Festival d’Avignon Delirious night de Mette Ingvartsen
Festival d’Avignon
Delirious night de Mette Ingvartsen
Nous sommes impatients de participer à cette folle nuit ! Dans la cour du lycée Saint-Joseph, toute éclairée, la fête va commencer ! Scénographie simple : côté jardin, une tribune avec une batterie et, à cour, en fond de scène, un praticable et un grand carré nu, posé au sol. Et quelques banderoles aux inscriptions délavées, une colonne métallique, des guirlandes lumineuses…
La nuit est tombée. Dans cet espace pour rave-partie en pleine campagne, surgissent derrière un muret, performeurs et danseurs, suivis de Will Guthrie, batteur. La plupart tatoués, à moitié nus ou en swits à capuche, portent des masques de mort, d’animaux et autres figures extravagantes. Tous claquent des mains et tapent des pieds, en cadence. Nous sommes plus proches d’un rituel sans saveur. Mais il y a la forte présence des neufs interprètes : les corps habités se regroupent, puis s’écartent et se croisent. La tension monte avec une batterie au maximum de décibels mais rien à faire, l’univers de la nuit- délires et dangers- se fait attendre! Courses sur le plateau, gesticulations en tout genre, grimaces forcées, cris, danses endiablées, musique poussée à fond, chants… Nous sommes accablés par ces répétitions gestuelles dans tous les sens: règnent ici une confusion générale et une absence d’esthétique!
Nous avons l’impression d’assister aux nuits d’excès, révolte et liberté des années soixante-dix et quatre-vingt ! Seule, la jeune génération dont le futur manque terriblement de ciel bleu, pourrait être ici touchée -à la rigueur- par ce tumulte cauchemardesque qui se voudrait contemporain.
Ennui, attente sans fin d’un éblouissement s’emparent du public vite agacé. Ce rituel inspiré des manies dansantes du Moyen-âge, des bacchanales -comme annoncé dans le programme- se limite en réalité à une chorégraphie-performance peau de chagrin, proche d’un spectacle amateur… Sans début ni fin, cette Delirious Night tient plus d’exercices chorégraphiques…
Faire vivre le chaos au théâtre exige une grande maîtrise et doit faire appel à une solide créativité pour mettre en lumière et en poésie, la perte de tout repère, l’angoisse et l’ivresse du chaos. Malheureusement, nous en sommes bien loin et ce spectacle est très décevant. La chorégraphe danoise se réfère aux danses de Saint-Guy moyenâgeuses et veut nous offrir une vision de la société occidentale contemporaine à bout de souffle, en pleine perdition morale et politique. Pour l’exprimer, elle choisit l’excès, l’hystérie, la folie mais cette Delirious Night manque d’une véritable transfiguration dionysiaque. Autant peut-être aller à une rave-partie plus enivrante.
Elisabeth Naud
Spectacle joué du 7 au 12 juillet à la cour du lycée Saint-Joseph, Avignon.
Les 1er et 2 octobre, Viervernulvier, Gand (Belgique). Le 4 octobre, Feeling Curious Festival Theater, Rotterdam (Pays-Bas). Du 9 au 11 octobre, Festival Transforme, Théâtre de la Cité Internationale, Paris. Le 18 octobre, Biennale de Charleroi-Danse (Belgique).
Le 13 novembre, Next Festival Leietheater (Belgique).

