Kids de Fabrice Melquiot, mis en scène de François Ha Van
Kids de Fabrice Melquiot, mise en scène de François Ha Van
Comment finir une guerre ? On ne sait pas. Même à la fin, un conflit reste toujours la guerre avec ses ruines, ses derniers snipers et ses orphelins. L’auteur a eu l’idée forte d’une pièce sur les orphelins de la guerre de 1992 en ex-Yougoslavie. Une bande d’enfants à la rue: treize ans à dix-sept ans, avec la solidarité d’une cour de récréation. Un garçon et une fille s’aiment ? Oui, avec ardeur et brutalité, là, n’est pas la question. Dans la bande, ils ne se détestent pas non plus, même si l’un est serbe et l’autre, bosniaque. Ils se cognent et vérifient leurs forces, à la mesure de la faim, de la mendicité et du vol. Mais aussi des parades qu’ils jouent pour tirer quelque argent des Casques Bleus. Ils apprennent un anglais basique pour partir d’ici et se donner rendez-vous plus tard… ailleurs.
La bande a son chef qui s’est imposé tout de suite, et son souffre-douleur. Et de douleur, ils n’en manquent pas mais sujet tabou: on n’évoque pas les morts et il en faut soudain un parmi eux pour que les sanglots éclatent et le deuil. François Ha Van mène sa troupe avec une énergie inflexible comme l’écriture de Fabrice Melquiot,, jusqu’à la fin du spectacle Ici, rien de superflu dans ce théâtre à l’ancienne avec les costumes que l’on peut : des tenues de sport comme celles de tous les jeunes, venues de la récup’ mais sans un détail de trop : c’est juste, vu la situation.
Quelques cubes pour s’asseoir mais la bande en a peu le temps, une bâche comme abri et et ce petit amphithéâtre devient le terrain de cavalcades pour ces jeunes interprètes. Cela suffit et le jeu collectif a la même rigueur. Les acteurs se donnent constamment à fond. La tension permanente est-elle trop rude, sans nuances? C’est comme ça. Pas de psychologie mais des comportements universels.
Cette bande-là pourrait aussi bien, sous ses oripeaux et avec son langage actuel, être celle du Gavroche des Misérables. On peut avoir le sentiment d’être parfois face à un exercice d’école mais chapeau à Nathan Dugray, Montaine Frégeai, Axel Godard, Yann Guchereau, Hoël Le Corre, Sylvain Le Ferrec, Julie Boulourde (en alternance avec Lara Melchiroi, Manon Preterre)
Christine Friedel
Jusqu’au 6 avril, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30.

