Calix, magicien

Calix, magicien

Il se souvient encore des boîtes de magie quand il avait huit ans, et quand ses parents étaient couchés,  il travaillait en secret pour faire disparaître un petit cube en mousse dans un foulard. Il a toujours été attiré par le mystère et a commencé par lire Comment les agents secrets codaient des messages. Et il a inventé des techniques, lu aussi les livres de Franz-Anton Mesmer sur l’hypnose. Il dit aussi s’être intéressé à la mémoire de l’eau, aux projections astrales… Enfant, il voulait créer des choses avec ses dix doigts et vers 1980, il réalisait des films en «stop motion» avec ses jouets et s’intéressait beaucoup à l’art « de faire croire » au cinéma et à tout ce qui était lié au trucage vidéo.

Puis, à treize ans, il a rencontré celui qui, selon lui, était un véritable artiste qui pouvait faire des tours et réaliser des disparitions… Un ami de ses parents était passionné de magie et Calix ne l’a pas quitté, jusqu’à ce qu’il veuille bien lui montrer la disparition de la pièce, une sorte de «faux dépôt ». Il lui a dit que, s’il voulait connaître d’autres techniques, il fallait déjà travailler cette séquence. Mais Calix lui a montré qu’en une semaine, il avait été meilleur que lui, et alors cet ami lui a alors montré quelques autres techniques. Puis un jour, il lui a donné le catalogue d’une boutique. Et avec une loupe, Calix a alors découvert un monde infini: le petit bonhomme timide, renfermé sur lui-même, a rencontré cet art…

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«Après deux ans à me renseigner, collecter, m’entraîner, j’ai croisé la route de Claude Gilson, qui a créé le club de Nevers et qui sera à jamais dans mon cœur et Benoît Rosemont, à qui je serai toujours reconnaissant. Ils m’ont fait entrer dans ce club et cela a été important pour m’épanouir et apprendre avec un objectif mensuel. Ils ont été aussi d’un grand soutien pour un adolescent essayant de trouver sa voie. Les associations et leurs bénévoles sont vraiment indispensables à notre société. Mes mentors organisaient chaque année un gala de scène où, à l’entracte, le close-up avait sa part et où j’ai pu montrer mon travail.
Quels souvenirs! Une veste trop grande, une technique mal maîtrisée à cause du stress, un texte oublié, un voile devant les yeux… Mais cette adrénaline m’a fait continuer et aimer le close-up. Ce contact direct avec l’humain, cet échange sans filtre et le retour du public m’ont beaucoup plus attiré que la scène où on réalise le même numéro, qu’il y ait du public,ou pas.  Où le centre d’attention est le magicien, et non  un échange entre plateau et salle.


Les magiciens qui l’ont inspiré et qui lui ont permis de commencer ont été Claude Gilson, Benoit Rosemont et Marc Anthéor pour le côté prestation.  Puis il a rencontré des pros à Clermont-Ferrand où il préparait une licence de chimie, comme Maverick, Orio. Ils lui ont appris le métier et il a pu les voir en action. «Ma vision a changé mon approche et mes capacités aussi. J’ai rencontré Cédric et bien évidemment Max, le célèbre magicien et vendeur en boutique. Il gérait aussi une pizzeria à Nevers… vite devenue le lieu de rencontre des pros et amateurs éclairés de Clermont-Ferrand. Elle pouvait accueillir cent clients: ils avaient la la chance de voir cinq magiciens et quel plaisir pour nous de tester des choses et de pouvoir ensuite faire des soirées VHS. Max m’a fait avoir un public pour avancer et comprendre le close-up qui ne m’a plus jamais quitté. Je m’intéresse par phases à plusieurs domaines, mais j’avais en horreur les cartes et j’ai travaillé les tours avec les pièces en 2010. Ensuite, j’ai commencé à faire du mentalisme qui m’a donné beaucoup de satisfaction.

La théorie m’intéresse finalement beacuoup: c’est peut-être dû à mon esprit de scientifique  et j’applique ce que j’ai appris comme chimiste et chercheur. Pour élaborer un nouveau produit dans le pétrole, le papier, les médicaments, il faut faire une bibliographie pour avoir un état actuel des choses et ensuite « dépelotter » la trouvaille d’une université, ou imaginer de nouvelles voies. Il faut aussi connaître un fonctionnement mécanique ou chimique, pour avancer dans une invention, ou solidifier les méthodes en place.
Même chose en magie: nous devons  savoir pourquoi un effet fonctionne et comment le reproduire à chaque fois. A Lyon, je travaille majoritairement en close-up, avec beaucoup d’effets et routines que je note ou teste sur le terrain. Il m’arrive d’en créer pour innover dans le mentalisme et les tours avec  pièces ou cartes… Et j’ai créé Fragrance, un outil avec un distributeur caché de parfum. Je souhaitais en effet ajouter une étape olfactive à une routine de PK touch. Et j’ai développé un marqueur indélébile pour déposer facilement une odeur… Pour Lugdunote, même philosophie! J’avais besoin d’augmenter la visibilité de mes routines et j’ai dû imaginer un support pour écrire avec un feutre dans la poche sans la salir, ni salir ma main. » 

Il applique aussi cette méthodologie à ses spectacles et souhaite avoir un cahier des charges, comme pour inventer un produit grand public. Et pour un close-up, il y a juste dans une petite valise, micro, musique, guéridon-gain de place, tableau à craie pliant, effets. Il organise des séminaires à Lyon avec un savant mélange de développement personnel et magie, avec un objectif: que les salariés prennent conscience de certaines de leurs capacités et passent à l’action.
En 2012, Calix a aussi avec son ami Chakkan, fondé et animé Magigazine. «Il n’est pas mort, pas complètement, il vit dans nos cœurs… Il est né de l’envie de partager nos folies consuméristes et à l’époque, seuls les Anglais réalisaient des revues de produits et nous avons voulu partager nos expériences d’achat en langue française. Nous étions les premiers et, avec ce magazine vidéo, nous souhaitions partager des interviews, avis sur les produits, discussions entre copains sur les tours, etc. Au début de l’aventure, nous n’avions qu’un appareil-photo pour capter. Il existait encore des caméscopes…
Aujourd’hui, tout est contenu dans ce petit boîtier noir à image changeante. Nous étions aussi néophytes en montage vidéo et son. Et grâce à ce projet, j’ai acquis de nouvelles compétences en montage vidéo, gestion de réseaux sociaux, prise de contacts. Il nous a aussi beaucoup apporté  sur le plan humain et j’ai pu avoir des relations avec des commerçants, créateurs et magiciens ignorés…
Malheureusement, offrir ainsi de son temps a une fin. Nous passions trop de temps à lire, décortiquer,  monter et gérer ensemble une page Facebook… Mais cela ne remplit pas le frigo: Magigazine est venu au second plan et le manque de temps l’a envoyé au placard. Il n’est pas mort, nous essayons de faire vivre la page et peut-être un jour, arriverons-nous à nous organiser pour le remettre sur pied.
J’aime les rencontres, échanges avec mes amis et en 2021, j’ai décidé, avec Sébastien Lestrade (Handmade Manufacturer) de monter Smart Bastards, un magazine trimestriel, fruit de nos échanges sur whatsapp avec dix amis. Comme le seul objectif était de partager, nous avons diffusé ce magazine seulement pendant une année mais nous sommes fiers des quatre-cents pages d’idées mises à plat.
Je n’assiste pas à de nombreux spectacles de magie mais j’ai vu Buka aux Mandrakes d’Or 97 (tapez :Buka synchronized sur YouTube). Il n’avait qu’une carte, pas de musique ! Un numéro en six minutes de manipulation drôle avec une chanson.  J’ai vu aussi In & Of Itself de Derek Del Gaudio… une claque en termes de présentation et effets. Mais aussi à mes débuts, Sylvain Mirouf au studio Gabriel de Michel Drucker et Laurent Piron avec sa boulette de papier magique. »

Mais Calix a horreur des démonstrations techniques si l’objectif n’est pas la magie, comme les manipulations de cartes: «A à 90%, faire apparaitre et disparaitre des cartes ! Oui, et alors ? Pourquoi le faire? Je préfère le mentalisme fondé sur beaucoup de psychologie.  J’ai lu de nombreux livres sur la magie de restaurant. The Magic Menu de Jim Sisti (1990-2001), entre autres, m’a vraiment influencé. Et la magie de l’école espagnole m’a retourné le cerveau. Je suis très fan des livres sur Darwin Ortiz et je connais presque par cœur Designing Miracles.» Il incite les débutants à lire cet ouvrage pour saisir les moments forts et faibles de Slydini, rester humble, ralentir pour laisser le temps au spectateur de digérer un numéro, et surtout réfléchir, et trouver ses propres solutions.
« À cause des réseaux sociaux, la magie est devenue plus visuelle et plus rapide (une routine dure moins d’une minute et sans émotion!). Je pense qu’il faut mélanger les deux et ne pas faire seulement de la magie visuelle… Ce que j’apprécie le plus, disparaît, à cause de la facilité à avoir la même information. Notre art est très lié à la culture d’un pays. Il y a une vingtaine d’années, les Français avaient leur façon de faire, les Américains, comme les Anglais ou les Italiens, avaient la leur…Maintenant avec cette facilité d’accès, tout le monde a le même style. Il faut, je crois, garder notre culture française dans notre travail. Les magiciens ne réfléchissent plus autant qu’avant et réalisent les même routines… Nous devons être capables d’imiter pour apprendre, mais, une fois le tour maîtrisé, ajouter du soi dans nos tours.

J’aimerais aussi inciter les débutants à voir un effet vendu dans le commerce, plutôt comme un outil. Vous ne percevrez plus alors l’effet comme le début d’autre chose et cela vous ouvrira d’énormes pistes. Par exemple, je vois beaucoup de gens faire Double Cross: ils achètent ce tour pour l’effet de la croix qui voyage. Il fonctionne, on le sait, depuis très longtemps, avec de la cendre, du rouge à lèvres, etc. Double Cross permet de faire apparaître à l’insu du spectateur, une croix où vous voulez,  disparaître une encre, marquer un objet, etc. Penser en termes d’outil est capital.
La Culture est-elle importante dans l’approche de la magie? Oui, et un Asiatique en a une différente de celle d’un Latin, d’un Germanique ou d’un Australien… Elle est liée à l’histoire d’un pays, à sa culture, au monde qui nous entoure. Par exemple, nos humoristes jouent des personnages et avec une autre  manière que les Américains, très fans, eux, du stand-up. Je ne suis pas anthropologue mais la Culture française coule dans nos veines. Alors, réfléchissez, creusez votre travail… et faites-vous plaisir. « 

Sébastien Bazou

Interview réalisée à Dijon ( Côte-d’Or), le 30 mai.

Site de Calix:  https://evenementmagique.fr/

 

 

 


Un commentaire

  1. Calix dit :

    Merci pour le partage de mon interview, j’espère avoir partagé, un peu, ma passion.

    https://evenementmagique.fr/

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