Festival d’Avignon Israel et Mohamed d’Israel Galvan et Mohamed El Khatib

Festival d’Avignon

Israel et Mohamed d’Israel Galvan et Mohamed El Khatib

 On connaissait leur travail mais pas leur amitié. Israel Galvan, un des plus grands interprètes de flamenco actuels, allie la virtuosité de la tradition, à l’invention d’une nouvelle danse transgressive, inouïe-elle s’entend, de la pointe au talon…
De Mohamed El Khatib, on connaît les pièces sociologiques et l’ambition de mettre en scène et sur scène, ceux qu’on n’y voit jamais. Il fait mieux que casser les codes, une expression galvaudée et donne à voir et à entendre les «vrais gens» dans le plus grand respect. Chacun de ses spectacles est une expérience approfondie, en véritable grandeur, sur la limite fine entre théâtre et  «vraie vie »  et sur notre regard de spectateur. L’an passé, dans La Vie secrète des vieux, il avait invité les pensionnaires d’un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes-employons les mots, moins déshumanisés- à parler de leurs désirs, et de leurs amours parfois contrariées par leurs enfants qui leur rejouent Roméo et Juliette à l’envers…
Dans Stadium, il avait fait monter sur le plateau du Théâtre National de la Colline, les ultras du Football Club de Lens avec leur hymne, leur drapeau et le récit de contrôles policiers tout prêts à être utilisés sur la population en général… D’abord, silence glacial du public mais Mohamed El Khatib et sa troupe, quelle qu’elle soit, savent le retourner. Baraque à frites sur le plateau et fanfare à la fin: l’auditoire était conquis, acquis : c’était dans la poche et ces groupes humains qui s’ignoraient, se rencontrent pour un moment de joie. On ne repassera pas toute la carrière de Mohamed El Khatib mais il nous a éduqués à la surprise et à l’inattendu, avec un théâtre provocateur qui finit toujours par rassembler le public.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le titre Israel et Mohamed se place d’emblée au sommet de la provocation. On attend une parole et un acte, sur la guerre en Palestine et nous l’aurons : brefs et sobres. Mais ici, il ne s‘agit pas de guerre : ces prénoms associés parlent d’une toute autre réalité et délestés de leur poids emblématique. Il était une fois deux hommes qui avaient une vocation solide de footballeurs (voir Stadium) mais la vie en a décidé autrement pour ces fils respectueux: ni l’un ni l’autre n’a pu combler les désirs de son père : leur art est une trahison. Pour nous, une belle transgression, au sens d’une traversée qui va plus loin, en pays inattendu. Leur document, leur archive, c’est leur corps… Un de leurs liens est une blessure : ils ont souffert d’une rupture des ligaments croisés. Mot à mot : il s’agit de réparer le lien ou ligament, en croisant leurs arts… C.Q.F.D.

Israel et Mohamed est plein de charme: on sourit souvent et l’on rit parfois dès l’entrée, en voyant Mohamed (on les appellera par leurs prénoms) est en tenue de footballeur mais avec hauts talons sonores de danseur de flamenco-essayez ! Et Israel, en djellabah de fête du père de son équipier. Nous aurons le plaisir d’entendre quelquefois la langue espagnole et de voir ces hommes bâtir, chacun sur une table, une sorte d’autel à la mémoire de leur père, dont les visages veillent sur le spectacle. Une coupole viendra s’épanouir, comme une montgolfière, comme une colombe, sur le toit du cloître des Carmes en un bel envol poétique. Deux prénoms et une amitié. Et on arrivera à penser que l’amitié et la fraternité sont aussi importantes que la guerre, que Mohamed n’est pas venu pour faire scandale au contraire, ou «dé-scandaliser », comme il le fait toujours et, à la fin, réunir les spectateurs sur une pensée.
Seront déçus ceux qui attendaient une confrontation mais tous les autres ont été heureux: non pas dans l’oubli du monde et de ses horreurs, mais dans la pensée ferme, tenace, d’une Antigone venue « apporter l’amour et non la haine ». Mais qui a imaginé que la haine et la violence seules sont intéressantes, et qu’amitié et fraternité seraient des vertus mièvres, sottes et négligeables ? Voilà, encore une fois, une belle soirée qui laissera des traces.

 Christine Friedel

Jusqu’au 23 juillet, Cloître Saint-Louis, Avignon.

 

 

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