Jay Scott Berry
Jay Scott Berry
-Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de votre première rencontre avec la magie ?
Né à Sacramento (Californie) en 1960, j’ai grandi à Reno (Nevada) la ville des casinos et divertissements. À trois ans, ma mère m’a inscrit à un cours de claquettes et je me souviens parfaitement de notre premier récital : je dansais et chantais sous les sourires et les applaudissements du public. Dès lors, j’ai adoré être sur scène. À cinq ans, j’ai reçu un kit de magie. Puis, j’ai présenté mon premier spectacle. J’étais conquis ! Après cela, je m’y suis plongé mais aussi dans la musique et le théâtre.
À dix-sept ans, je suis allé à Hollywood et j’ai travaillé pendant trois années au Hollywood Magic Shop. J’ai passé des auditions pour intégrer le groupe junior du Magic Castle. Le président Bill Larsen, les membres du conseil d’administration : Diana Zimmerman et Peter Pit ont été impressionnés : à dix-neuf ans, j’étais le plus jeune magicien à se produire au Palace of Mystery..
Très tôt, j’ai essayé d’atteindre l’excellence artistique et ‘ai décidé que la seule concurrence à laquelle je devais faire face, était moi-même. La principale difficulté? La jalousie des autres. Mais je suis resté concentré sur le perfectionnement de mon art scénique. Et en 82, j’ai eu l’honneur de représenter le Magic Castle à la F.I.S.M. de Lausanne où j’ai rencontré nombre de mes idoles : Richard Ross, Christian Fechner, Pavel.
Cela a lancé ma carrière en Europe, marquée par de nombreuses conventions de magie et galas remarquables.
-Vous êtes un créateur et avez publié en France, Magie d’un monde nouveau de Georges Proust. Qu’aimez-vous créer et de quoi êtes-vous le plus fier ?
Retour en arrière jusqu’à la F.I.S.M. 1985 à Madrid : j »étais une des têtes d’affiche. Puis je suis allé à Paris et j’ai rencontré Georges Proust. Ensemble, nous avons assisté à la convention F.F.A.P. 85. L’un des conférenciers prévus ayant dû annuler, on m’a demandé de le remplacer. Avec Maurice Pierre comme traducteur, j’ai donné une conférence et expliqué mon numéro complet F.I.S.M., celui de La Symphonie sur l’anneau et la routine du ruban. Ovation debout et j’ai alors reçu de nombreuses propositions de conférences dans le monde entier. Cela a donné naissance au livre Magie d’un Monde Nouveau, illustré avec brio par James Hodges mais aussià la création de nombreux effets originaux destinés à la vente, notamment Fumée dans la Main, Jet de Flamme, Éclair Miracle, le tout premier FP lumineux. Peu après, j’ai aussi créé Diamond Silks, Eclipse Tip, les FP Streamers, Cloaking Device… qui ont tous influencé l’évolution de notre art.
En 2001, j’ai organisé mon premier festival de magie en Écosse. Avec plusieurs spectacles de vedettes comme Pavel, Ali Bongo, Patrick Page, Flip et même le jeune David Goldrake. Les dix années suivantes, j’ai organisé douze autres festivals de magie, attirant jusqu’à 10. 000 spectateurs en un week-end.
J’ai aussi grandi avec la musique et joué du violoncelle dans un orchestre à cordes pour jeunes, et du chant dans une chorale de garçons. J’ai donc toujours intégré la musique à ma magie et souvent composé des bandes originales. J’ai aussijoué de la guitare, participé à de nombreux festivals de musique et même sorti plusieurs CD.
-Quels sont vos magiciens préférés et qu’aimez-vous toujours dans ce métier ?
J’ai beaucoup appris et me suis inspiré de Johnny Thompson, Channing Pollock, Shimada, Richard Ross, Patrick Page, Pavel, Albert Goshman, Eugene Burger…. J’ai appris de chacun d’eux, intégrant des aspects de leur style au mien. Ce sont quelques-uns des géants sur les épaules desquels je m’appuie aujourd’hui.
Depuis mon premier récital de claquettes, j’ai toujours adoré me produire sur scène. Ma passion n’a fait que s’approfondir. Le mois dernier, j’ai présenté en avant-première un nouveau numéro de scène et un autre de close-upau Magic Castle : de loin, ceux les plus complexes que j’ai jamais réalisées. Le défi était de taille, certains mouvements ayant nécessité un an de perfectionnement. L
La réaction du Magic Castle, à Las Vegas, à la F.F.F.F .et autres conventions a été formidable. Je dis souvent qu’ importe où l’on se trouve sur l’échelle, ce qui compte est toujours d’atteindre le prochain échelon. La joie ne réside donc pas seulement dans le fait de placer la barre toujours plus haut, mais de s’efforcer d’atteindre un nouvel objectif. L’un des plus grands sentiments de la vie est l’accomplissement de quelque chose.
En juin prochain à travers l’Europe, ce sera ma dernière tournée de conférences et je commencerai par un nouveau numéro de close-up de dix-huit minutes, puis expliquerai en détail toutes les méthodes, effets et mouvements. Je pratique le français depuis un an et pourrai donc présenter l’intégralité de ma conférence dans votre langue. Nous la filmerons à Paris le 29 juin et ce document servira de notes, cours en vidéo et conclusion idéale à ce qui a commencé en 85 avec Maurice Pierre.
J’ai toujours aimé la magie française et me suis lié d’amitié avec Gaëtan Bloom, Bernard Bilis, Philippe Socrate, Arthur Tivoli…. Mon histoire avec la magie est indissociable de la France et j’attends avec impatience cette dernière tournée.
-A part la magie, quelle forme d’art appréciez-vous ?
La musique et j’ai grandi en pratiquant la voile. Mon père, champion national, m’a inculqué une passion indéfectible et la discipline nécessaire pour toujours viser l’excellence, quels que soient les défis. Mon prochain grand projet est d’ouvrir mon propre spectacle à Las Vegas. J’ai fait un essai le mois dernier et j’ai reçu des critiques élogieuses et des ovations debout. Il m’a fallu quarante-cinq ans pour être du jour au lendemain, « sensationnel » à Las Vegas.*En vieillissant et en endossant le rôle de «grand maître», je prends pleinement conscience du travail de tous les géants qui m’ont précédé et de la responsabilité que j’ai envers eux, et envers notre art. Je sais que je ne pourrai jamais les remercier. Mais je peux transmettre. C’est un miracle que je sois encore là : il y a deux ans, j’ai eu un grave accident qui a failli me tuer. Je me suis retrouvé le corps brisé, les chevilles fracturées en fauteuil roulant. Il m’a fallu un an de pure volonté pour me battre malgré des douleurs chroniques et pour simplement remarcher. Donc, tout ce que je vis, c’est maintenant du bonus. Je sais que chaque spectacle pourrait être le dernier et qu’un jour cela le sera!
Romain Brilli
Interview réalisée le 20 mai pour ArteFake.
-A lire Magie d’un nouveau monde (éditions Georges Proust, 1988); site de Jay Scott Berry https://www.jayscottberry.com/francais.html

