No Oco de Loïc Touzé et Static Shot de Maud Le Pladec, par le Ballet de Lorraine

No Oco de Loïc Touzé et Static Shot de Maud Le Pladec  par le Ballet de Lorraine

En ouverture de leur onzième saison, Petter Jacobsson, directeur du Ballet et Thomas Caley, chargé de recherches, présentent un programme de danse contemporaine, comme il se doit, le Ballet Théâtre Contemporain, étant la  première troupe permanente «décentralisée » consacrée à la création d’aujourd’hui.  En 1978, elle prend le nom de Ballet-théâtre français de Nancy, puis acquiert sept ans plus tard le statut de Centre Chorégraphique National.
 Ces pièces aux climats très contrastés, étaient restées à l’arrêt à cause du covid. Cette reprise a ouvert un nouveau chantier pour les chorégraphes car un tiers des effectifs a changé depuis. Les deux propositions, diamétralement opposées, nous ont permis, une fois de plus d’apprécier la vitalité de cette troupe

No Oco, choréraphie de Loïc Touzé

NO OCO - Loïc Touzé - Ballet de Lorraine

© Laurent Philippe


Dans la pénombre en fond de scène, danseuses et danseurs attendent et bougent de manière imperceptible. Puis sur une longue banquette de bois, tour à tour siège ou podium qui barre le milieu du plateau, ils adoptent de nonchalantes postures avant d’entonner, en chœur, un motet de musique baroque anglaise.
Avec lenteur, chacun se déplace tranquillement suivant sa propre ligne d’erre, sans interaction avec les autres. Vingt-trois corps qui vont timidement former de brefs duos, ou trios, quittant puis regagnant le groupe…
Il y a comme un flottement dans l’air, et cela demande au spectateur de se laisser porter sur la vague du mouvement des danseurs, quand une partie d’entre eux va et vient à l’avant -scène, sous l’impulsion des gestes de leurs camarades assis au loin… Une grande liberté préside à No Oco. Comme à son habitude, Loïc Touzé décentre la danse hors de son périmètre spectaculaire, en lisière du champ chorégraphique, pour construire brique à brique une pièce avec ses interprètes, sans présupposé.
Il s’appuie, dit-il, sur un concept du sophiste grec Antiphon (480-410 avant J.C : l’arrythmiston : «Le non-formé, l’inorganisé, la libre structure, ce qu’il y a de plus fondamental dans un être, la matière passive qui reçoit le rythme ». Cela permet aux artistes de lâcher prise pour que la danse advienne, individuellement et collectivement. «J’ai compris, dit-il, que la danse apparaît, à la seule condition que le danseur, lui, se retire. »

Le chorégraphe fait partager aux jeunes interprètes le chemin qu’il a parcouru, lui, depuis qu’il a quitté l’Opéra de Paris, en quête d’un geste dansé émancipé. On perçoit dans No Oco la belle personnalité de chacun et la conjonction des énergies pour faire troupe. Il se dégage de cette tranquille recherche de l’être soi-même et ensemble, sans souci de la performance, une agréable sensation d’apaisement.Et, en cette période de tension. ces cinquante minutes sont les bienvenues,

Static Shot Chorgraphie de Maud Le Pladec

STATIC SHOT - Maud Le Pladec - Ballet de Lorraine

© Laurent Philippe

« Les nuances, allant du mezzo forte, au fortissimo, font de cette pièce un crescendo permanent, invitant le public à participer à une extase sans fin. » dit la chorégraphe  à propos de la tension permanente dans ce ballet. La musique de la D.J. Chloé et du compositeur Pete Harden soutient sans discontinuer, avec ses basses lancinantes, vingt-cinq minutes de danse extrême, à marche forcée.

Ni début ni fin dans cette pièce d’un seul tenant. Sans répit, obéissant à un rythme implacable, les interprètes n’ont pas d’autre choix que de rester dans le rang. Certains pourtant s’en distinguent sporadiquement, amorcent un écart, un strip-tease, aussitôt réintégrés dans les interminables processions, cercles et autres figures dessinées par la troupe. Ces corps enrégimentés dans une parodie de défilé de mode ou parade militaire, le public les distingue grâce aux costumes de Christelle Kocher, codés punk, « sportwear », tenue de soirée ou fête à thème. Une manière de souligner la personnalité des interprètes dans une uniformité de gestes dansés.

Nous retrouvons ici la radicalité de Maud Le Pladec qui s’est intéressée de près à la musique post-minimaliste américaine. Directrice du Centre Chorégraphique National d’Orléans, elle entend, avec ce « plan fixe », coaguler l’intensité physique et visuelle de la danse en une scène unique et servie par un ballet exceptionnel. Paroxystique jusqu’à la transe, cette pièce-choc captive le public, admiratif d’une telle cohésion entre individus.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 23 octobre, à l’Opéra national de Lorraine, Place Stanislas, Nancy (Meurthe-et-Moselle) C.C.N. -Ballet de Lorraine, 3 rue Henri Bazin, Nancy. T. : 03 83 85 69 00.

Static Shot le 21 janvier, Lugano, Arte e Cultura, Lugano (Suisse) et le 4 mai, Le Phénix-Scène Nationale, Valenciennes  (Nord).

 

 

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