Gérard Majax

 

Gérard Majax

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Né dans le vieux Nice en 43. Mais ses parents  déménagèrent à Paris cinq ans plus tard. Première rencontre avec la magie quand il a douze ans. « À l’époque, entre la Porte de Clignancourt et celle de Saint-Ouen, il y avait une allée avec une vingtaine de camelots. Trois d’entre eux vendaient des accessoires de magie et le plus connu se faisait appeler le Professeur Marcel. Je lui ai acheté mes premiers tours dont une raquette avec une pièce de monnaie qui se dédoublait et un jeu de cartes truquées (jeu radio). Il présentait des tours avec des dés à coudre qui « naissaient » et disparaissaient de ses doigts,  comme par enchantement.  Cela me captivait et je lui ai alors acheté un petit livre pour apprendre à refaire ce tour. Déception absolue! Il y avait juste deux dessins, l’un avec une main présentant un dé sur un doigt et un autre où il avait disparu Mais impossible de comprendre comment… Vingt-quatre ans plus tard, en 1979, j’ai pris ma revanche en publiant, aux éditions Techniques du spectacle, un livre exclusivement consacré à la magie des dés avec une vingtaine de manipulations que j’avais inventées. Les dessins, signés du talentueux James Hodges, permettaient enfin de bien les comprendre. »

Vers l’âge de quinze ans, pour se faire un peu d’argent, il peignait des tableaux. Et à Montmartre, un touriste lui acheta les dix qu’il présentait mais avec des dollars canadiens. A la banque, le lendemain on lui dit que ces billets étaient périmés. Ce qui mit fin à sa carrière de peintre et il se concentra sur la magie. A seize ans, il passa un examen pour entrer à l’Association Française des Artistes Prestidigitateurs. Le président en était le docteur Jules Dhotel, qui, en échange d’un service de secrétariat, lui apprit discrètement des tours, le jeudi soir.  Mais sa femme le rappelait souvent à l’ordre pour qu’il s’occupe de ses patients.

L’été, il travaillait dans les cabarets et restaurants de la Côte d’Azur et il fit la connaissance de Fernand Reynaud qui pratiquait la magie des cartes et d’Eddie Barclay. « De retour à Paris, je repris contact avec lui et il devint mon mentor, et comme un père pour moi. Au cabaret La Tête de l’art, j’ai ensuite rencontré Bruno Coquatrix, directeur de l’Olympia à Paris. Il m’inclut dans  une Tournée mondiale du music-hall de France  avec quatre-vingt-douze artistes. Nous avons parcouru l’Allemagne, l’U.R.S.S., la République tchèque, etc. Une expérience inestimable pour moi. »

A ce moment-là, Gérard Majax rencontra Fred Roby, un des meilleurs ventriloques au monde, capable de faire chanter sa poupée Coralie, tout en jouant de l’harmonica, en buvant et fumant. Il lui a appris beaucoup de choses sur le rythme et la valeur des silences.Et pendant cette longue tournée, lui vint l’idée de l’émission Y’a un truc. Mais il eut du mal à convaincre les chaînes de télévision et attendit trois ans pour que le projet se concrétise. Il arrêta alors ses études à l’institut de psychologie de la Sorbonne pour se consacrer à la magie. Enfin en 1975, Armand Jammot, directeur des programmes d’Antenne 2, lui fait confiance. Et Y’a un truc est diffusée du lundi au samedi à une heure de grande écoute : 19h45, donc juste avant le Journal de 20 h. Le principe était simple : il y présentait une expérience de physique amusante. Les candidats pouvaient alors poser une question et donner  une solution. Grand succès ! Avec 40 % d’audience, la première année et des dizaines de milliers de lettres de spectateurs enthousiastes de tout âge et de toutes conditions. «J’en ai depuis reçu une trentaine, de professionnels qui me remerciaient : cette émission leur avait donné l’envie de faire, de l’art magique, leur vie. Comme une médaille a toujours un revers, je me suis attiré quelques jalousies, et deux d’entre eux  disaient que je dévoilais des secrets, alors que c’était  juste de la physique amusante .
J’ai ensuite fait quinze ans de télévision avec des émissions qui ont remporté un gros succès comme Passe-passe le dimanche après-midi, AbracadabraMagie-surprise avec pour la première fois des caméras cachées magiques, La Caverne d’AbracadabraMagic-Hall, Le Club  DorothéeMagic Club, ou encore Magie-Majax où le 25 décembre 1981, des vedettes du show-biz présentaient des grandes illusions sur le thème de Noël. Armand Jammot m’a beaucoup appris sur la magie à la télévision. Il m’avait notamment expliqué que le close-up y était à sa place mais à condition d’entrer dans le salon des téléspectateurs pour qu’ils aient l’impression que les numéros soient faits pour eux. »

Gérard Majax a aussi écrit une vingtaine de livres dont Les Allumettes magiques, en forme de boîte d’allumettes (1967). Il avait rencontré, dans un cercle, André Mayette qui tenait la boutique Mayette Magie Moderne, un des seuls marchands qui possédait aussi un atelier de création de tours. » Il maîtrisait ainsi parfaitement son art. Je lui avais parlé des choses que je faisais avec des allumettes et me proposa d’en faire un livre avec James Hodges, un formidable chorégraphe, dompteur, metteur en scène, ventriloque et surtout dessinateur. Ensemble, nous avons travaillé sur ce livre et sur plusieurs autres. Il m’accompagna aussi dans des émissions comme La Caverne d’Abracadabra aux côtés de Gaëtan Bloom qui jouait le rôle d’un Chinois toujours un peu fou. James Hodges, lui, animait des marionnettes qui se plaignaient parfois de leur sort. Il faisait des dessins, qui ne se révélaient que si on  les retournait. Nous avons poursuivi l’aventure dans Carré magique,  une comédie musicale, avec James Hodges, Gaëtan Bloom et Annine, chez Silvia Monfort, directrice du théâtre où ils jouaient et qui était à l’initiative de ce projet.

Mais Gérard Majax est aussi réputé pour lutter contre les escrocs. «Cela  doit venir de ma formation en psychologie. Certains font croire qu’ils peuvent faire des guérisons à distance, en utilisant des techniques de mentalisme, ou qu’ils ont des pouvoirs surnaturels. J’ai confondu Yuri Geller, un bon artiste mais qui mentait et faisait croire au paranormal. C’est très difficile de faire disparaitre ces charlatans car cette activité rapporte beaucoup d’argent. Et Yuri Geller continue d’exercer dans le monde entier. J’ai écrit des livres pour expliquer ces arnaques et de 1987 à 2002, j’ai lancé «le grand défi zététique international» avec Henri Broch,physicien et Jacques Théodor, immunologue. Avec deux cent mille euros à la clé à celui qui prouverait un phénomène paranormal. Personne n’y a jamais réussi. En 1990, pour ce travail de démystification, le président de la République François Mitterrand, m’a décerné la médaille du Mérite. »

Dans une conférence, Gérard Majax fait une démonstration de phénomènes paranormaux. Et il en explique les principes et  trucages qu’il a pu voir, comme ceux d’un gourou à New Delhi  ou ceux d’un sorcier en Afrique. Ces thaumaturges, dit-il mélangent philosophie de l’occultisme et principes de magie. J’ai dû me méfier des poisons et pièges. Et après la conférence, je réponds aux questions du public .»

Gérard Majax a été influencé par Channing Pollock,  élégant et charismatique, prodigieux manipulateur qui avait créé un magnifique numéro de colombes. Shimada,lui présentait un numéro de magie japonaise avec un dragon qui apparaissait au final. Et grâce à Siegfried et Roy, Majax  a vu qu’ un spectacle de magie pouvait attirer à Las Vegas, un public plus familial.. «Avant eux, en soirée étaient proposés des spectacles avec danseuses aux seins nus et jusqu’à cent-cinquante artistes sur scène ! Ils ont utilisé, pour la première fois, des illusions d’animaux sauvages : tigres, lions et tigres blancs dans une salle construite pour eux et il voyageaient donc peu, contrairement à David Copperfield. Ils ont beaucoup travaillé avec Christian Fechner qui, en amateur éclairé, leur a inventé des effets et, généreux comme il était, leur en a fait cadeau. Très vite, Las Vegas est devenu la capitale mondiale de la magie. Siegfried et Roy sont devenus des amis. Je suis resté un an au Crazy-Horse et eux, étaient au Lido où nous nous sommes rencontrés. Ils m’ont invité plusieurs fois dans leur magnifique villa à Las Vegas. Un jour, ils m’ont dit de venir caresser un tigre dans la piscine qui a rugi, cela m’a effrayé et les a bien fait rire ! »

Ce magicien bien connu pense qu’il est mieux pour un débutant d’avoir une formation théâtrale avant de commencer sur scène puis de viser un spectacle complet d’une heure. Les jeunes, estime-t-il, vont à beaucoup de concours internationaux avec des numéros en dix minutes qui n’ont pas de débouchés sur les grandes scènes. «À notre époque, on avait la chance de faire trois ou quatre cabarets par soir, ce qui était très formateur et payant. Les jeunes qui débutent aujourd’hui font beaucoup de close-up. J’en ai fait dans les banquets. À l’époque, cela n’existait pas et j’ai créé une troupe de dix magiciens comme Pierre Edernac, James Hodges, Gaëtan Bloom, Duraty, Georges Proust… Costumés en marquis, nous officions dans les grandes soirées, notamment à l’Orangerie du château de Versailles,

Gérard Majax a aussi lancé une boutique en ligne où une partie des bénéfices va aux enfants d’Ukraine. Après le débat d’entre deux tours du 20 avril dernier, face à Marine Le Pen Emmanuel Macron a dit :« C’est pas Gérard Majax ce soir ! », Et dit-il, j’ai eu la bonne surprise d’être très sollicité. Il y a eu un nombre incroyable d’articles dans la presse, et même une page entière dans le Le Monde. J’ai aussi eu la surprise de découvrir des T-shirts et tasses, vendus sur Internet, avec cette phrase, et donc, avec mon nom. J’ai appelé la boîte pour leur signaler qu’ils auraient dû avoir mon autorisation. Nous avons trouvé un compromis. Le directeur de Tostadora, Aurélien Brulé, m’a proposé de créer un design à mon effigie pour l’utiliser sur différents produits et une partie des bénéfices est reversée à l’Unicef, au profit des enfants d’Ukraine. Le site propose t-shirts, sweat-shirts avec dix-neuf couleurs possibles, des sacs, tasses, avec un dessin de ma tête sous un chapeau haut-de-forme. »

Le magicien français a de nombreux projets, en partenariat avec Sylvain Gary, un auteur de livres, B.D. et pièces de théâtre qui a, entre autres, écrit Les Mots farceurs, une déclinaison humoristique de nombreux jeux de mots. Il écrit avec lui une comédie policière magique et un long métrage d’animation depuis déjà cinq ans mais il tient à le garder secret. Il a aussi aussi un projet pour Georges Proust avec un dessinateur connu. Mais il continue à jouer son solo Les Dessous du Magic-Hall, un spectacle itinérant proposé aux municipalités, associations, théâtres… auquel il a ajouté une vingtaine d’anecdotes qu’il aime raconter. Comme celle-ci : « J’étais aux jardins des Tuileries en train de prendre un café sans sucre Je vois alors une dame assez âgée s’approcher de moi et me dire : «Ah ! Gérard Majax ! » Comme souvent, je lui dis : « Vous vous trompez, madame, il est plus gros et plus petit que moi… Généralement, cela suffit à dissuader le tout-venant mais pas elle qui m’assure que je suis bien Gérard Majax. Elle ne veut pas en démordre, et me demande alors de lui donner le sucre resté près de ma tasse . Je pense qu’elle veut juste le récupérer. Mais elle me dit : «Mettez-le dans votre main. Fermez-la. Soufflez dessus. Ouvrez-la main. (elle voit alors le morceau de sucre). C’est vrai, vous n’êtes pas M. Majax ! »

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 8 janvier.

https://www.majax.com/

 


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