Festival d’Avignon Item par le Théâtre du Radeau, mise en scène et scénographie de François Tanguy

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Item par le Théâtre du Radeau, mise en scène et scénographie de François Tanguy

Ce formidable créateur mort en 2022, a éclairé d’une lumière singulière le théâtre contemporain avec une mosaïque faite de châssis mouvants, d’extraits de textes dits par ses fidèles acteurs «classiques » comme ici Ovide, Goethe, Franz Kafka mais aussi Fiedor Dostoievski qui donnent une tonalité particulière.
Le mot lui-même Item :«Tout élément d’un ensemble (lexical, grammatical, etc.) considéré en tant que terme particulier. » ne fournit aucune réponse et c’est tant mieux…Il faut se laisser emporter dans l’univers énigmatique de ce poète qui nous avait tellement impressionné à sa création. A l’époque, on avait senti l’influence entre autres de Tadeusz Kantor, Bob Wilson… Mais François Tanguy a réussi à créer une œuvre personnelle comme hors du temps avec châssis circulant sur le plateau, accessoires qui seraient inutiles dans une mise en scène « classique » mais indispensables ici à sa démarche poétique et à la construction de ces tableaux vivants et de la musique. Loin et pas tant que cela de ceux que nous en avions vu souvent à New York à Noël dans les années soixante-dix..

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Quelques personnages portent des costumes invraisemblables mais d’une beauté onirique et que des acteurs ont aussi sans doute portés il y a bien longtemps dans d’autres spectacles : ce constant aller et retour entre présent et passé fait aussi le grand charme de ce spectacle. Et la récupération, tous horizons confondus, entre pour beaucoup dans cette œuvre d’art-bricolage au meilleur sens du terme. Bricolage cher à Claude Lévi-Strauss qui, dans La Pensée sauvage ( 1962) écrivait: « Son univers instrumental est clos et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les “moyens du bord”, c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » Et Claude Lévi-Strauss  aimait beaucoup Le Lorrain… dont sans doute, François Tanguy s’est inspiré.  Ce sculpteur de  la lumière sait créer des plans successifs avec une remarquable impression de profondeur. Et ses clairs-obscurs magnifient l’espace: ses lumières jaune-orange latérales en arrière-plan sont un élément focal rapprochant le fond, du premier plan… et c’est tout à fait intriguant. 
Frode Bjørnstad, Laurence Chable, Martine Dupé, Erik Gerken et Vincent Joly circulent avec une remarquable fluidité parmi de petits meubles, huit tables dont deux longues à plan oblique, des chaises tout style, des banquettes, planches et surtout châssis coulissants qui sont un peu la marque de fabrique de François Tanguy, structurant l’espace pour mieux l’effacer quelques minutes plus tard.  Il y a bien ici l’œuvre d’un peintre  que l’on peut continuer voir même après sa disparition. Tout se crée et s’efface au rythme de musiques de Jean-Sébastien Bach, Hector Berlioz… voire John Cage. Cela pourrait être un curieux magma mais non, pas du tout,  il y a bien des lois scéniques appartenant au seul François Tanguy  et nous sommes frappés par la merveilleuse unité de ce qui n’est pas exactement un tableau non figuratif et figuratif avec des éclairages en clair-obscur au lointain à la fois peuplé de personnages à l’inquiétante présence. Ce n’est pas une œuvre théâtrale au sens classique du terme… Manque sans aucun doute la présence de François Tanguy qui faisait aussi partie de son œuvre comme Tadeusz Kantor qui lui était presque toujours sur scène… Le poète n’est plus mais il faudrait que le musée de la scénographie de Moulins accueille au moins une de ses œuvres…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué les 6, 7 et 8 juillet au Gymnase du lycée Mistral, Avignon.

du dimanche 6 juillet 2025 au lundi 7 juillet 2025 
84000 Avignon


Archive pour 13 juillet, 2025

Festival d’Avignon Comme tu me vois/Récits d’une grossophobie ordinaire,texte, dramaturgie et mise en scène de Grégori Miège, Marielle Toulze et Arnaud Alessandrin

 Festival d’Avignon

Comme tu me vois/Récits d’une grossophobie ordinaire,t exte, dramaturgie et mise en scène de Grégori Miège, Marielle Toulze et Arnaud Alessandrin

Sur le plateau nu, une voix off avec une avalanche de statistiques qui font froid dans le dos: « 40 % à 48 % des Français de plus de dix-huit ans sont en surpoids ou obèses. 17 % à 21 % de la population adulte française est obèse. (…) Une maladie chronique qui n’a pas de traitement curatif. En 2023, 30.000 interventions chirurgicales ont eu lieu en France et 89 % des opérations bariatriques concernent des femmes. 54 % ont moins de 40 ans. (…) Les troubles alimentaires sont l’une des principales causes de mortalité chez les jeunes et concernent 600.000 personnes, principalement des filles. Le spectre des troubles alimentaires représente une fille sur quatre et un garçon sur cinq. Seule la moitié des adolescents sont traités pour ces troubles. La boulimie concerne 1,5 % des 11-20 ans et touche en majorité les femmes. (…) Au total, en France, 15,3 % de la population est concernée par l’obésité. »

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Donc, il faut être lucide:  c’est une des principales causes de mortalité chez les jeunes.  Récits, témoignages, vies d’hommes et de femmes ont été regroupés et écrits par Grégori Miège, avec la sémiologue Marielle Toulze, chercheuse en communication à l’Université de Saint-Étienne, et le sociologue Arnaud Alessandrin. En une heure  quinze, rien ne nous sera épargné: dès l’enfance  moqueries dans la cour de récré, rendez-vous à l’hôpital, difficultés sans fin pour trouver des vêtements à sa taille, sarcasmes et conseils, alors qu’on ne demande rien, insultes discrètes ou non,  verbales ou carrément physiques, sièges non adaptés, consultations humiliantes chez des  nutritionnistesrelations amoureuses difficiles: la vie des personnes en surpoids tient souvent du parcours du combattant… Quelqu’un avait dit à Francis Blanche dans un ascenseur: « Monsieur quand on est aussi gros, on se monte en deux fois… »
Ce qu’on appelle la grossophobie. Et certaines compagnies aériennes  exigeaient le paiement d’une seconde place: Air France-KLM et Go Voyages ont été condamnés en novembre 2007, à payer des dommages et intérêts à un passager obèse contraint d’acheter un second billet! Cette obligation ne figurait pas dans les conditions de ventes… 

Grégori Miège, ce bon comédien qu’on avait pu voir entre autres en monsieur Dimanche dans le Dom Juan de Molière mise en scène de David Bobée,  raconte ce parcours en grossophobie  avec clarté et pudeur. Oui, il est en surpoids mais il assume. En strict pantalon beige et longue chemise blanche, puis, juste en caleçon noir, il nous parle de son corps: « Ce corps n’est pas mon corps, en tout cas il ne l’est plus. Je dis pourtant « mon » corps pour le désigner, j’utilise un possessif alors qu’il ne m’appartient plus.Il est à eux.Il est à ceux qui l’ont moqué.Il est à ceux qu’il a dégoûtés.Il est à ceux qu’il a apeurés. Il est à ceux qu’il a angoissés.Il est à ceux qui l’ont gavé.Il est à ceux qui l’ont rempli.Il est à ceux qui ont surproduit, sursucré, sursalé, surmâché…. Pour qu’il enfle et devienne à chaque instant une question à se poser. Mon corps n’est plus mon corps. Il est ce que vous voyez. Alors moi aussi je le regarde. Moi aussi je veux le voir mais mon miroir me ment, il ne me renvoie que de la beauté . »

Cela tient d’une performance autant que d’un seul en scène avec une diction et une gestuelle impeccables. Et en grandes lettres  noires H O N T E ( une belle idée scénographique qu’il assemble vers la fin) tout est dit. Honte mais de qui?  De celle ou celui qui est vu en famille  ou dans la rue, de tous ceux qui les regardent et qui ont vite l’injure à la bouche?
Et commence alors une attaque en règle-juste ou injuste chacun en décidera- »Merde les généralistes, les dermatologues, les anesthésistes, les gynécos, et toutes celles et ceux qui insistent pour la pesée au prétexte de notre santé. Une mention spéciale pour toutes les diététiciennes et les nutritionnistes qui nous ont bien fait culpabiliser et au final, qui nous ont surtout bien fait grossir avec des régimes drastiques qui nous faisaient crever de faim. »
Malgré quelques longueurs, c’est un spectacle qui aborde un thème jamais traité au théâtre avec une rare efficacité, même si on aurait bien aimé que les industries alimentaires bourrant leurs produits de sucre et de sel soient mises en cause. Et là, il y a encore du boulot… Ceci est mon corps et nous le portons autant qu’ils nous portent. Le public a chaleureusement applaudi ce texte et le jeu de Grégrori Miège qui le mérite. Il n’y pas tellement de seuls en scène de cette qualité dans le off… ni dans le in!

Philippe du Vignal

Jusqu’au 26 juillet, relâche le 18 juillet, Théâtre du Train Bleu,  40  rue Paul Saïn, Avignon (Vaucluse).

La Colère texte et mise en scène de Laurent Vacher

La Colère, texte et mise en scène de Laurent Vacher

La vie de Louise Michel (1830-1905) «la vierge rouge» est à l’origine de cette création. Institutrice et communarde, féministe avant l’heure et libre, elle a fait, de sa colère, un acte socio-politique engagé et révolutionnaire en faveur de la condition féminine. Anarchiste, elle continuera en déportation en Nouvelle-Calédonie à enseigner et restera fidèle à ses luttes, sans jamais rendre les armes.  Laurent Vacher souhaitait créer un spectacle autour de cette figure historique. Mais changement de cadre esthétique et temporel, et de contexte dramaturgique, sa pièce sera finalement documentaire et musicale. La pensée et la personnalité de Louise Michel en restent le socle mais, place à ses héritières pour questionner l’origine de nos révoltes. A travers des récits intimes et sociaux, autour d’une même question : qu’est-ce qui vous met en colère ? , ce spectacle a été conçu à partir d’interviews faites par les actrices et musiciennes Odja LIorca et Marie-Aude Weiss, de femmes de notre temps.

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Elles sont de différentes classes sociales, parfois modestes et leurs pensées, émotions exprimées par ces comédiennes avec sensibilité, dans le respect de la vie de celles qui sont souvent infériorisées. Les interprètes habités par la colère, sont remarquables. Au rythme de chansons militantes des années soixante-dix et quatre-vingt, inspirées des hard-rock irlandais et australien,  du groupe français Les Garçons bouchers, le public est saisi par la violence spontanée des témoignages. Vérité, humour, douleur, lucidité surprenante ! Philippe Thibault, à la guitare, tel un guide dans ce parcours de souffrances au quotidien, révèle les lieux et moments de ces prises de parole. Nous sommes surpris de constater à quel point ce que dénonçait Louise Michel à la fin du XIX ème siècle, reste présent: violences faites aux femmes dans les familles, injustices socio-éducatives, soumission, voire asservissement.

 Les mots parfois sont insuffisants pour exprimer la sincérité de nos révoltes mais Laurent Vacher, pour les faire résonner au plus profond, a fait appel à la musique: une guitare et un clavier électroniques, un ukulélé et un synthétiseur. Il a aussi créé une scénographie simple, cernée par quelques lumières franches, blanches, jaunes, rouges ou bleues… Cette mise en scène sobre laisse jaillir avec force et en cadence, les témoignages. Mais devant ce flot de paroles, nous perdons un peu le fil et aurions souhaité que se glissent dans les dires et sentiments personnels et sociaux, des pensées plus politiques, voire philosophiques, pour laisser entrer l’ombre de Louise Michel.
Malgré la belle présence des actrices et du comédien-musicien, il manque un souffle théâtral et poétique à ces témoignages. Interroger la colère dans nos sociétés occidentales, vécue ici et maintenant par un peuple nombreux mais aussi par des minorités, est un geste politique urgent. Donner aux invisibles et aux femmes un accès à la parole, au droit de formuler ce qui est trop souvent refoulé ou mis sous silence, est essentiel dans l’existence, au nom de la démocratie. Ce que nous laisse entendre ce théâtre musical, en parfaite complicité avec la colère de cette féministe.

 Elisabeth Naud

 Jusqu’au 26 juillet, à 13 h, (relâche le jeudi), Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon (Vaucluse). T. : 04 32 74 18 54.

 

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