Festival d’Avignon Rinse d’Amrita Hepi, texte et mise en scène de Mish Grigor

Festival d’Avignon

Rinse d’Amrita Hepi, texte et mise en scène de Mish Grigor

C’est la première pièce, dit cette chorégraphe, que j’ai conçue avec une dramaturgie textuelle aussi bien que gestuelle, et de même importance… Je l’ai pensée avec Mish Grigor, en cherchant à être la plus précise possible quant aux sujets évoqués, comme parfois des événements historiques. Les deux langages se complètent en permanence, le corps prenant le relais de ce que le texte ne dit pas et le texte répondant aux sursauts du corps. »

©x

©x

Mais entre ces louables intentions et ce qui est ici montré… il y a une différence! La chorégraphie oscille entre danse et performance mais la lisibilité n’est pas évidente pour tout le monde. Et certaines de ses réflexions sur le plateau concernent plutôt les spécialistes de l’art chorégraphique. Amrita Hepi, qui a des racines néo-zélandaises, a une présence hypnotique et parle beaucoup.  Et dans son récit autobiographique, elle s’attaque au passé colonialiste de l’Australie : «Au début, il y a des peuples autochtones qui dansent à travers le monde, puis les Blancs arrivent et essayent de nier leurs danses. »

Elle est allée aux États-Unis pour se former et ses mouvements sont inspirés par les écoles qu’elle a fréquentées, entre autres, celle de Martha Graham. Elle estimait à ce moment-là, devoir «sacrifier son corps à la danse ». Un corps qui garde en mémoire l’enseignement de ces danses: « J’ai, dit-elle avec humour, Anne Teresa de Keersmaeker dans mon pied gauche, et Pina Bausch dans mon genou droit. »

Elle interprète aussi des chorégraphies traditionnelles autochtones comme le haka Maori, avec une belle fluidité et une esthétique réussie: sur le plateau nu et blanc, juste quelques cubes et accessoires bleus : un revolver, une petite balle… Amrita Hepi occupe très bien l’espace et cherche parfois notre regard, peut-être pour mieux nous convaincre. Mais, à cette  forme hybride: danses et messages forts, il manque sans doute une réelle émotion. Dommage…

Jean Couturier

Jusqu’au 22 juillet, Gymnase du lycée Mistral, Avignon.

 


Archive pour juillet, 2025

La Nuit Unique du Théâtre de l’Unité (suite)

La préparation de la Nuit Unique par Le Théâtre de l’Unité (suite) et début du feuilleton estival consacré à cette compagnie…

©x

©x Jacques Livchine

« Faut que la machine se refroidisse un peu pour que je réussisse à parler. dit Jacques Livchine;  Faut que  je prenne un cigarillo pour réussir à écrire sur la vieille table branlante dans le jardin, jamais cultivé, de notre maison…
Un spectacle de sept heures, cela ne se raconte pas ! Alors, je vais essayer de raconter les sept heures qui le précèdent. Tout est compliqué: les dix comédiens ont réclamé un pot de dernière, après qu’ils auront dormi. Ce sera dimanche, le temps que les bouteilles de Crémant aient le temps de refroidir. On fera cela chez nous à Malakoff, alors j’ai fait les courses et j’ai commandé à Adnan, un émigré syrien qui vit ici, de nous préparer un vrai houmous-dont il a le secret- à étaler sur du pain. Mon fils m’a recommandé Dolly, un traiteur indien mais le Théâtre de l’Unité ne peut pas payer cent euros de plus pour tous les amis qui vont s’ajouter et je n’oserais rien leur demander. Mais Hervée de Lafond a dit : » Je m’en charge. » Cela me tourne dans la tête: nous partons d’Audincourt comme prévu à neuf heures mais c’est compliqué:  il y a une grande fête dans les rues et nous avons dû faire avant le chargement de notre Jumper et du 20 m 3 de location (nous craignons un surpoids éventuel). Bon, j’avais décidé d’arrêter et voilà que je me mets tout ça sur le dos, alors que j’ai les os rongés par une saloperie de cancer….

©x

©x

Thierry conduit mais nous éviterons le péage honni de Fleury-en-Bière: un de nos acteurs s’y était fait mettre en garde à vue pour avoir eu du shit avec lui  et Hervée avait dû le remplacer en deux jours! En plus, il avait le rôle principal! Une autre fois, il y a eu trois cents kgs de décor en surpoids: l’horreur! Hervée et moi, avions dû enlever le matériel,  le poser sur une pelouse et attendre qu’un camion de location vienne le chercher…
Là, catastrophe, nous sommes partis le jour même de la représentation. On avait trouvé que ce ne serait pas bien mais on l’a fait pour soulager l’Avant-Scène de Colombes qui nous accueille, de la location de deux chambres d’hôtel, puisque les acteurs voulaient tous rester un jour de plus. L’Avant-Scène a finalement accepté le surcoût mais Hervée ne cessait de répéter en boucle: plus jamais ça…Mais elle savait que c’était la dernière fois que nous jouerions cette Nuit Unique  et même plus un autre spectacle!

 Pas de climatisation dans le Jumper, Catherine F. , pas folle, a exigé de prendre le train, donc je vais devoir conduire cinq heures trente tout seul, une serviette mouillée sur la tête… L’enfer. On emmène aussi notre chienne mais: souci, où fera-t-elle ses besoins ? Marie Leila se met à l’avant: nous devons répéter un extrait du Transsibérien de Blaise Cendrars, on se bloque tous les deux sur : « Ninni ninon nichon mimi mamour ma poupoule mon pérou dodo dondon..Les énumérations, c’est pas facile. Hervée qui n’en peut plus de ce Transsibérien,  se met à l’arrière et fait des scrabbles sur son I-phone… Elle répète en boucle : « Belle connerie que partir le jour-même. Tout peut arriver à tout moment. »
 Enfin, nous sommes à Evry: soit juste quarante kms et une heure jusqu’au périphérique, puis encore une autre, pour aller à Colombes. Et là, toujours pareil, où entre-t-on dans le théâtre ?  « Vas-y, Jacques, bouge-toi, va chercher un responsable. »
Toujours moi…Entre temps, Fantazio, comme à son habitude, nous appelle: « Je suis à Saint- Lazare et je ne comprends rien aux trains. » C’est déjà une bonne nouvelle, qu’il soit à Paris! Il vient de Rennes et d’habitude, on tremble à cause d’une soirée de la veille trop arrosée, donc qu’il ne soit pas réveillé et rate son train… et  doive prendre un avion et un taxi.
 Je dois garer le Jumper en marche arrière, une horreur pour moi. Le frigo du théâtre est plein pour la nuit : eaux minérales, bières, pâtés, sardines, lait concentré, jambon, chorizo… Rassurant! Mais Hervée a peur et mobilise Souhil, un jeune d’Audincourt qui veut connaître le théâtre et qui est venu: elle a oublié la menthe et les oignons pour les nems qu’elle doit servir au public à quatre heures du matin. Elle lui demande tout cela et lui apprend au passage, à rouler les nems. Elle lui explique que c’est ça aussi, le théâtre…

©x

©x

Pourquoi, dans tous nos spectacles, y-a-il toujours à boire et à manger. C’est une de mes théories jetables: le théâtre est né dans une fête dionysiaque, avec alcool et poissons au grill. Repérages : circulation vers les toilettes, nombre exact de matelas et transats pour cent soixante-dix spectateurs….


Fantazio nous appelle : je suis devant le théâtre mais je ne vois pas par où on entre. Génial, Fantazio mais épuisant… Sept heures avant de jouer, je sue à grosses gouttes: l’hormonothérapie me ménopause! C’est la mise sur le plateau et cela circule de tous les côtés… Hervée a réclamé un soutien-gorge, Mélanie et Léonor répètent et font les balances: épuisant mais il le faut. Le directeur de l’Avant-Seine de Colombes me sert la main dans un couloir. Ce n’est plus le même que celui qi était veu voir notre Macbeth en forêt, le long de l’autoroute.
Samia Doukhali, incroyable secrétaire générale,  que je connais, coordonne toute l’opération. Bien entendu, j’ai honte de tout ce déploiement de forces pour cent-soixante-dix dormeuses et dormeurs: cela coûtera 12.000 €, je crois. Tout compris, mais sans doute plus! L’Avant-Seine de Colombes: des passionnés qui ne craignent pas le risque de se planter.
 Ma nièce, Olivia me rassure: « D’habitude, c’est 20. 000 €, les contrats »… Oui, mais pour huit-cent spectateurs et non pour cent soixante-dix… C’est notre quarante-troisième Nuit Unique… Dans ma tête, c’est toujours la première. Je me répète le dicton : rien ne se passe jamais comme prévu. Mais pour l’instant, on ne sait pas trop d’où viendra la couille!
 Réunion de concertation avant cette Nuit unique sur les entrées, les sorties… Hervée, comme toujours, tacle Fantazio: « Les paroles des spectateurs que l’on recueille doivent être vraies.  Même chose quand nous nous présentons: cela doit être en toute sincérité et sans aucun cabotinage. » Mais Fantazio émet des doutes sur la scène Vos dernières vingt minutes!  Hervée l’envoie paître: « Fais ta mise en scène, si tu en as envie ! Pénible, cette ambiance, mais quand elle a peur, elle devient insupportable et à la dernière Nuit Unique, c’est elle qui s’était plantée…
Je vous raconte toutes ces histoires de coulisses, parce que sept heures de représentation, c’est un Airbus qui décolle pour New York. J’essaye de répéter le texte de Valéry Larbaud que je dis au commencement mais il manque un morceau de phrase et je n’arrive pas à me connecter à Internet pour le retrouver… Sans arrêt, je dis: « Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium, et la mer de Marmara sous une pluie tiède ! » Mais je sais qu’il manque quelques mots dans la phrase et cela m’énerve. Comme il n’y a pas de texte écrit de La Nuit Unique mais juste des conducteurs… Je me dis que cela va revenir comme un automatisme. Et puis, qui connait ce texte ? N’empêche, cela m’irrite. 

19 h 30 : Nous dînons dans un climat tendu.  On règle les déformateurs de voix de Fantazio et d’Hervée quand elle jouera mon père. Je suis debout depuis sept heures et je dois tenir jusqu’à dix heures, le lendemain! David Mossé, le créateur des lumières est revenu! Il a un touché poétique et sentimental, il voulait faire la dernière… Il essaye la machine à fumée.
Je fais signer les contrats, encore une fois, j’ai honte : deux cent euros net!  Alors que nous mettons tous au moins trois jours pour récupérer! On est à moins deux heures et je fais la pâte à blinis. J’ai apporté des bouquins à vendre: je ne juge jamais une représentation aux applaudissements mais à la vente…
 Catherine, au violoncelle, répète. Fantazio se demande si les attaques d’Hervée ne sont pas sa forme d’amour. Ludo et Charlotte se chauffent. Hervée glisse une remarque : « Dans l’extrait de Bernard-Marie Koltès, vous allez trop vite, on n’y comprend rien! ( cela, c’est pour Julie…).  Son compagnon est reparti dormir dans un RNB avec leurs deux enfants: cela lui coûte tout son cachet…
©x

©x Robert Abirached (1930-2021)

 Je prends un café, un red-bull et trois pilules de guarana! Je cache une bouteille d’eau glacée sous la table. Jean Couturier, un des critiques du Théâtre du Blog, installe son matos de photo. Ce spécialiste O.R.L. a aussi fait une maîtrise sur le Théâtre de l’Unité avec Robert Abirached, alors professeur à Nanterre-Université (1930-2021). Nous lui disons: pas de photos, mais finalement, on s’en fiche. Il va aussi écrire quelque chose pour Le Théâtre du blog. Avant la représentation, Gérard Surugue et Valérie Moureaux, vieux compagnons de route, nous saluent, tout émus d’assister à ce point final du Théâtre de l’Unité.


23 heures: le public entre. Je dis bonjour aux jeunes de Besançon qui ont fait le déplacement et à Thibault, un pilier de notre cabaret le Kapouchnik. Bien sûr, ma sœur et Gaïa, ma petite-fille. Ma fille Dana, ethno-musicologue au C.N.R. S., n’aime pas le théâtre qui, pour elle, n’a pas de sens. Michaël, un passionné, venu de Calais. Très honnêtement, je n’ai aucune envie de jouer et je voudrais être déjà demain matin. Hervée et moi, n’avons jamais pu voir vu le spectacle…
©x

©x

23 heures quinze, cette Nuit unique commence. Elle fait son discours : « Dormez si vous voulez:  ne vous privez pas. Laissez-vous aller, pour une fois. « Mais nous, nous n’avons pas le droit de dormir. C’est moi qui sonne les heures et annonce les chapitres… De vingt-trois heures, à trois heures du matin, cela va encore… Mais ensuite, nous jouons parfois parmi les ronflements. La scène de Dom Juan où je suis tout nu, m’effraye… Fantazio, rempli de tatouages, improvise une ode à mon petit oiseau. Il y a au loin quatre Elvire nues. Honte maximale… La scène de la gourmandise est assez grandiose, avec la folie de chacun et un jeu à 300%: ça réveille. La fin approche et je chante en russe.


6 heures du matin : les derniers mots… Je suis entouré par tous les comédiens : “J’ai des amis qui m’entourent comme des garde- fous.” Les yeux mouillés, ils chantent Reva Baya Reva baya noor chevna, noor chevna…Et  Hervée annonce : « Vous allez assister au dernier souffle d’une compagnie.  » Nous nous alignons tous  mais la musique ne vient pas!  Hervée, sans aucune gêne dit à Thierry: « Tu dors ? Envoie le final.  » Je ne l’ai pas, lui répond-t-il! La voilà bien, la couille attendue! Soixante ans de carrière finissent sur un couac. Notre devise: Rater mieux, est toujours d’actualité.. Donc, cette nuit, pas de musique triomphale!

©x

©x

Le public se lève, applaudit, applaudit notre mort et là, Hervée pleure…Réaliste, je dédicace mes bouquins et prends les commandes pour le nouveau,  Les Mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité. Frédéric Fort, de la compagnie Annibal et ses éléphants, lit une de nos professions de foi.

Le lendemain, après la fête, panne du Jumper. Réparation à distance par Claudine, notre ex-administratrice. Puis, Hervée oublie son portable sur une aire d’autoroute. Quant à moi, je suis allé vérifier le texte de Valéry Larbaud et je retrouve les mots qui manquaient dans la phrase:  » La Castille âpre et sans fleurs… » Il était temps que je m’arrête ! Pas de regret.
Jacques Livchine, co-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de  l’Unité à Audincourt ( Doubs)

Festival d’AvignonY’a plus qu’à, texte et mise en scène de Julien Guyomard

Festival d’Avignon

Y’a plus qu’à, texte et mise en scène de Julien Guyomard

Au bout, à l’extrémité du :«Y’a qu’à », reste le: «Y a plus qu’à», le stade ultime… On y est presque et l’utopie est atteinte. Eh! Bien non. Ce reste, infranchissable, fait l’objet de cette pièce jouée par Magaly Godenaire, Julien Cigana, Damien Houssier, Renaud Triffault et Elodie Vom Hofe.

©x

©x

On nous explique que nous souffrons de solastalgie, «sentiment de détresse et d’angoisse ressenti par certains individus face aux transformations (négatives) subies par l’environnement». Nous assisterons d’abord à un essai de conférence interrompu par un complice (bien sûr) et coupée par un moment de théâtre figuratif… Les acteurs sont costumés pour nous faire comprendre tout de suite quel discours, ils défendent sur le futur de la planète, mis de côté pour faire place à une réunion de «scientifiques en colère », après, ou avant une tentative (on s’y perd) d’organisation de la réunion.
Laquelle phagocyte (on est entre savants et activistes politiques) l’objet de la dite réunion qui se passera finalement comme d’habitude! Chacun prenant la parole quand cela lui chante, et mordicus. Nous aurons appris quelque chose sur les blocages et biais cognitifs, mais aussi à se poser les bonnes questions…Tout cela n’a rien d’une fantaisie. Elodie Vom Hofe, Damien Houssier et Julien Guyomard ont rencontré de nombreux chercheurs en sciences, « tous prospectivistes travaillant de manière transversale sur la question du futur». Rappel: la prospective n’est pas la prédiction et il s’agit de regarder en avant pour se représenter sur des bases sérieuses, les grandes lignes de ce que peut être le futur. Et voilà, Y’a plus qu’à... Vous aurez compris que ce spectacle est plus sérieux qu’il n’y paraît, mais aussi plus enlevé, drôle et pessimiste (c’est compatible), qu’on s’y attendrait.

 Christine Friedel

 Jusqu’au 24 juillet à 18 h 45, Théâtre du Train Bleu, 40, rue Paul Saïn, Avignon.

Festival d’Avignon Roda Favela, mise en scène de Laurent Poncelet, par la compagnie Ophélia Théâtre et O Grupo Pé No Châo

Festival off d’Avignon

Roda Favela, mise en scène de Laurent Poncelet, par la compagnie Ophélia Théâtre et O Grupo Pé No Châo

Un théâtre mondial : une évidence pour le metteur en scène et documentariste grenoblois Laurent Poncelet. L’Albanie, le Brésil déjà, plusieurs pays d’Afrique et de Méditerranée… où partout le théâtre et la musique prennent leur sens. Dans les favelas de Recife (Brésil), dont la population est une des plus pauvres au monde, il croise la violence, la joie, la pauvreté mais aussi la jeunesse. Avec O Gruppo Pé No Châo, il a créé et anime des ateliers grâce auxquels des enfants ne seront peut-être pas délinquants ou victimes. Il écoute leurs percussions, les regarde danser,nous fait partager ce regard qui pétille et cette écoute qui éveille… Il travaille à les conduire plus loin dans la reconnaissance de leur art.

©x

©x

Nous sommes d’abord saisis par les percussions à un rythme à tout casser. D’un mur percé de petits volets qui claquent, surgissent les cris des mères et voisines : cris d’inquiétude -où est mon fils, que lui est-il arrivé ?- ou de fierté -voyez quel danseur !Dans la rue, la Roda (le cercle  entourant deux danseurs rivaux) réunit capoeira, hip hop, danses africaines… Et une jeune fille essaie, seule, d’apprendre le violoncelle : ici, toutes les musiques appartiennent à tous.
Le tempo du spectacle ne faiblit jamais, entre danse, théâtre et séquences filmées, qu’il évoque les bagarres de rue ou un coup de couteau mortel ou encore un deuil, porté par le chant et la danse. On voit passer l’image fugace et dominante de Jair Bolsonaro et les traces inquiétantes qu’il laisse aujourd’hui dans un Brésil aux pieds nus (ce que dit le nom du groupe) et aux yeux brillants.

 O Grupo Pé No Châo : cette troupe de théâtre musical et dansé est avant tout la voix d’une favela à Recife, ville précaire, bricolée avec des matériaux de récupération, qu’on appelait chez nous, bidonville. Mais ici, comme à la Jamaïque, les bidons, on les fait chanter. De cet immense rassemblement humain (un point d’eau pour deux mille personnes!) à la fois joyeux et dangereux, solidaire et impitoyable, menacé (entre autres) par le trafic de drogue, naissent, comme un défi, la musique et la danse…
Roda Favela, créé en 2022 au Brésil, avec une première tournée en France, n’est pas le premier spectacle dans ce pays de Laurent Poncelet. Il y a créé, entre autres, Résistance Resistência, Magie Noire, Le Soleil Juste après…Et c’est une histoire qui continue, en profondeur. Une troupe à suivre, un spectacle à voir pour un moment de joie et d’ouverture, pour une grande respiration…

Christine Friedel

 Jusqu’au 26 juillet, Le 11attention : dans la cour du lycée Mistral, à 21 h 30.

Festival d’Avignon L’Ouvrir texte et mise en scène de Morgan.e Janoir

Festival d’Avignon

L’Ouvrir
texte et mise en scène de Morgan.e Janoir

 Sur le plateau, un ordinateur, un pupitre d’orchestre, une flûte traversière et trois interprètes : Pauline Legoëdec, extraordinaire de sensibilité dans le rôle d’Alex la narratrice. Morgan.e Janoir, son prénom, elle le met au masculin,, calme, prenant rarement la parole. Elle semble être là comme un miroir de la quête d’identité sexuelle d’Alex. Et il y a aussi une musicienne Valentine Gérinière. Aussitôt le public est séduit par la voix singulière, douce et le chant de la jeune femme. Nous écoutons, intrigués, l’histoire d’Alex, une révélation !
À vingt-trois ans, elle semble comblée par l’existence mais constamment plein de bruits et de voix résonnent dans son cerveau: «C’est la cacophonie qui m’attire les compliments et les réussites, et grâce à quoi, j’ai eu mon diplôme, mon chéri et ma promesse d’embauche. Comme une foule entière, un peu tyrannique, un peu autoritaire, mais très utile. »

©x

©x

Pourtant tout lui réussit, elle a un fiancé et, tout juste diplômée, décroche un C.D.I. Quand elle arrive à Paris, la vie ne fait que commencer et elle chante:« La ville brille de mille feux, J’ai jamais été aussi heureu…se. Je me réjouis de commencer. Commencer ce qui m’est dû-commencer ma vie à Paris. »
Mais quand il s’agit d’aller vivre avec son bien-aimé, qu’elle appelle sans cesse « chéri », elle dit non ! Écho au titre si bien trouvé : L’ouvrir... Alex va enfin ouvrir sa gueule ! « Mais ce cri-là m’a hurlé du plus profond de ne pas faire ça, de ne pas dire oui et emménager avec chéri. »

Ce renoncement à la vie de couple sous un même toit va provoquer un bouleversement existentiel chez Alex. Nous sommes touchés  par la mise en scène de cette transfiguration et la sincérité émouvante des interprètes. Le spectacle aborde la question de l’homosexualité et du « coming out », avec subtilité, humour et tendresse, bienveillance comme on le voit rarement au théâtre à propos de cette question délicate et si souvent rejetée, encore choquante pour beaucoup!
Musique et écriture poétique, récit d’une finesse remarquable laissent advenir pas à pas la prise de conscience d’Alex, sa recherche intime, ses hésitations : « Moi, j’ai adoré mon enfance et mon adolescence. Je dis j’ai adoré mon enfance et mon adolescence, comme certains disent : j’adore ma famille. Ça cache quelque chose, non ? » et ouvre les chemins de la liberté d’être soi, offre enfin la possibilité de vivre coûte que coûte d’être lesbienne.
Les endroits festifs où se retrouvent cette communauté, les manifestations politiques, une autre façon de se coiffer, de s’habiller : «L’une d’elles porte des talons immenses et roses, une jupe courte, des cheveux longs et bouclés. Elle a sur le bras droit un tatouage de sirène qui semble me faire signe.
Une autre porte un jean déchiré, des cheveux courts plaqués en arrière, une chevalière au doigt. Me regarder « du coin de l’oeil » et envisager la beauté féminine. Tout un monde inconnu prend forme en l’esprit d’Alex et lui révèle qui elle est profondément et comment accéder avec bonheur à la vie ! Vers la fin, la jeune femme éclaire une à une des boules de verres suspendues, telles des lampions qui reflètent avec grâce l’aboutissement heureux de ce parcours initiatique !
Un spectacle d’une grande intelligence et d’une beauté théâtrale rare. Une pépite du Off à ne pas manquer.

 Elisabeth Naud

 

Jusqu’au 24 juilllet, Le 11, 11 boulevard Raspail, Avignon (Vaucluse).T. : 04 84 51 20 10

 

 

Festival d’Avignon Israel et Mohamed d’Israel Galvan et Mohamed El Khatib

Festival d’Avignon

Israel et Mohamed d’Israel Galvan et Mohamed El Khatib

 On connaissait leur travail mais pas leur amitié. Israel Galvan, un des plus grands interprètes de flamenco actuels, allie la virtuosité de la tradition, à l’invention d’une nouvelle danse transgressive, inouïe-elle s’entend, de la pointe au talon…
De Mohamed El Khatib, on connaît les pièces sociologiques et l’ambition de mettre en scène et sur scène, ceux qu’on n’y voit jamais. Il fait mieux que casser les codes, une expression galvaudée et donne à voir et à entendre les «vrais gens» dans le plus grand respect. Chacun de ses spectacles est une expérience approfondie, en véritable grandeur, sur la limite fine entre théâtre et  «vraie vie »  et sur notre regard de spectateur. L’an passé, dans La Vie secrète des vieux, il avait invité les pensionnaires d’un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes-employons les mots, moins déshumanisés- à parler de leurs désirs, et de leurs amours parfois contrariées par leurs enfants qui leur rejouent Roméo et Juliette à l’envers…
Dans Stadium, il avait fait monter sur le plateau du Théâtre National de la Colline, les ultras du Football Club de Lens avec leur hymne, leur drapeau et le récit de contrôles policiers tout prêts à être utilisés sur la population en général… D’abord, silence glacial du public mais Mohamed El Khatib et sa troupe, quelle qu’elle soit, savent le retourner. Baraque à frites sur le plateau et fanfare à la fin: l’auditoire était conquis, acquis : c’était dans la poche et ces groupes humains qui s’ignoraient, se rencontrent pour un moment de joie. On ne repassera pas toute la carrière de Mohamed El Khatib mais il nous a éduqués à la surprise et à l’inattendu, avec un théâtre provocateur qui finit toujours par rassembler le public.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le titre Israel et Mohamed se place d’emblée au sommet de la provocation. On attend une parole et un acte, sur la guerre en Palestine et nous l’aurons : brefs et sobres. Mais ici, il ne s‘agit pas de guerre : ces prénoms associés parlent d’une toute autre réalité et délestés de leur poids emblématique. Il était une fois deux hommes qui avaient une vocation solide de footballeurs (voir Stadium) mais la vie en a décidé autrement pour ces fils respectueux: ni l’un ni l’autre n’a pu combler les désirs de son père : leur art est une trahison. Pour nous, une belle transgression, au sens d’une traversée qui va plus loin, en pays inattendu. Leur document, leur archive, c’est leur corps… Un de leurs liens est une blessure : ils ont souffert d’une rupture des ligaments croisés. Mot à mot : il s’agit de réparer le lien ou ligament, en croisant leurs arts… C.Q.F.D.

Israel et Mohamed est plein de charme: on sourit souvent et l’on rit parfois dès l’entrée, en voyant Mohamed (on les appellera par leurs prénoms) est en tenue de footballeur mais avec hauts talons sonores de danseur de flamenco-essayez ! Et Israel, en djellabah de fête du père de son équipier. Nous aurons le plaisir d’entendre quelquefois la langue espagnole et de voir ces hommes bâtir, chacun sur une table, une sorte d’autel à la mémoire de leur père, dont les visages veillent sur le spectacle. Une coupole viendra s’épanouir, comme une montgolfière, comme une colombe, sur le toit du cloître des Carmes en un bel envol poétique. Deux prénoms et une amitié. Et on arrivera à penser que l’amitié et la fraternité sont aussi importantes que la guerre, que Mohamed n’est pas venu pour faire scandale au contraire, ou «dé-scandaliser », comme il le fait toujours et, à la fin, réunir les spectateurs sur une pensée.
Seront déçus ceux qui attendaient une confrontation mais tous les autres ont été heureux: non pas dans l’oubli du monde et de ses horreurs, mais dans la pensée ferme, tenace, d’une Antigone venue « apporter l’amour et non la haine ». Mais qui a imaginé que la haine et la violence seules sont intéressantes, et qu’amitié et fraternité seraient des vertus mièvres, sottes et négligeables ? Voilà, encore une fois, une belle soirée qui laissera des traces.

 Christine Friedel

Jusqu’au 23 juillet, Cloître Saint-Louis, Avignon.

 

Festival d’Avignonaire commune? mise en scène de Garance Guierre, musique de Leonor Stirman

Festival d’Avignon

Faire commune? mise en scène de Garance Guierre, musique de Leonor Stirman

Vouloir rendre joyeux des spectateurs à la sortie d’une spectacle autour du mouvement ouvrier à Malakoff depuis la Commune en 1871?  Pari réussi  de la compagnie Megalocheap, en coproduction avec la Bourse du Travail à Malakoff. Les acteurs et chanteurs Kim Aubert, Denis Ardant, Benjamin Candotti-Besson, Garance Guiere et Leonor Stirman nous emmènent dans un cabaret instructif et jubilatoire. On découvre l’histoire de Malakoff fondée sur le mouvement ouvrier, en parallèle avec celle des partis politiques communiste et socialiste.

 

©x

©x

Le spectacle commence par la création de ville en 1883 par d’anciens Communards et finit en 63, quand des familles de Malakoff accueillent les enfants des 178.000 mineurs du Nord de la France (sur 197.000) en grève du 1 er mars au 4 avril. Devant la vague de solidarité, Georges Pompidou, alors premier ministre finira par céder et accordera des augmentations de salaires, l’ouverture de discussions sur la quatrième semaine de congés payés et la durée du travail et l’avenir du charbon et de la profession minière.
Dans ce spectacle, on assiste au niveau national à la naissance de la Commune de Paris en 1871, du Front Populaire en1936, puis du Conseil National de la Résistance en 1943… Et cela se termine par une grève des mineurs… quand l’histoire locale se mêle à l’Histoire nationale.
Entre chansons, projections de photos, mini-conférences didactiques et burlesques, les artistes nous font voyager dans le temps. Des émissions de télévision caricaturales: Le Cercle de l’apostrophe et Les Dossiers dans l’échiquier font régulièrement allusion à l’actualité politique d’aujourd’hui.
Leonor Stirman nous raconte de manière délirante comment le Général de Gaulle refusa de céder aux revendications des grévistes. Quoi ? Même les icônes politiques ont leurs failles? Le public ressort plus instruit et peut-être moins naïf sur l’incompétence du personnel politique, quelles que soient les tendances. Il faut absolument aller découvrir ce spectacle très réussi…

Jean Couturier

Jusqu’au 26 juillet, Théâtre de L’Arrache-Coeur, 13-15 rue du 58 ème régiment d’infanterie, Porte Limbert Avignon. T. : 09 85 09 97 42.

Festival d’Avignon La folle Journée ou Le mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation théâtrale et mise en scène de Léna Bréban

Festival d’Avignon

La folle Journée ou Le mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation théâtrale et mise en scène de Léna Bréban

Dans son Petit lexique amoureux du théâtre (2010), Philippe Torreton (Figaro) écrit à propos des critiques : «Passons tout de suite sur un point, une bonne critique fait plaisir, une mauvaise énerve.» Mais souvent, la réciproque est aussi vraie. Un papier élogieux peut mettre en rage à cause de sa bêtise, son analyse fade, et un assassinat en règle, rassurer, voire même fournir un vrai gage de réussite, comme une sorte de plébiscite à l’envers. Les acteurs qui prétendent ne jamais lire les critiques, sont souvent les moins indifférents et se tiennent, au contraire, bien informés : difficile en général d’échapper à la critique, surtout quand elle est mauvaise : il y aura toujours une bonne âme qui y fera référence. « Je ne comprends pas Machine dans lérama, moi, j’ai adoré ton spectacle. »
La  phrase était prémonitoire…
Ce Mariage de Figaro qui sera repris à à la Scala de Paris, divise… Le public du festival aime beaucoup et une partie de la critique le déteste, souvent assez méchamment… Première impression : la scénographie d’Emmanuelle Roy est une fausse bonne idée ! Ces hauts châssis, aussi mobiles qu’inutiles, encombrent le plateau…Les cadres de portes suffiraient amplement à la compréhension du texte (on connait la grande subtilité d’écriture de Beaumarchais) et au jeu des acteurs.

©

©Ambre Reynaud

Près de Séville, Figaro devenu concierge du château du Comte Almaviva, veut se marier avec Suzanne, la femme de chambre de la Comtesse. Mais il a promis de rembourser une somme d’argent à Marceline,ancienne intendante de Bartholo, le médecin, ou sinon de l’épouser. Mais Figaro n’a pas d’argent ! Et le Comte, lui, ferait tout pour que Suzanne – qu’il voudrait bien séduire- ne se marie pas…. Mais avec cette scénographie aux multiples portes, la metteuse en scène fait virer ce monument de comédie, au vaudeville  et les personnages passent leur temps à se cacher, à se courir après, à s’interpeller… comme chez Georges Feydeau! «Sous des aspects faussement légers et badins, et avec une intrigue de vaudeville, dit Léna Bréban, l’auteur nous montre ici la lutte des classes, la domination violente des plus riches, la corruption de la justice et l’hypocrisie de la société en matière de mœurs.» C’était hier mais c’est aujourd’hui. L’écrasement des plus pauvres, la valorisation du pouvoir et les femmes devant gérer les assauts continus d’hommes à qui elles n’ont rien demandé. On dirait que Beaumarchais avec son humour, la puissance de son esprit et sa langue acérée, décrit notre époque. Le comte a des airs de Weinstein et la fougue de Figaro, qui tente tout pour sauver sa vie avec Suzanne, nous plonge avec effroi, dans notre vie à nous. Le temps a passé mais au fond les problématiques restent les mêmes. »O n veut bien mais la metteuse en scène a installé un bouillonnement permanent et il faut chercher les répliques collant à notre actualité et dénonçant ces rapports de domination sociale et ceux entre hommes et femmes auxquels elle fait allusion!

Distribution très inégale… Philippe Torreton, en grand acteur, est toujours juste et son monologue de Figaro, une belle leçon de théâtre: « Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie ! Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »Marie Vialle (Suzanne) et  Antoine Prudhomme de la Boussinière (Chérubin) sont tout à fait convaincants. Mais Grégoire Osterman fait du comte Almaviva, un vieux beau libidineux, très caricatural !  Quant à Jean-Jacques Moreau ( Bartholo, médecin de Séville) il n’a pas tout à fait l’âge du rôle…
Selon Léna Bréban, «Beaumarchais était un homme multiple et complexe, filou et génial, un chat retombant toujours sur pattes. » Oui, mais au théâtre, comme dans la vie, un chat ne retombe pas toujours sur ses pattes! Ici, le public rit de bon cœur mais qu’en sera-t-il à Paris, après l’effervescence de la création et la générosité légendaire des spectateurs du off? A suivre… Nous vous en reparlerons.

Allez, une dernière pour le retour en TGV… Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais dans sa préface d’une rare intelligence, se fait visiblement plaisir à citer la géniale réplique de Figaro : «Que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »

Jean Couturier

Jusqu’au 27 juillet, La Scala Provence-Avignon.

Du 6 septembre au 25 janvier, La Scala, Paris (X ème).

FAST ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation par Inti Théâtre, conception d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux ( tout public)

Festival d’Avignon

FAST ou peut-on se réapproprier nos désirs dans une société de consommation par Inti Théâtre, conception d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux (tout public)

Désir de plaire, affirmer son identité sociale et/ou sexuelle, afficher sa personnalité suscitent notre envie consciente ou inconsciente d’acheter des vêtements et d’appartenir à un groupe. Mais cela se transforme parfois en addiction : acheter encore et toujours plus, sans aucun  besoin. Olivier Lenel et Didier Poiteaux, auteurs et comédiens belges de cette pièce, ont essayé de comprendre cette frénésie vestimentaire et ce qu’est la «mode». Ils nous invitent ici dans cet univers de la séduction avec un théâtre documentaire sur l’industrie textile d’antan et la «fast fashion» d’aujourd’hui.

©x

©x

Dans un espace bi-frontal, le public se sent vite participer à une émission de télévision avec jeux et questions. Avec humour, dérision et sérieux au rendez-vous… pour sa plus grande joie. En suivant l’évolution socio-économique de la confection et des styles depuis la Renaissance (début de ce qu’on appelle la Mode), jusqu’à nos jours, les enquêtes, interviews et témoignages (en voix off ou en direct), avis du public sollicité… reflètent l’évolution de ce monde à double visage!
À la fois pédagogique, culturel, politique et militant, le jeu l’emporte haut la main sur le style conférence souvent un peu sec, du théâtre documentaire! Avec de nombreuses micro-actions précises mais toutes cocasses ou terribles. Est aussi dévoilé notre comportement dans la société de consommation qui suivit la seconde guerre mondiale. Une spécialiste en neurosciences est interrogée sur une situation courante : le fait d’acheter une robe (ou autre chose) puis ne jamais la porter, fait-elle remarquer, on ne peut créer le besoin. Mais pour déclencher l’acte d’achat, il est possible de jouer sur le désir…
Le nombre important d’influenceurs et influenceuses sur les réseaux sociaux en sont la preuve ! Dans une saynète, un étudiant qui ne soucie guère de sa tenue quand il va à la fac et subit des remarques ironiques, y arrive un matin avec des santiags achetées exprès pour calmer le jeu et être comme tout le monde, à la mode ! Fier de son acquisition mais ridicule-un moment hilarant-il entend un camarade lui dire : «Ton cheval, tu l’as garé en double file? »
On rit beaucoup à cette pièce documentaire et musicale, avec, entre autres, un jeu où on prie le public de donner le nom de «la chaussure-fable» à la mode, depuis la deuxième moitié du XX ème siècle jusqu’à aujourd’hui : Dockside, Buffalo, Apaté, Claquette à chaussette, Crocs… Toutes appellations extravagantes mais résultant en fait d’une réflexion marketing … Il y aussi un remarquable défilé sur musique électro à fond de mannequins-hommes marchant sur un podium, en faisant la gueule et prétentieux. Un paradoxe à interpréter: afficher cette allure désabusée signifierait être gagnant dans le fonctionnement d’un monde privilégié où l’argent est roi…
Situations drôles mais aussi plus graves sont ici, avec un esprit et une analyse sérieuses, mises en scène dans un style pop et grand public. Captivant à la fois les familiers ou les étrangers de cet univers enivrant et lucratif… Cet espace socio-professionnel de la mode est à double face : le plaisir et l’impensable! Avec cent-cinquante milliards de vêtements produits chaque année dans le monde! Et dans quelles conditions: enfants exploités dans les pays surpeuplés et défavorisés, comme celui des Ouïghours. Nombreux accidents mortels, pollution ravageuse à cause, entre autres, de gigantesques incendies comme à Ali, une entreprise au Pakistan.
Nous prenons conscience avec ces tragédies, que l’esclavage moderne a encore un bel avenir devant lui ! «Que faire ? » est la question ici posée par ce spectacle…Sa grande qualité tient au jeu des auteurs-interprètes, à une habile dramaturgie avec va-et-vient constant entre situations comiques et tragiques. Toutes bien documentées et mettant en lumière des réalités économiques, humaines et écologiques désastreuses. Il y a de quoi s’interroger sur le respect de la vie des habitants et de notre planète…
Cette pièce d’une heure est un vrai plaisir théâtral! Propositions faites en urgence et utopiques, teintées de «peace and love» 2025 mais indispensables pour voir qu’il est grand temps de de s’attaquer aux puissances financières et médiatiques, devenues maîtresses du monde. Vers la fin, nous sommes conviés à nous faire des bisous… La révolution est en marche et jamais trop tard !

Elisabeth Naud

Jusqu’au 26 juillet, relâche le 23, Théâtre des Doms, 1 bis rue des escaliers Sainte-Anne, Avignon .(Vaucluse). T.: 04 90 14 07 99.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Festival d’Avignon Every-body-knows-what-tomorrow-brings-and-we-all-know-what-happened-yesterday, concept et chorégraphie de Mohamed Toukabri

Festival d’Avignon

Every-body-knows-what-tomorrow-brings-and-we-all-know-what-happened-yesterday, concept et chorégraphie de Mohamed Toukabri

En partenariat avec Les Hivernales-C.D.C.N. d’Avignon, un surprenant solo… «Le titre joue sur une dualité: Everybody, tout le monde, et every body, chaque corps, dit son auteur et interprète. Il y a cette tension entre l’individu et le collectif, entre les corps qui dansent aujourd’hui et ceux qui les ont précédés. C’est surtout cette épaisseur temporelle qui m’intéresse »
L’autrice nigériane Himamanda Ngozi Adichie, présente au festival 2023, écrivait: «Le passé ne dit pas seulement ce qui s’est passé hier, mais il éclaire aussi ce qui se passe aujourd’hui. L’Histoire est là, inscrite en nous, dans nos gestes, nos postures, nos mémoires. Nos corps sont des archives. Ils portent des héritages visibles et invisibles, des transmissions parfois légitimes, d’autres marginalisées. Ce sont des questionnements que j’ai tout particulièrement ressentis lorsque j’étais étudiante en danse. Dans de nombreux cours, il était demandé aux élèves de laisser leurs bagages personnels au vestiaire. L’apprentissage institutionnel tend à lisser ces traces, à nous délester de nos histoires. »

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Mohamed Toukabri, beau et bon danseur, a fait un autre choix: durant une heure, il occupe les moindres recoins du plateau et son corps en mouvement répond à la voix off qui l’accompagne. Même s’il revendique le « silence”: inscrit sur un panneau à la fin du spectacle, cette accompagnatrice est très présente. « C’est curieux chez les marins, ce besoin de faire des phrases.» disait Maître Folace, joué par Francis Blanche, dans Les Tontons Flingueurs réalisé par  Georges Lautner et sorti en 1963.  Cette réflexion pourrait illustrer les propos de nombreux chorégraphes: depuis quelques années, ils ne cessent de parler de leur art.
C
ette pièce reprend les mots d’une grande intelligence, avec une pointe d’humour, de l’artiste tunisienne Essia Jaïbi: « Je ne suis pas Mohamed, je suis juste une voix… Ceci n’est pas un exercice de compréhension mais une invitation à écouter autrement. … Où sont les sous-titres, le corps n’en n’a jamais eu. Et enfin, la danse est une langue à part entière ou plutôt des langues. »
Une chorégraphie rapide et fluide : le danseur est ici en perpétuel mouvement. Et même si le spectacle a quelques longueurs, nous avons assisté à un belle défense de cet art historique de la danse.

Jean Couturier

Jusqu’au 20 juillet, Les Hivernales-C.D.C.N. d’Avignon.

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...