Livres et revues : Comédie de Caen : 50 ans d’histoires sous la direction de Marcial Di Fonzo Bo, Elise Vigier et Jacques Peigné

Livres et revues

Comédie de Caen : 50 ans d’histoires sous la direction de Marcial Di Fonzo Bo,  Elise Vigier et Jacques Peigné , rédaction : Daniel Besnehard et Daniel Grisel

Ce gros volume de 424 pages avec plus cent-cinquante remarquables photos la plupart de Tristan Jeanne-Valdès récemment décédé, retrace plus de cinquante ans de vie théâtrale et culturelle à Caen.

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La Comédie de Caen fait comme partie de notre vie. Nous y sommes allés, dès que Jo Tréhard y fut nommé à la suite de la décentralisation initiée par Jeanne Laurent nommée en 1946, sous-directrice des spectacles et de la musique à la direction générale des Arts et Lettres au ministère de l’Éducation nationale. Pendant six ans, elle développa une politique de décentralisation théâtrale et elle créa les premiers centres dramatiques nationaux comme en 1946, à Colmar et nomma Jean Vilar, directeur du T.N.P. à Chaillot. En 68, au théâtre de l’Odéon occupé, lors d’une grande réunion-forum, elle avait posé une question très pertinente aux animateurs étonnés. Ils lui avaient demandé qui elle était. Et quand elle se nomma, toute la salle se leva pour l’applaudir ! Souvenirs, souvenirs…

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Jo Tréhard (1922-1972) fonda en 47 un centre dramatique régional qui devint en 69 la Comédie de Caen-Centre Dramatique National. Dans une ancienne salle paroissiale rue des Cordes qui a ensuite été refaite, puis il y a deux ans entièrement reconstruite. Grâce à lui, nous découvrîmes des auteurs allemands comme Max Frisch et Dieter Forte.

On une assez bonne idée de ce que furent le parcours et le combat permanent que mena Jo Tréhard à une époque où l’argent était rare. Et  Daniel Besnehard raconte bien l’aventure que connut aussi Michel Dubois (1937-2021) et qui lui succéda avec l’ambition de faire découvrir un répertoire inconnu surtout d’auteurs étrangers dont les pièces comme celles de R. W. Fassbinder n’étaient même pas, ou si peu jouées à Paris. Il faudra lui être toujours reconnaissant à cet homme aussi cultivé que tenace. Et il y a quelques textes de ses proches collaborateurs comme, entre autres, Claude Yersin, Jean-Yves Lazennec ou René Fix qui l’admire avec juste raison pour le combat discret mais incessant qu’il mena pour garder en ordre de marche ce théâtre.

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Michel Dubois  pendant vingt-cinq ans a toujours eu un axe prioritaire: se consacrer à la création de textes contemporains étrangers et français: Peter Handke, R.W. Fassbinder, Xaver Frank Kroetz, Michel Vinaver, Bertolt Brecht, Botho Strauss, Jean-Pau Wenzel, Edward Bond…

Puis il monta des œuvres peu connues de classiques: Shakespeare, Alfred de Musset, Maxime Gorki, Sophocle, Jacob Lenz,  Kleist, August Strindberg, Luigi Pirandello, Arthur Schnitzler, Büchner, Molière.

Et à la fin, il revint à des auteurs français et étrangers: entre autres Herbert Achtenbusch, Marguerite Duras, Daniel Lemahieu, Enzo Cormann, Agota Kristof…

 

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Éric Lacascade prit ensuite le relais en 97avec Guy Alloucherie pendant huit mois, puis seul après un désaccord artistique. Il monte une remarquable trilogie Tchekhov avec  Ivanov, La Mouette et Cercle de famille pour trois sœurs. Et Platonov. Puis Les Barbares de Gorki… Les spectateurs de Caen se souviennent encore avec émotion de ses mises en scène.
Et pour Eric Lacascade dans une entretien avec Sophie Lucet en 2003, « ce ne sont pas Ivanov ou Anna Pterovna qui m’intéressent mais leur efficacité dans un corps d’aujourd’hui. (…) Je crois encore aux vertus de l’expérience collective et singulière dans l’aventure du théâtre. Ce qu’on fait ensemble traversera peut-être. »

Et effectivement il saura rendre Anton Tchekhov accessible à tout un public qui n’avait jamais lu ni vu une pièce du grand dramaturge. Très rarement, nous n’avions connu une salle de Centre Dramatique National, aussi attentive et aussi émue…

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Au terme du mandat d’Eric Lacascade en 2007, Jean Lambert-wild est nommé et crée des spectacles hors-normes où la scénographie a une place importante comme en 2009 : Le Recours aux forêts, spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Michel Onfray, Carolyn Carlson et François Royet, La Mort d’Adam-Deuxième Mélopée de l’Hypogée, spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, François Royet et Thierry Collet,, War Sweet War, La Sagesse des abeilles, première leçon de Démocrite, ave des textes de Jean-Luc Therminarias, Michel Onfray, Lorenzo Malaguerra et François Royet,  En attendant Godot, de Samuel Beckett.
Et enfin Splendeur et Lassitude du Capitaine Iwatani Izumi, créé au Shizuoka Performing Arts Center à Shizuoka (Japon).

 

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Enfin, à la suite de la nomination de Jean Lambert-wild à Limoges, Marcial Di Fonzo Bo avec Élise Vigier ont dirigé jusqu’à cette année, la Comédie de Caen. Avec la même volonté que leurs prédécesseurs de créer des pièces d’auteurs contemporains. Marcial di Fonzo Bo a défendu entre autres, des textes de Copi, Rafael Spregelburd puis Martin Crimp,Petr Zelenska  James Baldwin et Richard Avedon, Roland Schimmelpfennig … «Ce livre d’archives se veut un outil pour la jeune génération, en même temps qu’un hommage à celles et ceux qui ont participé à la construction de la Comédie de Caen. C’est notre façon de contribuer au mouvement de la décentralisation, exception culturelle française, précieux bien commun.  »
En juillet, Marcial di Fonzo Bo été nommé directeur du Centre Dramatique National d’Angers et a été remplacé depuis quelques jours par Aurore Fattier – la première femme à diriger ce centre Dramatique National- qui «souhaite transmettre les grands textes classiques et contemporains au plus large public possible. Elle entend réaffirmer la dimension européenne du théâtre et en faire un lieu vivant, ouvert et généreux. »

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Comme Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier le font remarquer dans l’éditorial, « l’objectif de cet ouvrage est de faire mieux connaître cette singulière aventure humaine et de la restituer à travers le regard de ceux qui en furent les témoins. (…) Et nous avons proposé à Daniel Grisel, spécialiste de l’histoire politique et culturelle de Caen et de la Région Normandie de rédiger une grande parie de cet ouvrage. »
Mission accomplie : cet ouvrage d’une envergure exceptionnelle a été publié avec toutes les informations indispensables pour mieux comprendre ce que fut la vie de la Comédie de Caen, rue des Cordes puis aussi dans cette immense bateau à l’architecture brutaliste très laide construit en en 87 à Hérouville Saint-Clair, une ville nouvelle près de Caen. Une vaste structure mal foutue mais avec un très beau plateau et une salle de sept cent places. Mais la Comédie de Caen possède maintenant un beau théâtre toujours  rue des Cordes


Nous avons eu assez vite envie d’aller jusqu’au bout de cet ouvrage aéré par de nombreuses photos, entre autres de Tristan Jeanne-Valdès qui retrace les parcours de ces metteurs en scène qui ont dû mettre en accord les directives du Ministère de la Culture, avec la sensibilité d’une population et les choix des élus de la Ville et de la Région.

Et ce que ne dit pas ce livre mais qui s’en dégage, c’est une certaine continuité exemplaire dans la vie culturelle de cette région. Ce livre bien maquetté et richement illustré se lit facilement et avec plaisir. Il retrace tout un pan de la récente histoire du meilleur théâtre français, moins connue sans doute que celle de Paris et sa banlieue, mais tout aussi passionnante. A  conseiller en particulier, à tous les étudiants en théâtre et à tous les jeunes metteurs en scène.  Et il ne ruinera personne… 23,00 €.

Philippe du Vignal


Comédie de Caen : 50 ans d’histoires. Editions Les Solitaires Intempestifs.

 



Archive pour janvier, 2024

Invisibili,scénographie et mise en scène d’Aurélien Bory

Invisibili, scénographie et mise en scène d’Aurélien Bory

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© rosellina garbo

Entre danse et théâtre, une création réalisée à Palerme. Ville où a été peinte en 1440 par un artiste inconnu une fresque murale dans la cour du Palais Sclafani: Le Triomphe de la mort qui sert de toile de fond au spectacle.

Pina Bausch y conçut Palermo Palermo, un ballet dont le metteur en scène s’inspire pour guider ses quatre danseuses, enfants de cette ville, comme le saxophoniste Gianni Gebbia qui les accompagne. Christopher Goddey, alias Chris Obehi, musicien et auteur-compositeur nigérian, lui est Palermitain d’adoption, arrivé par la mer sur un canot de fortune en 2016.

Devant cette fresque, reproduite sur une toile à l’échelle d’origine: six mètres sur six, et hissée sur scène comme une voile de navire, les interprètes affronteront la Faucheuse : un squelette grimaçant sur son cheval émacié à l’assaut de nombreux personnages.
Les surgissements et disparitions des artistes, crachés puis happés par l’image centrale de la Camarde triomphante, sont la trame de cette dramaturgie funèbre, au son du saxophone et rythmée par les légères pulsations du synthétiseur.
La musique originale de Gianni Gebbia se marie parfois avec La Deuxième Suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach et Pari Intervallo d’Arvo Pärt…

Trois Parques drapées de noir folâtrent devant les personnages de la fresque, les imitent, s’en moquent… Elles emportent une frêle créature, la condamnant ainsi à une lente agonie dans les bras avides du cavalier décharné… A l’envers du décor, Hallelujah de Leonard Cohen, chanté par Chris Obehi, accompagne la danse des transies, assises sur des chaises… Une citation explicite de Pina Bausch dont le vocabulaire a influencé Invisibili

Pour Aurélien Bory, Valeria Zampardi, Blanca Lo Verde, Maria Stella Pitarresi, Arabella Scalisi sont «les filles de Pina Bausch». «Les œuvres qui nous marquent sont comme des rencontres, elles nous changent à jamais. En arrivant ici, j’avais en tête ce mur en béton qui tombe au début de Palermo Palermo et cette dame qui se fraye un passage au milieu des débris.»

 Il Trionfo della morte qui s’anime sous nos yeux et se transforme au fil du spectacle, a été peint quand la peste noire ravageait la Sicile comme toute l’Europe. Autres temps, autres fléaux: le cancer nous frappe en masse, comme les guerres et les naufrages en Méditerranée avec leurs victimes sans nom… Aurélien Bory ne se contente pas d’y faire allusion et met en scène l’agonie d’une cancéreuse à l’hôpital (autre clin d’œil à la mort de Pina Bausch) et nous surprend avec l’apparition d’un bateau pneumatique où s’agrippe le chanteur nigérian. Une séquence incongrue et un peu besogneuse qui tranche avec l’esthétique raffinée de la première heure.

 «Le peintre et son assistant se sont représentés sur le côté de la fresque, regardant le spectateur, dit le metteur en scène. On y voit aussi des musiciens, des femmes qui dansent…» Comme ces artistes du passé, il veut nous montrer ces Invisibles, pour leur rendre un dernier hommage. Les costumes de Manuela Agnesini sont d’une simplicité sophistiquée et une habile machinerie donne vie au Triomphe de la mort sous les lumières d’Arno Veyrat.

Aurélien Bory, homme de théâtre complet que nous suivons depuis longtemps, nous a habitués au meilleur avec La Disparition du paysage, aSH, Dafné… (voir Le Théâtre du BlogInvisibili n’y déroge pas, malgré nos quelques réserves  «S’il n’y a pas de nécessité, disait Gilles Deleuze, il n’y a rien, ou pas grand-chose.» Il faut voir ce beau spectacle.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 20 janvier, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

Les 30 et 31 janvier, La Coursive-Scène Nationale de La Rochelle (Charente-Maritime).

Du 6 au 10 février, Maison de la Danse, Lyon ; les 14 et 15 février, L’Agora-Pôle national des arts du cirque, Boulazac (Dordogne).
Et les 26 et 27 février, Le Parvis-Scène Nationale de Tarbes, (Hautes-Pyrénées).

Du 11 au 14 avril,Teatro Astra,Turin, puis à Florence, Modène, Bologne.

Zoé, texte et mise en scène de Julie Timmerman

Zoé, texte et mise en scène de Julie Timmerman

C’est la fille unique d’un couple d’acteurs: père atteint de troubles bipolaires et  mère naviguant à vue, absorbée par son métier, les travaux ménagers et l’éducation de sa petite fille «Zoé dit Julie Timmerman, est le récit d’une émancipation. J’ai huit ans. C’est l’année Cyrano de Barjolac. Enfin, un truc comme ça. Papa se promène avec un faux nez et une épée qui se prend dans les portes. Il saute partout, il rit très fort, il est brillant, c’est mon papa. J’ai un nouveau copain à l’école, Victor. Il préfère collectionner les cartes de Jeanne et Serge plutôt que de regarder L’Anneau des Nibelungen avec moi. J’ai 10 ans. C’est l’année Roi « Lire ». Maman dit à papa de se lever parce qu’elle en a marre de tout faire à la maison pendant qu’il pleure à longueur de journée en pyjama. Dans ma chambre, Victor fait Brunehilde et moi je joue Siegfried, le chevalier sans peur. Un jour, je sauverai mon papa. (…) J’ai quarante ans, je suis une femme, une artiste une mère. J’écris un spectacle sur mon enfance. Je n’ai pas vu mon père depuis dix ans. »

 

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Voilà tout est dit ou presque, et c’est, vous l’aurez compris, le récit d’un exorcisme mené par l’autrice et metteuse en scène qui a bouclé la boucle: à son tour, elle est devenue maman d’une petite fille… Sur la petite scène, tout un bric-à-brac : une table avec des fils tendus en guise de plateau, avec quelques assiettes pleines de salade en tulle vert, quatre chaises en tubes inox et stratifié des années cinquante comme celles qu’utilisa souvent Jérôme Deschamps, des lambeaux de tulle vert et blanc accrochés aux cintres, une table de maquillage côté cour, … Et ce sont, comme partout, les premiers de l’année (mais il y en aura hélas bien d’autres!) des jets de fumigènes à gogo et lumières stroboscopiques! Des stéréotypes très mode mais absolument inutiles que Julie Timermann aurait pu nous épargner. Bref, une scénographie vraiment laide qui dessert le texte.

La pièce va cahin-caha mais avec de bons moments, comme ces quelques scènes entre la mère et la fille, des répétitions de scènes de Jean Racine, Victor Hugo ou des citations de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Anne Cressent, Mathieu Desfemmes, Alice Le Strat et Jean-Baptiste Verquin font le boulot mais ne sont guère aidés par une dramaturgie faiblarde. Même si la musique de Richard Wagner et aussi de Madonna et Manu Chao apporte des couleurs à un ensemble un peu terne.  Mais nous sommes restés sur notre faim.
Tout se passe en fait comme si Julie Timermann avait eu quelque mal à traduire sur ce plateau, un espace mental très intime qu’elle essaye de cerner (angoisse de la petite fille devant l’instabilité du père face aux réalités de la vie et quasi-absence de la mère). On ne peut être insensible à cette quête personnelle et à cette remontée dans une enfance qui a dû être assez mouvementée.
Mais à l’impossible, nul n’est tenu! Et ce père, cette mère et leur fille ne sont finalement que des esquisses de personnages peu convaincants. Et Julie Timmerman a aussi bien du mal à maîtriser le temps: il y a des longueurs dans cette heure et demi qui manque de rythme.
Bref, cette confession-exorcisme telle qu’elle nous est offerte, n’était sans doute pas une vraiment bonne idée. Et avec une actrice seule en scène et quelques accessoires, la metteuse en scène aurait mieux réussi son coup. Ce spectacle, encore brut de décoffrage (Alice Le Strat boule souvent son texte), se bonifiera sans doute. Mais nous aimerions voir Julie Timmerman monter des spectacles comme ceux qu’elle maîtrisait complètement: Un Démocrate ou Bananas (and Kings) (voir Le Théâtre du Blog). Donc à suivre.

Philippe du Vignal

Jusqu’ au 29 février, Théâtre de Belleville, 16 Passage Piver, Paris (XI ème). T. : 01 48 06 72 34.

Le 16 janvier, dans le cadre des ATP d’Epinal Vosges). Le 23 janvier, Théâtre Auditorium, dans le cadre des ATP de Poitiers (Vienne). Le 30 janvier, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Le 2 mars,dans le cadre des ATP de l’Aude. Le 6 mars, Espace culturel Boris Vian, Les Ulis (Essonne). Les 10 et 11 mars, Centre culturel Marcel Baschet, Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) Le 15 mars, Théâtre des Deux-Rives, Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). Le 26 mars, dans le cadre des ATP de Nîmes (Gard). Le 28 mars, dans le cadre des ATP d’Uzès (Gard).

Le 11 avril, dans le cadre des ATP de Dax (Landes). Le 16 avril, dans le cadre des ATP d’Avignon (Vaucluse). Le 18 avril, dans le cadre des ATP de Lunel (Hérault).

Le 3 mai, dans le cadre des ATP de Roanne (Loire). Le 25 mai, dans le cadre des ATP de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Et le 28 mai, Espace Jean Legendre-Théâtres de Compiègne (Oise).

Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry, traduction de Thomas Voulgaris, mise en scène d’Evi Dimitropoulou

Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry, traduction de Thomas Voulgaris, mise en scène d’Evi Dimitropoulou

La troisième pièce de l’écrivain français qui a obtenu deux Molières en 2009,  est créée en Grèce. Cette comédie dénonce un système financier intransigeant mais sans donner une leçon de morale et fait rire le public.
Vassilis Vlachos excelle en Alain Kraft, un bourgeois de cinquante-huit ans d’origine modeste. Il vient effectuer un retrait en espèces à sa banque mais la nouvelle direction indienne de l’établissement a bloqué son compte et refuse de le laisser partir. On l’accuse d’avoir enfreint la loi, en s’étant enrichi et ayant «changé de caste».

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L’acteur incarne, entre sérieux et burlesque, toute une gamme des sentiments : surprise, confusion, angoisse, colère, indignation, compromis… de ce client, victime d’un système autoritaire qui va gérer sa fortune au nom de la justice sociale !
Chryssovalantis Kostopoulos interprète avec charme et mystère un guichetier solitaire qui dévoile progressivement le besoin d’être aimé et un comportement manipulateur.
Elissavet Stavridou (Brigitte) crée une personnage excentrique qui entre dans un délire amoureux pour Alain Kraft et fait généreusement rire. Andriani Toundopoulou ) est sublime dans les personnages  de La Dame, La Mère et L’Indien et il fait ressortir tout le comique absurde de cet univers kafkaïen. Bref, Cochons d’Inde dans la mise en scène précise d’Evi Dimitropoulou est un bon spectacle !

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre Alexandria, 14 rue Spartis, Athènes, T. : 0030 2121007079.

Paysage après la bataille, chorégraphie d’Angelin Preljocaj : répétitions publiques du Ballet Preljocaj Junior

Paysage après la bataille, chorégraphie d’Angelin Preljocaj, répétitions publiques du Ballet Preljocaj Junior

Paysage après la bataille A PRELJOCAJ 2 ph DR« Nous travaillons sur la transmission d’une œuvre, dit le chorégraphe. Il a initié cette jeune troupe en 2015 au Pavillon Noir-Centre Chorégraphique National à Aix-en-Provence où il a installé sa compagnie. Les douze apprentis de la septième promotion ont été choisis parmi trois cent-quarante candidats entre dix-huit et vingt-et-un ans, frais émoulus d’écoles supérieures. « Au Pavillon Noir, dit Angelin Preljocaj,  les répétitions publiques sont fréquentes. Pour les danseurs, surtout quand ils sont jeunes, il est intéressant de travailler devant des spectateurs qui, eux, comprennent alors mieux les mécanismes de l’apprentissage.»

Pour la première fois, le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt  propose un rendez-vous intime avec la danse, à la Coupole devenue une salle de spectacle confortable au sixième étage de l’édifice entièrement rénové. Nous avons le privilège d’entrer dans la fabrication de ce ballet ravivé par les jeunes interprètes. Ici, ils répètent une séquence  de la pièce qu’ils ont appris dans son intégralité (soixante-quinze minutes) pendant deux mois. avec des répétiteurs. Angelin Preljocaj les fait travailler et redécouvre son œuvre tableau par tableau, reprenant tout en détail : « C’est vous, leur dit-il, qui allez donner la précision à l’image ».

Un patient débroussaillage avec indications sur le nombre de pas, le rythme, les intentions de mouvement: le chorégraphe est toujours concret: «Tu la pousses, comme si tu voulais la planter comme un arbre. » «Tu tombes comme une flaque. » (…) « Tu te relèves comme un ressort.» «Mettez un peu plus de drame dans tout ça.»  Ou encore, pour les petits moments plus légers : «C’est plus Fred Astaire, que Bob Marley.» Le maître leur apprend à anticiper les gestes: «Il faut que tout le corps soit en place sans qu’il y ait de parasite (…)  La forme est déjà là, quand tu arrives. »

A la fin, sur la musique techno signée Goran Vejvoda et Adrien Chalgard, ces dix minutes de Paysage après la bataille prennent tournure. De longs arrêts sur image reproduisant des scènes de bataille, alternent avec dispersions véloces et regroupements. On entrevoit la nature contrastée de la pièce où l’agitation des corps fait place à des silences expressifs et clins d’œil humoristiques au «clubbing». «Ce ballet, écrivait le chorégraphe à sa création, se veut le résultat de joutes imaginaires entre personnages antinomiques: l’écrivain américain Joseph Conrad, et le peintre et sculpteur français Marcel Duchamp. Entre une approche intellectuelle de la création qui engendra l’art conceptuel, et une vision instinctive de l’art. Le corps possédant par nature ces deux tendances, devient alors l’enjeu du match.»

 Sans y lire une dichotomie entre les passions sauvages, la noirceur d’Au cœur des ténèbres (1899), et l’univers froid de la conceptuelle Roue de bicyclette, on ressent à travers cette danse minutieuse, les enjeux de notre époque. Créé en 1997 en pleine guerre de Bosnie, la pièce rejoint nos angoisses devant les conflits actuels… Elle s’inspire des grandes peintures de la Galerie des Batailles au château de Versailles ou du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault. Avec des corps amoncelés, dispersés, déformés dans une raideur cadavérique…. Mais les danseurs sont bien vivants!  Une mise en abyme troublante dans le contexte historique présent.

La tendance est à la reprise d’œuvres du passé, mais aussi contemporaines : celles de Pina Bausch, Dominique Bagouet, ou Maguy Marin (le fameux May B).  Noces d’Angelin Preljocaj (1985) présenté à nouveau au festival Montpellier-Danse a enchanté le public (voir Le Théâtre du blog). Le chorégraphe veut transmettre son répertoire. «Je suis curieux de voir comment ces jeunes qui n’étaient pas nés au moment de cette création, vont s’en emparer et y introduire tout ce qu’ils vivent aujourd’hui».

Chaque promotion du Ballet Preljocaj Junior finit son cursus avec une reprise.  «Une pièce qui n’est pas donnée meurt, dit-il. Ici, régénérée par les danseurs.» Il a été en France l’un des premiers à adopter le notation inventée par le mathématicien et choréologue Rudolf Benesh (1916-1975). « Cette écriture du mouvement, purement formelle sans affect ni dramatisation laisse toute liberté à l’interprète, contrairement à la vidéo incitant à une reproduction mécanique. »

Travail de fourmi, cette répétition nous montre comment Angelin Preljocaj invente un ballet, d’où part le mouvement et comment s’établit une complicité entre les corps dansants. Il guide au plus près ces jeunes artistes pour leur éviter les blessures. Il reste quelques mois avant la première en mars aux Rencontres des ballets juniors européens qui se feront au Pavillon Noir à Aix-en-Provence. Une tournée commencera en Roumanie.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 13 janvier, Théâtre de la Ville-Sarah-Bernhardt, Place du Châtelet, Paris (Ier ). T. : 01 42 74 22 77.

 

Giorda, l’hypnotiseuse

Giorda l’hypnotiseuse

Pour Hypn’Ose, sa nouvelle productrice Claire Denay a poussé Giordia à aller encore plus loin dans une expérience immersive et sensorielle. « J’ose, dit-elle, être qui je suis. Elle m’a incitée à laisser s’exprimer ma folie. Je suis vraiment moi : mon affiche colle plus à ma personnalité et s’éloigne des codes de l’hypnose. Avec des émotions que le public pourra vivre au cours du spectacle.
Je sais exactement ce que je souhaite communiquer. J’avais à la fois très envie qu’ Hypn’Ose insuffle au public l’énergie et le courage d’oser. Et qu’il soit heureux en pensant: «Moi aussi, je peux être extraordinaire si j’ose l’être ! » Et je voulais aussi évoquer la réalité, une notion tellement subjective. Dans ma tête, tout est clair mais sur scène, bien souvent, il en est autrement.
Le spectacle s’appuie chaque soir ceux qui partagent la scène avec moi, «les hypnotisés »…Et comme nous sommes des êtres uniques, cela donne un moment unique avec les réactions uniques des «réceptifs» pour qui l’hypnose est très excitante.

Stéphane Kerrard

©Stéphane Kerrard

Je veux faire prendre conscience que nous voyons le monde à travers nos propres filtres et perceptions. Ma réalité n’est pas la vôtre mais il est difficile de préparer vraiment un spectacle d’hypnose : il y a ce que j’imagine et ce qui se passe vraiment. Ici, je ne peux pas répéter mon spectacle: il se crée chaque soir avec des partenaires différents qui le façonnent et lui donnent vie. J’accepte donc d’échouer, puisque j’expérimente, sans complice.
Si mes suggestions ne fonctionnent pas une fois, aucune importance… Même si j’aimerais que cela marche à tous les coups. Mais si elles échouent encore, je le retire: elles fonctionneraient rarement.
Ce passage de la théorie à la pratique, me permet de savoir si je suis ou non sur la bonne voie. Et une tournée me permet d’affiner mon spectacle. »

Giorda veut montrer qu’en chacun de nous, sommeille un potentiel extraordinaire et essaye de faire découvrir au public un monde sans limite où tout est possible. « Souvent, dit-elle, ce qui nous empêche d’avancer, ce sont nos doutes et nos peurs du jugement, du ridicule, de l’échec. Si on avait conscience que rien n’est échec mais expérience, on serait tellement plus heureux. On dit que l’hypnose est aussi de l’auto-hypnose, alors bien sûr, j’essaie de me l’appliquer du mieux que je peux… »
Elle
a été comédienne : selon elle, le théâtre ne l’aide pas dans le processus créatif mais de par sa formation, elle a appris à savoir occuper physiquement la scène, à avoir le sens de la répartie et de l’improvisation: indispensables pour pratiquer l’hypnose en spectacle. «Durant une heure trente, avec des gens que je ne connais pas, je vais partager une expérience unique et personnelle: à la fin, j’ai le sentiment de les connaître. Nous sommes alors une véritable troupe. »

Je suis toujours actrice mais je vis mes plus belles émotions comme hypnotiseuse: j’adore la scène et ses lumières, le public, les applaudissements. Mais ici je ne joue pas un personnage. Je suis juste là avec mes failles, ma joie et je pense que le public le ressent. En symbiose complète avec tous les spectateurs et non plus avec certains comme dans mon précédent spectacle. Chacun peut oser être soi-même : pas toujours évident en société… »
J’ai découvert l’auto-hypnose, quand, petite fille, je faisais du sport de haut niveau. On s’en servait pour se préparer mentalement, se visualiser en train de travailler notre confiance et améliorer notre récupération.

Giordia aime aussi faire du bien:  » Montrer que, si un instant, des gens ont pu ressentir un mieux-être ou voir des choses extraordinaires, ils pourraient aussi faire de hypnose thérapeutique si nous avions le temps.  Mais dans un spectacle,je n’en ai pas. Alors si je peux susciter chez un bon nombre de spectateurs, l’envie de se tourner vers cette pratique (bien-sûr avec un professionnel de l’hypnose), j’aurais réussi à divertir, tout en enseignant : « Osons être extraordinaires » !
J’ai une base écrite mais, en perpétuelle adaptation, je dois reconstruire en permanence ce que j’avais imaginé. Je ne demande jamais combien il y a de spectateurs il y a mais veux juste entrer en scène avec l’envie que tous ensemble, nous mettions le feu!
Avant,  je m’enferme dans ma loge, avec mes musiques, toujours les mêmes… Parfumée aux Fleurs de Bach et à mon huile essentielle de menthe poivrée, j’ai une pierre en pendentif et j’ai un toc: je me maquille. Même si je l’ai terminé, quand il y a du retard, je rajoute des couches…. Alors je vous laisse imaginer s’il y avait une heure de retard… »

Cette hypnotiseuse a-t-elle une expression qui fonctionne particulièrement bien ? « Oui, dit-elle, j’adore cette suggestion « Je suis génial.» ! A la fois, drôle pour le public et tellement euphorisante et bénéfique pour celui qui le vit.
Je choisis à la fois des «hypnotisés» extravertis et d’autres, plus introvertis chez qui la suggestion aura l’air de ne pas fonctionner. Pourtant ils la ressentiront bien plus profondément. J’aimerais que ce spectacle réconcilie les réfractaires avec l’hypnose. Que tous ceux qui en ont peur ou n’y croient pas, viennent la découvrir et se disent : « J’avais peur, je n’ai pas eu envie d’essayer, mais la prochaine fois,  ce sera oui .»
Je veux montrer que nous avons tous une hypnose potentielle  qui ne demande qu’à être réveillée. Elle s’appuie sur notre imagination: c’est génial, il n’y a aucune limite sauf celle que nous nous fixons. Elle existe grâce à tous ceux qui acceptent de partager la scène avec moi et qui m’offrent leur confiance. Un cadeau merveilleux : je veux en être digne et leur offrir un moment unique et inoubliable…

 Sébastien Bazou

Interview réalisée le 2 janvier avec l’accord de Bénigne Tainturier.

Les 23 janvier, 14 février et 13 mars au Théâtre de L’Européen., Paris (VIII ème).
Et en tournée en France.

A nos lecteurs

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                                                        Mosaïque grecque ( IV ème siècle après. J. C.) en actuelle Turquie
                               santé, vie, joie, paix, sérénité, espérance
Nous tenons à remercier, pour leur fidélité et leurs commentaires, tous nos lecteurs de France mais surtout de l’étranger; nous avons atteint pour le mois de décembre 2023: 72.000 visites et 76.000 hits.
Comme l’an passé, nous essayerons, cette année 2024, de vous tenir au plus près de l’actualité théâtrale et, le plus honnêtement possible, de vous faire partager nos coups de cœur mais aussi nos désaccords et déceptions, que ce soit dans les petites comme les grandes salles à Paris,dans les régions et au-delà des frontières.
Mais aussi dans les nombreux festivals, à la fois en théâtre, danse, performance, cirque, magie… et parfois cinéma.
Notre amie Christine Friedel va mieux et nous espérons qu’elle pourra très vite reprendre sa chronique.

Philippe du Vignal et toute l’équipe du Théâtre du Blog
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