Entretien avec la pianiste Shani Diluka
Entretien avec la pianiste Shani Diluka
Cette artiste virtuose a été la première Française de parents shri-lankais, à entrer au Conservatoire national supérieur de musique et de danse où elle a remporté le premier prix de piano. Shani Diluka est la partenaire régulière d’ensembles de musique de chambre: les quatuors Ébène, Ysaÿe, Pražák, Modigliani, Belcea Et du violoncelliste Valentin Erben, du quatuor Alban Berg, de la mezzo-soprano Teresa Berganza, du clarinettiste Michel Portal et de la soprano Natalie Dessay. Elle collabore aussi avec les compositeurs György Kurtág, Wolfgang Rihm, Karol Beffa, Bruno Mantovani dont elle a créé Cinq pièces en hommage à Paul Klee. Et elle a récemment participé à l’aventure de Flouz au Théâtre du Châtelet (voir Le Théâtre du Blog).
-Dans Le Livre de nos mains initié par le neurochirurgien Damien Chauvet, vous parlez d’un accident domestique à vingt-quatre ans. Ce qui a entraîné un long arrêt dans votre carrière de soliste. Cela a nécessité une rééducation mais ensuite que s’est-il passé?
-Un moment capital pour moi: je venais de signer avec une grande maison de disques et avais prévu de faire mon premier concert au festival de La Roque d’Anthéron. Mais il y a eu deux ans d’arrêt et six mois avec attelles sur les tendons sectionnés du pouce. Le chirurgien qui m’a opérée, m’a dit d’imaginer jouer tous les jours, ce que j’ai fait une heure chaque matin devant mon piano. J’ai alors beaucoup lu: des philosophes comme Emmanuel Kant, Frédéric Nietzche mais aussi des partitions. Quand je suis revenue au piano, j’ai pris conscience du son et de nouvelles harmoniques se sont développées… J’ai commencé par jouer du Jean-Sébastien Bach…
-Il est rare qu’une artiste virtuose ne se limite pas à ses concerts. Pourquoi êtes-vous allée vers d’autres types de création artistique: un travail avec des détenus pour Flouz ( voir le Théâtre du Blog), une collaboration avec des acteurs comme François Morel, Guillaume Galliene, Denis Podalydès. Mais aussi écrire vos textes et adapter pour le piano des œuvres pour les jouer avec les Daft Punk, etc.
-J’ai grandi entre des cultures très différentes. L’occidentale : à Monaco quand j’avais dix ans, j’ai vu Laurent Terzieff mais aussi Les Ballets russes. A Milan ,j’ai découvert le Piccolo Teatro et de grands solistes comme Radu Lupu, etc.. Et la culture de mes origines au Sri Lanka.
La musique a été une des réponses et a créé chez moi une sorte d’universalité. J’ai joué du Mozart à Monaco et au Sri Lanka où j’ai vu naître l’émotion chez des gens qui ne l’avaient jamais entendu! Et au Conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris, j’ai été prise en main par Jean Daniel et Edgard Morin que je connaissais bien. Ils m’ont ouvert à la pluralité culturelle. Jeanine Roze m’a fait découvrir Paul Claudel et m’a mise en contact avec Denis Podalydès, pour un spectacle au Théâtre des Champs-Elysées. Puis, j’ai rencontré Guillaume Galliene en élaborant un C.D. autour de Marcel Proust. Les mots sont aussi, pour moi, une rencontre avec la musique. Souvent, avant d’entrer en scène, je lis de la poésie. Au départ, je voulais faire Science-Po pour comprendre le monde et au Conservatoire, j’ai pris toutes les options : théâtre, littérature, histoire de l’art…
-Avez vous déjà collaboré avec des danseurs ?
-Pas encore, mais la Philharmonie de Paris m’a proposé une collaboration avec un danseur de hip hop. J’avais eu une expérience avec Philippe Decouflé mais cela n’a pas abouti car il y avait trop de tournées !
-A La Tanière, un célèbre centre de protection animale, on peut lire cette phrase : «L’art et l’animal ont un point commun: ils provoquent en nous ce qu’il y a de plus profond, l’émotion.» Vous-même avez écrit : «J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche. J’attache de la valeur au règneanimal, à la république des étoiles.»Êtes-vous toujours en accord avec cela?
-Oui, on ne respecte pas assez la sacralité des animaux. Je suis d’une famille bouddhiste et, dans la pensée bouddhiste, nous sommes égaux à un arbre, à une fleur, à un oiseau. Mon compagnon est chanteur et imite des centaines d’espèces d’oiseaux. Pour moi, le monde de l’animal est très présent. Au Sri Lanka, nous avons un rapport sacré avec l’éléphant, par exemple. C’est une leçon : nous devons respecter le règne animal.
Jean Couturier
Le 9 février, récital Beethoven/Grieg/Liszt à La Scène 55 de Mougins (Alpes-Maritimes)
Du 3 au 5 mars, Grieg/Brahms/Tchaïkovsky en musique de chambre, au SoNoRo Music Festival, Bucarest. Le 25 mars avec l’Orchestre national d’Île-de-France, à la Philharmonie de Paris et Concerto K 488 de Mozart en tournée.
Du 29 avril au 6 mai, résidence autour de Schubert à la Villa Musica en Allemagne.
Le 8 mai, Concerto n°3 de Beethoven avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Monaco. Le Le 16 mai, Récital Bach et les minimalistes, Jazz à Saint-Germain-des-Prés, Paris (VI ème). Le 23 mai, Concerto pour piano de Reynaldo Hahn.
Le 23 juin, avec l’orchestre Brucknerhaus de Linz (Autriche). Le 28 juin, récital Bach et les minimalistes, Grand Piano Festival, Orléans (Loiret) et le 29 juin, au festival Sœurs jumelles de Julie Gayet, Rochefort (Charente-Maritime).

