Ne quittez pas (s’il vous plait), texte et mise en scène de Maud Galet-Lalande
Ne quittez pas (s’il vous plait) , texte et mise en scène de Maud Galet-Lalande
Qui n’a jamais patienté longuement au téléphone d’une administration, après détour par une boîte vocale, ou été importuné par des télé-opérateurs ? Et nous écoute-t-on vraiment, au bout du fil, dans les services publics? « Paradoxalement, le téléphone est un objet qui rapproche mais qui éloigne aussi, dit Maud Galet- Lalande, ces répondeurs et sonneries dans le vide mettent à distance les usagers, de l’institution. »
L’autrice et metteuse en scène a créé un spectacle d’une heure quinze, nourri par les témoignages de démarcheurs ou démarchés… Des voix enregistrées se font entendre en guise de prologue, et entre les différents tableaux de cette pièce aux situations emblématiques : un entretien,proche de l’absurde, entre le conseiller d’une plate-forme sociale et une demandeuse d’allocation, puis une émission de radio : L’Appel du cœur où un animateur est censé résoudre en direct les problèmes sentimentaux des auditeurs. Et enfin un questionnaire à choix multiples (Q.C.M.) proposé par une enquêtrice à un interlocuteur anonyme pour finalement lui vendre des prestations sportives…
Les séquences, habilement rythmées, sont interprétées avec finesse par Gaëlle Héraut et Philippe Lardaud. On reconnaît ici les protocoles interdisant toute véritable communication et renvoyant chaque interlocuteur à sa solitude. La metteuse en scène ménage aux interprètes des espaces isolés et chacun dans sa bulle, joue alternativement l’instrument d’un pouvoir manipulateur: télé-opérateur, journaliste…ou une allocataire, un consommateur… Mais il y a du flottement entre les scènes, auquel les effets de lumière, la chorégraphie et des fumigènes ne peuvent remédier.
Pour autant, le texte, incisif, restitue non sans humour des situations où les personnages ne sont parfois pas loin de déroger aux strictes règles imposées par leurs employeurs : on voit un téléopérateur licencié par son superviseur pour cause d’empathie avec une usagère en détresse ; une journaliste débordée par un auditeur qui utilise son émission en direct pour brandir ses convictions écologiques…Ces petits dérapages sont des espaces de liberté entre ces paroles étouffées par l’interdiction d’avoir des relations sincères.
Poursuivant sa démarche, la compagnie Les Heures Paniques, installée à Metz en 2010 et associée à la Manufacture de Nancy, a ouvert une ligne téléphonique pour recueillir témoignages et coups de gueule, anonymes ou non : « Nous avons ainsi récolté, précise Maud Galet-Lalande, une cinquantaine de messages provenant de personnes de tout âge, genre et parties du monde. Impossible de faire entendre tous les interviews menés en résidence et interventions mais nous avons mis en ligne: les enregistrements sonores sur un site: nqp-svp.fr, classés par thématiques et lieux d’enregistrement. «
A l’heure où les gens font retentir les casseroles pour dénoncer la surdité des institutions, ce lieu d’écoute et partage d’une parole libre, est le bienvenu…
Mireille Davidovici
Spectacle vu le 25 avril au Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème). T. : 01 48 06 72 34.
Du 7 au 26 juillet, au 11, boulevard Raspail, festival d’Avignon off (Vaucluse).
Les 15 et 16 octobre, Théâtre de Macouria (Guyane).
Et en avril 2024, Le Tropique Atrium, (Martinique).

