Le Penseur-Au cœur de l’atelier de Rodin, adaptation, mise en scène et interprétation de Jean-Baptiste Seckler
Le Penseur-Au cœur de l’atelier de Rodin, adaptation, mise en scène et interprétation de Jean-Baptiste Seckler
Cela se passe l’atelier du célèbre sculpteur avec, côté jardin, un modèle réduit en plâtre de La Vénus de Milo, un buste grec d’homme, un petit poële en fonte, une chaise… et côté cour, quelques sellettes et une réplique du fameux et imposant Penseur (1902). Au commencement de cette «performance » donc à mi-chemin entre arts plastiques et représentation théâtrale, Auguste Rodin-Jean-Baptiste Seckler sculpte remarquablement le visage de Camille Claudel. Fascinant. Mais en voix off, on entend son amoureuse lui dire son amour mais le prévenir: « Et surtout, ne me me trompe pas.»
Il sculpte vite et bien en silence avec le métier qui est le sien-le visage en terre de Camille, plus jeune de vingt-quatre ans… Très impressionnant. Puis il fait plusieurs grands dessins et défend aussi avec passion sa statue d’Honoré de Balzac qui fut l’objet de virulentes critiques et qu’on peut voir boulevard Raspail… à une centaine de mètres du Lucernaire…
Il raconte un peu de son voyage en Italie et sa passion pour ses artistes, comme Lorenzo Ghiberti qui réalisa entre 1425 et 1452 la Porte du Paradis dorés à l’est du baptistère de Florence, une des œuvres les plus célèbres de la Renaissance. Le sculpteur nous parle aussi de L’Age d’Airain qu’il créa sous l’influence de Michel-Ange (1475-1564) qui l’a tellement inspiré. Il voulait rendre le vrai avec cet homme nu, au genou droit, un peu fléchi et au bras droit levé et plié… comme L’Esclave mourant de ce génie.
En 1877, c’était sa première statue en bronze et il avait trente-sept ans: cette œuvre lui apporta enfin la reconnaissance et des commandes de l’État puis de particuliers. Auguste Rodin qui en avait été très blessé, dénonce aussi l’accusation de moulage sur nature qu’on lui avait faite
Il raconte aussi qu’il réalisa en 1883 un buste en plâtre du grand écrivain qui avait quatre-vingt un ans et était réfractaire aux séances de pose exigées, même quand il posait chez lui ! Il dit aussi son admiration pour Rembrandt et des écrivains comme ou Charles Baudelaire ou Dante : l‘État lui commandera La Porte de l’enfer, inspirée par la Divine Comédie.
Cette plongée au cœur de la vie d’un grand sculpteur auquel Jean-Baptiste Seckler ressemble physiquement, ne manque pas d’intérêt. Après plusieurs films et documentaires sur lui : Camille Claudel (1988) de Bruno Nuytten avec Gérard Depardieu et Isabelle Adjani. Et Rodin de Jacques Doillon (2017).
Mais Jean-Baptiste Seckler qui avait déjà joué ce spectacle à l’Essaïon en 2019, est tout à fait à l’aise dans ce double rôle, à la fois sculpteur in vivo et comédien incarnant Auguste Rodin avec tact. Il y a aussi quelques belles images de sculptures et de modèles projetés sur un simple drap blanc.
Mais le plateau mériterait d’être désencombré : une réplique du Penseur occupe une trop grande place et ce court spectacle gagnerait à être dirigé par un metteur en scène… Jean-Baptiste Seckler est presque toujours face public côté jardin ! Ou il joue de dos. Tant pis, pour ceux comme nous qui sommes assis côté cour.
Enfin, ces soixante minutes passent très vite et on assiste-ce qui est rarissime-au travail d’un sculpteur à quelques mètres de nous et les textes d’Auguste Rodin méritent d’être connus.
Mais il faut monter par un escalier en spirale pour atteindre ce Paradis situé au troisième étage! L’ouvreuse a beau nous dire avant la représentation, qu’il y a aussi une sortie de secours en fond de scène, quid, en cas de pépin, si les spectateurs-en général pas très jeunes dont certains ont une canne-essayaient de descendre en vitesse par ce foutu escalier? Reste l’autre qu’il faudrait atteindre malgré tout ce bric-à-brac sur le plateau! La commission de sécurité est sans doute passée mais cela fait quand même froid dans le dos.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 27 juillet, Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 57 14.

