Une soirée au Théâtre du Rond-Point au profit de l’association SOS Méditerrannée

Une soirée au Théâtre du Rond-Point pour l’association SOS Méditerrannée

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Plus de 24.000 hommes, femmes et enfants sont morts depuis 2014 en Méditerranée, qu’il essayaient de traverser sur des embarcations de fortune. SOS Méditerrannée est une association humanitaire européenne de sauvetage en mer constituée de citoyens mobilisés. Et, depuis que ses opérations ont commencé en février 2016,  plus de 36.000 personnes dont le quart était mineur ont été secourues  par ses bateaux L’Aquarius, puis L’Océan Viking. L’association basée en France, Allemagne, Italie et Suisse, a reçu le Prix Unesco Houphouët-Boigny 2017 pour la recherche de la paix.  

À l’occasion de la parution du recueil SOS Méditerrannée, les écrivains s’engagent qui réunit des textes inédits de dix-sept grands auteurs contemporains, une soirée a été organisée au Théâtre du Rond-Point avec des lectures faites par Juliette Binoche, Anna Mouglalis et Guillaume Gouix et la participations musicale de François Morel, Abd El Malik. En présence, entre autres, d’écrivains comme Eric Fottorino, Marie NDiaye, Daniel Pennac, Wilfried N’Sondé…Et de nombreux artistes participeront à cette  soirée de solidarité pour apporter leur soutien à ces  missions de sauvetage en mer.

Ph. du V.

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Frankin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). Plein tarif: 35€; tarif réduit (demandeurs d’emploi, moins de dix-huit ans, étudiants: 16 €.) Tarif soutien: 100 € Placement libre. Réservations: T. : 01 44 95 98 21. Tous les bénéfices de la soirée seront reversés à Sos Méditerranée.

Le recueil SOS MEDITERRANEE, les écrivains s’engagent vient de paraître chez chez Folio-Gallimard. 


Archive pour 22 novembre, 2022

Et puisque départir, nous fault, conception et mise en scène de Cécile Feuillet

Et puisque départir, nous fault, conception et mise en scène de Cécile Feuillet

Dans un dispositif scénique bi-frontal, un radeau aux voiles salies et pendantes. On reconnaît aussitôt le fameux Radeau de La Méduse (1818-1819) de Théodore Géricault: plus de trente-quatre m2 d’effroi, avec corps et flots tourmentés. Une peinture exemplaire, d’une puissance et d’une exactitude qui force toujours l’admiration depuis qu’il a été exposé pour la première fois sous la Restauration.

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©x Le Radeau de la Méduse Au Louvre

 

 Cécile Feuillet et sa compagnie Marée Basse se sont emparées de ce qui pourrait être l’emblème de notre époque: en deux mots, l’humanité va à la catastrophe. Voyez seulement les déceptions engendrées par les COP successives sur le climat, sans parler du pire. Avec ce Et puisque départir nous fault, l’angoisse des temps donne ceci : puisque le navire est à moitié naufragé et qu’on ne sait pas où on va, allons-y, sous la poigne ferme d’une capitaine à la ville comme à la mer. Cécile Feuillet, qui se rêve un peu en Tadeusz Kantor (1915-1990 (voir l’histoire du théâtre au XXème siècle). Presque toujours sur le plateau de ses spectacles, peut-être pour son goût de personnages-marionnettes dont on ne sait trop où est l’âme ? Dans le manipulateur ou dans l’objet ?

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Revenons au radeau : d’abord considérer ceux qui restent : hommes ou pantins, morts ou vifs ? Puis recruter un équipage: incompétent, trouillard, renâclant, rêveur, maladroit. Mais tout le monde est embarqué et il faudra bien faire groupe: c’est cela qui compte. Avec même celui qui surgira dans un éblouissement de lumière, sans pour autant être une révélation.
L’histoire ? Celle de ce rafiot qui finit par recevoir un nom, à défaut de cap. Et plein de magies diverses. Au fond d’une malle, d’abord. C’est par là que commencent les jeux d’enfants et le théâtre. Et aussi sur le bureau de la capitaine qui trouve de l’énergie pour la radio du bord… en branchant la prise sur sa tête! Nous ne vous raconterons pas tout et il n’y a d’autre chronologie ici, que celle d’une dérive dans la «pétole» ou «bonasse». La mise en scène, très précise par ailleurs, se soucie peu des durées, variables et pas toujours maîtrisées : la capitaine tenant à laisser une place à l’improvisation.

Là-dessus, faire confiance au jeu de clown, à chacune le sien, risqué et forcément inégal, tantôt attendu, tantôt surprenant. Mais toujours puissant, entre la répétition de l’échec -mais pourquoi cela fait-il toujours rire ?- et des trouvailles minuscules et triomphantes. Le décor, en rien improvisé, est plutôt le septième personnage de la pièce. Héritier d’un radeau construit avec des laisses de mer sur une île grecque (Ô Ulysse !), il en a gardé le bois poli et blanchi, les voiles à moitié déchirées, les amarres embrouillées en spaghettis. Nous en sentons la matière, le toucher et cela évoque d’emblée un théâtre bricolé, aussi ancien que cet art lui-même, cousin du chariot de Thespis et de la scène roulante envolée dans Molière, le film d’Ariane Mnouchkine.

L’équipage, nous nous en apercevons peu à peu, est constitué de femmes : Cécile Feuillet, la capitaine, Anaïs Castéran, Jade Labeste, Pauline Marey-Semper, Alice Rahimi, Mathilde Weil. Avec, en renfort pour la scénographie: Diane Mottis, Frank Échantillon et Julien Puginier. Et pour les costumes, Valy Montag;, la lumière : Simon Fritschi et  le son, le musicien Nikola Takov et Marion Cros.
Palme d’or pour la régie-plateau. Ces acteurs sont récemment sortis du Conservatoire National qui mérite bien ses majuscules. Son enseignement confère des responsabilités et c’est ici la première rencontre de ses ex-élèves avec un vrai public, celui souvent jeune du Théâtre de la Cité Internationale, et donc à moitié acquis.

Pour le reste, à elles de faire le travail, avec petites blagues décor comme ce : « Merci au public », écrit sur une planchette descendant des cintres, avec la poésie de leurs objets et ce que le public doit inventer à partir de leurs grommelots. Nous entendons quand même quelques paroles, mais ce n’est pas le plus important. Voilà un spectacle à l’écart des modes… à moins que ce ne soit la prochaine. Archaïque, sans complexes comme l’indique le titre choisi mais très rigoureux dans le parti pris. Son équipage peut envisager quelques voyages au long cours.

Christine Friedel

Jusqu’au 26 novembre, Théâtre de la Cité Internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris (XIVème). T. : 01 85 53 53 85.

Le Firmament de Lucy Kirkwood, traduction de Louise Bartlett, mise en scène de Chloé Dabert


Le Firmament de Lucy Kirkwood, traduction de Louise Bartlett, mise en scène de Chloé Dabert

En 1759 à l’Est de l’Angleterre, tous attendent – leurs parents ne l’ont jamais vu- la comète de Halley, puiqu’elle revient tous les soixante-quinze ans… et que nus verrons nous en vidéo… Ici douze femmes -tous âges et origines sociales confondus- s’occupent de leur maison: lessive, barattage de la crème pour faire du beurre, cuisson du pain, nettoyage des enfants, préparation des repas, arrachage des poireaux au potager avant que la nuit tombe…
Choisies par un juge, un homme! pour constituer un «jury de mères de famille» -une exception notable- pour un procès hors-norme. Le Juge demandera son avis à ce jury populaire sur le cas de Dally Poppy, une jeune domestique accusée par son mari qu’elle a trompé. Et condamnée avec son amant, à être pendue pour le meurtre de la fillette de notables très puissants. Mais elle serait enceinte et, si elle l’est vraiment, selon la loi, elle échappera à la pendaison, le futur bébé n’étant pas considéré comme coupable.
Par mesure de sécurité, ces femmes seront enfermées avec l’accusée menottée, au Palais de justice. «  mais sans viande, sans boisson, sans feu et sans bougie ». Et personne d’autre dans la grande pièce froide qu’un huissier tout en noir… interdit de parole. Elle ne sortiront de ce huis-clos, qu’après avoir voté pour dire si cette jeune femme est enceinte ou non.

© Victor Tonnelli

© Victor Tonnelli

Lucy Kirkwood est une autrice anglaise de trente-huit ans qui a écrit cette fable à coloration fémino/sororiste avec un suspense savamment entretenu dans une langue parfois crue mais aussi pleine d’humour. Un peu sur le modèle de Douze hommes en colère de l’Américain Reginald Rose (1920-2002). Ils vont juger un jeune homme de dix-huit ans ans accusé de parricide et en fonction de leur verdict, il sera condamné ou acquitté s’il y a doute…

Les procès théâtralisés ne manquent pas et le comique ou le tragique a toujours fait bon ménage avec les Tribunaux. Drame et/ou situation ridicule, acteurs, salle, public, renversements de situation… Il y a bien des similitudes et cela ne date pas d’hier (voir Les Euménides d’Eschyle avec le procès d’Oreste). Lucy Kirkwood, elle, a bien vu qu’en 1759, ces femmes avaient, pour une fois, l’occasion d’avoir accès à un niveau de pouvoir exceptionnel et l’occasion de mettre en cause des valeurs morales jusque là intangibles, sous les yeux du public.

Ces douze femmes, de la plus âgée, à la plus jeune, dont une sage-femme, peuvent parler en expertes,  de leur corps capable de faire naître un être humain. Et cela veut dire au quotidien  -et à l’époque sans exception- gérer une maison et plusieurs très jeunes enfants, jusqu’à vint-et un pour l’une d’entre elles! Et les discussions vont aller bon train, presque trois heures durant sur le non-pouvoir accordé aux femmes, leur sexualité dans une société patriarcale et ce meurtre.
Mais Lucy Kirkwood sait dire aussi les inégalités et jalousies entre elles, malgré une certaine solidarité féminine. Avec bonne conscience de la classe dominante et révolte des plus pauvres d’entre elles qui ont en horreur ces familles riches qui les maintiennent sous leur emprise.
Tout cela sous le regard du pauvre huissier qui ne peut rien dire ni intervenir. Plusieurs perdent leur calme jusqu’à faire naître une belle bagarre. L’art de la sage-femme sera aussi remis en question, même si elle a aidé plusieurs du groupe, puisqu’elle sert aussi de gynécologue et de conseillère conjugale… Après diagnostic sans appel du médecin, la jeune domestique, déclarée enceinte par un médecin, aura donc la vie sauve mais elle sera quand même condamnée à la relégation…

Cela commence par une vidéo avec des femmes accomplissant des travaux ménagers et elles se présenteront une par une sur le plateau devant un juge qui les fera jurer sur la Bible. Puis on voit en vidéo, une jeune femme rentrant chez elle couverte de sang… Et dans une grande pièce éclairée par un vaste plafonnier dispensant une lumière très blanche, avec, à jardin, une fenêtre tout à fait contemporaine qui laisse échapper les cris de la foule réclamant une peine sévère. A cour, une porte étroite qu’on ouvre avec une petite clé plate détenue par le seul huissier. Dans le fond, une grande table de bois et des bancs rustiques, une cheminée toute blanche avec une bûche… Une scénographie bien laide…dont le but est sans doute d’établir un pont entre le XVIII ème siècle et l’époque actuelle mais c’est raté!

Les débats de ce jury populaire choqué par ce meurtre vont commencer sur fond de vieilles querelles de village.L’accusée (Andréa El Azan) longuement interrogée, prétend être enceinte, et pour preuve, elle fera même couler du lait de son sein. Mais Charlotte Carey, très bourgeoise et partisane de la peine de mort (impeccable Marie-Armelle Deguy) ne fait pas confiance à cette fille pauvre. Laquelle inspire de la sympathie à Helen, justement parce qu’elle est pauvre. Mais pour Elisabeth Luke, la sage-femme (tout aussi impeccable Bénédicte Cerruti), toute cette affaire est une mauvaise farce et elle sera la seule à vraiment défendre l’accusée. Avec Océane Mozas (Judith Brewer), cet excellent trio emmène une distribution assez inégale: la direction des jeunes actrices n’est pas toujours très solide avec, trop souvent, de la criaillerie dans l’air…

Mais le public ressent bien le conflit entre une jeune meurtrière qui dit avoir eu un geste politique et un groupe de femmes vivant sous la surveillance absolue de leur père puis de leur mari, ayant besoin d’émancipation et prenant parti en sa faveur, après revirement pour certaines.
La première partie (une heure quinze) bien construite passe vite mais la seconde (une heure dix) avec des récits annexes, beaucoup moins. Incontestablement Chloé Dabert a une solide maîtrise de ce groupe- ce qui n’est pas évident- et elle sait faire de belles images… Comme ces femmes en rang, face public et servant de paravent quand Sally Poppy, étendue sur la table, est examinée par le médecin. Des images qui font souvent penser à 1789, le fameux spectacle du Théâtre du Soleil, mis en scène par Ariane Mnouchkine.
Malgré une bande-son approximative et bien conventionnelle! à base le plus souvent de percussions électroniques, notamment pour traduire le bruit de la foule! Comme si Chloé Dabert avait voulu éloigner le spectre d’une reconstitution. Les remarquables costumes signés Marie La Rocca participent beaucoup à la réussite de ce spectacle, souvent impressionnant de vérité mais dont le texte aurait pu être élagué sans dommage.

 Philippe du Vignal

Spectacle joué du 9 au 19 novembre, au Théâtre Gérard Philipe-Centre Dramatique National de Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis). T. : 01 48 13 70 00.

Le 1er décembre, Le Parvis, Scène Nationale de Tarbes, (Hautes-Pyrénées).  

Les 10 et 11 janvier Scène Nationale du Sud-Aquitain, Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Du 25 au 27 janvier, Le Quai-Centre Dramatique National, Angers-Pays de la Loire (Maine-et Loire).  

Les 2 et 3 février, Espace des Arts-Scène Nationale, Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Et les 8 et 9 février, Comédie de Caen-Centre Dramatique national de Normandie (Calvados). 

Les 1er et 2 mars, Centre Dramatique National Drôme-Ardèche, Comédie de Valence  (Drôme).

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