Festival d’Avignon L’Ouvrir texte et mise en scène de Morgan.e Janoir
Festival d’Avignon
L’Ouvrir texte et mise en scène de Morgan.e Janoir
Sur le plateau, un ordinateur, un pupitre d’orchestre, une flûte traversière et trois interprètes : Pauline Legoëdec, extraordinaire de sensibilité dans le rôle d’Alex la narratrice. Morgan.e Janoir, son prénom, elle le met au masculin,, calme, prenant rarement la parole. Elle semble être là comme un miroir de la quête d’identité sexuelle d’Alex. Et il y a aussi une musicienne Valentine Gérinière. Aussitôt le public est séduit par la voix singulière, douce et le chant de la jeune femme. Nous écoutons, intrigués, l’histoire d’Alex, une révélation !
À vingt-trois ans, elle semble comblée par l’existence mais constamment plein de bruits et de voix résonnent dans son cerveau: «C’est la cacophonie qui m’attire les compliments et les réussites, et grâce à quoi, j’ai eu mon diplôme, mon chéri et ma promesse d’embauche. Comme une foule entière, un peu tyrannique, un peu autoritaire, mais très utile. »
Pourtant tout lui réussit, elle a un fiancé et, tout juste diplômée, décroche un C.D.I. Quand elle arrive à Paris, la vie ne fait que commencer et elle chante:« La ville brille de mille feux, J’ai jamais été aussi heureu…se. Je me réjouis de commencer. Commencer ce qui m’est dû-commencer ma vie à Paris. »
Mais quand il s’agit d’aller vivre avec son bien-aimé, qu’elle appelle sans cesse « chéri », elle dit non ! Écho au titre si bien trouvé : L’ouvrir... Alex va enfin ouvrir sa gueule ! « Mais ce cri-là m’a hurlé du plus profond de ne pas faire ça, de ne pas dire oui et emménager avec chéri. »
Ce renoncement à la vie de couple sous un même toit va provoquer un bouleversement existentiel chez Alex. Nous sommes touchés par la mise en scène de cette transfiguration et la sincérité émouvante des interprètes. Le spectacle aborde la question de l’homosexualité et du « coming out », avec subtilité, humour et tendresse, bienveillance comme on le voit rarement au théâtre à propos de cette question délicate et si souvent rejetée, encore choquante pour beaucoup!
Musique et écriture poétique, récit d’une finesse remarquable laissent advenir pas à pas la prise de conscience d’Alex, sa recherche intime, ses hésitations : « Moi, j’ai adoré mon enfance et mon adolescence. Je dis j’ai adoré mon enfance et mon adolescence, comme certains disent : j’adore ma famille. Ça cache quelque chose, non ? » et ouvre les chemins de la liberté d’être soi, offre enfin la possibilité de vivre coûte que coûte d’être lesbienne.
Les endroits festifs où se retrouvent cette communauté, les manifestations politiques, une autre façon de se coiffer, de s’habiller : «L’une d’elles porte des talons immenses et roses, une jupe courte, des cheveux longs et bouclés. Elle a sur le bras droit un tatouage de sirène qui semble me faire signe.
Une autre porte un jean déchiré, des cheveux courts plaqués en arrière, une chevalière au doigt. Me regarder « du coin de l’oeil » et envisager la beauté féminine. Tout un monde inconnu prend forme en l’esprit d’Alex et lui révèle qui elle est profondément et comment accéder avec bonheur à la vie ! Vers la fin, la jeune femme éclaire une à une des boules de verres suspendues, telles des lampions qui reflètent avec grâce l’aboutissement heureux de ce parcours initiatique !
Un spectacle d’une grande intelligence et d’une beauté théâtrale rare. Une pépite du Off à ne pas manquer.
Elisabeth Naud
Jusqu’au 24 juilllet, Le 11, 11 boulevard Raspail, Avignon (Vaucluse).T. : 04 84 51 20 10



