Rencontre avec Enki Bilal : les rapports de la danse et du neuvième art.

Rencontre avec Enki Bilal : les rapports de la danse et du neuvième art

Chaillot a invité la bande dessinée au foyer de la danse. Maximilien Chailleux, directeur de l’académie Delcourt qui y expose les dessins de ses élèves et Pierre Lungheretti se sont entretenus en public avec Enki Bilal autour du thème: dessiner la danse. Puis le danseur Mourad Bouayad a fait une performance qui a été croquée en direct par Edmond Baudoin

© Fred Tanneau

© Fred Tanneau

Enki Bilal, originaire d’ex-Yougoslavie, a, enfant, découvert à Belgrade, des spectacles et des films produits localement mais aussi, entre autres, des westerns. Cela lui a donné envie de créer des images vivantes: «Avec les autres garçons, nous faisions des dessins à la craie sur les trottoirs. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai découvert les magazines de B.D. Pilote, Tintin, et Spirou.
Je vais alors vers les dessins réalistes, comme ceux de Gir (alias Moebius ou Jean Giraud), Jean-Claude Mézière mais aussi Uderzo avec ses albums Tanguy et Laverdure. Je découvre aussi Gotlib, sa folie, son humour son irrévérence… Tout cela aujourd’hui, n’existe plus .»

« On doit maintenant faire attention, dit Enki Bilal, à ce que l’on dit: on a tellement régressé, je ne dis pas que c’était le bon vieux temps mais cela lui ressemblait un peu. Aujourd’hui quel est le sort des dessinateurs de presse quand les grands journaux suppriment leur poste. » Il évoque la connaissance, la transmission et la Culture et selon lui, en perdition : « Il y a une accélération du négatif, du futile, de l’individualisme, du communautarisme. Tout un tas de choses en: «isme». Seul, le mot humanisme est à sauver. »
Pour Enki Bilal, la bande dessinée était florissante des années soixante à quatre-vingt dix, en France et en Belgique mais elle a été peu soutenue par les tutelles. «On est dans un pays où la puissance du Verbe est forte, où le dessin paraît moins essentiel, plus anecdotique, pas sérieux et destiné à l’enfance. C’est dommage. »

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Rien de plus beau pour lui, qu’associer récit et dessin. Il évoque aussi sa collaboration avec Angelin Preljocaj pour la scénographie et les costumes de Roméo et Juliette, à l’Opéra de Lyon en 90… Tous deux originaires des Balkans, se sont rencontrés pendant la guerre de Yougoslavie : «C’était le moment de faire ce spectacle: on pouvait imaginer une Juliette croate et un Roméo bosniaque ou serbe. Angelin connaissait mon travail et je lui ai proposé le principe du mur, un thème que j’avais abordé ailleurs et qui est  un symbole de la bêtise humaine.»

L’artiste a dessiné de nombreux visages et corps, ce qui le rapprochait de la chorégraphie d’Angelin Preljocaj. Maximilien Chailleux souligne qu’il existe plusieurs états du corps dans ses œuvres. « Le corps est une enveloppe précieuse, dit Enki Bilal. Je m’occupe des corps du présent et du futur, d’où une certaine hybridation, je ne glorifie pas ceux du passé.  Dans mes récits, les individus sont opprimés par la société. Le corps les porte dans la résistance, la défaite ou la victoire. Dans un ballet, le corps et sa mouvance prennent tout leur sens. Mes B.D. ne sont pas des récits de mouvements qui sont plutôt dans les idées et les têtes et j’ai choisi d’être plutôt statique. »

Enki Bilal parle ensuite de Shakespeare Bilal: une rencontre (2023) qu’il a écrit avec Marie Barbier, journaliste qui écrit aussi des livres sur des artistes, illustrés par Druillet, Blutch. «Shakespeare, dit-il, est une rencontre pour moi et sa palette d’histoires m’a impressionné. J’ai utilisé celle de Roméo et Juliette dans Julia et Roem (2011) où des survivants manipulés sont mis en situation de vivre l’histoire de ces jeunes gens. A un moment, ils citent le texte du grand dramaturge.»

Enki Bilal évoque aussi une autre spectacle pour lequel il a réalisé décor et costumes, La Solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Kristian Frédric (2023) à l’Espace Cardin-Théâtre de la Ville (voir Le Théâtre du Blog). Enfin, un spectateur souligne l’importance de la couleur chez cet artiste  Il dit en avoir très vite senti le potentiel dans la narration: «Il ne s’agit pas simplement de mettre de la couleur sur le réel mais sur le dessin, et elle peut se substituer aux mots, devenir narrative… Le rouge, le bleu, le gris viennent donner une autonomie au dessin et j’ai ainsi quitté celui au trait. »

Jean Couturier

Rencontre le 19 mars à Chaillot-Théâtre National de la Danse, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème). T. : 01 53 65 31 00.

 

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