L’Infâme de Simon Grangeat, mise en scène de Laurent Fréchuret

Festival d’Avignon

L’Infâme de Simon Grangeat, mise en scène de Laurent Fréchuret

Cela se passe en quarante-cinq minutes, soit le temps imparti entre deux cours dans un collège et joué à l’origine, dans une salle de classe, avec deux actrices. Avec une  écriture au rasoir pour dire le parcours de Tana, une jeune fille qui va entrer en apprentissage de couture (Louise Bénichou). Humiliée et honteuse d’elle, elle a quitté le domicile de sa mère qu’elle ne supportait plus (on l’entendra seulement par la voix de Flore Lefebvre des Noettes. Grâce à Apolline, sa meilleure amie mais  très différente d’elle (Alizée Durkheim-Marsaudon) -leurs relations sont parfois difficiles mais leur amitié reste intacte- et grâce à sa patronne qui la loge en échange d’heures supplémentaires, elle va essayer de trouver son identité.

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Petit à petit,
Tana  progressera et se consolidera dans le silence de cet atelier de broderie. Cette courte pièce, bien écrite et remarquablement jouée (les deux ex-élèves de l’E.N.S.A.T.T.  toujours très justes sont remarquables et bien dirigée par Laurent Fréchuret) est l’histoire d’une émancipation et du passage de l’adolescence, à la vie d’une jeune adulte qui réussit à se construire dans un travail professionnel auquel elle donne toute son énergie…

Un spectacle court mais où, en à peine une heure, il se dit beaucoup de choses. Un texte écrit par un auteur contemporain, ce qui n’est pas si fréquent dans le off d’Avignon, loin des logorrhées trop fréquentes des interminables solos qui fleurissent partout ici…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 26 juillet, Artéphile, 7 rue Bourg Neuf, Avignon. 04 90 03 01 90.


Archive pour 22 juillet, 2023

Le Songe, Démonter les remparts pour finir le pont, d’après William Shakespeare, mise en scène de Gwenaël Morin

Le Songe, Démonter les remparts pour finir le pont, d’après William Shakespeare, mise en scène de Gwenaël Morin

La mode est aux relectures et adaptations! « Est-il possible, dit le metteur en scène, de transformer le monde avec le théâtre ? Ce spectacle a vocation à faire partie d’ un répertoire de «grands classiques » que je monterai avec des acteurs et actrices fidèles, et d’autres rencontrés à Avignon. Ce premier spectacle est une adaptation pour quatre interprètes du Songe dune nuit d’été de William Shakespeare, que j’intitule de manière très fonctionnelle: Le Songe. »

©François Passerini

©François Passerini

Ils jouent Héléna, Démétrius, Hermia et Lysandre et, avec deux autres comédiens, se partagent les autres rôles. Ce spectacle a lieu en une heure quarante-cinq, dans le jardin de la Maison Jean Vilar, au pied de la fameuse Cour d’honneur où le directeur du festival et du T.N.P. créa en 59 Le Songe d’une nuit d’été avec Maria Casarès.
Ce vaste jardin planté d’arbres convient à cette pièce qui se passe surtout dans une forêt. Mais Gwenaël Morin fait jouer tous les personnages par le même groupe d’acteurs Pourquoi pas? Mais sur une même tonalité, quels que soient les rôles! Et cela rend la pièce totalement incompréhensible, même pour ceux qui la connaissent. Le public, désemparé, a applaudi, à un moment de calme où les acteurs étaient allongés au sol… en croyant que la pièce était finie!

Consigne pour ce Songe : sans doute hurler! Et ses interprètes hurlent en effet presque toujours leur texte. Le metteur en scène a-t-il voulu développer le comique de la pièce? Mais, en tout cas, il a réussi à faire disparaître toute sa dimension poétique et onirique.
Le jeu caricatural, que l’on retrouve souvent dans les interprétations de Pyrame et Thisbé, une pochade jouée par les artisans à l’acte V, est ici permanent. Les comédiens sont bons et, très impliqués, s’engagent avec énergie mais suivent les indications du metteur en scène!

Le répertoire classique est-il devenu si peu fréquentable pour qu’on veuille «fragmenter» ainsi un texte écrit pour le théâtre? C’est l’une des rares créations de ce festival dirigé pour la première fois par Tiago Rodrigues, qui est fondée sur un texte de pièce.
Mais quel naufrage! Cette adaptation du Songe d’une nuit d’été qui va faire une tournée en France, rendra triste tout amoureux d’un beau texte théâtral. Un conseil: si vous passez à la Maison Jean Vilar, achetez à la librairie la pièce publiée par le T.N.P. en 1959 avec de belles photos d’Agnès Varda et qui a été rééditée. Et faites-vous votre spectacle intérieur…

Jean Couturier

Jusqu’au 24 juillet, Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon.

Du 27 septembre au 20 octobre, Grande Halle de la Villette, Pavillon Villette, Paris (XIX ème).
Le 21 novembre, Les Salins, Scène Nationale de Martigues (Bouches-du Rhône); du 28 novembre au 6 décembre, Théâtre Public de Montreuil-Centre Dramatique National (Seine-Saint-Denis).

Et du 12 au 14 décembre, La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle (Charente-Maritime).

De la Servitude volontaire, de LM Formentin, mise en scène de Jacques Connort

De la Servitude volontaire, de LM Formentin, mise en scène de Jacques Connort

Le Discours de la servitude volontaire, ou Contr’un écrit par Étienne de la Boétie, à dix-huit ans, a été publié en latin par fragments en 1574, puis en français, deux ans plus tard…

Le spectacle y trouve sa source d’inspiration et nous découvrons une écriture théâtrale sensible et percutante de LM Formentin. Cet auteur et scénariste contemporain avait déjà travaillé avec le metteur en scène au festival d’Avignon 2019 pour Marie Stuart. Depuis longtemps Jacques Connort « avait l’idée de faire entendre, un jour, ce texte, sur scène au plein coeur duXXI ème » et a fait appel de nouveau à LM Formentin.

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La mise en scène tout en finesse, sobre et sans artifice inutile et le jeu haut en couleurs, nous passons du rire au tragique, du fabuleux comédien, Jean Paul-Farré, «Cet ancien magistrat aux allures de Diogène selon Jacques Connort, est à la fois sage et truculent, et a longtemps observé les hommes et parcouru les époques. » ravissent un large public, attentif aux bruits du monde et à a personne humaine. Le texte ne manque ni d’esprit ni de provocation: « Eh ! Bien ? Êtes-vous si habitués à haïr les tyrans que vous n’en percevez plus votre complice admiration? Silence. Ma tournure d’esprit vous dérange… Si je disais vrai, n’est-ce pas ? que deviendraient vos confortables pensées qui vous assurent, à tout instant et en toute circonstance, que vous êtes l’ennemi du mal, et que votre âme est pure ? Silence. »

L’acteur laisse éclater l’asservissement « volontaire» des êtres humains, leur incapacité à refuser, souvent et même le pire ! Faire le choix de la liberté en tout âme et conscience :«Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libre.  » Mais chacun sait qu’il peut, face à la folie des dirigeants ou de simples individus, être mené à la mort. La liberté ne fait pas bon ménage avec la soumission et la peur. Comme l’affirme Jacques Connort, « Elle est une perpétuelle conquête»! Le spectacle offre une vision pertinente et atemporelle de l’autorité destructrice. Les hommes, toujours attirés par un désir de domination, sont pourtant faibles face à leurs dirigeants. le peuple est complice, qu’on le veuille ou non, du pouvoir exercé par les despotes, d’hier et d’aujourd’hui : «La servitude n’est pas imposée par la force mais est volontaire. »

La réflexion et le plaisir des spectateurs sont tenus en haleine. Ce texte d’une grande intensité et au sens politique aiguisé, est ici brillamment interprété par Jean-Paul Farré, aux multiples talents. Reconnu et admiré du public (voir Le Théâtre du Blog), il nous fascine et  fait vibrer avec ironie mais aussi avec empathie, le comportement du peuple face au pouvoir et à la tyrannie des dieux, rois, présidents de tous les temps…Jacques connort n’a pas manqué de réaliser une mise en scène simple et astucieuse. Un noble fauteuil (chaise dite d’affaires, trône…), une veste noire de costume suspendue sont les seuls éléments de scénographie, et la pièce prend tout son envol!
Le corps de l’acteur, quelques accessoires et un éclairage subtil suffisent à laisser entendre avec limpidité la parole théâtrale, sur une question hélas toujours pérenne et qui nous concerne tous.
Le fond de scène recouvert d’un panneau-miroir reflète le public. Grâce à cet effet, nous sommes comme sur scène, nous devenons ainsi sujets du roi, ou auditoire de cet exemplaire discours politique. Une des pépites du off !

 Elisabeth Naud

 Jusqu’au 29 juillet, Le Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol. Avignon. T. : 04 32 76 02 79.

 

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