Entretien avec Chloé Cassagnes

 

Entretien avec Chloé Cassagnes

Cette artiste, créatrice de masques, accessoires et marionnettes, s’est aussi formée à la magie nouvelle et ses spectacles participent des arts de la scène et de la rue mais aussi des arts plastiques. Elle explore le traitement du corps et son mouvement et cherche à faire vivre le monde de l’inanimé.

-Quel est votre parcours ?

-Au Conservatoire Jean-Philippe Rameau à Paris, j’ai rencontré le masque et la marionnette. J’ai toujours eu une passion pour l’objet et le théâtre : c’est vraiment ce que je voulais faire.  Et j’ai travaillé comme actrice et créatrice de marionnettes, masques et accessoires pour des compagnies théâtrales, sociétés de production audiovisuelle ou institutions, telles que la Philharmonie de Paris.  Il y a dix ans, j’ai mis un pied dans l’univers du cirque, quand j’ai rencontré Cécile Mont-Reynaud de la compagnie Lunatic : j’ai alors apporté un regard extérieur sur ses spectacles et travaillé à leur scénographie. 

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©x La Femme coupée en  deux

Parallèlement, j’ai développé des projets à la croisée des arts de la scène, de la rue et des arts plastiques. En 2015, j’avais suivi une formation Écriture magique-Magie nouvelle du Centre National des Arts du Cirque et de la compagnie 14:20. Se sont alors ouvertes de nouvelles pistes de réflexion sur le réel et l’illusion.
Et pour mon premier spectacle
La Femme coupée en deux, j’ai créé la compagnie Les Bruits de la nuit. Puis j’ai rencontré Thierry Collet avec qui j’explore l’univers de la magie, et le marionnettiste Brice Berthoud des Anges au plafond. Nous avons conçu un cabaret de magie et marionnettes: L’Huître qui fume et autres prodiges. Des disciplines complémentaires qui ont une place essentielle dans mon travail. 

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©x L’Huître qui fume

Je m’intéresse à ce qui constitue l’intime et comment nos corps s’inscrivent dans le monde qui nous entoure. J’aime explorer les zones de frontière, les espaces de porosité entre le réel et ce qui ne l’est pas ou pourrait l’être. La magie avec ses effets et son histoire, m’apparait comme un vaste champ d’exploration de notre intériorité  et une porte d’entrée dans un imaginaire commun. Comme si avec les centaines de tours qui ont passé les siècles, elle rassemblait désirs enfouis et aspirations communes aux êtres humains, avec des couleurs différentes selon les sociétés mais avec quelque chose d’universel.
Quant à l’art de la marionnette et la mise en mouvement d’objet inanimés, ils ont quelque chose d’archaïque mais me permet d’aller dans des univers visuels très forts. Mais aussi de multiplier les niveaux de lecture et ainsi d’aller sur les chemins de l’imaginaire. 

-Quelles ont été vos influences?

-Le travail de Philippe Genty a été déterminant  et j’y ai trouvé un langage qui résonnait en moi et qui m’accompagne encore. Et les arts plastiques, entre autres, le surréalisme et le courant hyperréaliste, mais aussi le cinéma, en particulier, celui de David Lynch. Avec la création de La Femme coupée en deux, s’est constituée une belle et joyeuse équipe aux multiples savoir-faire, qui partage un goût pour l’union des disciplines. Ainsi, une étroite collaboration s’est faite entre Thomas Mirgaine, créateur sonore, Alice Faure, dramaturge, Maxime Burochain constructeur aux multiples facettes… Avec la marionnette, la magie, les arts forains visuels et sonores, nous avons poursuivi l’exploration des espaces entre réel et imaginaire.  Notre compagnie Les Bruits de la nuit est implantée aux ateliers de la Briche à Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis)  et bénéficie d’un compagnonnage du Théâtre-Halle Roublot à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). 

-Pourquoi avoir intégré magie et illusion dans vos créations?

-La magie donne à voir l’impossible et la marionnette cherche à donner l’illusion de la vie. Ces arts me semblent avoir beaucoup de choses à se raconter et ont de nombreuses techniques en commun : ils peuvent donc se nourrir mutuellement. La magie est aussi le décor et le point de départ de mes spectacles.. A partir de là, se créée un monde imaginaire et poétique.

Dans La Femme coupée en deux, un solo créé l’an dernier,  l’assistante du magicien est à ce moment si particulier où deux parties d’elle se séparent. Durant le spectacle, il s’agit d’étirer le temps et d’explorer ce vide et l’espace qu’il ouvre. Des marionnettes, des membres humains viennent alors le remplir. Entre assemblages et découpages, humour et explorations poétiques, ce sont d’autres corps qui s’inventent et se racontent au milieu de voix disloquées.
L’Huître qui fume et autres prodiges,
un cabaret avec numéros étranges, burlesques et poétiques, explore les zones de rencontre entre marionnette et magie. Imaginé par Thierry Collet, le marionnettiste Brice Berthoud et moi-même, il a été en tournée en France en 2021-2022.

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©x Miss Mandrilla

À l’occasion d’une fête foraine artisanale organisée par le collectif de La Briche en 2022, mes amis de la compagnie et moi, avons mis au point une version du célèbre entre et sort Miss Gorilla, ici nommée Miss Mandrilla où une femme se change en singe sous les yeux du public. Je suis fascinée par le paysage foisonnant de la magie  actuelles et il y a de nombreuses formes à inventer. Notamment dans une union des esthétiques, genres, et pratiques.
Je suis heureuse de pouvoir, à ma façon, prendre part à cette effervescence. Aujourd’hui, je travaille
pour 2026 à un nouveau projet  La Chambre où nous allons explorer l’adolescence avec escapologie, marionnettes et poésie…

 

Sébastien Bazou


Entretien réalisé le 1er décembre. https://lesbruitsdelanuit.fr/

 

 


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