Colette, l’incorrigible…besoin d’écrire ,d’après Colette, adaptation de Nathalie Prokhoris

Colette, l’incorrigible…besoin d’écrire,d’après Colette, adaptation de Nathalie Prokhoris

En conteuse, l’actrice s’empare des récits intimes de Colette (1873-1954) pour revenir aux sources de sa vocation d’autrice. Elle tisse un fil entre les inventions langagières de la petite fille, les conseils pratiques de sa mère et les velléités d’écrivain de son père, l’insaisissable capitaine Jules Colette.
Nous sommes dans l’antre de Colette, éclairée par une petite lampe parmi un fouillis de manuscrits et papiers épars. Nathalie Prokhoris, en tenue d’intérieur, se glisse pendant une heure dans la peau de cette écrivaine en pleine maturité, avec des extraits de ses textes, entre autres, La Maison de Claudine, Sido, L’Entrave, Le Képi, Journal à rebours, etc.

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©L Navarrro

La romancière en panne d’écriture revient sur son enfance. «J’étais faite pour ne pas écrire.», «Je ne voulais pas écrire. » Déclarations surprenantes chez celle qui avait la plume déliée. En remontant le temps, se dessinent les figures de Sido, sa mère dont elle tient le goût pour la terre et la nature, et surtout de son père.
Colette revoit sa bibliothèque, en détaille les rayons et sur son bureau, un attirail de plumitif qui la séduit tant. Elle évoque aussi son manteau de spahi mangé par les mites, les vers qu’il lui récitait, trop chargés d’adjectifs, et les livres qu’il n’a pas écrits, assemblages de pages vierges…

Avec ces «œuvres inconnues en papier vergé», son père lui disait comme Mac Mahon: »Pense à la relève ». Elle découvrit après sa mort, des volumes fantômes aux titres évocateurs d’une carrière militaire. Et sur les feuilles blanches, elle écrivit ses premiers textes en se demandant tout au long de sa vie : «Mais quand s’arrête-t-on d’écrire?
«Ce spectacle est né de mes bonheurs de lectrice et de ma passion pour son univers.», dit Nathalie Prokhoris. Dirigée par Christine Culerier, elle nous fait entendre la langue de Colette, son humour.  Et avec délicatesse, sans chercher à composer un personnage, elle nous entraîne dans la fabrique secrète de l’écriture : «Ah ! Cette lutte patiente contre la phrase qui s‘assouplit, s’assoit en rond comme une bête apprivoisée, l’attente immobile, l’affût, qui finit par charmer le mot. » dit-elle dans La Vagabonde (1910).

Nous goûtons avec gourmandise ces morceaux choisis pleins de trouvailles, cette plume effrontée, ces dialogues enlevés. Et ce spectacle nous met en appétit pour continuer à lire une prose élégante, libre et qui n’a pas pris une ride.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 2 mars, La Folie-Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, Paris (XI ème) T. 01 45 55 14 80.


Archive pour 23 décembre, 2023

Le voyage de Gulliver, libre adaptation du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort, mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort

Le voyage de Gulliver, libre adaptation du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort, mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort

Ces grands créateurs ont reçu de nombreux prix, notamment pour le fabuleux 20. 000 lieues sous les mers d’après Jules Verne (2015) (voir Le Théâtre du Blog), La Mouche,  La petite Balade aux enfers et plus récemment, Le Bourgeois gentilhomme…Créé il y a deux ans (voir Le Théâtre du Blog) ce spectacle a été récompensé par deux Molières: création visuelle et sonore et mise en scène.
Dans cette satire sociale  censurée à sa parution en 1726, Valérie Lesort a choisi l’épisode qui se passe sur l’île de Lilliput. Avec Gulliver, chirurgien anglais du XVIII ème siècle, ses minuscules habitants, les Lilliputiens se battent avec leurs voisins, au sujet d’un œuf qu’il faudrait manger d’abord par le gros, ou par le petit côté.

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Une histoire ici incarnée par de petites marionnettes mais qui ont le visage réel des comédiens, face au très grand Mathieu Perotto, rendu encore plus grand par un plafond bas. La création et la réalisation des marionnettes de Carole Allemand et Terzi, la scénographie d’Audrey Vuong, les costumes de  Vanessa Sannino, les lumières de Pascal Laajili et la musique de Mich Ochowiak, Dominique Bataille, mais aussi les maquillages très étudiés d’Hugo Bardin : ici, tout est dans l’axe…

Un spectacle d’une rare intelligence, savoureux, rodé à la perfection et à plusieurs clés de lecture, donc à la fois pour les petits et les grands. Et mis en scène avec une haute précision, ce qui n’exclut pas une beauté plastique et une intense poésie, comme savent le faire depuis longtemps Christian Hecq et Valérie Lesort… Une des grandes forces de ce spectacle est le changement d’échelle Gulliver/Les Liliputiens avec des moyens très simples mais aussi une maîtrise technique absolue.
Et il y a des moments fabuleux: entre autres, Gulliver dormant entravé dont s’approchent les Lilliputiens, le Palais royal en flammes, Gulliver tirant plusieurs bateaux à voile de la flotte ennemie, puis son départ en barque de Lilliput avec ses habitants réunis sur le quai.

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Les interprètes, tous de premier ordre, sont ici à la fois acteurs et marionnettistes: Valérie Lesort en Cachaça et un Soldat blefescudien,  Renan Carteaux (le Savant, un Soldat, un Soldat blefescudien,  Valérie Kéruzoré (Myéline, le Soldat blefescudien, la Reine de Blefescu), Caroline Mounier (Skyresh, un soldat, Pauline Tricot ( un Soldat, Sollis),   Nicolas Verdier (Cérumen, le Cuisinier, un soldat blefescudien et Eric Verdin (L’Empereur).
Des bémols ? Des voix féminines parfois trop amplifiées et quelques nuées de fumigène… pas vraiment nécessaires.. Mais sinon quelle merveille de théâtre! En ces temps difficiles, c’est bon à prendre. Mais la très haute qualité, cela se paye et ici, les bonnes places sont à 38 €! Ce serait bien que les Lilliputiens de la banlieue puissent aussi voir chez eux ce merveilleux spectacle à des prix abordables…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 4 janvier, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, 2-4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris (IX ème). T. :  01 53 05 19 19.
Et pour Noël, lundi 25 décembre à 21 h 10 sur Culture Box.

 

 


 

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