FAST ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation par Inti Théâtre, conception d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux ( tout public)

Festival d’Avignon

FAST ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation par Inti Théâtre, conception d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux (tout public)

Désir de plaire, affirmer son identité sociale et/ou sexuelle, afficher sa personnalité suscitent notre envie consciente ou inconsciente d’acheter des vêtements et d’appartenir à un groupe. Mais cela se transforme parfois en addiction : acheter encore et toujours plus, sans aucun  besoin. Olivier Lenel et Didier Poiteaux, auteurs et comédiens belges de cette pièce, ont essayé de comprendre cette frénésie vestimentaire et ce qu’est la «mode». Ils nous invitent ici dans cet univers de la séduction avec un théâtre documentaire sur l’industrie textile d’antan et la «fast fashion» d’aujourd’hui.

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Dans un espace bi-frontal, le public se sent vite participer à une émission de télévision avec jeux et questions. Avec humour, dérision et sérieux au rendez-vous… pour sa plus grande joie. En suivant l’évolution socio-économique de la confection et des styles depuis la Renaissance (début de ce qu’on appelle la Mode), jusqu’à nos jours, les enquêtes, interviews et témoignages (en voix off ou en direct), avis du public sollicité… reflètent l’évolution de ce monde à double visage!
À la fois pédagogique, culturel, politique et militant, le jeu l’emporte haut la main sur le style conférence souvent un peu sec, du théâtre documentaire! Avec de nombreuses micro-actions précises mais toutes cocasses ou terribles. Est aussi dévoilé notre comportement dans la société de consommation qui suivit la seconde guerre mondiale. Une spécialiste en neurosciences est interrogée sur une situation courante : le fait d’acheter une robe (ou autre chose) puis ne jamais la porter, fait-elle remarquer, on ne peut créer le besoin. Mais pour déclencher l’acte d’achat, il est possible de jouer sur le désir…
Le nombre important d’influenceurs et influenceuses sur les réseaux sociaux en sont la preuve ! Dans une saynète, un étudiant qui ne soucie guère de sa tenue quand il va à la fac et subit des remarques ironiques, y arrive un matin avec des santiags achetées exprès pour calmer le jeu et être comme tout le monde, à la mode ! Fier de son acquisition mais ridicule-un moment hilarant-il entend un camarade lui dire : «Ton cheval, tu l’as garé en double file? »
On rit beaucoup à cette pièce documentaire et musicale, avec, entre autres, un jeu où on prie le public de donner le nom de «la chaussure-fable» à la mode, depuis la deuxième moitié du XX ème siècle jusqu’à aujourd’hui : Dockside, Buffalo, Apaté, Claquette à chaussette, Crocs… Toutes appellations extravagantes mais résultant en fait d’une réflexion marketing … Il y aussi un remarquable défilé sur musique électro à fond de mannequins-hommes marchant sur un podium, en faisant la gueule et prétentieux. Un paradoxe à interpréter: afficher cette allure désabusée signifierait être gagnant dans le fonctionnement d’un monde privilégié où l’argent est roi…
Situations drôles mais aussi plus graves sont ici, avec un esprit et une analyse sérieuses, mises en scène dans un style pop et grand public. Captivant à la fois les familiers ou les étrangers de cet univers enivrant et lucratif… Cet espace socio-professionnel de la mode est à double face : le plaisir et l’impensable! Avec cent-cinquante milliards de vêtements produits chaque année dans le monde! Et dans quelles conditions: enfants exploités dans les pays surpeuplés et défavorisés, comme celui des Ouïghours. Nombreux accidents mortels, pollution ravageuse à cause, entre autres, de gigantesques incendies comme à Ali, une entreprise au Pakistan.
Nous prenons conscience avec ces tragédies, que l’esclavage moderne a encore un bel avenir devant lui ! «Que faire ? » est la question ici posée par ce spectacle…Sa grande qualité tient au jeu des auteurs-interprètes, à une habile dramaturgie avec va-et-vient constant entre situations comiques et tragiques. Toutes bien documentées et mettant en lumière des réalités économiques, humaines et écologiques désastreuses. Il y a de quoi s’interroger sur le respect de la vie des habitants et de notre planète…
Cette pièce d’une heure est un vrai plaisir théâtral! Propositions faites en urgence et utopiques, teintées de «peace and love» 2025 mais indispensables pour voir qu’il est grand temps de de s’attaquer aux puissances financières et médiatiques, devenues maîtresses du monde. Vers la fin, nous sommes conviés à nous faire des bisous… La révolution est en marche et jamais trop tard !

Elisabeth Naud

Jusqu’au 26 juillet, relâche le 23, Théâtre des Doms, 1 bis rue des escaliers Sainte-Anne, Avignon .(Vaucluse). T.: 04 90 14 07 99.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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