Pierre, Feuille, Pistolet de Maciek Hamela

Pierre, Feuille, Pistolet de Maciek Hamela

Au 31 mai dernier, l’Allemagne a accueilli 1,1 million d’Ukrainiens et la Pologne, 991 000 : environ la moitié de habitants qui ont fui leur patrie après l’invasion de l’armée russe… De nombreux bénévoles polonais vinrent à leur aide, en les accueillant à la frontière ou en allant les chercher dans leur pays.
Maciek Hamela, un documentariste qui a fait ses études en Angleterre et en France, est l’un d’eux et son film dont le titre en anglais, In the Rearview (Dans la Lunette arrière) est plus explicite que Pierre, Feuille, Pistolet . Il a, dit-il, obéi à un réflexe humanitaire en allant avec un van qu’il a loué, chercher des civils en Ukraine pour les emmener jusqu’à la frontière polonaise.
L’idée de filmer cette expérience lui est venue plus tard et il invita alors un ami directeur de la photo, Wawrzyniec Skoczylas. Yura Dunay, Marcin Sierakowski et Piotr Grawende sont venus le relayer. Le cinéaste conduisait piloté par son smartphone… Cet «homme à la caméra » veut participer à la dénonciation des crimes de guerre et son témoignage de première main  pourra un jour servir de preuve devant le Tribunal international de La Haye.

Les images vues par les fenêtres du van ne montrent pas la guerre mais ses traces: des ponts effondrés, immeubles en ruine, routes défoncées ou impraticables. Maciek Hamela a tourné ce long métrage en six mois et dit avoir transporté environ quatre cents personnes.. Le film se déroule de façon ininterrompue mais il ne l’a pas traité de façon réaliste, avec arrêts, changement de voyageurs, problèmes d’hébergement… Il a fait des coupes et un travail de montage pour que ce trajet semble continu. Ce qui se passe à l’extérieur est ici moins crucial que les paroles des rescapés.

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Pour les recueillir, Maciek Hamela s’est inspiré du dispositif imaginé par le cinéaste iranien Abbas Kiarostami (1940-2016) dans Ten (2002) où dix femmes sillonnent Téhéran en taxi et se confient à la conductrice.
Dans Pierre, Feuille, Pistolet, on voit seulement les visages des passagers assis un peu serrés les uns à côté des autres. Maciek Hamela dirige sa caméra vers cette communauté éphémère….Les langues se délient, sur le mode de la confidence. Une paysanne, les larmes aux yeux, raconte comment elle a dû quitter sa ferme et sa vache Beauté.
Puis dit une femme portant en souvenir une photographie de son grand-père un papillon à la main: «Je viens d’une famille aristocratique. Maintenant, je ne suis plus qu’une grenouille en vadrouille.»
Et il y aussi Gloria, une Congolaise très grièvement blessée. Et Sofia, cinq ans, qui porte une feuille avec ses nom et adresse… Elle est en mesure de nommer ce qu’elle a vécu mais n’a pas perdu espoir et quand elle voit couler le Dniepr qu’elle prend pour la mer, elle imagine des vacances d’été.

Mais la guerre est bien là dans toute sa logique absurde. Deux adolescentes racontent comment,sous leurs yeux, un tout jeune homme a été arrêté, dépouillé de ses vêtements et vêtu de l’uniforme de l’occupant. « Les Russes lui ont mis une mitraillette entre les mains, en lui disant : maintenant, tu es avec nous. »
Ce long métrage donne une vision très différente, anti-spectaculaire, d’ un des plus graves conflits actuels. Il lui prête des visages et des voix, comme dans un « road movie » à huis-clos. Il faut absolument aller le voir.

 Nicole Gabriel

 Sortie nationale de Pierre, Feuille, Pistolet dans vingt villes le 8 novembre .

 

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