Festival d’Avignon Les Serge (Gainsbourg point barre), adaptation et mise en scène de Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux

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Les Serge (Gainsbourg point barre), adaptation et mise en scène de Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux

Nous avions découvert ce spectacle à sa création en 2019: cela fait maintenant une éternité ! La covid n’avait pas encore sévi, les crises mondiales ne faisaient pas la une des journaux, les gens n’avaient pas encore les yeux fixés sur leur smartphone et Jane Birkin qui ne s’était pas encore envolée, disait de ce spectacle:  » « Si vous n’avez pas la chance d’avoir connu Serge, allez-y, vous en comprendrez le charme. »  Charlotte, leur fille, maintient son souvenir et a ouvert au public sa maison, rue de Verneuil à Paris, (voir Le Théâtre du Blog).

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Les Serge a été repris plusieurs fois au Studio de la Comédie Française, et ailleurs. Il est maintenant à la Scala-Provence pour quelques représentations pendant le festival avec Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Noam Morgensztern, Axel Auriant, tous les cinq de la Comédie Française et pour cette occasion, Rebecca Marder (ancienne pensionnaire).
Chansons et interviews alternent avec la même harmonie. Parmi les bouteilles de whisky et les paquets de cigarettes entamés, les acteurs sont aussi à la batterie, à la clarinette, au piano et à la guitare et ce voyage dans l’univers de Serge Gainsbourg est toujours aussi jubilatoire. Mais nous retiendrons plus le poète que le provocateur Gainsbarre, lui, né dans les années quatre-vingt. Les artistes se sont bien adapté à ce plateau plus grand que celui du Studio et font quelquefois chanter le public.
Morceaux mythiques alternent avec extraits d’entretiens. On reconnaît l’esprit des années quatre-vingt  où fusaient les phrases provocatrices. Thierry Ardisson a disparu hier et, avec lui, toute une époque. «Je ne veux pas qu’on m’aime, disait Serge Gainsbourg, mais je le veux quand même. » Ce petit spectacle est un bijou exceptionnel et on entend très bien la poésie de ses chansons: ce n’était pas autrefois toujours le cas… vu l’état physique du chanteur et compositeur. S’il reste encore des places, allez découvrir ou redécouvrir ce chef-d’œuvre d’intelligence et de délicatesse.

Jean Couturier

Jusqu’au 26 juillet, La Scala-Provence, Avignon.


Archive pour juillet, 2025

Festival d’Avignon Not de Marlene Monteiro Freitas Ancora Tu de Salvatore Calcagno et Dany Boudreault, mise en scène de Salvatore Calacagno

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Le festival s’est ouvert comme toujours  dans ce lieu mythique qu’est la Cour d’Honneur du Palais des papes mais Nôt  a été diversement apprécié… Ci-dessous, les avis assez opposés de Christine Friedel et d’Elisabeth Naud.

Nôt de Marlene Monteiro Freitas

La Cour d’Honneur ne se prête qu’à des manifestations à son échelle. Nôt (nuit en créole capverdien) commence pourtant par la danse d’un homme seul dont le piétinement cadencé et insistant, est parfois bloqué par la vocifération muette d’un autre. Des projection de mots se bousculent et s’empêchent, puis se muent-pour cause scatologique-en une interminable nausée sonore et métaphorique. S’impose au regard, plus que le mur emblématique de la Cour, la scénographie, somme toute modeste, de Marlene Montero de Freitas et Yannick Fouassier.
Sans chercher le sublime ni la profondeur du plateau, mais en utilisant toute l’ouverture, avec une série de cages légères alignées, prisons transparentes qui n’enferment pas, abris traversés par la lumière et la nuit, hôpital ou dortoir ouvert à tous les vents.
On verra au fil de la pièce, faire et défaire des lits aux draps tachés de sang, des cuvettes en plastique avec du linge attendant la lessive. On écoutera le son d’un époussetage vigoureux dissocié du geste…Pas d’emphase dans la chorégraphie, souvent frontale. Les huit acteurs (on préfère ce mot) font des mouvements simples, ensemble ou isolés.

En même temps, la puissance impérieuse et exacte des tambours les emmène vers une transe évoquant les défilés de Rio et ceux des grands carnavals. A d’autres moments, les acteurs, face public, renvoient au cabaret, plus intime…. Une personne privée de ses membres inférieurs-on ne dira pas cul-de-jatte-figure une poupée dansant avec ses jambes vides, des hommes jouent au tour de passe-passe avec les chiffons de ménage… En un mot, ils se livrent à une série d’activités intenses et répétées qu’on ne saurait qualifier d’actions. Et les vibrations physiques provoquées par un flot de musique opératique et les effets de lumière stroboscopique  ne peuvent être assimilées à des émotions.
De fait, le public est emmené par des éclairs jetés sur la Cour noyée de «gros sons », dans une dimension augmentant l’espace. Le face-à-face,  imaginé par la chorégraphe, entre les hauts murs du Palais et le « mur » du public de la Cour d’Honneur, devient alors énorme. Elle se serait  inspirée des contes des Mille et une nuits. Mais ne les cherchons pas. Comme l’a dit une spectatrice déçue : «Il ne peut y avoir de récit, quand personne ne raconte.»
La chorégraphe a retenu de ces histoires qui l’avaient fait rêver, leur principe de fonctionnement: l’interruption vitale du récit. Chaque soir, le calife en attend la suite et permet à la conteuse de vivre une journée de plus. L’inachevé comme moyen de survie serait peut-être le lieu de l’art. On oubliera donc personnages et anecdotes pour se laisser porter par une folle énergie. On oubliera l’esthétique Romeo Castelluci ou Angelica Lidell, et un goût sophistiqué pour le sang, excrétions diverses, lavage… Mais pas son organisation énergique, abstraite et capable d’ouvrir des questionnements très concrets sur notre vie.
Cette Nôt rend un hommage puissant au spectacle en général, salvateur avec un récit inachevé. Qui a dit que le théâtre devait être dérangeant? Celui-ci l’est: énigmatique et puissant, il renvoie à notre vie pressée, stressée. Sans nous donner de leçon ni de fil conducteur, mais par éclairs, comme les lumières, il nous invite à nous poser des questions-choc sur notre existence. Clivant, nous a-t-on prévenus… Quelques huées  n’ont pas tenu longtemps, face aux applaudissements sincères d’un public qui acceptait, enfin, de ne pas tout comprendre. La pièce finie, rien n’est fini.

 Christine Friedel

Ces contes populaires, à l’image des palimpsestes, existent en plusieurs versions: persane, indienne, arabe des califes de Bagdad, ou plus tard égyptienne (XII ème et XIII ème siècles). Ils s’adressent aussi aux enfants, grâce à une universalité et une profondeur symboliques mais sont relus par des gens de tous les âges de la vie et nous nous souvenons du côté angoissant, indispensable à ces récits fabuleux et souvent terribles… Adolescente, la chorégraphe a découvert ces histoires dont on attend toujours la suite: «Menacée de mort par le sultan Schahriar qui a juré de déflorer une vierge chaque nuit, avant de la tuer au matin, la belle Shéhérazade met au point un ingénieux stratagème pour échapper à son destin. Tous les soirs, elle entame une histoire qu’elle ne termine jamais avant le lever du jour. »
Ici, revisités, ces contes laissent perplexe! Début interminable: un homme masqué, en proie à une colique, brandit un pot de chambre en montant dans les gradins! On prévoit le pire…  avec encore la danse endiablée d’une femme, accompagnée de timbales et banjos, ou celui d’un homme noir en jupette de tennis blanche qui parle au micro mais on ne comprend pas un mot de sa tirade! S’installe  vite dans le public, agacement et ennui. Où sont passés ces fameux Contes? Mais la chorégraphie qui s’inscrit parfaitement dans la noblesse de l’espace, répond avec force à la couleur carnavalesque du spectacle. Le  rythme de la musique, des chants, des corps -beaux, grotesques ou infirmes- arrive enfin à prendre son envol !
Nous n’avons pas compris ce que Marlene Monteiro Freitas souhaitait faire avec cette relecture dérangeante et… une certaine fidélité à ces Contes. L’accueil du public a été souvent négatif. Pourtant Nôt met à l’honneur le courage actuel des femmes et leur combat pour la liberté. Un voyage fantasque et cru, à partir de textes à la fois enchanteurs et violents: « J’imagine, dit-elle, quelque chose de plus ouvert et qui nous raconte.” Et, avec huit interprètes aux masques expressifs et aux costumes hétéroclites, elle a essayé de réinventer avec audace ce grand classique. Mais on entre dans -ou pas- dans cette danse iconoclaste au sérail du sultan Schahriar.

 Elisabeth Naud

Le spectacle a été joué à la Cour d’Honneur du Palais des Papes, du 6 au 11 juillet.

 Ancora Tu de Salvatore Calcagno et Dany Boudreault, mise en scène de Salvatore Calacagno

Salvatore et Nuno ont vécu  une belle histoire d’amour et préparaient un spectacle mais Salvatore a voulu partir et il n’aura donc pas lieu. C’est cette histoire (vraie ou inventée on ne le saura pas) que Nuno va nous raconter.  Seul, il a du mal à faire le deuil parmi ses souvenirs. Il va bientôt revenir à Lisbonne et évoque les bons moments qu’il a inscrits à la craie sur un grand tableau noir : Première fois, Voyage en Italie, Minets sauvages”…

© Antoine Neumars

© Antoine Neumars

Nuno Nolasco désigne un spectateur qui choisit un de ces moments: le jeu fonctionne plus ou moins bien selon la possibilité d’entrer dans une histoire qui n’est pas la nôtre mais, comme Nuno Nolasco est très à l’aise, le corps presque nu et beau comme une statue d’éphèbe grec, on se laisse souvent emporter par le récit de ces moments de bonheur sensuel et d’une grande tendresse, qu’il nous raconte avec une merveilleux léger accent portugais.
Entre autres au bord de la Méditerranée et des débuts jusqu’aux adieux : sensualité, quête de l’intime et de beauté… avec, entre autres, de belles images d’une île proche de la Sicile. On aperçoit le visage de Salvatore dans un miroir… La mémoire et la parole pour exorciser en cinquante-cinq minutes, des moments de bonheur à jamais disparus, remarquablement mis en scène et interprétés avec pudeur et élégance. Le public a chaleureusement applaudi  Nuno Nolasco…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 24 juillet à 17 h 25 , relâche le 18, Le Train Bleu Bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon.  

Festival d’Avignon Le Sommet,conception et mise en scène de Christoph Marthaler (en allemand, anglais, français, italien, surtitré en français et anglais)

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Le Sommet,conception et mise en scène de Christoph Marthaler (en allemand, anglais, français, italien, surtitré en français et anglais)

«Sommet en français signifie en effet le haut d’une montagne et un temps, comme un lieu de réunion entre plusieurs personnes sur toutes sortes de sujets. Des individus se retrouvent pour aborder des questions qui leur semblent de première importance, dit le metteur en scène. Certains sommets revêtent un sens important, d’autres semblent plus « symboliques » mais toujours avec l’idée que les décisions primordiales en découleront. Et c’est aussi en effet, un aboutissement, une fin, après de grands efforts, être au top. Mais une fois arrivé en haut, que fait-on? On bascule dans autre chose, la philosophie, la poésie… ou la chute, ou simplement la descente. »

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

On retrouve ici le monde iconoclaste du metteur en scène suisse dont Aucune idée avait été présenté aux Abbesses (voir Le Théâtre du Blog). A soixante-quatorze ans, il n’a rien perdu de son humour et de sa dérision. Musique, chants (toujours très beaux) et jeu des comédiens se croisent ici dans un nid d’aigle: un chalet en bois sur un piton. Les six personnages en quête de sens sont joués par Liliana Benini, Charlotte Clamens, Raphaël Clamer, Federica Fracassi, Lukas Metzenbauer et Graham F. Valentine, tous excellents.
Ces deux heures semblent traîner en longueur mais c’est une volonté du metteur en scène de laisser certains tableaux en suspension. Lenteur et répétition font partie de son écriture, comme le mélange de textes d’auteurs aussi différents qu’Olivier Cadiot, Pier Paolo Pasolini, Werner Schwab…
Eugène Ionesco n’aurait pas renié ce huis-clos dans les cimes enneigées: ce chalet n’a pas de porte et les personnages y accèdent par un monte-charge. Mais il devient très vite une prison et une voix off annonce que les chemins d’accès seront: « définitivement fermés entre quinze ans et dix-huit ans .» Comme dans les films de Jacques Tati, bruits, accessoires et costumes (irrésistibles vêtements tyroliens), induisent des situations cocasses et absurdes. Plusieurs tableaux s’imposent par leur drôlerie, comme le sauna où chaque personnage jouit d’une oisiveté communicatrice. Ou quand tous, en tenue de soirée s’applaudissent longuement entre eux. Seul fil rouge de ce huis-clos: le bruit des hélicoptères, symbole de survie potentiel. Les scènes s’enchaînent avec une précision d’horloge suisse pour le plus grand plaisir d’une majorité de spectateurs. Mais certains restent au bord de ces chemins de traverse…

Jean Couturier

Jusqu’au 16 juillet, La Fabrica, Avignon.

Festival d’Avignon Ça ne se fait pas de Marie de Dinechin et Gabriel Chirouze, mise en scène de Frédéric Fisbach.

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Ça ne se fait pas de Marie de Dinechin et Gabriel Chirouze, mise en scène de Frédéric Fisbach

 

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Ces solos, l’un avec Lucile Roche et le suivant avec Jean Destem ont été créés dans le cadre d’Aux singuliers au Théâtre national de la Colline en octobre dernier. Six projets mis en scène par Frédéric Fisbach, avec une rare efficacité. Sur le plateau nu, juste une chaise pour un exercice virtuose. Le premier texte Quand un pigeon a manqué de me crever l’œil ou comment j’ai voulu faire quelque chose  pour un personnage de quatorze ans. Assise sur une chaise en bois, enfin plutôt souvent sur le dos de cette chaise et dans toutes les positions mais sans jamais en descendre même un instant, Lucile Roche raconte face public son envie «de faire quelques chose ». Diction et gestuelle impeccables pour dire ce texte poétique .

 

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La jeune et brillante comédienne s’éloigne pour laisser la place à Gabriel Chirouze avec Années Fleetwood Mac.  Il raconte l’histoire des premières fois: celle de gens qui se ratent et d’un jeune homme qui se cherche. Il fait des braquages, se prostitue et retrouvera des années plus tard une fille qu’il avait rencontrée dans une soirée. Jean Destrem, au contraire de Lucile Roche, n’arrête pas, lui,  de parcourir le plateau noir, les yeux pétillants de malice face public, avec lui aussi, une diction et une gestuelle très maîtrisées. Cela dure une heure et demi et on ne ne s’ennuie pas. Mais Frédéric Fisbach aurait sans doute à intérêt à jouer un peu du sécateur et à resserrer les boulons, surtout à la fin du spectacle. Mais allez voir ces jeunes acteurs, à la fois complices et au jeu antinomique, mais passionnants…
Que deviendront-ils? Il y a incontestablement chez eux de la graine de bons et solides interprètes. C’est le mérite des grands lieux du off d’offrir une telle rencontre avec un public aussi diversifié que généreux. Et dans de très bonnes conditions scéniques. Oui, c’est tôt mais ne vous privez pas d’un tel plaisir et tous les critiques vous le diront : on voit bien mieux un spectacle à neuf heures cinquante… qu’à vingt-deux heures, surtout par la canicule actuelle. 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 24 juillet, au 11, boulevard Raspail, Avignon, à 9 h 50, relâche le 18 juillet.

 

Festival d’Avignon The last of The Last of Soviets de Svetlana Alexievich, conception et mise en scène de Petr Bohac

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The last of the Soviets de Svetlana Alexievich, conception et mise en scène de Petr Bohac

Fondé sur des extraits de romans de l’écrivaine prix Nobel « pour son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », ce spectacle a reçu le premier prix au festival Fringe d’Édimbourg. Le thème: deux acteurs russes exilés à Prague depuis longtemps, parlent de la cruauté de la vie dans leur pays avec un humour cinglant pour  décrire les événements vécus par les Russes « pendant soixante-dix ans, on les a trompés, puis pendant vingt ans encore, on les a volés.» et à la fois les relativiser… Un spectacle proche d’une performance mais teinté d’absurde dans la ligne de Jaroslav Hašek (1883-1923)  romancier et journaliste libertaire tchèque, auteur du célèbre Soldat Schweik. C’est essentiellement un théâtre d’objets au meilleur sens avec des modèles réduits : arbres, maisons, voitures, personnages…qui est aussi fondé sur des souvenirs et témoignages de guerre et de l’Union soviétique en faillite. Avec de fréquentes références au Journal Télévisé, grande messe de l’information contrôlée, et à la nourriture. Les artistes offrent au public quelques gâteaux et verres de vodka…

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Assis à une table, les présentateurs (Inga Zotova-Milkshina et Roman Zotov-Mikshin) nous parlent de la vie en Russie, juste après la catastrophe de Tchernobyl. Mais ce qu’ils disent, est soutenu par une manipulation très précise d’objets miniatures qu’une caméra filme de près et qui sont retransmis sur grand écran…Le modèle réduit cher à Lévi-Strauss fonctionne ici remarquablement: « A l’inverse, écrivait-il dans La Pensée sauvage (1923)  de ce qui se passe quand nous cherchons à connaître une chose ou un être en taille réelle, dans le modèle réduit, la connaissance du tout précède celle des parties. Et même si cest là une illusion, la raison du procédé est de créer ou d’entretenir cette illusion, qui gratifie l’intelligence et la sensibilité d’un plaisir qui, sur cette seule base, peut déjà être appelé esthétique. (…) Autrement dit, la vertu intrinsèque du modèle réduit est qu’il compense la renonciation à des dimensions sensibles par l’acquisition de dimensions intelligibles ». Oui, peut-être avons-nous l’impression de mieux percevoir les choses et, sans que nous le sachions, comme dit Claude Lévi-Strauss, « nous sommes transformés en agents ».
Le procédé du modèle réduit filmé, a déjà été utilisé au théâtre mais, à chaque fois, les adultes que nous sommes et/ou les enfants que nous avons été, restons fascinés, même quand nous ne sommes pas comme ici tout à fait de la paroisse… 
Un petit garçon de cinq ans nous avait dit à propos des maquettes de gares reproduites dans le mensuel La Vie du rail : «Les petits bonhommes comme cela, sont plus vrais que les grands comme nous. » Ici, ce travail est remarquable d’efficacité et en parfaite liaison avec le texte teinté d’absurde. Un ballet foutraque d’une gestuelle un peu sèche clôt le spectacle mais est sans doute moins convaincant. Ne ratez pourtant pas l’occasion d’aller voir cette compagnie tchèque …

Philippe du Vignal

La Manufacture, Château de Saint-Chamand, Avignon jusqu’au 22 juillet, jours pairs; navette porte Saint-Laare à 13 h 55. T. : 04 90 85 12 71.

 

 

 

Festival d’Avignon: Mami, création et mise en scène de Mario Banushi

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Mami, création et mise en scène de Mario Banushi

Une pièce sans paroles d’une heure dix. Enfant, Mario Banushi a grandi avec plus d’une mère. Il avait à peine un an quand il a été confié à sa grand-mère qui l’a élevé jusqu’à ses treize ans. Puis il a déménagé avec sa mère à Athènes et a grandi au-dessus de la boulangerie où elle travaillait, entouré de femmes de toute générations. C’est à elles-une figure maternelle aux mille visages-que Mami veut rendre hommage. “J’ai d’abord partagé avec mes artistes, des souvenirs personnels. Je leur ai expliqué pourquoi je voulais créer cette pièce et ce qu’elle représentait pour moi. Je leur ai raconté les images que j’avais de ma mère, sage-femme en Albanie. (…) A quoi ressemble le moment de l’accouchement? Que ressent-on, en entendant le premier cri ? J’ai grandi entouré de ces histoires. Mami parle de la naissance et de la vie ; dans mes autres pièces, il était question de douleur et deuil. A mes interprètes, j’ai raconté comment j’ai été élevé, la déchirure qu’a été mon départ d’Albanie.”

 

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Ce spectacle tourne autour de la figure maternelle, d’abord cette sage-femme qui travaillera ensuite dans une boulangerie à Athènes. On découvre ici un théâtre d’images fortes: un bonheur pour un photographe… Un no man’s land traversée par un chemin de terre avec juste un lampadaire et une cabane rudimentaire en briques: scénographie de Sotiris Melanos très réussie. Plusieurs tableaux de grande qualité vont se succéder avec comme dénominateur commun, des images de la femme. Une qui accouche, une âgée à la dérive, une jeune amoureuse… La nudité très présente n’est jamais vulgaire ni gratuite. n retiendra de belles images comme cette femme âgée dépendante nettoyée par un jeune homme, ou cette union pudique sous un voile transparent d’un corps féminin avec un corps masculin, et ensuite avec douceur, un autre corps masculin.
Un femme nue plonge la tête dans un grand bocal d’eau et nous interroge du regard. Bruits et lumières d’un feu d’artifice: nous avons aussitôt l’impression d’appartenir à une fête un peu triste mais à chacun d’interpréter ce récit. Ce metteur en scène de vingt-cinq ans sait maîtriser les outils théâtraux et ses interprètes sont très engagés dans ce théâtre d’images. Mais manque ici une véritable émotion et nous sommes restés un peu extérieur à cette histoire, même si certaines images rappellent celles de Romeo Castelluci. Il faudra suivre le travail de Mario Banuschi..

Jean Couturier

Jusqu’au 18 juillet, gymnase du lycée Aubanel, Avignon.

Festival d’Avignon America,chorégraphie de Martin Harriague avec le Ballet de l’Opéra du Grand Avignon

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America, chorégraphie de Martin Harriague avec le Ballet de l’Opéra du Grand Avignon

Nous connaissons cet artiste depuis le premier concours des jeunes chorégraphes à Biarritz (voir Le Théâtre du Blog). Pour Prince, il avait reçu le Prix du public  et le second Prix du jury, ce qui lui avait permis d’avoir en 2016 une résidence d’un mois au Malandain Ballet Biarritz pour une création de vingt minutes.
Depuis, il a été reconnu avec Sirènes, Fossiles, Walls… au festival Le Temps d’aimer la Danse à Biarritz et avec Le Sacre du Printemps à Chaillot-Théâtre National de la Danse… Cette année, il a reçu le Grand prix du Syndicat de la critique (meilleur spectacle chorégraphique) pour Crocodile et, en septembre 2024, a été nommé directeur du Ballet de l’Opéra Grand Avignon.

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Cette pièce traduit avec humour son obsession d’un homme politique comme Donald Trump qui risque d’amener notre planète au désastre. Martin Harriague a réussi une chorégraphie à la fois engagée et esthétique, avec onze interprètes, tous excellents. Et sur grand écran numérique, défilent les images de l’ascension de Trump avec ses phrases trop souvent entendues depuis sa réélection, comme: « America great again ».
Les journalistes politiques ont analysé depuis longtemps ce phénomène médiatique comme l’étaient Hitler ou Staline. Mais l’Europe doit à ce pays il y a juste quatre-vingt ans, sa liberté et elle a oublié que les Etats-Unis se sont construits sur des massacres. Martin Harriague le rappelle avec une première série d’images-choc… Le vent de liberté qui y soufflait dans les années soixante-dix est bien loin. On retient aujourd’hui la suffisance et la vulgarité sans limite de Donald Trump qui gagne l’Europe et ses dirigeants. Les images provocantes de ce président intouchable sont ici contrebalancées par une danse sensible et poétique avec de très beaux moments. Le public a salué debout cette pièce où il faut souligner l’intégration de la gestuelle de Trump. Merci à Martin Harriague, un des chorégraphes français les plus engagés…

Jean Couturier

Le spectacle a été joué du 5 au 13 juillet à la Scala-Provence Avignon.

Festival d’Avignon Item par le Théâtre du Radeau, mise en scène et scénographie de François Tanguy

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Item par le Théâtre du Radeau, mise en scène et scénographie de François Tanguy

Ce formidable créateur mort en 2022, a éclairé d’une lumière singulière le théâtre contemporain avec une mosaïque faite de châssis mouvants, d’extraits de textes dits par ses fidèles acteurs «classiques » comme ici Ovide, Goethe, Franz Kafka mais aussi Fiedor Dostoievski qui donnent une tonalité particulière.
Le mot lui-même Item :«Tout élément d’un ensemble (lexical, grammatical, etc.) considéré en tant que terme particulier. » ne fournit aucune réponse et c’est tant mieux…Il faut se laisser emporter dans l’univers énigmatique de ce poète qui nous avait tellement impressionné à sa création. A l’époque, on avait senti l’influence entre autres de Tadeusz Kantor, Bob Wilson… Mais François Tanguy a réussi à créer une œuvre personnelle comme hors du temps avec châssis circulant sur le plateau, accessoires qui seraient inutiles dans une mise en scène « classique » mais indispensables ici à sa démarche poétique et à la construction de ces tableaux vivants et de la musique. Loin et pas tant que cela de ceux que nous en avions vu souvent à New York à Noël dans les années soixante-dix..

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Quelques personnages portent des costumes invraisemblables mais d’une beauté onirique et que des acteurs ont aussi sans doute portés il y a bien longtemps dans d’autres spectacles : ce constant aller et retour entre présent et passé fait aussi le grand charme de ce spectacle. Et la récupération, tous horizons confondus, entre pour beaucoup dans cette œuvre d’art-bricolage au meilleur sens du terme. Bricolage cher à Claude Lévi-Strauss qui, dans La Pensée sauvage ( 1962) écrivait: « Son univers instrumental est clos et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les “moyens du bord”, c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » Et Claude Lévi-Strauss  aimait beaucoup Le Lorrain… dont sans doute, François Tanguy s’est inspiré.  Ce sculpteur de  la lumière sait créer des plans successifs avec une remarquable impression de profondeur. Et ses clairs-obscurs magnifient l’espace: ses lumières jaune-orange latérales en arrière-plan sont un élément focal rapprochant le fond, du premier plan… et c’est tout à fait intriguant. 
Frode Bjørnstad, Laurence Chable, Martine Dupé, Erik Gerken et Vincent Joly circulent avec une remarquable fluidité parmi de petits meubles, huit tables dont deux longues à plan oblique, des chaises tout style, des banquettes, planches et surtout châssis coulissants qui sont un peu la marque de fabrique de François Tanguy, structurant l’espace pour mieux l’effacer quelques minutes plus tard.  Il y a bien ici l’œuvre d’un peintre  que l’on peut continuer voir même après sa disparition. Tout se crée et s’efface au rythme de musiques de Jean-Sébastien Bach, Hector Berlioz… voire John Cage. Cela pourrait être un curieux magma mais non, pas du tout,  il y a bien des lois scéniques appartenant au seul François Tanguy  et nous sommes frappés par la merveilleuse unité de ce qui n’est pas exactement un tableau non figuratif et figuratif avec des éclairages en clair-obscur au lointain à la fois peuplé de personnages à l’inquiétante présence. Ce n’est pas une œuvre théâtrale au sens classique du terme… Manque sans aucun doute la présence de François Tanguy qui faisait aussi partie de son œuvre comme Tadeusz Kantor qui lui était presque toujours sur scène… Le poète n’est plus mais il faudrait que le musée de la scénographie de Moulins accueille au moins une de ses œuvres…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué les 6, 7 et 8 juillet au Gymnase du lycée Mistral, Avignon.

du dimanche 6 juillet 2025 au lundi 7 juillet 2025 
84000 Avignon

Festival d’Avignon Comme tu me vois/Récits d’une grossophobie ordinaire,texte, dramaturgie et mise en scène de Grégori Miège, Marielle Toulze et Arnaud Alessandrin

 Festival d’Avignon

Comme tu me vois/Récits d’une grossophobie ordinaire,t exte, dramaturgie et mise en scène de Grégori Miège, Marielle Toulze et Arnaud Alessandrin

Sur le plateau nu, une voix off avec une avalanche de statistiques qui font froid dans le dos: « 40 % à 48 % des Français de plus de dix-huit ans sont en surpoids ou obèses. 17 % à 21 % de la population adulte française est obèse. (…) Une maladie chronique qui n’a pas de traitement curatif. En 2023, 30.000 interventions chirurgicales ont eu lieu en France et 89 % des opérations bariatriques concernent des femmes. 54 % ont moins de 40 ans. (…) Les troubles alimentaires sont l’une des principales causes de mortalité chez les jeunes et concernent 600.000 personnes, principalement des filles. Le spectre des troubles alimentaires représente une fille sur quatre et un garçon sur cinq. Seule la moitié des adolescents sont traités pour ces troubles. La boulimie concerne 1,5 % des 11-20 ans et touche en majorité les femmes. (…) Au total, en France, 15,3 % de la population est concernée par l’obésité. »

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Donc, il faut être lucide:  c’est une des principales causes de mortalité chez les jeunes.  Récits, témoignages, vies d’hommes et de femmes ont été regroupés et écrits par Grégori Miège, avec la sémiologue Marielle Toulze, chercheuse en communication à l’Université de Saint-Étienne, et le sociologue Arnaud Alessandrin. En une heure  quinze, rien ne nous sera épargné: dès l’enfance  moqueries dans la cour de récré, rendez-vous à l’hôpital, difficultés sans fin pour trouver des vêtements à sa taille, sarcasmes et conseils, alors qu’on ne demande rien, insultes discrètes ou non,  verbales ou carrément physiques, sièges non adaptés, consultations humiliantes chez des  nutritionnistesrelations amoureuses difficiles: la vie des personnes en surpoids tient souvent du parcours du combattant… Quelqu’un avait dit à Francis Blanche dans un ascenseur: « Monsieur quand on est aussi gros, on se monte en deux fois… »
Ce qu’on appelle la grossophobie. Et certaines compagnies aériennes  exigeaient le paiement d’une seconde place: Air France-KLM et Go Voyages ont été condamnés en novembre 2007, à payer des dommages et intérêts à un passager obèse contraint d’acheter un second billet! Cette obligation ne figurait pas dans les conditions de ventes… 

Grégori Miège, ce bon comédien qu’on avait pu voir entre autres en monsieur Dimanche dans le Dom Juan de Molière mise en scène de David Bobée,  raconte ce parcours en grossophobie  avec clarté et pudeur. Oui, il est en surpoids mais il assume. En strict pantalon beige et longue chemise blanche, puis, juste en caleçon noir, il nous parle de son corps: « Ce corps n’est pas mon corps, en tout cas il ne l’est plus. Je dis pourtant « mon » corps pour le désigner, j’utilise un possessif alors qu’il ne m’appartient plus.Il est à eux.Il est à ceux qui l’ont moqué.Il est à ceux qu’il a dégoûtés.Il est à ceux qu’il a apeurés. Il est à ceux qu’il a angoissés.Il est à ceux qui l’ont gavé.Il est à ceux qui l’ont rempli.Il est à ceux qui ont surproduit, sursucré, sursalé, surmâché…. Pour qu’il enfle et devienne à chaque instant une question à se poser. Mon corps n’est plus mon corps. Il est ce que vous voyez. Alors moi aussi je le regarde. Moi aussi je veux le voir mais mon miroir me ment, il ne me renvoie que de la beauté . »

Cela tient d’une performance autant que d’un seul en scène avec une diction et une gestuelle impeccables. Et en grandes lettres  noires H O N T E ( une belle idée scénographique qu’il assemble vers la fin) tout est dit. Honte mais de qui?  De celle ou celui qui est vu en famille  ou dans la rue, de tous ceux qui les regardent et qui ont vite l’injure à la bouche?
Et commence alors une attaque en règle-juste ou injuste chacun en décidera- »Merde les généralistes, les dermatologues, les anesthésistes, les gynécos, et toutes celles et ceux qui insistent pour la pesée au prétexte de notre santé. Une mention spéciale pour toutes les diététiciennes et les nutritionnistes qui nous ont bien fait culpabiliser et au final, qui nous ont surtout bien fait grossir avec des régimes drastiques qui nous faisaient crever de faim. »
Malgré quelques longueurs, c’est un spectacle qui aborde un thème jamais traité au théâtre avec une rare efficacité, même si on aurait bien aimé que les industries alimentaires bourrant leurs produits de sucre et de sel soient mises en cause. Et là, il y a encore du boulot… Ceci est mon corps et nous le portons autant qu’ils nous portent. Le public a chaleureusement applaudi ce texte et le jeu de Grégrori Miège qui le mérite. Il n’y pas tellement de seuls en scène de cette qualité dans le off… ni dans le in!

Philippe du Vignal

Jusqu’au 26 juillet, relâche le 18 juillet, Théâtre du Train Bleu,  40  rue Paul Saïn, Avignon (Vaucluse).

La Colère texte et mise en scène de Laurent Vacher

La Colère, texte et mise en scène de Laurent Vacher

La vie de Louise Michel (1830-1905) «la vierge rouge» est à l’origine de cette création. Institutrice et communarde, féministe avant l’heure et libre, elle a fait, de sa colère, un acte socio-politique engagé et révolutionnaire en faveur de la condition féminine. Anarchiste, elle continuera en déportation en Nouvelle-Calédonie à enseigner et restera fidèle à ses luttes, sans jamais rendre les armes.  Laurent Vacher souhaitait créer un spectacle autour de cette figure historique. Mais changement de cadre esthétique et temporel, et de contexte dramaturgique, sa pièce sera finalement documentaire et musicale. La pensée et la personnalité de Louise Michel en restent le socle mais, place à ses héritières pour questionner l’origine de nos révoltes. A travers des récits intimes et sociaux, autour d’une même question : qu’est-ce qui vous met en colère ? , ce spectacle a été conçu à partir d’interviews faites par les actrices et musiciennes Odja LIorca et Marie-Aude Weiss, de femmes de notre temps.

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Elles sont de différentes classes sociales, parfois modestes et leurs pensées, émotions exprimées par ces comédiennes avec sensibilité, dans le respect de la vie de celles qui sont souvent infériorisées. Les interprètes habités par la colère, sont remarquables. Au rythme de chansons militantes des années soixante-dix et quatre-vingt, inspirées des hard-rock irlandais et australien,  du groupe français Les Garçons bouchers, le public est saisi par la violence spontanée des témoignages. Vérité, humour, douleur, lucidité surprenante ! Philippe Thibault, à la guitare, tel un guide dans ce parcours de souffrances au quotidien, révèle les lieux et moments de ces prises de parole. Nous sommes surpris de constater à quel point ce que dénonçait Louise Michel à la fin du XIX ème siècle, reste présent: violences faites aux femmes dans les familles, injustices socio-éducatives, soumission, voire asservissement.

 Les mots parfois sont insuffisants pour exprimer la sincérité de nos révoltes mais Laurent Vacher, pour les faire résonner au plus profond, a fait appel à la musique: une guitare et un clavier électroniques, un ukulélé et un synthétiseur. Il a aussi créé une scénographie simple, cernée par quelques lumières franches, blanches, jaunes, rouges ou bleues… Cette mise en scène sobre laisse jaillir avec force et en cadence, les témoignages. Mais devant ce flot de paroles, nous perdons un peu le fil et aurions souhaité que se glissent dans les dires et sentiments personnels et sociaux, des pensées plus politiques, voire philosophiques, pour laisser entrer l’ombre de Louise Michel.
Malgré la belle présence des actrices et du comédien-musicien, il manque un souffle théâtral et poétique à ces témoignages. Interroger la colère dans nos sociétés occidentales, vécue ici et maintenant par un peuple nombreux mais aussi par des minorités, est un geste politique urgent. Donner aux invisibles et aux femmes un accès à la parole, au droit de formuler ce qui est trop souvent refoulé ou mis sous silence, est essentiel dans l’existence, au nom de la démocratie. Ce que nous laisse entendre ce théâtre musical, en parfaite complicité avec la colère de cette féministe.

 Elisabeth Naud

 Jusqu’au 26 juillet, à 13 h, (relâche le jeudi), Présence Pasteur, 13 rue Pont Trouca, Avignon (Vaucluse). T. : 04 32 74 18 54.

 

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