parc d’attractions à l’antique imaginé par la scénographe Natalia Brilli. Et Esther Meyer* lui donne sa belle voix, quand l’heure n’est plus à la gloire mais au deuil.

Comment faire un grand spectacle avec cinq acteurs ? Justement en taillant dans le vif, en aiguisant les antagonismes, équilibres et déséquilibres, et en poussant la légère ironie du décor par des bruitages tout aussi suggestifs et décalés qu’a imaginés Éléonore Mallo). Le destin de Coriolan bascule, le peuple provisoirement vainqueur en prend pour son grade et pour un avertissement : attention à la victoire. Coriolan est une tragédie de l’ubris grec (l’orgueil qui pousse à aller trop loin, quitte à se mettre les Dieux à dos) et qui finit mal pour tout le monde.

Comme le fait remarquer François Orsoni, Coriolan est une œuvre peu jouée: trop pessimiste, trop méprisante pour la multitude? Christian Schiaretti en avait fait un grand spectacle emporté, avec un Wladimir Yordanoff impatient et blessé et une Hélène Vincent en mère bouillante de vertu romaine. À la Comédie-Française, Jean Meyer en 1956, avait confié le rôle du général vainqueur à Paul Meurisse, qu’on s’attendait presque à voir entrer en scène, trench-coat ceinturé et revolver à la main, en bon acteur de polars qu’il était aussi.
Ici, François Orsoni, avec un parti-pris de mise en scène  « à l’os », nous embarque dans un retour aux balbutiements de la République romaine (encore loin de la démocratie!) pour décaper nos institutions et montrer que si, nous nous ne occupons pas de politique, elle s’occupera de nous ! Un Coriolan sérieux et sarcastique, à mettre entre toutes les mains.

 Christine Friedel

Jusqu’au 7 octobre, Théâtre de la Bastille Paris, 76 rue de la Roquette Paris (XI ème),. T. 01 43 57 42 14.

Sous ma robe, mon cœur, le premier livre-disque d’Estelle Meyer a été publié en 2019 aux éditions Riveneuve.

 

 

 

 

 

La Disparition, conception, texte et jeu Groupe fantôme : Clément Aubert, Romain Cottard et Paul Jeanson

La Disparition, conception, texte et jeu du Groupe fantôme: Clément Aubert, Romain Cottard et Paul Jeanson 

«Tout ce que nous allons vous raconter est faux. Néanmoins, il nous est arrivé un événement extrêmement similaire que nous ne pouvons pas vous raconter parce qu’il serait trop anecdotique pour certain·e·s ou trop violent pour d’autres. Le récit que nous allons vous faire est la métaphore de ce qui nous est arrivé réellement. À partir de maintenant ; nous commençons notre récit. Tout ce que nous allons vous raconter est vrai. » Pour lancer cette neuvième édition du festival Spot sur le thème du face à face, le Groupe fantôme propose une sorte de manifeste, un peu ironique, d’un « méta-théâtre », histoire de réveiller les esprits devant les spectacles annoncés.

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Il démonte et remonte les processus de manipulation et d’interactions entre scène et salle qui sont le théâtre même. Et cela, avec la complicité, elle-même patiemment  élaborée, d’un public bienveillant. Tout est faux et tout est vrai : les trois acteurs assis devant nous, avec, pour seul décor, un cadre, pour cet «effet de cadre» donne à ce que nous voyons et à ce qu’ils racontent, le statut d’objet artistique. A une représentation de leur ancienne compagnie, un enfant aurait disparu. À moins que le cri de la mère n’ait été poussé par une folle. Scène de crime, scellés…mais l’enfant n’a pas retrouvé. Nous verrons quand même un troublant blouson à capuche rouge…

Mais ne nous égarons pas sur les sentiers de l’enquête policière, les trois acteurs nous en préparent bien d’autres. L’un en faisant chanter le public, l’autre en invitant un spectateur sur le plateau -“baron“ ou non, peu importe- mais l’acteur obtient le résultat souhaité et l’autre en embrouillant et débrouillant le récit. Le tout avec une grande délicatesse et un humour élégant créant une agréable distance et donnant le ton, feutré, de la participation du public. C.Q.F.D. : vouloir faire un théâtre dit  immersif, créer des interactions entre scène et salle donne ici son meilleur résultat. Le spectacle créé l’an passé en sortie de résidence aux Plateaux Sauvages à Paris (XX ème), nous fait sentir à quel point tout théâtre vivant et agissant est immersif.

SPOT, c’est aussi des confrontations et débats. Que ce soit avec des cultures étrangères : Happy Dreams Hotel avec le comédien kurde Aram Tastekin, une Expérience de l’arbre franco-japonaise, la rencontre franco-haïtienne de Kap O Mond ! Ou l’irruption de la maladie 66 jours de Théo Askolovitch, ou encore la mise en pièces du théâtre avec La Dernière séance et J’aurais mieux fait d’utiliser une hache, Histoire de la violence :le récit brutal d’une rencontre : ou le débat devenu objet théâtral : Faut-il séparer l’homme de l’artiste?
Tous ces spectacles, déjà été créés et vus ailleurs, méritent plus qu’une seconde chance et se situent à l’articulation exacte entre le propos et l’invention scénique. C’est le moins que l’on puisse demander aux artistes: affronter un vrai thème et trouver la forme unique bonne soirée qui fait résonner ce débat, cette question. Facile à dire… Mais cela rend le théâtre nécessaire et nous en ressortons avec beaucoup plus que le souvenir, fugace, d’une bonne soirée…

Christine Friedel

Festival SPOT, Théâtre Paris-Villette, Paris (XIX ème), jusqu’au 23 septembre. T. : 01 40 03 72 23.

 

 

Les Ritals de François Cavanna, mis en scène de Mario Putzulu

Les Ritals de François Cavanna, mise en scène de Mario Putzulu, musique de Grégory Daltin, Aurélien Noël ou Sergio Tomasi

Ancien pensionnaire de la Comédie-Française, Bruno Putzulu a joué entre autres sous la direction de Philippe Adrien, Jacques Lassalle, Roger Planchon, Charles Tordjman et tourné dans plus de cinquante films (Jean-Luc Godard, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Mocky…) et à la télévision reprend ici ces Ritals qu’il avait créé il y a cinq ans. Un livre-culte du créateur de Charlie-Hebdo sur son enfance à Nogent-sur-Marne auprès de son père maçon italien et de sa mère originaire de la Nièvre. Une adaptation pour la télévision avait été faite par par Marcel Bluwal en 1991. « Cela me semble important, nécessaire et cela fait sens, dit l’acteur. Une langue qui s’adresse à tout le monde, alors quel meilleur endroit qu’une scène de théâtre pour parler à tout le monde. »

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Un plateau nu avec juste, une table couverte d’une toile cirée à grosses fleurs blanches et quatre chaises paillées pour évoquer la pauvre maison familiale. Et pendu sur un cintre le bourgeron bleu d’ouvrier, il aurait mieux valu celui blanc de maçon mais bon on ne va pas chipoter.  Seul en scène aux côtés de son accordéoniste, le pied droit dans une botte orthopédique et muni des deux béquilles (rupture d’un tendon d’Achille), Bruno Putzulu a tenu à jouer… Malgré ce handicap, il raconte magnifiquement, avec une diction et une gestuelle remarquable la vie de cette famille de ces « macaronis » comme les gamins les appelaient dans les cours de récré… Ou « ritals »  venus travailler dans le Sud-Est mais aussi en région parisienne.

Bruno Putzulu, lui, d’origine sarde, raconte la vie au quotidien de cette famille et de leurs amis, mais surtout celle de ce maçon illettré. Volontaire, énergique et économe,  il ramasse sur les chantiers des bouts de mètres en bois jetés parce que cassés,  pour en refaire des mètres entiers: «Le dimanche matin, […], papa ouvre la fenêtre, […], et il répare des mètres. […] Avec un paquet de vieux mètres, papa en fait un neuf. Quand il est fait, il le regarde au soleil, content comme tout. Il y a juste le nombre de branches qu’il faut, cinq pour un mètre simple, dix pour un double mètre, juste le nombre, pas une branche de plus ou de moins, merde, c’est pas un con, papa. Je suis très fier de lui. » 
L’acteur raconte aussi la vie de cet adolescent à qui les filles italiennes comme françaises sont interdites et leur fascination pour les accordéonistes.. Avec deux copains, il file dans un bordel rue de l’Echiquier à Paris. Et il voit les films de l’époque dans le cinéma de Nogent-sur-Marne, évoque l’arrivée des premiers postes de radio  où il écoute les chansons de Tino Rossi qu’adorait sa mère mais aussi Edith Piaf et son fameux Légionnaire dont Bruno Putzulu chante quelques phrases…Non ce n’était pas au Moyen-Age mais il y a quelque mais un monde à jamais disparu.
Et puis, son dégoût de l’école et son entrée à treize ans comme fraiseur dans une petite usine pour aider ses parents. Mais il n’y est pas heureux et va quitter en lousdé la maison et veut en vélo avec un copain rejoindre Marseille pour aller vivre en Afrique… Ses parents qui le rêvaient postier ou au moins employé de bureau, sont accablés mais il reviendra piteusement une semaine après…
Bruno Putzulu raconte aussi la fierté qu’avait le père de Cavanna de savoir construire une maison, mais aussi la menace de chômage permanente, surtout quand on n’est pas français… et ,une fois la dernière paye versée, l’accablement de sa mère qui allait essayer de faire encore plus de lessives chez les bourgeois pour faire vivre la famille. Il dit aussi  la queue au guichet faite par son père honteux pour obtenir une maigre allocation. Mais attention, interdiction de toucher à une truelle donc nécessité de faire de petits boulots au noir.

Et cet Arabe qui venait tous les jours rester sur un chantier en hurlant : Travail, Travail… pendant un mois. Sans résultat. Jusqu’au jour où le patron l’embauche comme terrassier…. « Mon père qui ne faisait pas de politique lui donnait un peu d’argent pour se nourrir. » A la fin, l’acteur glisse en confidence la phrase de Cavanna: « J’étais parti pour raconter Les Ritals, je crois qu’en fin de compte, j’ai surtout raconté papa.»

Côté mise en scène, rien à dire: Mario Putzulu dirige bien son frère, même s’il y a quelques longueurs sur la fin. Les solos adaptés d’un roman ou d’une nouvelle, sont à Paris comme au festival d’Avignon, monnaie courante mais en général de qualité très moyenne. Et nous avons beaucoup, voire même trop donné! Mais ce spectacle, par la qualité du texte et de son interprète, est exceptionnel d’intelligence et de sensibilité.
Même si vous avez sans doute lu Les Ritals, cela vaut le coup d’aller le voir. Il est particulièrement émouvant. Jusqu’aux larmes? Oui… Bruno Putzulu fait aussi preuve d’un métier qu’il sait mettre avec humilité au service d’un texte. Et ce n’est pas si fréquent. Chapeau…

Philippe du Vignal

 Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème) jusqu’au 30 octobre.

 

Mes Parents, conception et mise en scène de Mohamed El Khatib

Mes Parents, conception et mise en scène de Mohamed El Khatib

Cet auteur et metteur en scène associé au Théâtre de la Ville, au Théâtre National de Bretagne et à l’Espace Malraux-Scène nationale de Chambéry, écrit un théâtre entre fiction et documentaire, influencé par la performance et la littérature, avec la collaboration d’ouvriers, ou d’un agriculteur, d’une femme de ménage, de marins, d’une danseuse….
Et pour 
Stadium, il a mis en scène cinquante-huit supporters du Racing Club de Lens. Mohamed El Khatib, Grand Prix de Littérature dramatique 2016 avec la pièce Finir en beauté où il évoque la fin de sa mère. Et au cinéma, il a abordé le thème de l’héritage dans Renault 12, un «road-movie» entre Orléans et Tanger. L’an passé, il avait signé avec Valérie Mréjen une courte mais tout à fait remarquable pièce sur les gardiens de musée: Gardien Party créé au Centre Georges Pompidou (voir Le Théâtre du Blog).

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Cette fois, il a travaillé avec la dixième promotion de l’École du Théâtre National de Bretagne: Hinda Abdelaoui, Olga Abolina, Louis Atlan, Laure Blatter, Aymen Bouchou, Clara Bretheau, Valentin Clabault, Maxime Crochard, Romain Gy, Alice Kudlak, Julien Lewkowicz, Arthur Rémi, Raphaëlle Rousseau, Salomé Scotto, Merwane Tajouiti, Maxime Thébault, Lucas Van Poucke, Mathilde Viseux, Laou Wysocka.
Le metteur en scène a demandé à ces jeunes de vingt à vingt-sept ans de parler de leurs parents. Questions qu’ils se sont déjà sûrement posées auxquelles ils n’ont jamais ou pas vraiment eu de réponse mais qu’ils conservaient enfouies en eux: comment pouvaient-ils se comporter à leur âge? Comment se sont-ils rencontrés? Quelles ont été leurs relations sexuelles entre eux ou avec d’autres? Des questions tabous qui ressurgissent parfois quand ces jeunes ne le sont plus du tout…
Comment aussi peut-on dire à douze ou treize ans qu’on ne quittera jamais ses parents alors qu’il suffit de regarder autour de soi pour voir qu’il faudra un jour les quitter pour grandir et découvrir la vie et l’amour de quelqu’un d’autre notre famille?  C’est même la condition sine qua non, pour rester au plus près d’eux.
Avec pudeur et souvent avec un certain humour, ces jeunes ont écrit puis interprété -diction et gestuelle très correcte- ce qui touche à un pan de leur jeune vie et à une intimité sur laquelle ils n’avaient pas eu encore forcément l’envie et/ou l’occasion de mettre des mots.  » Un jour, dit une jeune fille, j’ai entendu mes parents faire l’amour et cela m’a excitée. »Un tabou était levé, dit Mohammed El Khatib, la sexualité des parents. »

Sur le plateau nu, un banc d’école maternelle, une table basse, un piano droit et toute cette équipe qui aura vécu trois ans ensemble et qui, très vite, sauf exception, se dispersera.  Comme les enfants quittent un jour leurs parents et doivent alors parler avec eux entre adultes… Et c’est sans doute cette mise en abyme qui touche ici le public surtout composé d’amis et… parents. Avec une fin tout à fait remarquable quand une dizaine de pères ou mères arrive sur le plateau juste avant le salut. Magnifique idée de mise en scène: à ce moment-là, aucun doute là-dessus, il y avait bien de l’émotion dans l’air.
Le texte est parfois un peu facile, voire faiblard et sent l’écriture dite de plateau, les costumes n’ont rien de remarquable -et c’est un euphémisme- mais la direction d’acteurs et l’interprétation sont d’une telle qualité que nous nous attachons vite à la parole de ces jeunes gens qui disent sans doute non leurs propres paroles, mais celles de leurs camarades. Question de pudeur mais aussi de mise en scène, puisqu’ils jouent en alternance.
Mes Parents est une sorte de geste artistique original. Le spectacle, compris dans sa totalité, écrivait Guy Debord, est à la fois le résultat et le mode de production existant.  » ( …) Et il ajoute plus loin: « La séparation est l’alpha et l’oméga de la division sociale du travail. Effectivement il y a ici une double séparation: public et acteurs mais aussi acteurs et parents. Et dit-il aussi: »Le spectacle réunit le séparé mais il le réunit en tant que séparé.
Ce que Mohamed El Khatib appelle avec raison « les fantômes familiaux », le théâtre, dit-il, peut contribuer à les traquer. Depuis Eschyle, le spectacle, tous genres confondus: tragédie, comédie y compris et surtout le boulevard, farce,opérette, comédie musicale n’en a jamais donc fini avec le thème de la famille. Et cela fait partie de sa grande richesse…

 Philippe du Vignal

Spectacle vu le 13 septembre au Théâtre des Abbesses-Théâtre de la Ville, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème), jusqu’au 23 septembre.

Le texte est publié aux Solitaires Intempestifs.

Giorda, l’hypnotiseuse…

Giorda, l’hypnotiseuse…

 L’hypnose, répertoriée en «magie/mentalisme  n’est pas de la magie pour cette artiste. Ces effets peuvent être extraordinaires mais pour elle, seuls, les hypnotisés la rendent magique. En 2018, elle assiste à un spectacle, et surprise, il y a de l’hypnose. Elle avoue avoir été subjuguée mais dubitative face à ces personnes qui s’endormaient sur un simple claquement de doigts. “Comment cela est-il possible ? Comment en seulement quelques minutes, ces volontaires pouvaient oublier leur prénom? Moi aussi, je voulais claquer des doigts et endormir les gens. S’ils étaient capables d’oublier un prénom, un chiffre, ils pouvaient certainement réaliser d’autres choses encore plus incroyables qu’eux-mêmes ne soupçonnaient pas ? Je n’avais alors qu’une idée en tête, apprendre ! Développer une hypnose qui réveille et fasse du bien.

© Pascal Ito

© Pascal Ito

Je me souviens avoir été tellement fascinée que je suis allée voir Léo Brière  après son spectacle. J’avais plein de questions à lui poser. Je lui ai dit mon envie de faire une hypnose bienveillante qui rende les gens conscients qu’ils sont extraordinaires. Je pense qu’il a été touché par mon discours et mon enthousiasme. Il me dit alors: « Si tu veux, je t’initie, et on verra… » Et le 26 novembre 2018, j’ai franchi le pas. Pour la première fois, j’étais en scène,non comme actrice mais comme hypnotiseuse et des gens se sont endormis dans mes bras. C’était merveilleux.”

 Puis Giorda a suivi son propre chemin: lectures, conférences, etc. Et surtout elle a eu la chance d’avoir un entourage amical qui lui a permis de s’exercer encore et encore. “ J’ai pu ainsi m’entraîner, expérimenter et gagner en confiance. Depuis 2018, je vis une aventure extraordinaire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’évoluer et de jouer Giorda vous hypnotise, coécrit avec Léo Brière. Les seules choses qui auraient pu me freiner, ce sont mes doutes, mes angoisses, ma peur. Mais le poids des regrets aurait été tellement plus important si je n’avais rien fait. Le plus dur: avoir le courage d’essayer. J’ai osé. D’ailleurs dans le mot hypnOSE, il y a « Ose ». Alors j’essaie d’insuffler dans mon spectacle cette volonté de se lancer et donner envie aux personnes de passer à l’action car rien n’est échec, tout est expérience. Et comme hypnotiseuse de spectacle, je vis mes plus belles émotions. “

 Cette artiste a eu la chance de rencontrer Léo Brière avec lequel elle co-écrit des spectacles et Kevin Muller qui la produit. Grâce à eux, elle a participé aux mythiques Mandrakes d’Or au Casino de Paris avec les plus grands magiciens du monde, ce donc beaucoup rêvent. Elle a joué au théâtre Le Trévise, au festival d’Avignon et participé à différentes émissions dont Télé-Matin où elle a hypnotisé Damien Thévenot. Aujourd’hui, programmée au théâtre Les Enfants du Paradis à Paris, elle estime chanceuse. Le hasard fait bien les choses mais existe-t-il vraiment…

“Mes domaines de compétences, dit-elle, sont: réveiller les consciences grâce à l’hypnose. Démontrer que nous devons croire en nous. Rendre conscients que nous et vous sommes extraordinaires.. A travers un divertissement, je démontre la puissance de l’hypnose et les personnes qui partagent la scène avec moi me font confiance, et l’hypnose de spectacle existe grâce à elles. Je veux qu’elles repartent heureuses et convaincues, qu’elles aient été sur scène ou pas, qu’elles possèdent en elles toutes les ressources nécessaires et illimitées pour être les meilleures versions d’elles-mêmes. L’hypnose est magique dans mon cœur, mais ce sont les gens les magiciens : je n’ai pas de baguette. Je suis juste animée par mon amour de cet art que je veux partager.

Elle avoue être une fan inconditionnelle de Derren Brown. “Tout est génial dans ce qu’il fait et imagine et je rêve de le rencontrer et, puisque les rêves n’ont pas de limite, partager la scène avec lui. J’aime beaucoup aussi Aaron Crow et bien entendu, Léo Brière qui est toujours une source d’inspiration. Et jusqu’à ma rencontre avec lui, je n’avais aucune connaissance en magie. ne savais même pas ce qu’était le mentalisme… Aujourd’hui, j’ai des étoiles pleins les yeux et telle une petite fille je découvre peu à peu ce monde fantastique mais peuplé essentiellement… d’hommes. “
Elle n’est pas féministe mais fière d’être la première hypnotiseuse de France et trouve étrange qu’il y ait si peu de femmes dans ce domaine. aux Mandrakes d’Or, elle a découvert Sabine Van Diemen qu’elle trouve aussi charismatique sur scène, qu’assise dans une loge ! Giorda aime beaucoup le mentalisme et la grande illusion et si elle a beau connaîre certains trucs, elle se laisse porter par la féérie du moment.” L’hypnose, dit-elle, n’est pas de la magie, mais me fascine et me transcende. Parvenir en quelques minutes, à induire un état hypnotique et amener les gens à réaliser l’incroyable, oui, c’est aussi magique. Si des jeunes veulent aborder l’hypnose, premier conseil: avoir confiance en soi! Ce n’est pas si facile. Soyez convaincus et vous serez convaincants. Il y aura de toute manière des ratés mais ils vous rendront plus forts et vous ne ferez pas deux fois la même erreur. Nous sommes des êtres humains, pas des machines et chaque représentation est unique car nous sommes uniques, et là, est la magie. Deuxième conseil: s’entraîner encore et encore. Tel un sport, il faut avoir: volonté, rigueur, discipline et une déontologie irréprochable. Les personnes qui acceptent de partager la scène avec vous, ont confiance en vous et il faut en être digne. “

« Avec les réseaux sociaux, chaque jour, émerge un nouveau magicien, un nouvel hypnotiseur et c’est assez effrayant. Cela donne l’impression que c’est un don mais tout le monde peut apprendre et je vous encourage à vous lancer dans cette folie merveilleuse. Comme on peut apprendre à chanter, cela ne signifie pas qu’il est facile de devenir une Céline Dion… L’hypnose n’est pas à prendre à la légère et nous sommes responsables des personnes que nous « endormons”. Selon moi la culture aussi est essentielle et a une influence bénéfique sur notre santé physique et mental. A cause  du covid la fermeture des lieux de culture l’a bien montré. L’art permet d’élargir notre conscience, de nous évader à moindre coût et sans limites. Selon des articles scientifiques, il serait même indispensable à notre épanouissement, depuis notre conception, jusqu’à un âge avancé et à côté des protocoles thérapeutiques en milieu hospitalier, dans l’éducation, la vie quotidienne… Il améliorerait notre bien-être… Et le sport aussi , surtout le tennis, m’apporte beaucoup…”

Sébastien Bazou

 Interview réalisée le 10 septembre.

A partir du 1er octobre, Théâtre Les Enfants du Paradis, 34 rue Richer, Paris (IX ème).  https://www.giorda-hypnose.fr/

 

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