Festival d’Avignon Gahugu Gato (Petit Pays) de Gaël Faye, mise en scène de Frédéric Fisbach et Dida Nibagwire, avec la complicité de l’auteur, (en kinyarwanda et français, surtitré en français et en anglais)
Festival d’Avignon
Gahugu Gato (Petit Pays) de Gaël Faye, mise en scène de Frédéric Fisbach et Dida Nibagwire, avec la complicité de l’auteur, (en kinyarwanda et français, surtitré en français et en anglais)
Nous avions rencontré Gaël Faye lors de sa carte blanche au musée du Louvre (voir Le Théâtre du Blog). Il a participé à cette aventure où une adaptation théâtrale de son livre a été jouée en extérieur à Kigali ,puis dans les collines au Rwanda, avant d’arriver au magnifique cloître des Célestins, avec ses deux grands platanes. Il a choisi les interprètes, a assisté aux répétitions au Rwanda et à Marseille. Pour lui et les créateurs, était important que la langue d’origine-le kinyarwanda- soit conservée.
Prologue : «Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette. Vous voyez, au Burundi, c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez. Comme Donatien? J’avais demandé. Non, lui c’est un Zaïrois, ce n’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les Pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit, en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses. Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais.
De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé : La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ? Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays. Alors… ils n’ont pas la même langue ? Si, ils parlent la même langue. Alors, ils n’ont pas le même dieu ? Si, ils ont le même dieu. Alors… pourquoi se font-ils la guerre ? Parce qu’ils n’ont pas le même nez. La discussion s’était arrêtée là. »
Cette histoire tragique de 1993… aujourd’hui, les habitants ne veulent plus en entendre parler et les mots Hutu et Tutsi sont tabous, nous a dit Dida Nibagwire. Le roman de Gaël Faye est d’abord une histoire d’enfance et il décrit d’abord la joie, puis la tristesse quand s’efface progressivement la naïveté. Le jeune Gaby, exilé du Rwanda, vit au Burundi avec sa famille et ses amis, mais il va connaitre la séparation entre son père et sa mère, puis la dislocation de sa bande, à cause des conflits ethniques. «C’est en parlant de choses microscopiques, dit l’auteur, que l’on peut toucher l’universel ; dans la littérature, il y a un rapport entre le lecteur et le texte qui fait qu’on finit par se fondre dans un histoire. »
Cela explique le grand succès de ce livre : il montre un des grands drames du XX ème siècle, à travers le prisme de l’enfance et de l’exil. « Pour s’approprier les mots de Gaël qui sont chargés, dit Frédéric Fisbach, il fallait les alléger.» D’où l’importance ici de très beaux chants et danses, alternant avec le récit des narrateurs. Les artistes interprètent tous des personnages différents -sauf Frédéric Fisbach (Le Père). La parole est donc plurielle et on pourrait entendre un conte au coin du feu… Une forme de théâtre intime et l’émotion passe doucement vers le public. Seule réserve importante : mieux vaut avoir lu le livre de Gaël Faye sinon on risque de se perdre dans tous ces personnages.
Jean Couturier
Spectacle joué du 17 au 22 juillet, au Cloître des Célestins, Avignon.

