Entrée des artistes, texte et mise en scène d’Ahmed Madani

Entrée des artistes, texte et mise en scène d’Ahmed Madani

Après Face à leur destin (Illumination(s), F(l)ammes, Incandescences où les jeunes des quartiers « sensibles », parlaient de leur vie (voir Théâtre du blog), l’auteur-metteur en scène  a réalisé le spectacle de la dernière promotion de l’école des Teinturiers à Lausanne. Cet établissement privé a baissé le rideau l’an passé.
À partir de la question : «Pourquoi voulez-vous faire du théâtre ? », Ahmed Madani a écrit un spectacle choral avec des jeunes qui, au-delà des histoires individuelles, s’interrogent sur les voies d’accès à l’art. Dolo Andaloro, Aurélien Batondor, Jeanne Matthey, Rita Moreira, Côme Veber, Igaëlle Venegas et Lisa Wallinger jouent leurs propres rôles. La joyeuse troupe investit le plateau et s’adresse hardiment au public, avant de s’égayer sur l’air d’Hôtel California des Eagles. «À treize ans, c’est, dit Côme, la bande originale de ma vie. » Il envisageait, en entrant à l’école, un prestigieux parcours d’acteur conforme à « ’esprit de conquête de la classe dominante» dont il fait partie: la famille est pour beaucoup la scène fondamentale où nait ce désir de théâtre.
Devenir artiste est le moyen pour Rita, d’accéder à une culture absente chez ses parents. Pour Ygaëlle, de libérer à travers ceux des autres, les mots enfermés dans son corps boulimique. Pour Jeanne, réaliser le rêve de sa mère: être actrice. Et pour Dolo, échapper à l’emprise de l’Ogre, un père incestueux… Lisa, elle, crache sa haine: elle n’en peut plus d’être «une petite fille suisse parfaite », dans un monde soigné et raffiné. Le théâtre l’autorise à dire : merde.

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De petites révoltes, en grandes douleurs, chacun a ses raisons majeures d’être acteur et c’est quelqufois une question de vie ou de mort. Mais, sitôt l’apprentissage, cela ne va pas sans peine…  Un chœur rebelle dénonçant avec humour, un professeur sadique et harceleur, « les fantasmes de domination des metteurs en scène sur les actrices », les mains baladeuses et viols dans les théâtres. Et les filles entonnent Martyre de la Cause, une chanson de Mathilde. Ce portait de groupe parfaitement orchestré où alternent monologues et scènes collectives, chants et chorégraphies, raconte aussi une génération, un pays (la Suisse) et les rapports complexes que toute personne entretient avec l’art. Au-delà d’un exercice d’école, chaque jeune est mis en valeur et sa personnalité se révèle.
Ahmed Madani, dans le manifeste Nous sommes vous, envisage son art comme un haut-parleur pour « faire entendre les points de vue des jeunes sur des problématiques sociétales» . « Nos pays, dit-il, sont en complète mutation avec l’arrivée de crises économiques, politiques, écologiques, sanitaires, identitaires, religieuses, migratoires, idéologiques… Les jeunes subissent une violence radicale et cela les interroge sur le sens de leur vie.
« Nous sommes vous est une immersion dans leur quotidien, en créant des rapports où l’intime ne cesse d’interpeller le politique. La mise en scène de ces parcours individuels dans une élévation poétique et symbolique, mais aussi restauratrice de leur dignité, est l’enjeu principal de notre recherche. » Nous en suivrons volontiers les prochaines étapes.

Mireille Davidovici

Spectacle vu en avant-première, le 11 juin au Théâtre de Sartrouville, place Jacques Brel, Sartrouville (Yvelines).

Festival off d’Avignon, du 29 juin au 21 juillet à 11h, Théâtre des Halles.

Le texte est édité chez Actes Sud-Papiers.

 

 


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