Festival d’Avignon Not de Marlene Monteiro Freitas Ancora Tu de Salvatore Calcagno et Dany Boudreault, mise en scène de Salvatore Calacagno

Festival d’Avignon

Le festival s’est ouvert comme toujours  dans ce lieu mythique qu’est la Cour d’Honneur du Palais des papes mais Nôt  a été diversement apprécié… Ci-dessous, les avis assez opposés de Christine Friedel et d’Elisabeth Naud.

Nôt de Marlene Monteiro Freitas

La Cour d’Honneur ne se prête qu’à des manifestations à son échelle. Nôt (nuit en créole capverdien) commence pourtant par la danse d’un homme seul dont le piétinement cadencé et insistant, est parfois bloqué par la vocifération muette d’un autre. Des projection de mots se bousculent et s’empêchent, puis se muent-pour cause scatologique-en une interminable nausée sonore et métaphorique. S’impose au regard, plus que le mur emblématique de la Cour, la scénographie, somme toute modeste, de Marlene Montero de Freitas et Yannick Fouassier.
Sans chercher le sublime ni la profondeur du plateau, mais en utilisant toute l’ouverture, avec une série de cages légères alignées, prisons transparentes qui n’enferment pas, abris traversés par la lumière et la nuit, hôpital ou dortoir ouvert à tous les vents.
On verra au fil de la pièce, faire et défaire des lits aux draps tachés de sang, des cuvettes en plastique avec du linge attendant la lessive. On écoutera le son d’un époussetage vigoureux dissocié du geste…Pas d’emphase dans la chorégraphie, souvent frontale. Les huit acteurs (on préfère ce mot) font des mouvements simples, ensemble ou isolés.

En même temps, la puissance impérieuse et exacte des tambours les emmène vers une transe évoquant les défilés de Rio et ceux des grands carnavals. A d’autres moments, les acteurs, face public, renvoient au cabaret, plus intime…. Une personne privée de ses membres inférieurs-on ne dira pas cul-de-jatte-figure une poupée dansant avec ses jambes vides, des hommes jouent au tour de passe-passe avec les chiffons de ménage… En un mot, ils se livrent à une série d’activités intenses et répétées qu’on ne saurait qualifier d’actions. Et les vibrations physiques provoquées par un flot de musique opératique et les effets de lumière stroboscopique  ne peuvent être assimilées à des émotions.
De fait, le public est emmené par des éclairs jetés sur la Cour noyée de «gros sons », dans une dimension augmentant l’espace. Le face-à-face,  imaginé par la chorégraphe, entre les hauts murs du Palais et le « mur » du public de la Cour d’Honneur, devient alors énorme. Elle se serait  inspirée des contes des Mille et une nuits. Mais ne les cherchons pas. Comme l’a dit une spectatrice déçue : «Il ne peut y avoir de récit, quand personne ne raconte.»
La chorégraphe a retenu de ces histoires qui l’avaient fait rêver, leur principe de fonctionnement: l’interruption vitale du récit. Chaque soir, le calife en attend la suite et permet à la conteuse de vivre une journée de plus. L’inachevé comme moyen de survie serait peut-être le lieu de l’art. On oubliera donc personnages et anecdotes pour se laisser porter par une folle énergie. On oubliera l’esthétique Romeo Castelluci ou Angelica Lidell, et un goût sophistiqué pour le sang, excrétions diverses, lavage… Mais pas son organisation énergique, abstraite et capable d’ouvrir des questionnements très concrets sur notre vie.
Cette Nôt rend un hommage puissant au spectacle en général, salvateur avec un récit inachevé. Qui a dit que le théâtre devait être dérangeant? Celui-ci l’est: énigmatique et puissant, il renvoie à notre vie pressée, stressée. Sans nous donner de leçon ni de fil conducteur, mais par éclairs, comme les lumières, il nous invite à nous poser des questions-choc sur notre existence. Clivant, nous a-t-on prévenus… Quelques huées  n’ont pas tenu longtemps, face aux applaudissements sincères d’un public qui acceptait, enfin, de ne pas tout comprendre. La pièce finie, rien n’est fini.

 Christine Friedel

Ces contes populaires, à l’image des palimpsestes, existent en plusieurs versions: persane, indienne, arabe des califes de Bagdad, ou plus tard égyptienne (XII ème et XIII ème siècles). Ils s’adressent aussi aux enfants, grâce à une universalité et une profondeur symboliques mais sont relus par des gens de tous les âges de la vie et nous nous souvenons du côté angoissant, indispensable à ces récits fabuleux et souvent terribles… Adolescente, la chorégraphe a découvert ces histoires dont on attend toujours la suite: «Menacée de mort par le sultan Schahriar qui a juré de déflorer une vierge chaque nuit, avant de la tuer au matin, la belle Shéhérazade met au point un ingénieux stratagème pour échapper à son destin. Tous les soirs, elle entame une histoire qu’elle ne termine jamais avant le lever du jour. »
Ici, revisités, ces contes laissent perplexe! Début interminable: un homme masqué, en proie à une colique, brandit un pot de chambre en montant dans les gradins! On prévoit le pire…  avec encore la danse endiablée d’une femme, accompagnée de timbales et banjos, ou celui d’un homme noir en jupette de tennis blanche qui parle au micro mais on ne comprend pas un mot de sa tirade! S’installe  vite dans le public, agacement et ennui. Où sont passés ces fameux Contes? Mais la chorégraphie qui s’inscrit parfaitement dans la noblesse de l’espace, répond avec force à la couleur carnavalesque du spectacle. Le  rythme de la musique, des chants, des corps -beaux, grotesques ou infirmes- arrive enfin à prendre son envol !
Nous n’avons pas compris ce que Marlene Monteiro Freitas souhaitait faire avec cette relecture dérangeante et… une certaine fidélité à ces Contes. L’accueil du public a été souvent négatif. Pourtant Nôt met à l’honneur le courage actuel des femmes et leur combat pour la liberté. Un voyage fantasque et cru, à partir de textes à la fois enchanteurs et violents: « J’imagine, dit-elle, quelque chose de plus ouvert et qui nous raconte.” Et, avec huit interprètes aux masques expressifs et aux costumes hétéroclites, elle a essayé de réinventer avec audace ce grand classique. Mais on entre dans -ou pas- dans cette danse iconoclaste au sérail du sultan Schahriar.

 Elisabeth Naud

Le spectacle a été joué à la Cour d’Honneur du Palais des Papes, du 6 au 11 juillet.

 Ancora Tu de Salvatore Calcagno et Dany Boudreault, mise en scène de Salvatore Calacagno

Salvatore et Nuno ont vécu  une belle histoire d’amour et préparaient un spectacle mais Salvatore a voulu partir et il n’aura donc pas lieu. C’est cette histoire (vraie ou inventée on ne le saura pas) que Nuno va nous raconter.  Seul, il a du mal à faire le deuil parmi ses souvenirs. Il va bientôt revenir à Lisbonne et évoque les bons moments qu’il a inscrits à la craie sur un grand tableau noir : Première fois, Voyage en Italie, Minets sauvages”…

© Antoine Neumars

© Antoine Neumars

Nuno Nolasco désigne un spectateur qui choisit un de ces moments: le jeu fonctionne plus ou moins bien selon la possibilité d’entrer dans une histoire qui n’est pas la nôtre mais, comme Nuno Nolasco est très à l’aise, le corps presque nu et beau comme une statue d’éphèbe grec, on se laisse souvent emporter par le récit de ces moments de bonheur sensuel et d’une grande tendresse, qu’il nous raconte avec une merveilleux léger accent portugais.
Entre autres au bord de la Méditerranée et des débuts jusqu’aux adieux : sensualité, quête de l’intime et de beauté… avec, entre autres, de belles images d’une île proche de la Sicile. On aperçoit le visage de Salvatore dans un miroir… La mémoire et la parole pour exorciser en cinquante-cinq minutes, des moments de bonheur à jamais disparus, remarquablement mis en scène et interprétés avec pudeur et élégance. Le public a chaleureusement applaudi  Nuno Nolasco…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 24 juillet à 17 h 25 , relâche le 18, Le Train Bleu Bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon.  


Archive pour 15 juillet, 2025

Festival d’Avignon Le Sommet,conception et mise en scène de Christoph Marthaler (en allemand, anglais, français, italien, surtitré en français et anglais)

Festival d’Avignon 

Le Sommet,conception et mise en scène de Christoph Marthaler (en allemand, anglais, français, italien, surtitré en français et anglais)

«Sommet en français signifie en effet le haut d’une montagne et un temps, comme un lieu de réunion entre plusieurs personnes sur toutes sortes de sujets. Des individus se retrouvent pour aborder des questions qui leur semblent de première importance, dit le metteur en scène. Certains sommets revêtent un sens important, d’autres semblent plus « symboliques » mais toujours avec l’idée que les décisions primordiales en découleront. Et c’est aussi en effet, un aboutissement, une fin, après de grands efforts, être au top. Mais une fois arrivé en haut, que fait-on? On bascule dans autre chose, la philosophie, la poésie… ou la chute, ou simplement la descente. »

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

On retrouve ici le monde iconoclaste du metteur en scène suisse dont Aucune idée avait été présenté aux Abbesses (voir Le Théâtre du Blog). A soixante-quatorze ans, il n’a rien perdu de son humour et de sa dérision. Musique, chants (toujours très beaux) et jeu des comédiens se croisent ici dans un nid d’aigle: un chalet en bois sur un piton. Les six personnages en quête de sens sont joués par Liliana Benini, Charlotte Clamens, Raphaël Clamer, Federica Fracassi, Lukas Metzenbauer et Graham F. Valentine, tous excellents.
Ces deux heures semblent traîner en longueur mais c’est une volonté du metteur en scène de laisser certains tableaux en suspension. Lenteur et répétition font partie de son écriture, comme le mélange de textes d’auteurs aussi différents qu’Olivier Cadiot, Pier Paolo Pasolini, Werner Schwab…
Eugène Ionesco n’aurait pas renié ce huis-clos dans les cimes enneigées: ce chalet n’a pas de porte et les personnages y accèdent par un monte-charge. Mais il devient très vite une prison et une voix off annonce que les chemins d’accès seront: « définitivement fermés entre quinze ans et dix-huit ans .» Comme dans les films de Jacques Tati, bruits, accessoires et costumes (irrésistibles vêtements tyroliens), induisent des situations cocasses et absurdes. Plusieurs tableaux s’imposent par leur drôlerie, comme le sauna où chaque personnage jouit d’une oisiveté communicatrice. Ou quand tous, en tenue de soirée s’applaudissent longuement entre eux. Seul fil rouge de ce huis-clos: le bruit des hélicoptères, symbole de survie potentiel. Les scènes s’enchaînent avec une précision d’horloge suisse pour le plus grand plaisir d’une majorité de spectateurs. Mais certains restent au bord de ces chemins de traverse…

Jean Couturier

Jusqu’au 16 juillet, La Fabrica, Avignon.

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...