Habiter, texte et mise en scène de Patricia Allio

Habiter, texte et mise en scène de Patricia Allio

Un  solo d’une heure avec Pierre Maillet, maintenant bien connu (voir Le Théâtre du Blog). C’est sur le mode conférence à l’humour acidulé, une performance qui avait été créée en 2014 et que l’acteur et metteur en scène reprend ici avec jubilation.
Cela parle-apparemment-de tout et de rien mais d’abord de l’habitat urbain, surtout quand il est pensé et réalisé entre autres par Jean Nouvel avec Doha 9, un gratte-ciel à Doha au Quatar ( 2012) 238 mètre sur quarante-six étages avec un sommet doté d’une flèche qui fait penser à un phallus, comme nombre d’immeubles fin dix-neuvième ou début vingtième siècles à Paris, entre autre celui de Marcel Oudin ( la Fnac actuelle avenue des Ternes). Ce qui réjouit Pierre Maillet… et le public. Dans la petite salle en bois du Monfort si simple et qui offre un beau contraste avec l’architecture contemporaine montrée en photos et souvent prétentieuse (le trop fameux « geste architectural), Pierre Maillet occupe l’espace avec maestria…

 

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Sur le plateau, au même niveau que la première rangée de spectateurs, juste une tente carrée Quechua rouge et bleu, éclairée de l’intérieur par une barre fluo mobile. Silence total dans ce qui est  devenu l’habitation imposée à de nombreux SDF. En émerge alors Pierre Maillet dont on ne verra que la tête, puis le corps, juste en ridicules soquettes jaunes.
Toujours aussi nu mais très à l’aise, il va comme tout conférencier, utiliser un rétro-projecteur et assembler des lettres sur le fond du plateau… pour en faire quelques mots et expliquer en détail par exemple, l’étymologie du verbe: habiter…
Suite attendue: le mot « bite» avec images à l’appui d’architectures phalliques. Pierre Maillet sait faire en matière de jeu sur les mots, du genre :« l’habit ne fait pas le moine  mais la bite le fait ». C’est à la fois une analyse linguistique sérieuse mais aussi d’un discours foutraque assumé.
Et en plus, ce n’est pas long et est vraiment drôle, ce qui n’est pas un luxe quand on voit certains spectacles  qui durent trois heures et d’un ennui à couper aux couteau. Et ici, pas de micro H.H. ni de fumigènes, ouf!
Il cite Jacques Lacan quand il parle de l’identité homme/femme et du corps. Ou dans un numéro exemplaire d’intelligence avec bande-son à l’appui, il ridiculise notre Macron national parlant de «réarmement démographique»,
Jean-Luc Godard, le misogyne de service et il ne rate pas un discours convenu moralisant de la première ministre italienne d’extrême-droite Giorgia Melloni, qu’il traduit au fur et à mesure.
C’est aussi une performance gestuelle : Pierre Maillet joue avec sa tente Quechua où il entre et ressort éberlué, toujours aussi nu. Il arrive même à s’en habiller à vue. Puis toujours aussi nu, il danse, chaussé de bottines-cothurnes rouges à paillettes. Un moment formidable. Il y a juste une petite erreur de mise en scène, avec une fausse fin : tout le monde applaudit ce numéro exemplaire… mais non, ce n’est pas fini et Pierre Maillet remet cela quelques minutes au rétro-projecteur.
Cela dit, c’est un spectacle à la fois comique et impertinent où l’on rit de bon cœur et d’une rare intelligence où il se bat  contre les grands discours prétentieux sur l’avenir de nos habitations et quant aux à-priori sur l’identité sexuelle et la morale imposée. Si cette
Habiter passe près de chez vous, ne le ratez pas…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué au  Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, Paris (XV ème) , du 23 au 28 mars.

 

 


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