Festival A Vif à Vire Fille de , texte et jeu Leïla Anis, mise en scène et scénographie de Justine Bachelet

Festival A Vif à Vire

Fille de, texte et jeu Leïla Anis, mise en scène et scénographie de Justine Bachelet

L’autrice et comédienne raconte comment, à quinze ans, elle a dû quitter le Burundi pour atterrir dans une petite ville française. Un voyage plein d’embûches qui la mènera jusqu’à la scène. Justine Bachelet a  fait appel à un dispositif scénique de théâtre d’objets, ce qui permet à la narratrice de trouver la bonne distance, avec la part autobiographique de son récit. Elle revient minutieusement, heure par heure, au jour J où sa mère, Française, plie bagage et l’embarque, elle et son petit frère (qui ne s’en remettra jamais), loin du père, de l’autre mère“, et de la sœur ainée….

(c)Geoffrey Posada Serguier

(c) Geoffrey Posada Serguier

Justine Bachelet (nommée dans la catégorie révélation féminine aux Molières 2024, pour son jeu dans d’Après la répétition/Persona d’Ivo van Hove) a dirigé Laïla Anis avec une précision horlogère. De petites figurines conçues par Cécile Paysant incarnent les fugitifs : l’actrice leur prête sa voix et les entasse dans une voiture miniature qui les emmènera vers l’inconnu…Des pancartes suspendues progressivement à un portique, rythment les épisodes avec autant de questions qui jalonnent son chemin :“Quoi? Pourquoi je pars? Qu’est-ce que je quitte? 9 juin 1999 minuit Trou noir Est-ce que j’ai peur de me souvenir?”

Ce trou noir, Laïla Anis le comblera quatorze ans plus tard quand elle sera devenue comédienne et écrira Fille de. Elle y raconte sa difficile adaptation, la folie du petit frère, l’incompréhension de la sœur ainée, l’ire du père. Puis la progressive métamorphose de la petite émigrée timide, en étudiante assidue, puis en actrice accomplie.

©Geoffrey Posada Serguier

©Geoffrey Posada Serguier

Le récit vivant, fait de détails imagés, interroge l’exil au féminin et les stéréotypes de genre. L’écriture syncopée et à fleur de peau, dit la brutalité du déracinement. Le public est happé par le phrasé de la comédienne: «6 octobre 1999 Premier jour vers l’oubli Matin Sud France Sale solitude Froid Quinze ans et demi Mal de ventre Parking d’un lycée de province Fébrile Avance ! Tiens fermement ton sac à dos et avance ! Le groupe est à cinquante mètres de toi Nuage de fumée au-dessus de leurs têtes coiffées à la mode Pétards au bec, accoudés à leurs scooters, tu regardes leurs dialogues muets Tout sonne juste dans leur bouche Tu donnerais tout pour paraître «juste» ici ».
Conçu pour être joué dans des centres sociaux, lieux associatifs, écoles… Fille de touche au plus près les jeunes gens dont certains ont vécu le même traumatisme. C’est aussi une leçon de vie pour les autres. Avis aux programmateurs…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 22 mai au lycée Jean Mermoz à Vire ( Calvados).

 Du 21 au 28 mai, Festival A Vif,  au Préau-Centre Dramatique National de Normandie-Vire, 1 place Castel, Vire (Calvados). T. : 02 31 66 16 00.

 

 

 


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