Vie et destin de Vassili Grossman, adaptation pour la scène de René Fix d’après le roman de Vassili Grossman, univers musical de Yannick Deborne, adaptation de René Fix, mise en scène de Gerold Schumann

Avec ce roman achevé en 1962, mais censuré en URSS et publié seulement en 80 en Occident, le romancier russe (1905-1964) a écrit  une fresque de  son pays pendant la seconde guerre mondiale. Et la matière ne manquait pas, hélas: ghetto de Berditchev, mise en place d’un système totalitaire performant, bombardement de Stalingrad assiégée par les Allemands, laboratoire de physique nucléaire de Moscou, camps de concentration nazis, vie misérable-faim et froid-du peuple russe, guerre sur les fronts de l’Est, goulags en Sibérie, camp d’extermination de Treblinka en Pologne, Ukraine dévastée…
Il y a a ainsi  Victor Strum, un chercheur en physique  nucléaire  évacué à Kazan au début de la guerre et qui a regagné Moscou mais au risque de perdre son poste car il est juif, mais aussi Eichman!, un Juge, tous joués avec efficacité par François Clavier. La Soldate Irina, Sofia, Katia, Juge 1, La femme  (remarquable Maria Zachenska ). Un civil, Serioja, Chichakov, le soldat Stepan, Semionov,  un Juge,  un Homme (Vincent Bernard); la soldate Irina, Sofia, Katia, un Juge, une Femme (Thérésa Berger), lun  Conducteur de train,  le Soldat Sacha, Krymov, Liss, Ossipov (Thomas Segouin). Tous impeccables.

© Jennifer Herovic

© Jennifer Herovic

Sur le plateau, quelques cubes blancs et au fond sur grand écran pour des images vidéo en noir et blanc particulièrement fortes : camps avec barbelés, campagne enneigée… Et il y a souvent des dialogues très solides et bien menés: dans un camp de prisonniers russe: » Professeur Mostovskoï, compagnon de route de Lénine ! Je ne suis qu’un simple officier SS dit Liss, mais je souhaite discuter avec vous. et il lui répond: Moi, compagnon de route de Lénine, je ne souhaite pas discuter avec vous.Liss: « Je comprends parfaitement. Asseyez-vous.Je vous ai dérangé au milieu de la nuit, mais je voudrais vraiment ‘discuter avec vous. Mostovoskoi: « On m’a appelé pour un interrogatoire, pas pour faire la causette. » Pourquoi pas une causette ? (Il regarde son uniforme). Ah, mon uniforme… Je ne suis pas né avec : Vous savez, je me passionne pour l’histoire de la philosophie. Mais je suis membre du notre parti national-socialiste. Notre Führer ordonne, et nous marchons, nous, les soldats du parti. Chez vous, on aime les tortures à la prison de la Loubianka ? Si vos dirigeants, votre Comité central, vous demandait de dénoncer, de trahir vos proches, de travailler pour la Tcheka, vous pourriez refuser ? Il rit et lève ses mains. Mes mains, comme les vôtres, aiment le vrai travail, le grand œuvre. Elles ne craignent pas de se salir.(Il le regarde dans les yeux, puis quitte le regard de Mostovskoï) Quand nous nous regardons, nous ne voyons pas seulement un visage haïssable, mais nous regardons dans un miroir. C’est là, la tragédie de notre époque. Vous ne vous reconnaissez pas en nous ? Vous comprenez ? Si nous vainquons, nous, les vainqueurs, nous resterons sans vous, seuls face à un monde étranger qui nous hait. Ce sont les mêmes questions qui nous torturent, vous et moi ! Il approche sa tête, regards en parallèle. Notre victoire est votre victoire. Et si nous perdons la guerre, nous la gagnerons quand- même, nous continuerons à nous développer sous une autre forme, mais en conservant notre essence. »
Et il y a une scène bouleversante où Anna Semionovna Strum avec une lettre écrite à son fils, depuis le ghetto juif à Berditchev en Ukraine.

 

© Jennifer Herovic

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Mais il y a encore et toujours le même problème quand il s’agit d’adapter au théâtre un roman traditionnel ou contemporain, voire un roman-fresque de quelque mille pages comme celui-ci, inspiré du célèbre Guerre et paix de Léon Tolstoï… Comment réussir à en garder la substantifique moelle? Comment rendre vivants ces événements qui ont déjà plus quatre-vingt ans! Comment faire revivre en un temps théâtral, les très nombreux! personnages de ce passionnant mais touffu Vie et destin, en particulier les membres de la famille Chapochniko.  Et il y a des échos à la situation contemporaine, avec quelques conversations au portable… et des jets de fumigène que le metteur en scène aurait pu nous épargner.
L’auteur essaye de comprendre pourquoi il existe une forte ressemblance entre les systèmes nazi et communiste adoptés par des pays qui pourtant, se font une guerre impitoyable depuis des années. « Que chercher dans cette œuvre monumentale? L’adaptation théâtrale, dit  Gerold Schumann entend créer un lien entre la fable, l’histoire contemporaine et notre actualité bouleversée par la guerre en Ukraine. Nous allons utiliser la structure même du roman, une structure de fragment, pour créer notre fragment.
Dans une unité de temps, nous allons trouver la vie, partout, dans les décombres comme dans les situations inhumaines. Poursuivre le cheminement de l’Empire russe des Tsars, vers l’Empire soviétique, jusqu’aux tentatives de rétablissement des empires perdus de l’actuel président de la Russie. Constater les lots d’antisémitisme et de racisme qui sont les fidèles compagnons de tout Empire, en l’occurrence ici ceux de l’Allemagne de Hitler et de l’Union soviétique de Staline. Faire la différence entre les totalitarismes nazi et russe. « 

L’adaptateur et le metteur en scène ont fait un travail cohérent mais qui ne fonctionne pas bien: la dramaturgie n’est pas au rendez-vous et les petites scènes se succèdent sans véritable fil rouge. Le public a à peine le temps d’identifier les personnages qu’on passe à d’autres… joués par les mêmes acteurs, ce qui ne facilite en rien le suivi de l’action… répartie su plusieurs territoires, le tout sur plus d’une heure et demi. Bref, de quoi pousser les collégiens à un doux ensommeillement, ce dont ils ne se privaient pas. Les adultes peuvent tenter l’expérience s’ils veulent connaître Vassili Grossman. Malgré de très bonnes scènes, l’ensemble-décevant- et on a plutôt envie de relire, ou lire, ce roman devenu culte… Dommage.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 13 janvier (en séance scolaire) à la Grange aux Dîmes, Ecouen (Oise).

Et les  28, 29, 30, 31 janvier et  1 er février, ( séances scolaires et tout public), Théâtre Studio, Alfortville (Val-de-Marne).

Le 30  avril, Théâtre de l’Arlequin, Morsang-sur-Orge (Essonne).

Textes de Vassili Grossman, traduction d’Alexis Berelowitch et Anne Coldefy-Faucard, éditions Calmann Lévy.

 

 

 

 

 

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