Babette de Philippe Minyana, mise en scène de Jacques David

 

Babette de Philippe Minyana, mise en scène de Jacques David

BABETTE

© Marie Carbonnier

 Une journée de Babette, dense, la prose de Philippe Minyana. Cette femme simple, apparemment sans histoires, nous raconte un mercredi particulier où une avalanche d’événements vient bousculer son quotidien. Son récit mêle incidents banals et faits extraordinaires comme l’apparition sans crier gare de sa fille Carmen « qu’on appelle Betty ». Bébé, elle lui avait été enlevée à la station service Shell : son retour, « un miracle ! » Et puis cet attentat au marché où deux commerçantes ont été abattues par un forcené.

Dans la foulée, elle glisse quelques confidences sur le fiasco de sa vie de couple : « Je me suis assise et j’ai dit  tu n’es pas un homme pour moi et il a dit ah là t’es vache. Et il a ajouté tu vois Babette c’est pas le moment de faire la guerre oui je t’aime t’es contente ? J’ai dit que je n’étais pas contente. Qu’on était trop différent. Il a dit tu me fais chier il est allé à la salle de bains. » Elle raconte aussi la visite d’une amie qui déprime, l’irruption de son beau-fils fin saoul, et la mort brutale de sa vieille maman.

Un trop-plein qui se déverse dans l’urgence…Le théâtre, selon Philippe Minyana, « c’est du son et du rythme, qui font sens ». On reconnaît son style musical et la densité de ses personnages, dans ce solo écrit sur mesure pour Dominique Jacquet, familière de l’auteur dont elle a joué La Petite Fille dans la forêt profonde et Anne-Marie, Tu devrais venir plus souvent : « Depuis plusieurs années, dit-elle, je fréquente ces femmes affolées terriblement humaines qui ont les pieds dans la boue et la tête dans les nuages. »

 Sous la direction millimétrée de Jacques David, la comédienne s’empare d’un texte tonique, rythmé en staccato comme une partition de musique. L’écrivain procède par collisions, juxtaposant banalités et drames, sur le ton du bavardage. En moins d’une heure, Babette, labile, raconte sa journée en une succession d’instantanés : un précipité de vie où les détails se bousculent, affects et états d’âme rentrés. Avec elle, nous traversons cette journée depuis le marché, jusqu’à l’hôpital où l’on emmène sa mère.

Devant une petit carré de pelouse quadrillé de tubes fluo, ses va-et-vient lui tiennent lieu de respirations entre les mots qu’elle enchaîne jusqu’à saturation. Cette histoire aux multiples péripéties a lieu d’un seul tenant et il n’y a pas ici de temps pour s’épancher en émotion ou chercher la complicité du public. Avec un phrasé parfait, Dominique Jacquet compose une Babette en butte aux « malheurs de la vie » mais pleine d’entrain et prête à encaisser ses chagrins comme à s’amuser d’anecdotes futiles:  «Dans la rue, j’ai vu une pintade, à moins que ce soit la postière.» L’actrice « est » Babette et fait siens ses mots crus, son humour, sa capacité de résilience et sa sensibilité cachée. Une belle personne brillamment incarnée…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 8 décembre, les jeudis seulement ,à 19 h, La Flèche, 77 rue de Charonne, Paris (XI ème). T. : 01 40 09 70 40.

 

 

 

 

 

 

 

 


Archive pour 10 octobre, 2022

Babette de Philippe Minyana, mise en scène de Jacques David

 

Babette de Philippe Minyana, mise en scène de Jacques David

BABETTE

© Marie Carbonnier

 Une journée de Babette, dense, la prose de Philippe Minyana. Cette femme simple, apparemment sans histoires, nous raconte un mercredi particulier où une avalanche d’événements vient bousculer son quotidien. Son récit mêle incidents banals et faits extraordinaires comme l’apparition sans crier gare de sa fille Carmen « qu’on appelle Betty ». Bébé, elle lui avait été enlevée à la station service Shell : son retour, « un miracle ! » Et puis cet attentat au marché où deux commerçantes ont été abattues par un forcené.

Dans la foulée, elle glisse quelques confidences sur le fiasco de sa vie de couple : « Je me suis assise et j’ai dit  tu n’es pas un homme pour moi et il a dit ah là t’es vache. Et il a ajouté tu vois Babette c’est pas le moment de faire la guerre oui je t’aime t’es contente ? J’ai dit que je n’étais pas contente. Qu’on était trop différent. Il a dit tu me fais chier il est allé à la salle de bains. » Elle raconte aussi la visite d’une amie qui déprime, l’irruption de son beau-fils fin saoul, et la mort brutale de sa vieille maman.

Un trop-plein qui se déverse dans l’urgence…Le théâtre, selon Philippe Minyana, « c’est du son et du rythme, qui font sens ». On reconnaît son style musical et la densité de ses personnages, dans ce solo écrit sur mesure pour Dominique Jacquet, familière de l’auteur dont elle a joué La Petite Fille dans la forêt profonde et Anne-Marie, Tu devrais venir plus souvent : « Depuis plusieurs années, dit-elle, je fréquente ces femmes affolées terriblement humaines qui ont les pieds dans la boue et la tête dans les nuages. »

 Sous la direction millimétrée de Jacques David, la comédienne s’empare d’un texte tonique, rythmé en staccato comme une partition de musique. L’écrivain procède par collisions, juxtaposant banalités et drames, sur le ton du bavardage. En moins d’une heure, Babette, labile, raconte sa journée en une succession d’instantanés : un précipité de vie où les détails se bousculent, affects et états d’âme rentrés. Avec elle, nous traversons cette journée depuis le marché, jusqu’à l’hôpital où l’on emmène sa mère.

Devant une petit carré de pelouse quadrillé de tubes fluo, ses va-et-vient lui tiennent lieu de respirations entre les mots qu’elle enchaîne jusqu’à saturation. Cette histoire aux multiples péripéties a lieu d’un seul tenant et il n’y a pas ici de temps pour s’épancher en émotion ou chercher la complicité du public. Avec un phrasé parfait, Dominique Jacquet compose une Babette en butte aux « malheurs de la vie » mais pleine d’entrain et prête à encaisser ses chagrins comme à s’amuser d’anecdotes futiles:  «Dans la rue, j’ai vu une pintade, à moins que ce soit la postière.» L’actrice « est » Babette et fait siens ses mots crus, son humour, sa capacité de résilience et sa sensibilité cachée. Une belle personne brillamment incarnée…

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 8 décembre, les jeudis seulement ,à 19 h, La Flèche, 77 rue de Charonne, Paris (XI ème). T. : 01 40 09 70 40.

 

 

 

 

 

 

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...