Festival d’Avignon Gahugu Gato (Petit Pays) de Gaël Faye, mise en scène de Frédéric Fisbach et Dida Nibagwire, avec la complicité de l’auteur, (en kinyarwanda et français, surtitré en français et en anglais)

Festival d’Avignon

Gahugu Gato (Petit Pays) de Gaël Faye, mise en scène de Frédéric Fisbach et Dida Nibagwire, avec la complicité de l’auteur, (en kinyarwanda et français, surtitré en français et en anglais)

Nous avions rencontré Gaël Faye lors de sa carte blanche au musée du Louvre (voir Le Théâtre du Blog). Il a participé à cette aventure où une adaptation théâtrale de son livre a été jouée en extérieur à Kigali ,puis dans les collines au Rwanda, avant d’arriver au magnifique cloître des Célestins, avec ses deux grands platanes. Il a choisi les interprètes, a assisté aux répétitions au Rwanda et à Marseille. Pour lui et les créateurs, était important que la langue d’origine-le kinyarwanda- soit conservée.

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© Christophe Raynaud de Lage

Prologue : «Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette. Vous voyez, au Burundi, c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez. Comme Donatien? J’avais demandé. Non, lui c’est un Zaïrois, ce n’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les Pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit, en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses. Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais.
De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé : La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ? Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays. Alors… ils n’ont pas la même langue ? Si, ils parlent la même langue. Alors, ils n’ont pas le même dieu ? Si, ils ont le même dieu. Alors… pourquoi se font-ils la guerre ? Parce qu’ils n’ont pas le même nez. La discussion s’était arrêtée là. »

Cette histoire tragique de 1993… aujourd’hui, les habitants ne veulent plus en entendre parler et les mots Hutu et Tutsi sont tabous, nous a dit Dida Nibagwire. Le roman de Gaël Faye est d’abord une histoire d’enfance et il décrit d’abord la joie, puis la tristesse quand s’efface progressivement la naïveté. Le jeune Gaby, exilé du Rwanda, vit au Burundi avec sa famille et ses amis, mais il va connaitre la séparation entre son père et sa mère, puis la dislocation de sa bande, à cause des conflits ethniques. «C’est en parlant de choses microscopiques, dit l’auteur, que l’on peut toucher l’universel ; dans la littérature, il y a un rapport entre le lecteur et le texte qui fait qu’on finit par se fondre dans un histoire. »

Cela explique le grand succès de ce livre : il montre un des grands drames du XX ème siècle, à travers le prisme de l’enfance et de l’exil. « Pour s’approprier les mots de Gaël qui sont chargés, dit Frédéric Fisbach, il fallait les alléger.» D’où l’importance ici de très beaux chants et danses, alternant avec le récit des narrateurs. Les artistes interprètent tous des personnages différents -sauf Frédéric Fisbach (Le Père). La parole est donc plurielle et on pourrait entendre un conte au coin du feu… Une forme de théâtre intime et l’émotion passe doucement vers le public. Seule réserve importante : mieux vaut avoir lu le livre de Gaël Faye sinon on risque de se perdre dans tous ces personnages.

Jean Couturier

Spectacle joué du 17 au 22 juillet, au Cloître des Célestins, Avignon.


Archive pour 29 juillet, 2025

Festival d’Avignon Delirious night de Mette Ingvartsen

Festival d’Avignon

Delirious night
de Mette Ingvartsen

Nous sommes impatients de participer à cette folle nuit ! Dans la cour du lycée Saint-Joseph, toute éclairée, la fête va commencer ! Scénographie simple : côté jardin, une tribune avec une batterie et, à cour, en fond de scène, un praticable et un grand carré nu, posé au sol. Et quelques banderoles aux inscriptions délavées, une colonne métallique, des guirlandes lumineuses…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage


La nuit est tombée. Dans cet espace pour rave-partie en pleine campagne, surgissent derrière un muret, performeurs et danseurs, suivis de Will Guthrie, batteur. La plupart tatoués, à moitié nus ou en swits à capuche, portent des masques de mort, d’animaux et autres figures extravagantes. Tous claquent des mains et tapent des pieds, en cadence. Nous sommes plus proches d’un rituel sans saveur. Mais il y a la forte présence des neufs interprètes : les corps habités se regroupent, puis s’écartent et se croisent. La tension monte avec une batterie au maximum de décibels mais rien à faire, l’univers de la nuit- délires et dangers- se fait attendre! Courses sur le plateau, gesticulations en tout genre, grimaces forcées, cris, danses endiablées, musique poussée à fond, chants… Nous sommes accablés par ces répétitions gestuelles dans  tous les sens: règnent ici une confusion générale et une absence d’esthétique!
Nous avons l’impression d’assister aux nuits d’excès, révolte et liberté des années soixante-dix et quatre-vingt ! Seule, la jeune génération dont le futur manque terriblement de ciel bleu, pourrait être ici touchée -à la rigueur- par ce tumulte cauchemardesque qui se voudrait contemporain.
Ennui, attente sans fin d’un éblouissement s’emparent du public vite agacé. Ce rituel inspiré des manies dansantes du Moyen-âge, des bacchanales -comme annoncé dans le programme- se limite en réalité  à une chorégraphie-performance peau de chagrin, proche d’un spectacle amateur… Sans début ni fin, cette Delirious Night  tient plus d’exercices chorégraphiques…
Faire vivre le chaos au théâtre exige une grande maîtrise et doit faire appel à une solide créativité pour mettre en lumière et en poésie, la perte de tout repère, l’angoisse et l’ivresse du chaos. Malheureusement, nous en sommes bien loin et ce spectacle est très décevant. La chorégraphe danoise se réfère aux danses de Saint-Guy moyenâgeuses et veut nous offrir une vision de la société occidentale contemporaine à bout de souffle, en pleine perdition morale et politique. Pour l’exprimer, elle choisit l’excès, l’hystérie, la folie mais cette Delirious Night manque d’une véritable transfiguration dionysiaque. Autant peut-être aller à une rave-partie plus enivrante.

Elisabeth Naud

Spectacle joué du 7 au 12 juillet à la cour du lycée Saint-Joseph, Avignon.

Les 1er et 2 octobre, Viervernulvier, Gand (Belgique). Le 4 octobre, Feeling Curious Festival Theater, Rotterdam (Pays-Bas). Du 9 au 11 octobre, Festival Transforme, Théâtre de la Cité Internationale, Paris. Le 18 octobre, Biennale de Charleroi-Danse (Belgique).

Le 13 novembre, Next Festival Leietheater (Belgique).

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