I.R. (Impulse Response), de Louise Belmas

I.R. (Impulse Response)  de Louise Belmas
 
Prenant le public à témoin, la jeune femme emmitouflée dans un manteau en fausse fourrure, nous parle de la météo du jour: glaciale ! Paroles anodines mais vite le récit s’intensifie. Avec peu de choses, des mondes vont prendre forme dans cette bio-fiction où d’autres existences vont s’entremêler, comme celle d’un grand-père, le sosie d’Heino Tobias, un compositeur estonien méconnu des années cinquante.
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Mais pourquoi et comment raconter sa vie, quand la porte du Temps est encore grande ouverte sur l’avenir? La pièce est «l’histoire d’une petite fille qui devait devenir violoniste et qui, à huit ans, découvre qu’elle a raté sa vie». Poser cette question est aussi méconnaître l’univers théâtral hors normes et sensible de cette artiste-performeuse. Ce solo met à l’honneur la musique et la chanson, et tout individu ou chose en marge de l’existence. Ce n’est sans doute pas un hasard, si un souffle dionysiaque traverse le spectacle. 

La vie est courte, oui ! La vie et ce qui l’anime: le désir dans toute sa diversité: c’est aussi ce que raconte la pièce. Et dans le monde de Louise Belmas, rien ne fonctionne comme prévu: l’apprentissage du violon, dès son plus jeune âge, est très prometteur mais subitement interrompu: «J’ai commencé le violon si jeune, que j’ai arrêté  quand la plupart commencent. » Au final, le théâtre aura le dernier mot pour aller vers la liberté d’être, ne pas subir : «Avec lui, je pourrais être ce que je voulais. »
 
Le spectacle est brillant, habité par une théâtralité et une sensibilité contemporaines: structure du texte, dramaturgie, interprétation et mise en scène.  Louise Belmas, avec juste une console de mixage et un micro, fait naître dans l’imaginaire du public et sur cette petite scène, une myriade de situations toutes poétiques mais aussi politiques.
Cette bio-fiction révèle d’autres possibles, à explorer sans hésitation. En silence, les spectateurs entrent en conversation avec le personnage. À plusieurs moments, la jeune femme s’adresse à eux, avec complicité et humour mais jamais par facilité théâtrale, ou pour installer une (fausse) relation d’empathie.
Nous sommes touchés par les thèmes évoqués dont certains nous sont, tristement ou gaiement, familiers ou plus graves, comme le jour de notre anniversaire, une chanson, l’exil, le souvenir, la famille, une disparition… Avec une énergie sans pareille, un esprit inventif pour lequel la chose la plus banale, comme une marche devant la sortie de secours, devient ici objet scénique, Louise Belmas nous émerveille. Le travail superbe de la lumière, la mobilité tout en souplesse de l’actrice, son regard malicieux, le timbre de la voix souvent posé, parfois ironique, mais jamais dans l’excès, la précision et fluidité des gestes offrent à la pièce, une dimension esthétique et dramatique d’une grande qualité. Le spectacle offre l’envie d’aller vers l’attention et la curiosité.
Une pépite théâtrale à découvrir ! 
 
Elisabeth Naud 
 
Jusqu’au 14 mars, le jeudi à 19 h, Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, Paris (XI ème). T. :  01 40 09 70 40.
 
 

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