Festival d’Avignon When I saw the sea, mise en scène et chorégraphie d’Ali Chahrour, musique composée et interprétée par Lynn Adib et Abed Kobeissy
Festival d’Avignon
When I saw the sea, mise en scène et chorégraphie d’Ali Chahrour, musique composée et interprétée par Lynn Adib et Abed Kobeissy
Entendre leur nom de femmes, avant tout. Lequel ? Celui que leur a donné leur mère? Leur nom d’orphelines ou abandonnées ? Celui qu’elles ont choisi pour vivre ? Tenei Ahmad, Zena Moussa et Rania Jamal sont là et racontent chacune leur histoire, avec la danse et la langue de Beyrouth où elles sont venues chercher du travail, et celle d’une Ethiopie quittée aujourd’hui avec leur résistance et leur liberté reprise.
Ici, à la FabricA, Ali Chahrour a travaillé avec elles à cette performance : le mot qu’elles emploient et que nous entendons dans son double sens : spectacle et exploit. Elles sont héroïques: parties, pour aider leur famille, s’habiller de neuf pour faire bonne impression, se voir dépouillée, humiliée, isolée : il leur fallait retrouver leur corps et reprendre leur vie, l’arracher au système Kafala qui les avait réduites en esclavage.
Passeport confisqué, pas de téléphone, vie amoureuse et amicale interdite : ce «contrat» les livre entièrement à un Kefil, leur responsable qui peut s’autoriser tous les abus.
Abandonnées par leur patronne sous les bombardements, combien d’entre elles ont été tuées, enfermées dans les maisons en ruine, laissées sans nom et sans sépulture ? Combien ont réussi à s’enfuir et soudain, avec une grande respiration, pour la première fois, voir la mer ? Mais cette mer est un mur, une nouvelle impasse quand on n’a ni passeport ni argent.
Elles ont fui, résisté et peuvent enfin parler pour les autres, dénoncer ce système. Aidé par les O.N.G., Ali Charrour s’est documenté et les a rencontrées. Avec elles, il a cherché la forme universelle et unique de leur récit et fait une synthèse entre danse, chant et théâtre. Très simplement, elles redessinent et retrouvent un corps vivant, souple, allégé du poids qui leur avait été imposé.
Ce qu’elles ont subi et que d’autres subissent encore, le chant leur permet de l’exprimer et de le faire savoir. Pour nous, elles créent de la beauté, du trouble : impossible d’échapper à la terrible réalité de leur situation, le sur-titrage (en français et en anglais) nous en informe avec précision. On entend de leur chant, de leur danse, la douleur et la consolation, la fierté, la tragédie à leur modeste-et immense-mesure, puisqu’elles sont femmes.
Ce soixante-dix neuvième festival est dédié à la langue arabe : ici, on l’aura entendue dans sa modulation libanaise avec des voix d’Ethiopiennes parlant l’amharique et les autres langues du pays, plus intimes. Et celle dansée et chantée, qui n’a pas besoin de traduction.
Christine Friedel
Spectacle joué du 5 au 8 juillet à La Fabrica, Avignon.
Les 19, 20 et 21 août, Zurich Theater Spektakel (Suisse).
Les 9, 10 et 11 décembre, Théâtre des Tanneurs, Bruxelles (Belgique).
Le 7 mars, Meetyou festival Valladolid (Espagne).


