Et puisque départir, nous fault, conception et mise en scène de Cécile Feuillet

Et puisque départir, nous fault, conception et mise en scène de Cécile Feuillet

Dans un dispositif scénique bi-frontal, un radeau aux voiles salies et pendantes. On reconnaît aussitôt le fameux Radeau de La Méduse (1818-1819) de Théodore Géricault: plus de trente-quatre m2 d’effroi, avec corps et flots tourmentés. Une peinture exemplaire, d’une puissance et d’une exactitude qui force toujours l’admiration depuis qu’il a été exposé pour la première fois sous la Restauration.

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©x Le Radeau de la Méduse Au Louvre

 

 Cécile Feuillet et sa compagnie Marée Basse se sont emparées de ce qui pourrait être l’emblème de notre époque: en deux mots, l’humanité va à la catastrophe. Voyez seulement les déceptions engendrées par les COP successives sur le climat, sans parler du pire. Avec ce Et puisque départir nous fault, l’angoisse des temps donne ceci : puisque le navire est à moitié naufragé et qu’on ne sait pas où on va, allons-y, sous la poigne ferme d’une capitaine à la ville comme à la mer. Cécile Feuillet, qui se rêve un peu en Tadeusz Kantor (1915-1990 (voir l’histoire du théâtre au XXème siècle). Presque toujours sur le plateau de ses spectacles, peut-être pour son goût de personnages-marionnettes dont on ne sait trop où est l’âme ? Dans le manipulateur ou dans l’objet ?

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Revenons au radeau : d’abord considérer ceux qui restent : hommes ou pantins, morts ou vifs ? Puis recruter un équipage: incompétent, trouillard, renâclant, rêveur, maladroit. Mais tout le monde est embarqué et il faudra bien faire groupe: c’est cela qui compte. Avec même celui qui surgira dans un éblouissement de lumière, sans pour autant être une révélation.
L’histoire ? Celle de ce rafiot qui finit par recevoir un nom, à défaut de cap. Et plein de magies diverses. Au fond d’une malle, d’abord. C’est par là que commencent les jeux d’enfants et le théâtre. Et aussi sur le bureau de la capitaine qui trouve de l’énergie pour la radio du bord… en branchant la prise sur sa tête! Nous ne vous raconterons pas tout et il n’y a d’autre chronologie ici, que celle d’une dérive dans la «pétole» ou «bonasse». La mise en scène, très précise par ailleurs, se soucie peu des durées, variables et pas toujours maîtrisées : la capitaine tenant à laisser une place à l’improvisation.

Là-dessus, faire confiance au jeu de clown, à chacune le sien, risqué et forcément inégal, tantôt attendu, tantôt surprenant. Mais toujours puissant, entre la répétition de l’échec -mais pourquoi cela fait-il toujours rire ?- et des trouvailles minuscules et triomphantes. Le décor, en rien improvisé, est plutôt le septième personnage de la pièce. Héritier d’un radeau construit avec des laisses de mer sur une île grecque (Ô Ulysse !), il en a gardé le bois poli et blanchi, les voiles à moitié déchirées, les amarres embrouillées en spaghettis. Nous en sentons la matière, le toucher et cela évoque d’emblée un théâtre bricolé, aussi ancien que cet art lui-même, cousin du chariot de Thespis et de la scène roulante envolée dans Molière, le film d’Ariane Mnouchkine.

L’équipage, nous nous en apercevons peu à peu, est constitué de femmes : Cécile Feuillet, la capitaine, Anaïs Castéran, Jade Labeste, Pauline Marey-Semper, Alice Rahimi, Mathilde Weil. Avec, en renfort pour la scénographie: Diane Mottis, Frank Échantillon et Julien Puginier. Et pour les costumes, Valy Montag;, la lumière : Simon Fritschi et  le son, le musicien Nikola Takov et Marion Cros.
Palme d’or pour la régie-plateau. Ces acteurs sont récemment sortis du Conservatoire National qui mérite bien ses majuscules. Son enseignement confère des responsabilités et c’est ici la première rencontre de ses ex-élèves avec un vrai public, celui souvent jeune du Théâtre de la Cité Internationale, et donc à moitié acquis.

Pour le reste, à elles de faire le travail, avec petites blagues décor comme ce : « Merci au public », écrit sur une planchette descendant des cintres, avec la poésie de leurs objets et ce que le public doit inventer à partir de leurs grommelots. Nous entendons quand même quelques paroles, mais ce n’est pas le plus important. Voilà un spectacle à l’écart des modes… à moins que ce ne soit la prochaine. Archaïque, sans complexes comme l’indique le titre choisi mais très rigoureux dans le parti pris. Son équipage peut envisager quelques voyages au long cours.

Christine Friedel

Jusqu’au 26 novembre, Théâtre de la Cité Internationale, 17 boulevard Jourdan, Paris (XIVème). T. : 01 85 53 53 85.

 

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