La Paix perpétuelle de Juan Mayorga, traduction d’Yves Lebeau, mise en scène d’Hervé Petit

La Paix perpétuelle de Juan Mayorga, traduction d’Yves Lebeau, mise en scène d’Hervé Petit

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Un rectangle tracé au sol figure une cage entourée de murs aveugles où trois personnages vont être jetés brutalement par un garde-chiourme masqué. Il s’agit de trois chiens postulant à la brigade anti-terroriste. Mais il y a un seul poste à pourvoir…
Cassius, vieux labrador borgne et boiteux, usé d’avoir trop servi la cause, dirige les épreuves. Choisira-t-il le fringant John-John, croisé entre plusieurs races de combat, frais émoulu de l’Ecole de police, Odin, un rottweiler, mercenaire rusé et désabusé ou Emmanuel, un berger allemand philosophe, nommé ainsi par son ancienne maîtresse en hommage à Emmanuel Kant.

Dans ce huis-clos, les concurrents cherchent à prendre le dessus et à s’éliminer par des jeux d’alliance éphémères. Emmanuel leur brouille la tête en leur exposant le pari de Pascal. Le penseur, face à une alternative existentielle: Dieu existe ou n’existe pas, conclut que le meilleur choix est de croire en Dieu. On retrouve cette problématique lors de l’épreuve qui départagera les candidats: face à un terroriste potentiel, doit-on l’éliminer sans autre forme de procès, ou pas? La faveur irait à Emmanuel : dans le doute, il prône la justice démocratique. Mais sa position est démentie par le personnage de l’Humain, jusque là masqué et muet qui prend la parole avec emphase et brouille les pistes entre l’idéal qu’Emmanuel Kant a exposé dans Vers la paix perpétuelle (1795) et la raison d’Etat qui justifie la violence inique…

Hervé Petit qui joue aussi Cassius, le meneur de jeu, n’a pas demandé aux acteurs de mimer des chiens mais s’est inspiré de la lutte sportive pour traduire l’animalité des personnages. Nicolas Thinot (Odin), Raphaë̈l Mondon (Emmanuel) et David Decraene (John-John) s’affrontent physiquement dans des corps-à-corps, métaphores des débats idéologiques qui sous-tendent la pièce. Ce qui donne à la représentation une grande théâtralité. Rien d’abstrait dans le jeu de ces chiens policiers trop humains ni dans les dialogues écrits dans une langue fluide et habilement rendue par Yves Lebeau, le traducteur.

Qui a raison, des trois candidats? La Paix perpétuelle écrite en 2004 après les attentats à Madrid, n’apporte pas de réponse définitive mais reste d’une grande actualité. Et la conclusion nous échappe avec un monologue délivré par l’Humain, à qui appartient le mot de la fin mais qui ne nous éclaire en rien… Faiblesse du texte ou de l’actrice qui l’interprète ? 

Reste une œuvre forte, bien jouée et mise en scène où chacun projettera ses questionnements personnels en résonnance avec l’actualité.

En France, les pièces de Juan Antonio Mayorga ont été souvent montées, entre autres, par Jorge Lavelli : Himmelweg, Lettres d’amour à Staline, Le Garçon du dernier rang) qui a été adaptée au cinéma par François Ozon sous le titre Dans la maison. Juan Mayorga, cinquante-huit ans, philosophe de formation et dramaturge, a écrit une trentaine de pièces et d’essais sur la politique et sur le rapport du théâtre à lʼHistoire. Un thème que l’on retrouve ici dans La Paix perpétuelle. Une  pièce à voir et à lire.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 5 novembre, Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre. Métro : Château de Vincennes + navette gratuite. T. : 01 48 08 18 75.

La Paix perpétuelle et d »autres pièces de Juan Mayorga sont publiés aux Solitaires Intempestifs.

 

 

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