Festival d’Avignon La folle Journée ou Le mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation théâtrale et mise en scène de Léna Bréban
Festival d’Avignon
La folle Journée ou Le mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation théâtrale et mise en scène de Léna Bréban
Dans son Petit lexique amoureux du théâtre (2010), Philippe Torreton (Figaro) écrit à propos des critiques : «Passons tout de suite sur un point, une bonne critique fait plaisir, une mauvaise énerve.» Mais souvent, la réciproque est aussi vraie. Un papier élogieux peut mettre en rage à cause de sa bêtise, son analyse fade, et un assassinat en règle, rassurer, voire même fournir un vrai gage de réussite, comme une sorte de plébiscite à l’envers. Les acteurs qui prétendent ne jamais lire les critiques, sont souvent les moins indifférents et se tiennent, au contraire, bien informés : difficile en général d’échapper à la critique, surtout quand elle est mauvaise : il y aura toujours une bonne âme qui y fera référence. « Je ne comprends pas Machine dans Télérama, moi, j’ai adoré ton spectacle. »
La phrase était prémonitoire…Ce Mariage de Figaro qui sera repris à à la Scala de Paris, divise… Le public du festival aime beaucoup et une partie de la critique le déteste, souvent assez méchamment… Première impression : la scénographie d’Emmanuelle Roy est une fausse bonne idée ! Ces hauts châssis, aussi mobiles qu’inutiles, encombrent le plateau…Les cadres de portes suffiraient amplement à la compréhension du texte (on connait la grande subtilité d’écriture de Beaumarchais) et au jeu des acteurs.
Près de Séville, Figaro devenu concierge du château du Comte Almaviva, veut se marier avec Suzanne, la femme de chambre de la Comtesse. Mais il a promis de rembourser une somme d’argent à Marceline,ancienne intendante de Bartholo, le médecin, ou sinon de l’épouser. Mais Figaro n’a pas d’argent ! Et le Comte, lui, ferait tout pour que Suzanne – qu’il voudrait bien séduire- ne se marie pas…. Mais avec cette scénographie aux multiples portes, la metteuse en scène fait virer ce monument de comédie, au vaudeville et les personnages passent leur temps à se cacher, à se courir après, à s’interpeller… comme chez Georges Feydeau! «Sous des aspects faussement légers et badins, et avec une intrigue de vaudeville, dit Léna Bréban, l’auteur nous montre ici la lutte des classes, la domination violente des plus riches, la corruption de la justice et l’hypocrisie de la société en matière de mœurs.» C’était hier mais c’est aujourd’hui. L’écrasement des plus pauvres, la valorisation du pouvoir et les femmes devant gérer les assauts continus d’hommes à qui elles n’ont rien demandé. On dirait que Beaumarchais avec son humour, la puissance de son esprit et sa langue acérée, décrit notre époque. Le comte a des airs de Weinstein et la fougue de Figaro, qui tente tout pour sauver sa vie avec Suzanne, nous plonge avec effroi, dans notre vie à nous. Le temps a passé mais au fond les problématiques restent les mêmes. »O n veut bien mais la metteuse en scène a installé un bouillonnement permanent et il faut chercher les répliques collant à notre actualité et dénonçant ces rapports de domination sociale et ceux entre hommes et femmes auxquels elle fait allusion!
Distribution très inégale… Philippe Torreton, en grand acteur, est toujours juste et son monologue de Figaro, une belle leçon de théâtre: « Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie ! Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »Marie Vialle (Suzanne) et Antoine Prudhomme de la Boussinière (Chérubin) sont tout à fait convaincants. Mais Grégoire Osterman fait du comte Almaviva, un vieux beau libidineux, très caricatural ! Quant à Jean-Jacques Moreau ( Bartholo, médecin de Séville) il n’a pas tout à fait l’âge du rôle…
Selon Léna Bréban, «Beaumarchais était un homme multiple et complexe, filou et génial, un chat retombant toujours sur pattes. » Oui, mais au théâtre, comme dans la vie, un chat ne retombe pas toujours sur ses pattes! Ici, le public rit de bon cœur mais qu’en sera-t-il à Paris, après l’effervescence de la création et la générosité légendaire des spectateurs du off? A suivre… Nous vous en reparlerons.
Allez, une dernière pour le retour en TGV… Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais dans sa préface d’une rare intelligence, se fait visiblement plaisir à citer la géniale réplique de Figaro : «Que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »
Jean Couturier
Jusqu’au 27 juillet, La Scala Provence-Avignon.
Du 6 septembre au 25 janvier, La Scala, Paris (X ème).

