Les Brigands, musique de Jacques Offenbach, mise en scène de Barrie Kosky

Les Brigands, musique de Jacques Offenbach, mise en scène de Barrie Kosky

Créée en 2024, cette création a réveillé quelques grincheux partisans d’une version classique : «J’ai détesté : horrible, vulgaire, dans l’air du temps. » Un commentaire résumant bien les oppositions à ce spectacle. Mais, comme nous, la majorité du public a apprécié cette œuvre festive, jubilatoire et iconoclaste. «Raconte-moi une histoire de voleurs, dit un des personnages. L’autre répond : c’est un banquier qui devient Président ! Et alors ? dit le premier. « C’est tout, répond le second ! ».
Le ton est donné et l’œuvre de Jacques Offenbach s’adapte bien à cet état d’esprit frondeur. Et pour le metteur en scène: « La comédie nous renseigne autant sur la condition humaine que la tragédie. Cela, je pense qu’Offenbach l’a profondément compris.L’opéra-bouffe et l’opérette, en particulier celles d’Offenbach, sont parfois méprisés, accusés d’artificialité… alors que c’est l’un des buts visés. Comme le kabuki ou l’opéra chinois, l’opérette nous offre des vérités profondes. Les Grecs de l’Antiquité le savaient bien et la comédie, voire la farce, était un élément-clé de leur culture… et elles apportaient un contrepoint nécessaire à la tragédie. Nous avons toujours eu besoin de rire de nous-mêmes. »

© Agathe Poupeney-

© Agathe Poupeney-

Cette mise en scène rappelle l’esthétique d’Hairspray, un film musical américain d’Adam Shankman (2007) et un film australien de Stephan Elliott (1994). Autour de l’exceptionnel Marcel Beekman interprétant  Falsacappa, chef des brigands, ici transformé en divine drag-queen et ses partenaires en parfaite adéquation. Dès l’ouverture du rideau, ils arrivent dans des costumes multicolores: travestissement de rigueur pour cette bande de brigands survoltés: à signaler la grande qualité du travail de Victoria Behr qui travaille depuis longtemps avec le metteur en scène, en particulier à l’Opéra-comique de Berlin.
Michele Spotti dirige, avec la fougue de la jeunesse, l’orchestre et les chœurs de l’Opéra national qui n’ont jamais porté de costumes aussi loufoques… comme prêts pour le carnaval de Rio. Les tableaux se succèdent à un rythme rapide, avec des personnages issus d’un tableau de Velasquez. Avec un brigadier-chef (Laurent Naouri)  à la tête de gendarmes  comme ceux que jouait Louis de Funès…

L’humoriste Sandrine Sarroche seule dans un fauteuil au milieu du plateau, joue un caissier et offre quelques amabilités à nos ministres de l’Economie et des Finances successifs. Une création à la joie irrévérencieuse sur plus de trois heures qui rappelle les grandes heures du merveilleux Grand Magic Circus de Jérôme Savary vers 1970 et, plus récemment ces mêmes Brigands mise en scène de Jérôme Deschamps à l’Opéra Bastille…

Jean Couturier

Jusqu’au 12 juillet, Opéra, Palais Garnier, Paris (VIII ème). T. : 08 92 89 90 90.


Archive pour 9 juillet, 2025

Festival d’AvignonLe Canard sauvage d’après Henrik Ibsen, adaptation de Maja Zade, mise en scène de Thomas Ostermeier


Festival d’Avignon

Le Canard sauvage, d’après Henrik Ibsen, adaptation de Maja Zade, mise en scène de Thomas Ostermeier

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Gregers, fils héritier potentiel des entreprises Werle renie sa famille et veut lutter contre l’hypocrisie du milieu qui l’a vu naître mais ne voit pas que cette hypocrisie n’est pas le seul fait des classes dominantes. Quand il revient dîner chez son père, Håkon Werle, ce riche industriel, il retrouve Hjalmar Ekdal, un ami d’enfance perdu de vue, devenu photographe…Et il va découvrir des secrets pas jolis-jolis. Son père avait eu un enfant de sa servante Gina puis l’avait « refilée » à Hjalmar qui devint son père officiel mais avait financé son éducation…  D’un autre côté, le père d’Hjalmar avait été mis en prison pour un crime commis par le père de Gregers….Bref, tout va bien dans un monde de mensonges!
Hajmar, photographe minable veut croire qu’il est un grand chercheur, son grand-père se rappelle de ses trophées de chasse et Hedvig a pour compagnon, un canard sauvage qui a été blessé par un chasseur… 
Håkon avouera à son fils qu’Hedvig est sa fille. Gregers quitte alors la maison de son père (sa mère a dû savoir et en est morte de chagrin!). il ira habiter chez son ancien ami Hjalmar Ekdal dont épouse et leur fille se méfient  et qui l’accueillent froidement.
Il d
ira tout ce qu’il sait à la lycéenne et ce n’est donc pas joli-joli… Les personnages sont ici admirablement joués par Marie BurchardMagdalena Lermer et Marcel Kohler et Stefan Stern, tous très concentrés et aussitôt crédibles. Mieux vaut, pense Gregers, mettre les choses à plat et repartir à zéro. Oui, mais ce grand idéaliste vit dans l’illusion mais tout ce qu’il révèle, fera plus de mal que de bien… Et Heinrick Ibsen sait y faire en matière de progression dramatique, même si le suicide d’Edwig est un peu téléphoné…Tsunami familial : Hajlmar quittera vite sa femme et la jeune fille se tuera. Vérité ou mensonge : quelle famille n’a pas un jour, été atteinte par un terrible choix? La Bible a aussi menti : la vie n’est pas un long fleuve tranquille et Relling, le médecin résume cynqiquement la situation : «Si vous retirez le mensonge de la vie de personnes ordinaires, vous leur retirez en même temps le bonheur. »

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Hjalmar reprochera à Gina sa liaison avec Håkon. Une intendante vient annoncer que l’ industriel versera cents couronnes par mois au vieil Ekdal jusqu’à sa mort et ensuite à Hedvig. Hjalmar aimerait que tout redevienne comme avant mais sait-inconsciemment- la chose impossible. Coup de feu : Hedvig vient de se tuer d’un coup de revolver Un père, minable commerçant de photos de famille et d’identité, chercheur d’un projet mythique dont personne n’est dupe. Une épouse cachant soigneusement à leur adolescente que son père n’est pas son père, même si elle a toujours vécu avec lui. Un milieu d’industriels grands bourgeois, avec de sombres affaires de fric… Tout les éléments dans cette situation bancale, sont là pour faire naître la tragédie, avec en arrière-plan, l’ombre du féminisme actuel : Mi-Tout a encore frappé…
La pièce avait été créée par Antoine en France en 94  ( au XIX ème siècle!) et depuis Alain Françon et d’autres metteurs en scène l’ont monté…Thomas Ostermeier avait remarquablement mis en scène autrefois à Avignon
Ennemi du peuple et ensuite Maison de poupée (voir Le Théâtre du Blog). Mais ici, il n’a pas vraiment réussi son coup. D’abord il a éliminé les personnages secondaires-pourtant la Schaubühne a les moyens!- mais désolé, ils apportent à une pièce un climat, une couleur, non négligeables.. Et il a « adapté » la pièce ! Ce qu’on ne pourra le lui reprocher : indiqué dans le titre. Mais dans la version Ostermeier, le début n’est pas d’une grande clarté et mieux vaut connaître la pièce… Et
Le plateau tournant a toujours été un peu la marque de fabrique du grand metteur en scène mais pourquoi à un moment le faire tourner deux fois de suite pour revenir à l’appartement-studio d’
Hjalmar (hyperréaliste) avec un photomaton. Et chez Håkon, le papier peint aux losanges marron est absolument sinistre. Là, on frise le pléonasme…
Même si les acteurs encore une fois sont remarquables, nous n’avons pas bien compris
la direction de Thomas Ostermeier. Ils se parlent souvent à plusieurs mètres et il n’y a pas beaucoup de rythme. La première partie avance lentement sur presque deux heures  et n’a rien de fulgurant. Thomas Ostermeier a voulu faire contemporain avec quelques airs de musique pop ou métal… Mais on est loin de la force dramatique de Maison de poupée qu’il avait si bien mise en scène
Après l’entracte, il y a quand même plus de vie et on voit mieux la pièce d’Ibsen. Mais « moderniser » un texte  ne fonctionne pas à tous les coups et quand un personnage comme Aljar s’adresse au public en demandant qui est venu avec qui… là, on dit stop! à ce racolage inutile, genre animation pour club de vacances. L’ensemble est précis mais reste laborieux, pour ne pas dire: vieux théâtre-et indigne de ce grand metteur en scène. Vous êtes prévenus: ce
Canard sauvage est bien décevant et le spectacle tient grâce aux acteurs. Et les applaudissements furent bien frileux….

Philippe du Vignal 

Du 7 au 16 juillet, Opéra du Grand Avignon.
Du 12 au 21 septembre,  Schaubühne , Berlin.
Les 23 et 24 janvier, Teatro Argentina,  Rome.

 

 

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