À Pondichéry, le Théâtre Indianostrum en danger Une lettre de son directeur Koumarane Valavane

À Pondichéry, le Théâtre Indianostrum en danger, une lettre de Koumarane Valavane, son directeur

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Nous avons découvert cette troupe aux Francophonies de Limoges en 2018, quand elle y créa Chandala l’impur, une adaptation de Roméo et Juliette qui nous avait enchantés. Avec cette histoire d’amour contrarié entre un intouchable et une jeune Brahmane, l’auteur revisitait les formes traditionnelles du théâtre indien à l’aune de la modernité, pour dénoncer la violence du système de castes.
Trois ans après, Flying Chariot(s) (L’Epopée tragi-comique de la droiture), nous avait aussi convaincus: un lanceur d’alerte sacrifiait sa liberté à la vérité, mais dans cet acte, il trouvait une autre forme de liberté (voir Le Théâtre du blog).

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Koumarane Valavane nous alerte aujourd’hui: le Théâtre Indianostrum, qu’il a fondé en 2007, est menacé de disparition. Installé depuis douze ans dans un ancien cinéma français, la salle Jeanne d’Arc - d’où son nom complet: Indianostrum Pathé-Ciné Familial- , il doit quitter les lieux pour cause de spéculation immobilière. Le projet initial de ce dramaturge franco-indien, ancien membre du Théâtre du Soleil: donner un statut social et professionnel aux membres de la troupe et inventer un mode de financement permettant une démarche artistique exigeante. Il avait invité en 2015 Ariane Mnouchkine et son École Nomade. Sont nés de ces échanges, plusieurs spectacles, dont Une Chambre en Inde par le Théâtre du Soleil (voir Le Théâtre du blog).

 Mireille Davidovici

 

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Dans la nuit, au milieu du néant…

Voici le corps de la mère, marchez, courez, sautez, dansez comme un enfant, la scène-mère vous accueillera, protégera, inspirera… Débute ainsi une séance de travail au théâtre Indianostrum, 7 rue Romain Rolland à Pondichéry. Nous y sommes depuis le 1 janvier 2012 et nous en serons chassés le 31 août 2024. Pourquoi ? Parce que les artistes ont toujours été traités ainsi…

A Pondichéry, cette salle de cinéma et de théâtre de l’époque coloniale, quasi abandonnée, est un don de la France à l’église, située dans le white town, ancien quartier français devenu un haut lieu du tourisme. Le curé  digne d’un roman de Victor Hugo, nous a alors accueillis, protégés, bénis. Nous y avons construit une cuisine, un gradin et une scène et nous nous sommes mis à faire du théâtre sans relâche : la scène-mère a accouché de centaines de comédiennes et de comédiens et elle a été témoin de prestigieuses rencontres entre les artistes indiens et les artistes du monde entier. Musique, chant, récit, bref, ce théâtre a fait son travail : élargir la conscience individuelle et collective à travers des récits lumineux.

Le réveil majestueux de ce lieu mythique a attiré la vénérable mouche qui aime faire grossir son portefeuille. Elle a un plan bzzz prospère et fantastique : une salle de réception. Dégageons le théâtre, démolissons le patrimoine et oublions nos valeurs et nos principes… Nous avions tenté de résister face aux bonnes manières de nous déloger : répandre des rumeurs, appeler à l’aide le Pouvoir et user d’intermédiaires : les vénérables gardiens de notre Démocratie. Oui, ce lieu appartient à l’église, c’est indéniable! Alors le gouvernement de Pondichéry, le consulat et les notables nous ont dit ceci : allez planter vos tentes ailleurs. Un rappel douloureux du sort ancestral de l’artiste : errer

Ironie du sort, notre théâtre est entouré d’une école, d’un cimetière, d’une église et d’un hôpital. Pourrions-nous fermer un de ces lieux sans penser à une alternative ? Les élèves se battraient pour leurs savoirs, les malades pour leurs soins, les fidèles pour leur Esprit, les morts pour leur paix… Est-il alors insensé de vouloir sauver un théâtre ? Oui, ce lieu où notre intelligence, notre corps, notre esprit, notre âme et notre inconscient vibrent au son d’un récit et ceci depuis des millénaires. Bien sûr, on peut vivre sans musique, sans chant et sans théâtre, croyez-moi, c’est comme vivre sans soleil, dans la nuit au milieu du néant. La lueur ? Un conte, un mythe, une légende ou la capacité humaine à remplir le vide de désirs, d’émotions, de sens et de la beauté.

Le repli sur soi est le nouveau poison. Un théâtre au centre de la cité où l’énergie de la parole fait de nous tous un être plus ouvert, plus sensible, plus curieux, plus éclairé, en est l’antidote. Vous me comprenez ? Qui d’autre que l’Église peut mieux saisir le pouvoir du Verbe ? Personne ne nous entend dans la cacophonie touristique de la rue Romain Rolland…

Moi, artiste impuissant aux gestes éphémères, je me soumets à ceux qui nous chassent d’ici, je quitte la ville qui ferme son théâtre et je demande pardon à Jeanne d’Arc de l’abandonner aux bulldozers. Enfin, je déclare que notre scène-mère mourra le 31 août.
Cher public, je te convie à ses funérailles qui auront lieu du 16 au 30 août. Il y aura du chant, de la musique et du théâtre : des mots pour pleurer, des rythmes pour se consoler et des gestes à partager. Ne vous inquiétez pas, nous vous épargnerons nos plaintes, rêves inachevés, élans brisés, espoirs anéantis. A partir du 1er septembre, dans l’obscurité, le silence s’en chargera…

Koumarane Valavane, directeur du Théâtre Indianostrum

 


Archive pour août, 2024

La Cérémonie des jeux Olympiques ( septième épisode)

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ( septième épisode)

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Le bateau surélévé de la Ville de Paris glisse devant la Conciergerie… mais comme s’il touchait à peine l’eau: à sa proue, la mezzo-soprano Marina Viotti, en rouge et blanc, chante dans le vent et la pluie: Ah! ça ira,  puis La Habanera de Carmen de Georges Bizet, en habitant le même volume sonore que le groupe « métal » Gojira. « Entre « métal » et opéra, il n’y a qu’un pas », dit celle qui fit partie du « métal » Lost Legacy. Et la mezzo-soprano guadeloupéenne Axelle Saint-Cirel chantera plus tard sur les toits du Grand-Palais, la Marseillaise.

Le bateau de la Ville de Paris porte une chanteuse et l’Histoire, celle résumée par  Fluctuat nec mergitur ( Battue par les flots mais ne sombre pas), sa devise * à laquelle renvoie le vent et la pluie accompagnant la chanteuse…. Ce bateau figurait déjà en 1210 sur le sceau de la corporation des « marchands d’eau » qui furent à l’origine de la municipalité parisienne. Les branches de chêne et laurier expriment les actes de bravoure des citoyens. Le rouge et le bleu,  eux, apparurent un siècle plus tard, quand  Etienne Marcel, prévôt des marchands, fit revêtit à ses partisans des chaperons rouge et bleu. La devise devient celle de Paris en 1853, sur décision du baron Haussmann, préfet de la Seine.Blason_de_Paris

Nous avons tous rêvé de nous projeter  et de vivre parmi les gens d’une époque. Il y a une histoire des faits et gestes, comme celle des corps, de la marche. Mais quand elle vient à nous, sous forme de sons et de couleur ? Les guitares et la batterie du groupe Gojira, le rouge et blanc de la mezzo-soprano chantant Carmen, la façade ocre-beige de la Conciergerie composent un tableau vivant où visuel et sonore expriment la profondeur de champ du passé.. L’histoire populaire se lève: corps de sensations  redonnant vie aux perspectives temporelles, comme plus tard, avec Barbara Butch et Philippe Katerine jouant à l’Histoire. (voir épisode suivant).  Hommage en passant à l’historien Patrick Boucheron…                                                                     
« Formi, formidable »… un extrait de la chanson de Charles Aznavour chante Aya Nakamura. Un air enveloppe un autre, le malaxe et en naît parfois un langue étrangère, purement sonore, comme en invente la chanteuse, notamment dans Djadja.

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Sur le pont des Arts,premier pont métallique, ( 1801)  Aya Nakamura, en mini-jupe dorée signée Christian Dior et bottes à lamelles, sort de l’Institut, accompagnée par des danseuses en pantalon tout aussi doré. Un des sommets de la cérémonie… Au début, la Garde républicaine se présente sur quatre rangs, dans une immobilité impressionnante.  Mais on sent une décision, une volonté en train de mûrir. Cette masse ordonnée ne s’identifie pas à son apparence mais s’expose  étrangement telle un accumulateur d’énergie. Beauté de cette concentration …

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Au même moment, l’ensemble d’Aya Nakamura varie les ondulations avec puissance mais il n’écrase personne. La distance entre les deux groupes atteint le maximum (le costume un peu ringard de la Garde républicaine, après un siècle et demi pourrait être redessiné par un grand couturier. Qu’en pense Emmanuel Macron qui a son avis sur tout… et son contraire? ) La Garde Républicaine  marche au pas, vers le groupe d’Aya Nakamura qui se déhanche et  chante en glissant fugitivement sa main sur ses seins et son sexe, signe de la culture rap », notamment Djadja (2018), un succès mondial… accompagnée par soixante musiciens de la Garde républicaine et trente-six choristes du Chœur de l’armée française.

Funambule de la chanson, elle sait y faire pour tirer des lignes entre sa syntaxe, mélodieuse et heurtée à la fois, et la langue de Molière qui est aussi celle de Charles Aznavour. Cette artiste francophone la plus écoutée au monde ajoute des inventions verbales enrichies d’argot avec ici, des extraits de Djadja : Je suis pas ta catin, ta daronne, En  catchana Bobby tu dead ça,  Je suis pas ton plan B, Le jour où un se croit, faut pas Tchouffe.« 

« Elle donne beaucoup à la vitalité de la langue française », dit Thomas Jolly, metteur en scène de la cérémonie. Des membres de la Garde républicaine esquissent des mouvements d’épaule avec leurs saxophones et trompes de chasse. Ils quittent peu à peu leurs quatre rangs puis se dispersent et autour du groupe d’Aya Nakamura, se reforment  en un cercle irrégulier, accentuant le va-et-vient des bras. Comme ces  « bands » de Noirs américains à la Nouvelle-Orléans, ce va-et-vient se transforme en danse pour certains, les autres jouent de la trompette, genoux pliés et imperceptiblement, passent du rang militaire, à une posture rythmique. La distance maximum entre la Garde républicaine et Aya Nakamura s’abolit dans un espace éclaté, fraternel. Les contrepoints se multiplient et aux ondulations de la chanteuse, correspondent les balancés des Gardes.

On a les larmes aux yeux quand on voit chez eux naître de nouveaux gestes avec un passage de l’intime,  au public. A la beauté d’Aya Nakamura, répond celle des Gardes républicains, devenant autre, grâce aux danses et à voix de la chanteuse. 

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Régulièrement, la Garde républicaine, Branche de la Gendarmerie nationale assure des missions d’honneur et de sécurité au profit des plus hautes autorités de l’État et des missions de sécurité au profit du public. Elle concourt également au rayonnement culturel de la France avec ses formations musicales et spéciales. Elle présente au public, son savoir-faire et son excellence, toujours très remarquées: entre autres,  la fanfare à pied du régiment de cavalerie, le quadrille des baïonnettes et démonstrations équestres…
Marion Maréchal  (femme politique d’extrême droite et nièce de  Marine Le Pen)  se précipite le 27 juillet sur X et ose déclarer : « La Garde républicaine a été humiliée, forcée à danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. On cherche désespérément la célébration des valeurs du sport et de la beauté de la France au milieu d’une propagande woke aussi grossière. » Sans commentaires. 

Le lendemain, réponse cinglante de Frédéric Foulquier, chef de la musique: « C’était incroyable pour nous et la rencontre entre ces deux mondes s’est très bien passée ». La musique de la Garde républicaine, rattachée au 1er régiment d’Infanterie, habite la caserne Babylone à Paris (VIIème) où sur le fronton est aussi inscrite: Fluctuat nec mergitur.  Bornes du temps pur…

Bernard Rémy

*Un restaurant porte le nom: Fluctuat nec mergitur, 18 place de la République. Selon le chef-cuisinier d’origine vietnamienne, la marie de Paris, après les attentats qui frappèrent le Bataclan et des terrasses de café, a insisté pour que le restaurant prenne ce nom, alors que ce n’était pas le projet initial. Un signe public à Paris, de la résistance à l’oppression violente..

 

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (sixième épisode)

La Cérémonie d’ouverture des Jeux  Olympiques (sixième épisode)

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Le Porteur de la Flamme, en noir et blanc, court  masqué  et saute sur les toits.  Une image qui participera de la cérémonie de clôture avec, à un moment, un paysage de figures lumineuses sur fond noir, à la limite de la visibilité. Il ouvre une porte et entre dans un atelier où il esquive les obstacles. De nombreux travailleurs en salopette  penchés sur des tables, fabriquent avec couteaux, ciseaux, longues aiguilles, les malles élégantes qui transporteront les médailles.
« Hommage à l’artisanat, au savoir-faire. » dit Daphné Bürki. Le porteur masqué enfile les couloirs du Théâtre du Châtelet et tombe sur une répétition d’une comédie musicale Les Misérables avec tambours, fusils et baïonnettes,  le visage des acteurs criant la révolte. La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix se change en tableau vivant. Sur fond  des vestiges de combats, se lèvent des hommes à la chemise  d’un blanc éclatant. Leurs cris deviendront des chants pour surmonter la peur de mourir.

© capture de France 2

© capture de France 2

Se pose une question très moderne: comment passer des mots de Victor Hugo, des couleurs d’Eugène Delacroix, à un autre médium, au chant et la musique? Le porteur masqué entre à la Monnaie de Paris et ne cesse de se détourner de son but; la vasque. Il révèle l’activité des lieux nécessaire à l’organisation des Jeux Olympiques. Mieux, il intègre virtuellement dans son bras et dans la flamme, les éléments constitutifs de cette Olympiade. Elle  devient  un concentré des Jeux. Et les derniers porteurs accomplissent deux gestes en un: ils allument la vasque et la courbe de leur bras délivrent les germes des Jeux Olympiques. D’où est venue  cette joie grandiose,  le lendemain du 27 juillet ?

A la Monnaie de Paris,  coule l’or olympique avec 5.084 médailles,  après un passage dans une cuve en ébullition.  Selon Héraclite, philosophe  du fleuve, le feu assure la circulation entre les trois éléments: l’eau, l’air  et la terre. Surgit plein écran, une figure sidérante. A une fenêtre de la Conciergerie, la reine Marie-Antoinette en robe rouge éclatant comme les joues et les ongles. Elle porte sur ses cuisses, sa tête décapitée aux yeux écarquillés, chantant le fameux air révolutionnaire: « Ah! ça ira »! Ce n’est pas la Reine qui chante, mais la voix un peu fêlée d’une « Amazone, tricoteuse « . Une de celles qui participèrent aux premières journées révolutionnaires.

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A la première vision , nous avons d’bord ri. Puis, un malaise s’installa. Ce n’est pas un cadavre : très maquillée, pommadée de rouge, et en belle robe rouge, la Reine apparaît. Cet instant ne présente-t-il pas une contre-image, traçant un hiatus avec la cérémonie toute entière, multipliant les figures de la joie. Paul Virilio parle d’une « esthétique de la disparition »  Ici, ce serait peut-être une « esthétique de l’horreur ». La dérision affaisse la pensée. C’est un mauvais moment à passer. Mais aussitôt, la joie revient et touche au sublime.

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Gojira, le groupe heavy metal déclenche un orage  sonore. Placés sur des balcons de la Conciergerie, ses interprètes (guitares électriques, batterie…) interprètent:  « Ah! ça ira ».
Ils se creusent, se relèvent vivement, Is se plient et continuent un des secrets de la cérémonie et  la dépense diffuse un surcroit d’énergies subtiles


©Bernadette Szabo

©Bernadette Szabo

 Un des secrets de cette cérémonie très réussie: une sur-dépense d’énergies subtiles.  Et, à la surface de ce volume sonore grandiose, la voix d’une femme en  rouge et blanc, à la proue d’un  navire qui semble glisser sur la Seine. Derrière elle, s’élève une colonne de petites lamelles brillantes. Le bois du (XII ème siècle!) du bateau est le passé, l’âme de Paris et résonne avec la colonne scintillante des temps modernes. Un étrange et familier navire…

 

Bernard Rémy

Les cris d’Hala Moughanie depuis Beyrouth

Les cris d’Hala Moughanie depuis Beyrouth

Mon arrière-grand-mère me disait: «Quand la lune est rouge, demain, il fera chaud ». Je trouve que ce mois d’août a des relents d’automne, alors, j’ai du mal à présager ce que sera la température demain. Je ne peux que regarder Beyrouth brûlant dans l’attente d’un brasier encore plus grand et qui n’en finit pas de ne pas arriver. Beyrouth qui brûle sans brûler. Si ce n’est, nos nerfs à vif. Beyrouth dans un vide si vide, qu’on ne sait plus quoi désirer.

© xLe silo à grains détruit par l'explosion dans le porte de Beyrouth en 2020

© x  Le silo à grains détruit par l’explosion dans le porte de Beyrouth en 2020

Ce soir donc, je ne me demande pas ce qu’aurait dit mon arrière-grand-mère. Cette vieille, elle, s’en remettait au destin (et coupait le bout de mes chaussures devenues trop petites quand la guerre ne permettait pas d’en acheter de nouvelles). Et je l’imagine bien me répéter ce que m’a dit une amie, la semaine dernière. « La pensée, c’est déjà ça de pris à l’ennemi ».

La vie tout court, c’est déjà ça de pris à l’ennemi, c’est vrai. Et nous vivons. Et nous rions. Et nous rêvons. Même, même, nous fomentons des rêves de justice historique. Mais moi, il m’arrive d’être étouffée par l’envie de hurler, hurler jusqu’à ce que mon hurlement devienne secousse sismique et recolle les corps déchiquetés, de l’autre côté de la frontière. 
Mais en attendant d’avoir la force du cri, je me contente de murmurer à chaque explosion du passage du mur du son: « enculés de fils de putes », en sachant que mon arrière-grand-mère qui était, vous l’aurez compris, une femme sage, aurait dit : المسبّة بمحلها، صلاة ! #Palestine forever #البحر_لنا  #القدس_لنا »

Hala Moughanie

 

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Cette écrivaine et consultante en coopération internationale vit au Liban et cherche à décortiquer les modes d’être au monde en questionnant la notion d’identité et la manière dans la relation aux autres, aux territoires habités ou imaginés et à l’Histoire. Ce faisant, elle essaye d’aborder la langue-dont les usages formels font partie intégrante des systèmes politiques-de manière nouvelle afin que les mots se ressaisissent de leur sens profond. Dans La Mer est ma nation elle montre comment des frontières visibles ou invisibles se dressent entre les individus. Un homme et une femme vivent dans une ville que les déchets ont envahie. Deux fugitives sur la route de l’exil ne seront pas les bienvenues: elles menacent en effet l’espace vital…

Les personnages portent en eux une humanité complexe qui nous font vivre de l’intérieur leurs contradictions, leur peur et leur déshérence… « La guerre et l’exil,dit l’autrice, font partie de mon bagage génétique »,.
Sa pièce, Memento Mori, répond formellement à une commande : « travailler sur pourquoi l’Occident s’est donné la légitimité d’exploiter toutes les ressources naturelles et humaines.»
Quelque part en Afrique, un étranger vient acheter un terrain pour une firme internationale qui entend faire fortune en implantant une rizière. Une femme l’accueille et l’entraîne dans un monde qu’il ignore et dont il ressortira transformé, après un douloureux parcours initiatique.  Cette fable tellurique a été créée en partie sous le titre Fissures en 2018 au festival de Limoges (voir Le Théâtre du Blog ).
Dans son premier roman, paru l’an dernier, Il faut revenir (éditions Project’îles), Hala Moughanie raconte à travers le destin d’une jeune femme revenue au Liban, les violences, les beautés mais aussi les contradictions son pays natal : un hymne à la vie : «Il faut simplement accepter qu’il y ait autant de versions du Liban que d’êtres qui y habitent. Ou qui y passent. Non, ce pays n’existe pas et nous devons, pour y comprendre quelque chose, nous contenter de raconter les vies éparses qui le traversent, instruire un dossier, en quelque sorte, qui permettrait un jour d’en délimiter le périmètre humain, le seul qui vaille. » De Beyrouth, aujourd’hui menacé par une escalade dans la guerre entre Israël et le Hezbollah, elle fait entendre à nos oreilles impuissantes, un déchirant cri d’alarme…

Mireille Davidovici

 

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (chapitre cinq)

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (chapitre six)

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Synchronicité. Roulades sur un pont et passage à la station droite immobile, du porteur de flamme masqué, avec un enchaînement de gestes. Que regarde-t-il? Les échafaudages pour la réhabilitation de Notre-Dame enveloppent les tours après l’incendie du 15 avril 2019. De nombreux corps de métier travaillent à sa restauration. Les percussions deviennent régulières et se prolongent en musique, grâce aux coups de maillet sur les lamelles du xylophone.

©Ludovic Marin

©Ludovic Marin


Une admirable intelligence en acte avec la musique de Victor Le Masne: «La musique est présente une peu tout au long du parcours, comme celle d’un film qui accompagne une narration Beaucoup de choses sont de ma composition mais j’ai aussi fait le choix de certains morceaux iconiques français. Tout ici se dédouble: extension des bruits en sons, extension des danses sur les échafaudages. Les interprètes casqués et harnachés, évoluent parmi les tubes et  « jouent » les gestes des ouvriers avec marteau, scie, etc. « Les charpentiers, les menuisiers, les métiers d’art sont à l’honneur », chante Daphné Bürki. Qui a dit: « l’art embellit la réalité »?

© Arnaud Journois

© Arnaud Journois Daphné Bürki

Une synchronicité peut en cacher une autre et les bruits se  fondent dans les sons et gestes au ralenti. Reste la percussion allégée, musicale du xylophone. Un courant sonore qui devient symphonique avec la répétition d’un même thème. Le cœur s’élève et une autre temps  voit le jour mais sur une durée sans ressemblance avec une autre. Seul, compte le rapport.
Les gestes lents des danseurs  sur l’échafaudage, et  les mouvements rapides de 420 interprètes dans l’île de la Cité. Il y a la danse du haut  et la danse du bas… parmi les flaques d’eau. Chacune a ses beautés et ses figures. Cette  chorégraphie, à la fois dissociée et  associée, est signée Maud le Pladec. Soit un oiseau qui vole, un homme qui marche, un rivière qui coule. Trois durées  avec un décalage des termes, selon Henri Bergson. 

Ils inventent une danse toute en forces contenues. il s’agit de prendre appui sur  les tubes et de gagner, millimètre par millimètre, une marge d’action. Extensions, étirements: ils déjouent la pesanteur. De la contrainte, naissent des mouvements  purs. Un bras dessine une courbe à l’horizontale comme un salut à la danse, qui consiste à créer de nouvelles lignes. Ensemble, trois danseurs échelonnés sur une diagonale invisible de bas en haut, figurent un envol suspendu. Les pieds sont bien attachés et leur corps s’étend dans le ciel. Dos incurvé, bras largement ouverts et jambe repliée vers le haut. Trois oiseaux : celui d’Henri Bergson répété trois fois…On remarque à peine l’effort, ce que voulait Baudelaire pour l’art… »
Cette pratique chorégraphique a un nom : danse verticale, un terme qui apparut dans les années soixante avec la compagnie française Roch in lichen qu’on a vu notamment au festival d’Aurillac (voir Le Théâtre du Blog) . Pour la danse aérienne, aux cordes, s’ajoutent des câbles élastiques.  Philippe Decoufflé l’avait utilisé  pour la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver en 92. Pour les danses aériennes sur les échafaudages de Notre-Dame, on a utilisé des harnais d’escalade et éléments d’ancrage. Ainsi la danse de voltige prolonge l’effort purement physique (pieds attachés) sur une seule ligne, loin du bord, par de magnifiques envolées.

 

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En bas sur l’île de la Cité, des mouvements d’ensemble, obstinés. Comment ne pas avoir les larmes aux yeux devant cette action et ce engagement!  Il faut être digne de la vie et ici, c’est une joie grave. Nous avons vu danser 420 âmes. « Ces jeunes », dit Daphné Burki, sont en première ligne, sur le front. La façade de l’Hôtel- Dieu développe une vague dorée. Une myriade de lamelles suspendues oscillent dans le vent ».
Ils plient et déplient un bras ensemble, les jambes bien accrochées au sol et dans l’eau . Ou, à toute vitesse, une seule jambe.Leurs épaules tournoient sans cesse en demi-cercle. Ils sautent ensemble.

Mais pas comme les danseurs « d’obscurité » qui évoluent au maximum de leurs forces et s’écroulent épuisés. Ici, ils gardent une réserve qui accompagne la vitesse et traverse  les rotations, tous les plis et et déplis,  et assure la fluidité de l’ensemble. Le porteur de flamme masqué  court, saute sur un toit, puis ouvre une porte, celle d’un un atelier? Fin de ce cinquième épisode et la suite au prochain numéro…

Bernard Rémy

 

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La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ( quatrième épisode)

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ( quatrième épisode)

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Revoilà la flamme, avec les enfants au premier rang, et un rassemblement de carnaval où domine la couleur rose sur le quai, comme au moment où passaient les bateaux des nations. Les enfants ont multiplié les moyens de transport de la cérémonie:  trottinette ouvrant la série, vélo, petite barque dans les catacombes, marche à pied puis cheval mécanique.

Nous en découvrirons la résonance avec les types de corps dans les tableaux présentés sur les quais. Une évidence s’impose : la danse est un des cœur battant de ce voyage, avec notamment, les danses classique et contemporaine, le hip-hop et la gestuelle de la Garde républicaine… « Et cette ville se transforme progressivement en rose » dit Laurent Delahousse.

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Passe le bateau des Bermudes et le fameux « bermuda », un short rouge porté avec chaussettes montantes et mocassins. L’enfant réapparait avec la flamme et, à ses côtés, le personnage masqué. Ils avancent sur le quai, parmi des hommes en costumes rose clair tachetés de rose sombre et des femmes en robe longue, aussi rose que les ballons et drapeaux. Bref, le fond de l’air est rose….

Nous savons depuis Turner et Cézanne et c’est une idée de la cérémonie : la couleur ne représente rien mais est une force et une sensation. Le noir et le blanc du personnage masqué fait trait, par rapport au tout rose du carnaval désordonné. « Nous allons le suivre toute la soirée », dit  Laurent Delahousse.  La petite fille, au cœur du défilé, se détache avec un polo aux bandes horizontales jaune, rouge, bleu et blanc. Le carnaval semble croître, une impression sans doute due à l’étroitesse du quai. De grands drapeaux roses envahissent toute la rue; une conquête  pacifique…

Le bateau brésilien arrive à l’heure précise et les deux flux: danses de carnaval et mouvements des athlètes au blouson bleu sombre, et en pantalon et robes blancs., se répondent en un écho merveilleux. Il a fallu bien calculer les choses pour les faire se rejoindre.. Changement subit de plan et dimension: les toits de Paris où le personnage masqué surgit, portant la Flamme olympique et qui se détache sur le ciel bleu et blanc.

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Depuis les catacombes, il assure, Hermès des temps modernes, le lien entre les lieux qu’il traversera: le Théâtre du Châtelet, l’Atelier des Médailles, l’Institut, le Musée d’Orsay… Un parcours  tout en lignes brisées : le noir des toits et celui, blanc et noir du costume s’attirent. Il saute, court et se tient au bord du vide. Pas de frontières mais un « court-circuit » à celui qui veut entrer partout.

Arrive le bateau du Burkina Faso avec ses athlètes aux drôles de chapeaux coniques et aux larges vestes flottantes à rayures: le monde entier passe sur la Seine avec ces costumes! On s’approche de Notre-Dame. Le personnage masqué court toujours sur les toits. « Il faut allumer le chaudron », commente Daphné Burki. Les athlètes canadiens en blouson deviennent une seule étendue traversée par les courants d’orange. Et ceux de Chine populaire, drapeau rouge en tête, ont des vestes rose sombre, une chemise et un pantalon blancs.

© Carl de Souza

© Carl de Souza

Sur un quai étroit, les danseuses du Moulin rouge sur fond des pierres grises… Le moment rose s’achève avec leur french-cancan: larges jupons et bottines blanches… Et la plume sur leur chevelure renvoie à la tige flexible sur celle de lady Gaga. D’abord immobiles, elles lèvent ensuite haut leurs jambes qui battent à un rythme soutenu. Puis elles soulèvent leur jupon de gauche à droite et finissent par un grand écart. Avec la proximité de Notre-Dame, tout change: que s’y passe-t-il ? La suite au prochain numéro…

Bernard Rémy

Adieu Patrice Cauchetier

 Adieu Patrice Cauchetier

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L’un de nos meilleurs créateurs de costumes est mort à Paris.
Il avait quatre-vingt ans. Patrice Cauchetier en avait conçu pour quelque 90 spectacles! Notamment ceux de Patrice Chéreau, disparu en 2013 et Jean-Pierre Vincent, il y a quatre ans déjà:  L’École des femmes (2008), George Dandin ou le Mari confondu (2018) de Molière , Antigone de Sophocle.
Mais aussi pour Qui a peur de Virginia Woolf ?, mise en scène d’Alain Françon.

Et pour l’opéra Jephtha de Georg Friedrich Haendel, mise en scène de Jonathan Duverger et Jean-Marie Villégier,  ou  Così fan tutte de Mozart mis en scène d’Yves Beaunesne.

Pour les Arts florissants, Atys en 86, Médée en 93, Hippolyte et Aricie en 96. Et il avait aussi aussi dessiné les costumes de ballets pour Francine Lancelot, Béatrice Massin, Odile Dubosc…

©L"Ecole des Femmes  ( 2008)

© Jean-Paul Lozouet L’Ecole des Femmes Odéon  ( 2008) Daniel Auteuil et Lyn Thibault

« Difficile d’imaginer qu’il avait un jour appris, dit son ami Alain Neddam, Inspecteur de la création artistique à la Direction Générale de la Création artistique, au Ministère de la Culture, on se disait que c’était un talent à l’état brut, ça naissait naturellement sous ses doigts ! Et pourtant… C’est avec les plus grands qu’il avait commencé, Lila De Nobili et Jacques Schmidt et on ne risquait pas de l’oublier, il les citait à tout bout de champ… la coupe à l’italienne, le choix des matières, la ligne… Je crois que, lorsque je le rencontrais au tout début de mes études au Théâtre National de Strasbourg, je n’avais jamais vu un tel jaillissement de talent de théâtre (et en ai-je rencontré depuis ?). (…) Sous ses allures de gentil voyou, il était une sorte d’artiste infus, il était né comme ça. Il savait tout sur tout, savait aussi rire de tout et baladait sa silhouette légèrement voutée de timide entre son atelier et la salle de cours de ses étudiants scénographes. »

Recherche précise, choix minutieux des étoffes et accessoires, virtuosité des lignes  poésie et unité de ses costumes avec la scénographie… Patrice Cauchetier, mal connu du grand public, aura pourtant été un de ceux qui auront beaucoup donné au théâtre, à la danse  et à l’opéra depuis un demi-siècle.

Philippe du Vignal

Une cérémonie a eu lieu le jeudi  25 juillet à au crématorium du Père Lachaise, Paris (XX ème).

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (troisième épisode)

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (troisième épisode)

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Le bateau des athlètes réfugiés passe devant une ligne de jets d’eau distribués en bouquet ou s’entrecroisant.
« C’est une allusion, dit Daphné Burki, au système hydraulique au bord de la Seine à Marly-le-Roy.
Il avait été conçu par  l’ingénieur Rennequin Sualem  en 1681 et alimentait les grandes eaux  du château de Versailles dont Louis XIV était admiratif . »

Plus de défilés d’athlètes comme aux précédents Jeux Olympiques : ici, ils se regroupent au coude à coude sur le pont d’un bateau, agitent les drapeaux de leur pays, tanguent, forment un ensemble un peu chaotique, l’instabilité permanente libérant de nouvelles forces… Plaisir de se serrer, osciller et faire corps. Cette cérémonie lave la honte des Jeux Olympiques à Berlin: en 1936 où certaines délégations d’athlètes défilèrent en faisant le salut nazi. Munich  a commencé là, dans ce geste de soumission.

 

© Fred Dugit

© Fred Dugit La délégation palestinienne

Le navire allemand impressionne par le nombre de participants.En polo rose, sur celui de l’Angleterre, ils sautent sur place en polo blanc et pantalon bleu sombre. Tous lèvent les bras et les sourires sont partout. Sur le bateau de l’Aruba, les femmes portent des robes à bandes, bleu, jaune, blanc. Les hommes, des  chapeaux rouges.
Sur celui des Bahamas, les costumes dupliquent les couleurs du drapeau: bleu, jaune, blanc, noir. A mesure de sa progression, le bateau donne un point de vue sur ce qui se situe hors-champ, l’instant d’avant. Ce rôle d’éclaireur rend visibles sur les rives de la Seine, les tableaux mais aussi les jets d’eau, un accordéoniste, la façade d’un immeuble. La  question: « où va-t-on » ne se pose plus mais « que va-t-il arriver ? « 

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Un accordéoniste (Félicien Brut) -béret, pantalon bleu et veste rouge, bleu et blanc avec deux ailes, comme si de rien n’était  est assis sur le rebord du pont d’Austerlitz. Il joue La Foule d’Edith Piaf, ouvrant ainsi le premier des douze tableaux. Les bateaux passent sous le pont … Une image mêlant prosaïsme et merveilleux, avec une grande intensité de couleurs.

Une façade d’immeuble prend toute l’ouverture du champ de vision. Des Parisiens sont debout sur leur balcon trois étages. Accrochés aux balustrades des trois étages, les drapeaux  américain, français, suédois, grec flottent au vent…Merveille, la vie quotidienne glisse dans le « temps pur ». Et vu de haut, la Seine dont les larges courbes offrent une majesté au navire dans son ralentissement même. Le fleuve agit-il sur la joie des athlètes? Ils balancent, ondoient comme les remous de la Seine.

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Les temps modernes libèrent tous les flux urbains comme ici à Paris.  Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann (1927) montrait les mouvements d’une ville et le danger d’une centralisation.
Ce film annonce un régime totalitaire à venir où rassembler les flux, revient à mettre la mort, au pouvoir.


Des personnages en noir, immobiles échelonnés sur un grand escalier beige doré,  échelonnés. Chaque danseuse est couverte de deux ballons en plumes roses et on ne voit que leurs jambes droites. Elles composent une figure triangulaire avec, au sommet, une danseuse coiffée de plumes roses. Dans la partie inférieure, deux hommes tiennent de larges éventails superposés en plumes roses, en en masquant une dont seules sont visibles les jambes en collant noir.

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Les danseuses descendent lentement l’escalier, en croisant et décroisant leurs jambes. Qui est-ce? En bas de l’escalier, la musique de Mon truc en plumes de Zizi Jeanmaire (1924-2020) donne un indice. Les boys font trembler les éventails et soudain, les écartent. Apparait Lady Gaga! Mais pas en direct! Un peu inclinée  en arrière  et une forme noire en plumes l’enveloppe d’abord entièrement. Nous voyons seulement sa tête aux cheveux serrés avec au sommet- une fantaisie-une tige flexible fixée  répercutant ses mouvements…
On pense aux enfants du clip réalisé par Kodak de Jean-Paul Goude, dotés de la même tige flexible. « Bonsoir, bienvenue à Paris », dit-elle, avec un accent délicieux.

 

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Elle chante Mon truc en  plumes, avec nombre de spasmes et secousses. Elle roule les épaules, en traversant l’espace de long en large… Un corps à corps avec ce fragment de quai changé en scène de music-hall. L’escalier offre une transposition où la réalité de tous les jours verse dans le décor: ainsi un lampadaire a été doré.Lady Gaga, au début de la séquence, rend hommage à Zizi Jeanmaire  qui,  d’une  manière subtile, masquait ses jambes… « Fière à jambes »,disait Roland Petit,  son chorégraphe et mari.
Cet hommage redouble avec les girls alignées au sol dont ne voit que les jambes battantes. « Mon truc en plumes, c’est très malin/ Rien dans les mains/Tout dans l’coup des reins/Viens l’essayer /J’vais te faire danser ». Le Lido a prêté les éventails et les ballons de plumes roses, dit Daphné Burki.  » Mais où est passée la flamme ?


Bernard Rémy

La cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques (suite deuxième épisode)

La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques  (deuxième épisode)

 Dans le film, Zinedine Zidane rit un peu jaune quand il arrive dans un wagon de métro: la flamme se retrouve dans un milieu prosaïque… Il la transmet aux enfants qui attendent sur la quai et qui s’élancent alors dans le tunnel, bifurquent et arrivent dans les catacombes où sont entassés des centaines des crânes humains. Où vont-ils? Perdus, ils longent un très sombre cours d’eau. Un crocodile saute dans l’eau marécageuse. L’historien Patrick Boucheron parle de « surréalisme ».

Tout pourrait s’arrêter là, mais arrive sur une petite barque, un personnage masqué par une large coiffe qui lui enveloppe tout le visage. Cet inconnu invite les enfants à monter à bord et on peut à nouveau se demander: « Où vont-ils? » Fondu enchaîné sur les tribunes de la place du Trocadéro. La cérémonie passera par là, et au sol, s’étire sur toute la longueur,  un double de la Tour Eiffel.

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Thomas Bach, le président du Comité International Olympique et Emmanuel Macron échangent une première poignée de mains. Le public dans son attente même qui est déjà une émotion, est gros d’un événement à venir. Nous ne savons rien mais nous pressentons quelque chose… La petite barque voit le bout du tunnel et passe dans un éclat de lumière, disparait, avant de réapparaître en pleine lumière: « On le retrouve sur la Seine » dit Laurent Delahousse. Parfois, la cérémonie voile et dévoile. Le calme des enfants impressionne, un petit garçon porte la flamme.
Dans l’ancienne cérémonie, le stade représentait une unité de lieu mais ici dès que la cérémonie en sort, la flamme échappe à toute connaissance. Nous avançons à l’aveugle. Comme Hermès, porteur du feu sacrificiel qui relie les Dieux et les hommes. Donneur de chance, inventeur des poids et des mesures, gardien des routes et carrefours, il est le dieu des voyageurs, bergers, commerçants, voleurs et orateurs. Il conduit les âmes aux Enfers. Ici, ce personnage inconnu et appelé à le rester, fait la relation entre les lieux traversés.

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Les douze tableaux, dit Daphné Burki, la commentatrice, seront connectés aux paysages, aux monuments. » On peut alors se ménager des étapes avec les tableaux, les danses et les chants…L’attention portée aux monuments, à l’Institut de France, le Grand Palais, le musée d’Orsay, le Louvre, la Tour Eiffel, comme si c’était la première fois que nous les voyons. Comme la Seine que nous longeons tous les jours. Le monument ici devient puissance, comme le « kairos » grec: faire le bon acte, au bon moment.

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Passe en premier le bateau des athlètes de la Grèce comme aux Jeux Olympiques de Londres depuis 1908, dit Alex Boyon. Danses, cris, gestes d’ouverture et camaraderie:  cette joie d’être là  en vie,  surgit sur toutes les embarcations. La Seine brûle… Et hors cérémonie mais dans son prolongement, cette même joie de vivre aura lieu dans des lieux plus modestes comme la rue Lepic ou celles menant à  la Butte Montmartre. Temps pur.

Le tableau. « ça ira », à la fois chant révolutionnaire et expression du courage de vivre,  fait naître la bonne humeur dans le public. C’est aussi un encouragement à avancer. A  gauche et à droite du pont d’Austerlitz, jaillissent à l’horizontale deux masses d’eau régulières allant à toute vitesse l’une vers l’autre, puis en suspension un moment mais sans se mélanger, se colorisent de bleu, blanc et rouge. Littéralement, « un coup de cœur ». Avant de se disperser en un énorme nuage tourbillonnant. « L’explosivité du drapeau tricolore », dit Patrick Boucheron.

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« Thomas Jolly vient du théâtre, dit Daphné Burki, et il faut ouvrir en grand pour que le spectacle commence. »
Le navire des réfugiés passe sous le pont d’Austerlitz et traverse le nuage bleu, blanc, rouge, recevant comme une bénédiction laïque républicaine.. »Ce navire, rappelle Alex Boyon, journaliste sportif qui relate nombre de compétions, a fait pour la première fois, son apparition aux Jeux Olympiques en 2016 à Rio de Janeiro…

Bernard Rémy

France Télévision est diffuseur de la cérémonie d’ouverture.

La cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques

La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, direction artistique et mise en scène de Thomas Jolly, réalisation de Simon Staffurth (premier épisode)

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En quatre heures, douze tableaux vivants sur le parcours d’une centaine de bateaux avec 206 délégations olympiques réparties sur une centaine de bateaux naviguant sur la Seine. La première fois que la cérémonie se passe dans une ville  et sur six kms! Echappant ainsi à la forme circulaire d’un stade. 206 volontaires portent les drapeaux des nations sur la place du Trocadéro dans le XVI ème, à la fin de la cérémonie. Et plus de quatre cent danseurs de Ballets venus de toute la France évoluent près des échafaudages de Notre-Dame et aussi sur les six kms du parcours 1.860 danseurs, tous habillés par Daphné Burki, aidée par de jeunes créateurs.

©x Thomas Jolly

©x Thomas Jolly

Maître de cérémonie: le metteur en scène de théâtre Thomas Jolly (voir Le Théâtre du Blog) avec ses collaborateurs: Leila Slimani, écrivaine, Fanny Herrero, scénariste et créatrice de la série Dix pour cent…. Et fille de l’ancien joueur  et entraîneur de rugby Daniel Herrero. Patrick Boucheron, historien et professeur au Collège de France, Damien Gabriac, auteur de théâtre. Directeur de la musique: Victor Le Masne; directrice de la danse, Maud le Pladec  et celle des costumes, Daphné Burki.

Cette cérémonie a été conçue et préparée en un an et demi. Et pour offrir les images aux deux milliards de téléspectateurs, L’Olympic Broadcasting Service a mis en place quelque cent systèmes de caméras, huit drones, trois hélicoptères et quatre bateaux stabilisés. Laurent Delahousse, Daphné Burki et Alex Boyon, journaliste sportif, commentent la cérémonie. Où convergent toutes ces bateaux, trottinettes, skateboards, chevaux et un personnage masqué? Qui allumera la vasque? Une formidable équipe mêle informations précieuses et émotions. Alex Boyon, éclaire d’un trait, les faits athlétiques historiques entre autres, de Pavoo Nurmi, Jesse Owens, Nadia Comaneci, Karl Lewis, Zatopek… Il fait passer l’événement dans toute sa puissance mais avec concision quelques simples photos et les images sur ce qui se passe sur la Seine.

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Un homme vu de dos passe avec la flamme  olympique dans un tunnel qui conduit à la pelouse du stade de France et en sort. La caméra nous révèle le visage de Jamel Debbouze qui  voit le stade vide et s’en inquiète. Un autre homme, masqué par la flamme arrive derrière lui. Puis le visage de Zinedine Zidane apparait. Il est en veston et baskets.
Jamel Debbouze entre en convulsion. Zinedine Zidane lui  prend la flamme avec ces seuls mots: « Je m’en occupe » et part en courant vers Paris. Jamel Debbouze, soulagé, a compris son erreur ! Pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques modernes, la cérémonie d’ouverture se tiendra hors du stade, dans la ville et  sur  six kms de la Seine avec ses beaux rivages qui donnent une majesté aux bateaux des athlètes des Nations.

La cérémonie, en sortant du stade, donc du temps cyclique, du temps des saisons, de l’astronomie grecque avec ses planètes qui, passée une certaine durée, retrouvent leur position initiale. Cette cérémonie rattrape les temps modernes: quand le fantôme de son père apparaît, « The time is out of joint » dit Hamlet qui voudrait qu’il ne soit pas encore temps de venger son père. « Le temps est hors de ses gonds. Ô sort maudit /Qui veut que ce soit moi qui aie à le rétablir! ».

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Ici, du cercle, jaillissent des lignes, vitesse et lenteur. Zinedine Zidane dans ce Paris peuplé, arrive à un carrefour embouteillé avec des voitures aux couleurs orange, rouge, bleu. Avec les temps modernes, la motricité passe par les couleurs et on pense au Play time de Jacques Tati (1967).
Zinedine Zidane court, renverse des tables de café en terrasse, et imperturbablebouscule une jeune femme, . Dans quel but ? Il passe devant trois enfants qui le suivent en vélo et à trottinette et s’engouffre dans le métro poursuivi par ces enfants obstinés…A suivre…

Bernard Rémy

Cet article est dédié à Robert Antelme (1917-1990), résistant et écrivain, auteur de L’Espèce humaine (Gallimard, 1947). Toute sa vie durant, et notamment en camp de concentration,il affirma l’unité de l’espèce humaine.

Nuit du 26 au 27 juillet. A revoir sur France Télévisions.

 

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