Tout est bien qui finit bien de William Shakespeare, mise en scène de Frédéric Jessua

Tout est bien qui finit bien de William Shakespeare, mise en scène de Frédéric Jessua

Dans la salle restée éclairée, un cercueil trône au centre du plateau et un maître de cérémonie accueille le public, non sans humour et à la limite de l’absurde. Le spectacle est bel et bien lancé ! Écrite vers 1604, la pièce est déjà une réécriture de La Femme courageus, une nouvelle du Decameron de Boccace.L’auteur transpose ici l’action en France et en Toscane pendant les guerres d’Italie. Ni le nom du roi  ni celui du duc de Florence ne figurent nommément dans la liste des personnages mais il s’agit bien du roi de France, François 1er et du duc de Florence, Alexandre de Médicis.

 L’appropriation de cette comédie assez peu jouée, reste ici fidèle mais lui donne théâtralement un sang neuf. Dans cette volonté esthétique, Frédéric Jessua et Vincent Thépaut ont tenu compte des différentes traductions et se sont saisi de la truculence et de la finesse de la langue de Shakespeare pour, sans jamais la trahir, la transfigurer avec intelligence et l’accorder à l’écoute d’une parole dramatique à la fois contemporaine et pérenne. L’adaptation audacieuse reste juste et conserve l’esprit et les thématiques de la pièce : conflits personnels et politiques, guerres, appétit du pouvoir et son ubris, prétention des bien-nés, grossièreté des attitudes, passion amoureuse et ses folies, son courage, se manifestent ici avec éclat et dextérité.

© Nicolas Blandin

© Nicolas Blandin

Hélène, (Céline Laugier, merveilleuse, incroyable de sensibilité), est de basse naissance mais  fille adoptive de la comtesse de Roussillon, une veuve. Elle aime secrètement son frère de lait, Bertrand (Enzo Houzet, jubilatoire en jeune prince charmant totalement mufle !), fils du comte et de la comtesse de Rosillion, (formidable Félicité Chaton). Elle désire l’épouser mais son bien-aimé refuse ce mariage : Hélène n’est pas noble.
Pour cette femme d’une grande beauté, moderne et indépendante d’esprit, ce rejet violent est un défi. Fille d’un médecin disparu, elle apprend soudain que le roi est malade. Quelle aubaine! Elle se rend à Paris auprès du souverain, utiliser les soins-miracles que son père lui a transmis. Elle le soigne de la fistule dont il souffre. Le roi est sauvé ! En récompense, elle se voit offrir la possibilité d’épouser tout homme du royaume.Elle choisit bien évidemment Bertrand! A la suite de multiples rebondissements et situations pénibles ou rocambolesques, le mariage de Bertrand et Hélène sera enfin célébré ! Et, c’est à Bertrand de s’engager, sans doute à contre cœur, dans cette union. Comme pour payer le prix de son lamentable comportement !

  Frédéric Jessua laisse rejaillir avec impertinence, grivoiserie et humour, la singularité de la dramaturgie et des thèmes de Tout est bien qui finit bien qui, à l’image d’une autre comédie de Shakespeare Mesure pour mesure, joint le comique au tragique, ou les oppose. Le Roi: Tu es si sûre de toi ? Combien de temps prendrait la guérison ? Hélène: Vingt-quatre à quarante-huit heures. Le Roi: Elle est superbe…Moins de deux jours ? Et si ça ne fonctionne pas, qu’es-tu prête à sacrifier ? Hélène: Je commencerais par offrir ma virginité au premier venu. Non que dis-je, j’irai me prostituer. Non… encore mieux, écartelez-moi, arrachez-moi les ongles, faites-moi bouillir. Ou tout simplement, coupez-moi la tête.»
Dans cette création, originale, l’écriture, engagée politiquement et l’esprit critique de l’auteur sur son époque, sont mis à l’honneur. Et nous comprenons, oh! combien, que l’artiste doit rester libre et maître de son œuvre, quitte à paraître trop insolent.

Les personnages, eux aussi, sont inhabituels dans le théâtre de Shakespeare et tous hauts en couleur. Le metteur en scène a su se saisir de cette particularité en nous offrant un jeu à la fois sensuel, parfois cru, comique ou d’une belle élégance: -«Le deuxième Seigneur: Majesté, que la santé soit votre enjôleuse! Le Roi (brusquement) : Attention aux italiennes ! Leurs cuisses sont des charniers pour nos soldats. Si vous devez vous allonger, que ce soit sur le champ de bataille! »
Le public se réjouit à la vue de ces intrigues bigarrées, où cruauté des sentiments, désir impossible, et fantasmes les plus fous se mêlent au cheminement et à l’accomplissement politique de l’Histoire et d’un peuple. Nous sommes sous le charme d’une intrigue entre réalité historique et agitations de l’âme humaine. La mise en scène, proche d’une danse théâtrale excentrique où ne cesserait de tournoyer à la fois pureté et désir fou, pudeur et érotisme, fidélité et inconstance, répond avec grâce à: «La trame de notre vie est un tissu fait à la fois de bien et de mal. Nos vertus seraient fières si nos fautes ne les flagellaient pas et nos vices désespéreraient, s’ils n’étaient pas relevés par nos vertus. »
Notre esprit est déstabilisé, et c’est parfait ! Même si on se perd quelquefois dans un rythme un peu trop effréné. Ces êtres de fiction aux comportements contradictoires, impulsifs, naïfs ou pervers, nous touchent et nous parlent. Loin de héros extraordinaires, nous nous sentons complices de leur humanité, de leurs ruses, obsession sentimentales ou érotiques, de leur générosité, de leur espoirs et passions. Les costumes de Julie Camus et les maquillages de Pauline Bry reflètent à merveille le visage de cette troupe de personnages insolites.

©Nicolas Blandin

©Nicolas Blandin

La scénographie de Charles Chauvet et Frédéric Jessua a, elle aussi, un caractère ludique et romantique. Elle semble se fondre dans une atmosphère à la fois élisabéthaine et sans époque. Frédéric Jessua éclaire et anime avec un sens poétique et fantaisiste, l’étrangeté, le comique et le tragique de cette histoire inouïe. Clin d’œil au théâtre de tréteaux, il y a d’ingénieux châssis mobiles peints en bleu et rouge, avec les insignes des royaumes et militaires, tout comme les chevaux- de l’armée royale, silhouettes en bois découpé comme tout droit sortis d’un manège pour adultes, le tout sur roulettes.
Autre trouvaille simple mais inventive et efficace d’un point de vue dramatique : une tournette. qui rythme le passage des scènes et évoque peut-être, la symbolique de la roue de la Fortune, si chère à Shakespeare. Ou encore le moment comique, remarquable : un éclat de rire unanime quand qu’apparaît le duc florentin (Charles Van de Vyver hilarant) en tenue de champion de formule 1, écurie Ferrari ! Entre fête foraine, artisanat, et art du clown et de l’absurde, la théâtralité bat son plein et nous ravit : la tension dramatique est constante !

  Le spectacle est mené avec brio par tous les interprètes. À la fois théâtral, musical (musique originale de Richard Le Gall), et chorégraphique (création de Georgia Ives), et dans un univers assez rock and roll, il donne au public une vision originale, très vive, réjouissante. Nous partageons avec les comédiens, le même enthousiasme pour la mise en scène de cette pièce déjantée mais à la fois tellement fine et organique, sensuelle dans sa représentation de la comédie humaine ! Épopée personnelle et histoire, cette comédie du début du XVII ème siècle reste prégnante pour nous, hommes et femmes du XXI ème siècle. Menée tambour battant, elle laisse résonner les vibrations intimes de l’âme humaine et celle de notre monde occidental.
Shakespeare n’a pas fini de nous étonner, de ravir et d’inspirer les artistes ! Son portrait projeté au milieu du spectacle, avec son regard malicieux, plein d’esprit, en dit long sur la postérité de son art théâtral !

 Elisabeth Naud

Spectacle vu au Théâtre 13/Bibliothèque, 30 rue du Chevaleret, Paris (XIII ème). T : 01 45 88 62 22

 

 


Archive pour 27 mai, 2025

Festival Théâtres en mai à Dijon: Trust me for a While, conception et mise en scène d’Yngvild Aspeli

Festival Théâtres en mai à Dijon:

Trust me for a While, conception et mise en scène d’Yngvild Aspeli

Artiste récemment associée au Théâtre Dijon-Bourgogne, la metteuse en scène, actrice et marionnettiste norvégienne, directrice de la compagnie Plexus Polaire, fait depuis 2010 un remarquable travail visuel et introspectif autour de marionnettes à taille humaine. Elle crée des univers esthétiques singuliers, marqués par une imposante scénographie comme  entre autres dans Signaux (2011), Maison de Poupée (2023).

Première en salle de ce nouveau spectacle, après une tournée dans les lycées, centres sociaux et maison d’arrêt en Bourgogne-Franche-Comté depuis janvier 2025. Cette forme courte de cinquante minutes, était destinée, à l’origine, à un public d’adolescents. Le spectacle se concentre sur le cœur du métier de marionnettiste à une échelle intimiste, avec une scénographie épurée. Yngvild Aspeli a fait appel à de jeunes interprètes, récemment diplômés de l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette  à Charleville-Mézières où elle-même fut élève de 2005 à 2008..

Sur le plateau, trois structures sur roulettes avec des rideaux scintillants. Au centre, une valise à la verticale. Quand le public arrive, un chat-une marionnette très réaliste- apparait plusieurs fois et à différents endroits, nous scrutant et brandissant une pancarte où est écrit: Applaudissements. Puis entre le ventriloque Pédro Hermelin Vélez avec sa marionnette Terry. Il explique comment elle fonctionne dans une mise en abyme et « un rationalisme merdique qui tue l’illusion », comme le dit Terry qui a du répondant. Cela donne lieu à des situations cocasses où la marionnette demande à son maître de la gratter à l’intérieur de son corps, en lui retirant la tête… Crise existentielle ! La marionnette prend alors conscience de son existence et a peur ! Son maître ne croit pas en elle. Terry lui demande de conserver une ou deux illusions dans ce triste monde, de lui faire confiance et commence à chanter une  Trust me for a While.

Terry prend alors de plus en plus d’autonomie jusqu’à s’animer et à parler tout seul sans l’aide de Pédro, lequel prend peur et lui tape violemment la tête contre la valise : Terry a le crâne ouvert ! Une vision à la fois de peur et de comique). Malgré la pose d’un bandage, la marionnette meurt mais reprend vie en bousculant l’espace-temps, avec des questions sur la vraie réalité des choses : «Il n’y a pas de public, tout comme moi… Peut-être la réalité n’est-elle qu’une illusion? »

Sur une musique angoissante, la scénographie change et les trois structures bougent les unes devant les autres et suivent des  tableaux où la marionnette disparait et attaque à plusieurs reprises le ventriloque dans de remarquables auto-manipulations.Pédro, ensanglanté, tache les rideaux. Terry surgit avec un couteau mais la tête et la main dissociées dans l’espace. On s’aperçoit alors que ce n’est pas la marionnette qui tient le couteau prêt à égorger son maître mais lui-même, dans une vision d’épouvante.
La marionnette, enfermée dans la valise, en ressort mais à taille humaine (une comédienne habillée comme Terry et portant un masque). Très dérangeante, elle commence à faire d’étranges bruitages et chante à nouveau Trust me for a While. Pendant cela, Pédro se fait attaquer par le chat qui lui mord et lui griffe le visage. Il finit par l’étrangler et le met dans la valise. Terry, grandeur nature, demande alors si le chat est vivant ou mort ? Les deux, répond-t-il.

Les structures se mettent à bouger et Terry assomme Pédro et le met dans la valise,. « On va voir qui est la marionnette maintenant!» Les rôles s’inversent alors et Pédro apparait avec un corps minuscule semblable à celui d’une poupée et deux grosses mains (en fait celles de Terry) le maltraitent. Les structures bougent à nouveau et le chat qu’on voit de dos et à la taille disproportionnée, remue la queue et est caressé par les grosses mains de Terry.La scénographie change une dernière fois : les mains géantes parcourent les rideaux puis Pédro (à taille humaine) est dans la valise et Terry ( une marionnette) dessus.
Le chat (qui a repris sa taille normale) brandit un panneau avec le mot : Fin. Un retour définitif, a fin du cauchemar ? Ici, à la différence de ses grosses productions, Yngvild Aspeli se concentre sur la figure du double, entre un ventriloque et sa marionnette, un marionnettiste et sa poupée. La metteuse en scène a simplifié le dispositif technique, mais aussi les apparences avec « un magicien raté (d’où une technique volontairement approximative en ventriloquie) et un personnage possédé armé d’un couteau ».

© Vincent Arbelet)

© Vincent Arbelet

Dans ce spectacle, l’étrange et dérangeant Terry a un passé trouble et va prendre le contrôle de son maître. Yngvild Aspelichoisi de traiter le côté maléfique et horrible de la dualité intrinsèque à l’interprétation où la schizophrénie peut amener à la folie meurtrière: «Il y a quelque chose d’assez terrifiant, dit-elle, et en même temps d’irrésistible, avec une marionnette ventriloque. La représentation humaine, très reconnaissable et pourtant loin d’être réaliste et cette marionnette est l’incarnation de notre peur la plus forte et la plus fondamentale : celle de l’innocence cachant l’horreur.
Cette créatrice s’intéresse particulièrement à l’utilisation d’un mannequin ventriloque pouvant incarner la folie. « Pour être propulsé directement au centre désordonné, fou et fascinant de l’esprit humain (…), une bataille interne avec soi-même, sans être totalement soi-même. Une partie de soi que l’on peut contrôler – jusqu’à ce qu’elle nous contrôle tout à coup. »

Ce spectacle renvoie à des films comme Magic (1978) de Richard Attenborough avec un ventriloque psychotique et surtout The Ventriloquist’s Dummy, la partie réalisée par Alberto Cavalcanti, d’un film à sketchs de Dead of Night (1945). Avec Maxwell Frere, un ventriloque dont la marionnette tend à s’autonomiser un peu trop et accuse un autre ventriloque, d’encourager cette révolte. La dimension surnaturelle et psychotique du film en fait un modèle du genre.
Dans
L’Attrait des ventriloques, Erik Bullot décrypte les enjeux dramatiques du ventriloque et de sa marionnette à travers une judicieuse sélection de films qui renvoient souvent à des troubles profonds et tragiques comme la schizophrénie, la possession ou le transfert de personnalité dans des récits dramatiques, fantastiques et horrifiants.
La metteuse en scène crée des effets temporels, ellipses, apparitions et disparitions, avec une économie remarquable du décor et une utilisation judicieuse de la bande son et de la lumière. Encore une réussite pour
Yngvild Aspeli.. Avec ce format inédit où elle joue subtilement sur les archétypes avec une forme à la fois populaire et spectaculaire, elle questionne notre libre-arbitre, et nos décisions individuelles constamment manipulées.

Sébastien Bazou

Spectacle vu le 23 mai, à la Minoterie, Dijon ( Côte-d’Or)

Biennale internationale des arts de la Marionnette au Mouffetard, Paris (V ème), les 27 et 28 mai.

 

 

 

P { margin-bottom: 0.21cm }

Jay Scott Berry

Jay Scott Berry

-Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de votre première rencontre avec la magie ?

Né à Sacramento (Californie) en 1960, j’ai grandi à Reno (Nevada) la ville des casinos et divertissements. À trois ans, ma mère m’a inscrit à un cours de claquettes et je me souviens parfaitement de notre premier récital : je dansais et chantais sous les sourires et les applaudissements du public. Dès lors, j’ai adoré être sur scène. À cinq ans, j’ai reçu un kit de magie. Puis, j’ai présenté mon premier spectacle. J’étais conquis ! Après cela, je m’y suis plongé mais aussi dans la musique et le théâtre.

© Jay Scott Berry

© Jay Scott Berry


À dix-sept ans, je suis allé à Hollywood et j’ai travaillé pendant trois années au Hollywood Magic Shop. J’ai passé des auditions pour intégrer le groupe junior du Magic Castle. Le président Bill Larsen, les membres du conseil d’administration : Diana Zimmerman et Peter Pit ont été impressionnés : à dix-neuf ans, j’étais le plus jeune magicien à se produire au Palace of Mystery..

Très tôt, j’ai essayé d’atteindre l’excellence artistique et ‘ai décidé que la seule concurrence à laquelle je devais faire face, était moi-même. La principale difficulté? La jalousie des autres. Mais je suis resté concentré sur le perfectionnement de mon art scénique. Et en 82, j’ai eu l’honneur de représenter le Magic Castle à la F.I.S.M. de Lausanne où j’ai rencontré nombre de mes idoles : Richard Ross, Christian Fechner, Pavel.
Cela a lancé ma carrière en Europe, marquée par de nombreuses conventions de magie et galas remarquables.


-Vous êtes un créateur et avez publié en France, Magie d’un monde nouveau de Georges Proust. Qu’aimez-vous créer et de quoi êtes-vous le plus fier ?

Retour en arrière jusqu’à la F.I.S.M. 1985 à Madrid : j »étais une des têtes d’affiche. Puis je suis allé à Paris et j’ai rencontré Georges Proust. Ensemble, nous avons assisté à la convention F.F.A.P. 85. L’un des conférenciers prévus ayant dû annuler, on m’a demandé de le remplacer. Avec Maurice Pierre comme traducteur, j’ai donné une conférence et expliqué mon numéro complet F.I.S.M., celui de La Symphonie sur l’anneau et la routine du ruban. Ovation debout et j’ai alors reçu de nombreuses propositions de conférences dans le monde entier. Cela a donné naissance au livre Magie d’un Monde Nouveau, illustré avec brio par James Hodges mais aussià la création de nombreux effets originaux destinés à la vente, notamment Fumée dans la Main, Jet de Flamme, Éclair Miracle, le tout premier FP lumineux. Peu après, j’ai aussi créé Diamond Silks, Eclipse Tip, les FP Streamers, Cloaking Device… qui ont tous influencé l’évolution de notre art.

En 2001, j’ai organisé mon premier festival de magie en Écosse. Avec plusieurs spectacles de vedettes comme Pavel, Ali Bongo, Patrick Page, Flip et même le jeune David Goldrake. Les dix années suivantes, j’ai organisé douze autres festivals de magie, attirant jusqu’à 10. 000 spectateurs en un week-end.
J’ai aussi grandi avec la musique et joué du violoncelle dans un orchestre à cordes pour jeunes, et du chant dans une chorale de garçons. J’ai donc toujours intégré la musique à ma magie et souvent composé des bandes originales. J’ai aussijoué de la guitare, participé à de nombreux festivals de musique et même sorti plusieurs CD.

-Quels sont vos magiciens préférés et qu’aimez-vous toujours dans ce métier ?

J’ai beaucoup appris et me suis inspiré de Johnny Thompson, Channing Pollock, Shimada, Richard Ross, Patrick Page, Pavel, Albert Goshman, Eugene Burger…. J’ai appris de chacun d’eux, intégrant des aspects de leur style au mien. Ce sont quelques-uns des géants sur les épaules desquels je m’appuie aujourd’hui.
Depuis mon premier récital de claquettes, j’ai toujours adoré me produire sur scène. Ma passion n’a fait que s’approfondir. Le mois dernier, j’ai présenté en avant-première un nouveau numéro de scène et un autre de close-upau Magic Castle : de loin, ceux les plus complexes que j’ai jamais réalisées. Le défi était de taille, certains mouvements ayant nécessité un an de perfectionnement. L
La réaction du Magic Castle, à Las Vegas, à la F.F.F.F .et autres conventions a été formidable. Je dis souvent qu’ importe où l’on se trouve sur l’échelle, ce qui compte est toujours d’atteindre le prochain échelon. La joie ne réside donc pas seulement dans le fait de placer la barre toujours plus haut, mais de s’efforcer d’atteindre un nouvel objectif. L’un des plus grands sentiments de la vie est l’accomplissement de quelque chose.

En juin prochain à travers l’Europe, ce sera ma dernière tournée de conférences et je commencerai par un nouveau numéro de close-up de dix-huit minutes, puis expliquerai en détail toutes les méthodes, effets et mouvements. Je pratique le français depuis un an et pourrai donc présenter l’intégralité de ma conférence dans votre langue. Nous la filmerons à Paris le 29 juin et ce document servira de notes, cours en vidéo et conclusion idéale à ce qui a commencé en 85 avec Maurice Pierre.
J’ai toujours aimé la magie française et me suis lié d’amitié avec Gaëtan Bloom, Bernard Bilis, Philippe Socrate, Arthur Tivoli…. Mon histoire avec la magie est indissociable de la France et j’attends avec impatience cette dernière tournée.

 -A part la magie, quelle forme d’art appréciez-vous ?

La musique et j’ai grandi en pratiquant la voile. Mon père, champion national, m’a inculqué une passion indéfectible et la discipline nécessaire pour toujours viser l’excellence, quels que soient les défis. Mon prochain grand projet est d’ouvrir mon propre spectacle à Las Vegas. J’ai fait un essai le mois dernier et j’ai reçu des critiques élogieuses et des ovations debout. Il m’a fallu quarante-cinq ans pour être du jour au lendemain, « sensationnel » à Las Vegas.*En vieillissant et en endossant le rôle de «grand maître», je prends pleinement conscience du travail de tous les géants qui m’ont précédé et de la responsabilité que j’ai envers eux, et envers notre art. Je sais que je ne pourrai jamais les remercier. Mais je peux transmettre. C’est un miracle que je sois encore là : il y a deux ans, j’ai eu un grave accident qui a failli me tuer. Je me suis retrouvé le corps brisé, les chevilles fracturées en fauteuil roulant. Il m’a fallu un an de pure volonté pour me battre malgré des douleurs chroniques et pour simplement remarcher. Donc, tout ce que je vis, c’est maintenant du bonus. Je sais que chaque spectacle pourrait être le dernier et qu’un jour cela le sera!

Romain Brilli

Interview réalisée le 20 mai pour ArteFake.

-A lire Magie d’un nouveau monde (éditions Georges Proust, 1988); site de Jay Scott Berry https://www.jayscottberry.com/francais.html

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...