Le Mensonge, libre adaptation du Mensonge de Catherine Grive et Frédérique Bertrand, chorégraphie de Catherine Dreyfus.

Le Mensonge, libre adaptation du Mensonge de Catherine Grive et Frédérique Bertrand, chorégraphie de Catherine Dreyfus ( tout public)

 Un projet né juste d’une envie de pois ! Une envie fantaisiste qui a trouvé tout son intérêt et son univers artistique quand se sont rencontrées en 2019, l’autrice et la chorégraphe. Elles ont souhaité construire à partir de leur espace esthétique différent, une collaboration d’un duo autrice/chorégraphe. À la lecture de cet album pour la jeunesse, Catherine Dreyfus, enthousiasmée par l’histoire, a voulu la mettre en scène. Le caractère universel du thème  et la manière dont il est traité, la séduisent. Dans ce récit, aucune moralité mais une pudeur et une élégance et aussi beaucoup de merveilleux, d’étrangeté, d’humour et de gravité, face à cette question du mensonge concernant  le monde entier depuis la nuit des temps !

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Cette adaptation du livre de Catherine Grive (illustrations de Frédérique Bertrand) est dionysiaque et poétique! Maryah Dos Santos Pinho (la Petite fille), Anna Konopska (la Maman) et Rémi Leblanc-Messager (le Papa) nous éblouissent avec leurs danses et acrobaties.
Pendant un repas, une fillette fait malgré elle, fait un mensonge, à ses parents: «Dans un silence, les mots sont partis tout seuls.» En entrant le soir dans sa chambre, oh ! Surprise… le mensonge avait pris la forme d’un petit rond rouge, et l’attendait ! Petit rond rouge deviendra  de plus en plus grand et envahissant. Il se multipliera et ne quittera plus l’enfant, jusqu’à créer en elle une sensation d’étouffement.
Une lutte s’engage alors entre mensonge et menteuse. Sans cesse il disparaît pour mieux réapparaître et la surprendre, la déstabiliser dans son rapport aux autres, au quotidien et dans son intimité. Mais pourquoi et jusqu’à quand, cela va-t-il durer? La tension monte, et jusqu’où ce rond rouge va-t-il mener la petite fille? Vont-ils trouver un terrain d’entente et finir par abandonner ce corps-à-corps destructeur. …

 Pour entrer en contact avec l’univers hors-normes et souterrain de l’histoire (la vie intérieure de la jeune héroïne), Catherine Dreyfus a mis en rapport subtil les espaces et langages artistiques de la danse, du mime , du théâtre et du cirque.
Les danseurs (la Mère et le Père) et une circassienne (la Fillette) et ce croisement entre les arts, créent une intensité dramatique d’où surgit une belle théâtralité. La première partie est ritualisée à l’extrême et graphique, avec répétition de gestes dans des situations issues du quotidien et réglées au plus près. «Le public, dit la chorégraphe, doit percevoir une illusion de perfection.» Et dans la deuxième partie-changement radical dans l’évolution dramatique de l’histoire et de la danse- la fillette ne veut plus respecter ce rituel avec ses gestes répétitifs et mécaniques.

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La machine chorégraphique alors totalement déréglée, traduit à travers son corps, la tempête intérieure que subit l’enfant. «La danse, dit Catherine Dreyfus, devient plus lâchée.» Et, avec une dimension onirique et cette rupture, se crée une opposition entre les deux parties de cette fiction. Petits et grands sont fascinés par cette danse-théâtre. Aux côtés de la petite fille en lutte avec le rond rouge, personnification du mensonge et devenu multiple, la magie, le rêve, le cauchemar et le désir semblent s’être donnés rendez-vous comme des esprits, dispersés sur la scène.
Jamais nous ne seront révélées la nature et l’origine de ce mensonge: c’est toute la subtilité et le point fort de cette histoire poétique et éthique… Il est peut-être aussi une métaphore de nos angoisses et de ce qu’elles engendrent mentalement en chacun de nous. Pour Catherine Grive et Catherine Dreyfus, il s’agit de «raconter avec grâce et légèreté, les affres d’un combat intérieur que nous avons tous livré un jour. »

Le spectacle est à l’image du mensonge de cette petite fille: obsédant et énigmatique. Son étrangeté en prenant une forme vivante, ce rond rouge animé, acquiert une densité dramatique grâce au croisement de champs esthétiques utilisés ici avec finesse, pour mettre en scène ce mensonge dévastateur chez la fillette.
L’ensemble du public est émerveillé par la beauté de la scénographie et l’univers fantastique qui a pris possession de l’âme de la fillette. La scénographie est fidèle à l’univers graphique de l’album et de ses éléments dramaturgiques. Une sensation d’angoisse s’empare de nous, entre crainte et fascination.
Ce travail théâtral, esthétique et soigné fait écho à l’état perturbé de la petite fille… Le Mensonge, est proche d’une œuvre plastique en mouvement: des châssis mobiles aux damiers en noir et blanc avec quelques carreaux colorés et le rond rouge de plus en plus gros, et se reproduisant à l’infini, envahissant l’espace. La couleur tient une place signifiante dans la construction de l’histoire. Le changement de l’une à l’autre pour les costumes mais aussi pour l’ensemble des éléments scéniques, la radio par exemple,  marque le passage d’un tableau chorégraphique au suivant. Ce jeu des couleurs rythme l’évolution de l’histoire. L’éclairage contrasté entre point lumineux et obscurité laisse resplendir le jaune, le bleu, le vert… et le rond rouge, un ovni-personnage !
La musique et les bruits, les sons sont inspirés d’éléments rebondissant comme des petits pois dans une assiette, ou les perles d’un collier se répandant sur le sol. En totale complicité avec les situations, à la fois beaux et originaux, ils augmentent notre attention.

Ce spectacle pour la jeunesse procure aussi un plaisir chorégraphique et théâtral aux adultes. «Cela a toujours été, dit Catherine Dreyfus, ma façon de concevoir mes spectacles: offrir plusieurs grilles de lecture, pour m’adresser au plus grand nombre.» Le Mensonge nous interroge et crée un dialogue entre l’intime et le quotidien et nous fait prendre conscience de l’importance de la parole et de l’échange, aussi difficile soit-il. Ne plus garder et s’enfermer dans sa peur, mais ouvrir le dialogue pour retrouver la paix en soi et avec les autres ! Une danse des corps et des mots -survenant dans la chorégraphie- font de ce spectacle un chant poétique et théâtral, bienvenue pour apaiser les esprits, un moment jubilatoire de toute beauté… Le public sort émerveillé et léger de ce spectacle...

 Elisabeth Naud

 Spectacle vu le 17 avril, au Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris (XIX ème). 

Festival d’Avignon, La Scierie, du 3 au 21 juillet. (Deux versions en sont proposées: pour jeune public et pour des représentations hors des théâtres)

 

 


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