Croire aux fauves, d’après le récit de Nastassja Martin, spectacle itinérant, mise en scène de Cyril Puertolas, en collaboration avec Renaud Grémillon et Périne Faivre

Festival international d’Aurillac

Croire aux fauves, d’après le récit de Nastassja Martin, spectacle itinérant, mise en scène de Cyril Puertolas, en collaboration avec Renaud Grémillon et Périne Faivre

Nous avions vu il y a trois ans déjà à Arpajon-sur-Cère dans la cour de l’école, un spectacle sur la justice française créé par la compagnie Les Arts Oseurs. Un peu long mais avec  entracte  et très bien réalisé:  soit des audiences en temps réel. Nous étions invités à suivre en quatre heures, des comparutions immédiates, affaires jugées en correctionnelle, etc. ,avec  dix comédiens, musiciens, plasticiens, danseurs jouant les prévenus, juges, avocats, policiers…
Croire aux fauves se passe dans les hauteurs de cette petite commune limitrophe d’Aurillac. Le programme avertit: « dénivelé, chaussures adaptées pour la marche (=vingt-cinq minutes avec dénivelé) et des  vêtements chauds » ( sic).
Après la descente du car, distribution de tabourets tripodes en toile mais ce que le programme ne dit pas:  le chemin de terre pour vaches et tracteurs est non pas dénivelé, mais escarpé avec des racines et/ou grosses pierres, des endroit boueux… La promenade étant éclairée par une dizaine de lanternes remises à des spectateurs. Bref, il y a tromperie suer la marchandise et c’est une trinité casse-gueule pour arriver dans une belle prairie… tout là-haut. Nous avons été  priésd de monter en silence pour être au plus près des bruits  et des parfums de la nature mais, que nenni, on a beau être attentif, aucun bruit nocturne de vents, hiboux ou rapaces. II fait froid et on n’a qu’une envie : arriver enfin au lieu de la représentation.
En 2019, Nastassja Martinla, anthropologue, spécialiste des populations arctiques, a fait le récit de sa rencontre avec un ours quatre ans auparavant, dans les montagnes du Kamtchatka sibérien. Mais cet ours l’a agressée et lui a arraché une partie de la mâchoire. Il a fallu l’opérer et elle a eu ensuite un long parcours de  reconstruction. Elle dit comment, à la suite de ce drame personnel qui a bouleversé sa vie,  elle  a dû revoir ses modes de pensée et son attitude face aux animaux…
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Nous allons assister à cinq séquences dans cinq lieux de cette prairie: récit de  l’accident survenu à Nastassia Martin, réflexion de l’actrice sur son personnage, questionnement sur cette expérience. Puis, nous aurons droit au récit des nombreuses interventions chirurgicales qu’elle a du subir en Russie puis à la Salpêtrière à Paris. Enfin, aux conversations avec une psychologue et avec sa mère. Puis il semble qu’on on revienne au Kamtchatka. Nous marchons ensuite vers l’orée de bois  où on peut voir l’actrice sur une balançoire. De temps en temps, apparait un gros ours brun -belle réalisation-  et on entend des airs que joue un vrai pianiste dans la prairie.
Bon, en guise de hors d’œuvre, une balade dans la nature, pourquoi pas?  Mais était-il nécessaire d’imposer au public un chemin aussi long et aussi pénible? Alors que cette immersion aurait pu se faire dans la prairie en haut, et facilement accessible? Frédéric Rémy le directeur du festival, y a-t-il pensé?  Et quand on a déjà assisté à un spectacle à onze heures, puis à un autre à 18 h, désolé mais on est moins frais à 21h 45 et ce cheminement devient une véritable épreuve physique…
Quant à l’intérêt de ce solo, le moins qu’on puisse dire est qu’on reste sur sa faim, malgré la beauté du paysage cantalien, les éclairages subtils sous les châtaigniers et l’interprétation rigoureuse de Florie Guerrero Abras.  Et curieuses, dans la nuit, la présence de l’ours et à la fin, d’une créature moitié femme/moitié ours. On ne voit pas bien où les Arts Oseurs veulent nous emmener. Le texte de cette anthropologue, intéressant mais sur le plan dramaturgique, ne tient pas vraiment la route et n’a rien de passionnant: vieille histoire des adaptations au théâtre…

Et dans le froid et l’humidité, pas loin de minuit, on se sent pris en otage. Et le spectacle a été fraîchement applaudi. Même si on nous offre à la fin, un petit verre de vodka ou un verre de tisane de verveine bien chaude. Avant de nous indiquer un chemin balisé de lumières presque plat en haut de cette colline. Alors pourquoi alors nous faire monter si longtemps sur ce chemin escarpé? Et à une centaine de mètres… attendaient les deux cars pour ramener la centaine de spectateurs…  à Aurillac à minuit trente-cinq! Ouf! Si vous avez l’intention d’aller voir ce spectacle, renseignez-vous d’abord sur le parcours préalable…
Bref, à Arpajon-sur Cère, les Arts Oseurs n’ont pas réussi leur coup… Dommage


Philippe du Vignal

Spectacle joué les 22 et 23 août au festival d’Aurillac (Cantal).

Le 19 septembre, Théâtre Le Périscope, Nîmes (Gard); le 27 septembre,  Scène nationale Carré-Colonnes, Blanquefort ( Gironde).

Du 1er au 3 octobre, Le Cratère, Scène nationale d’Alès, en collaboration avec Eure’kart; les 16 et 17 octobre, PIVO, Scène conventionnée d’intérêt national art en territoire, Eaubonne (Val-d’Oise).


Archive pour août, 2025

festival d’Aurillac

Festival international d’Aurillac

Cela a bien mal commencé avec des violences nocturnes dans le centre-ville habituellement paisible,  la première nuit du 20 au 21 août. L’interpellation d’un jeune homme en flagrant délit de tags sur la façade d’une banque, avait déclenché l’arrivée de jeunes, souvent cagoulés ou masqués, venus d’autres villes avec l’intention d’en découdre avec la police et les C.R.S.. Ils se sont vite attaqués au mobilier urbain, mis le feu à des poubelles, et cassé les vitrines d’une autre banque et d’une agence immobilière, autour du square Vermenouze,  face au Tribunal qui avait déjà fait l’objet en 2023 de dégradations importantes. Très bien entraînés, ils ont réussi à disparaître dans les petites rues mais certains ont été interpellés. 

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Le Maire d’Aurillac, Pierre Mathonnier  et le Préfet ont aussitôt condamné ces  agissements qui se sont reproduits en mode mineur deux jours plus tard…  Rachida Dati a apporté son soutien au festival! Mais on comprend mal que  son collègue, Bruno Retailleau, Ministre de l’Intérieur, d’habitude  très bien renseigné, n’ait pas anticipé les choses, alors que le festival d’Aurillac est le plus important après celui d’Avignon! Gouverner,  c’est prévoir… Et les C.R.S., pourtant formés à lutter contre cette guérilla urbaine qui ne dit pas son nom ,encadrée par des meneurs très entraînés, le sont visiblement moins que ces jeunes cagoulés, très rapides à se fondre dans la foule, après avoir cassé plusieurs vitrines et déclaré assumer  leur volonté de s’en prendre à la République!
C’est la deuxième fois que cela se reproduit et il y a encore une récidive le lendemain. On a donc le droit de se poser des questions: bien entendu, on ne peut transformer le festival d’Aurillac en camp retranché, même si déjà, les rues du centre-ville sont barrées de béton, si le  filtrage et le contrôle des sacs sont systématiques et si les vitrines de nombreuses boutiques sont protégées par  des feuilles de contre-plaqué -quelle tristesse!
Manque d’anticipation visible, quant à ces troubles graves? Le maire Pierre Mathonnier ne peut sans doute faire plus et malgré de nombreux spectacles gratuits, une des originalités de cette manifestation internationale depuis ses débuts, visiblement le logiciel de ce festival de rue, sans doute victime de son succès, ne fonctionne plus. Et les rues, le soir étaient souvent désertes! Quelle tristesse…. Bref, Frédéric Rémy, son directeur, a du pain sur la planche pour l’édition 2026… 

A 11h, ce vendredi, un des nombreux spectacles gratuits en plein air de ce festival… Quelque trois cent personnes regardent avec admiration quatre acrobates, tout habillés de noir, donc non identifiables, qui descendent par une fenêtre sur la façade de l’Hôtel de Ville. Grande prise de risque mais tout se déroule en silence et est parfaitement orchestré. Une remarquable performance. Arrivés au sol, il se livrent à quelques jeux gaguesques avec la complicité du public. Là, c’est nettement moins intéressant et ces acrobates hors-pair ont plus de mal à convaincre… Et de nombreux spectateurs avaient quitté la partie. Le spectacle impeccable sur le plan de l’espace, l’est sans doute moins sur celui du temps. Dommage…  

Nous camperons ici de et avec Sébastien Barrier

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Pas très loin de l’Hôtel de Ville, sur la charmante petite place de la Bienfaisance. « Nous camperons ici »,  c’est la phrase que ne manquait jamais de prononcer, solennel et autoritaire, le cowboy en tête de file quand il annonçait, le bras levé, atteignant enfin la cime d’un vallon surplombant un lac, qu’il était temps de faire une pause après une longue, très longue journée de marche, d’errance ou de fuite à travers des paysages bien trop grands pour nous. »  dit Sébastien Barrier.
Il a travaillé avec des compagnies de rue, puis  incarné,  le « marin-prêcheur » Ronan Tablantec et en 2013, crée Savoir enfin qui nous buvons, une conférence de six heures où il brosse le portrait de vignerons philosophes. Et l’année suivante, Chunky Charcoal, un spectacle graphique et musical aux allures de messe païenne. Puis  GUS en 2017, l’histoire d’un chat associable et dangereux, spectacle pour jeune public.En 2021, Ceux qui vont mieux, un théâtre-rituel. Et l’an passé, il a rendu hommage aux Sleaford Mods avec Dear Jason Dear Andrew.
Devant une camionnette noire qui lui sert d’abri pour la console, avec devant une toile blanche  qu’il tend et  ce solo, impeccablement réalisé, est le récit d’une vie parfois bousculée, avec des musiques et quelques chansons. L’acteur-performeur, diction et gestuelle parfaites, sait rassembler: il y a au moins trois cent personnes. A la fois drôle et chaleureux, il ressemble à un vieil ami de la famille,  heureux de vous retrouver. Aucun temps mort et on l’écoute avec attention. Et les spectateurs acceptent d’être assis par terre ou pour les plus chanceux, sur les quelques bancs déjà pris une heure avant…

C’est un des spectacles gratuits de ce festival et une bonne surprise pour ceux qui auront eu la chance de le voir.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 22 août , place de la Bienfaisance, Aurillac.

Le 29 août, Scène nationale La Passerelle, Saint-Brieuc ( Côtes-d’Armor).

Du 24 au 27 septembre,  Les Quinconces, Le Mans (Sarthe)

Les 22 et 23 mai, Agora, Pôle National du Cirque (Corrèze).

Les 12, 13 et 14 juin,  Mixt, Nantes (Loire-Atlantique).

 

  

La Mousson d’été, Rencontres théâtrales internationales et Université d’été européenne, sous la direction de Véronique Bellegarde: trente et unième édition

Trente et unième édition de la Mousson d’été, Rencontres théâtrales internationales et Université d’été européennesous la direction de Véronique Bellegarde

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Sur les bords de la Moselle, à l’abbaye des Prémontrés sont proposées à un large public des rencontres théâtrales internationales et une mise en lumière d’écritures  contemporaines. Véronique Bellegarde, actrice et metteure en scène, qui en fut d’abord la codirectrice, en assume la direction artistique depuis 2021. Durant cinq jours, se retrouvent ici artistes, techniciens, étudiants, amoureux du théâtre ou visiteurs de passage, dans un climat bienveillant, avec parfois de vives discussions. Une occasion d’échanges et recherches assez rare pour  tous

Cet événement culturel offre un riche programme: rencontres thématiques et conférences proposées en lien avec les textes inédits ou traduits pour la première fois, et Université d’été européenne. À l’affiche, cette année, une douzaine de pièces contemporaines françaises, d’Europe mais aussi d’Australie et des Amériques. Leurs auteurs ont un regard éclairé et poétique sur le monde actuel. Imagination, théâtralité et plaisir du jeu sont au rendez-vous. Et Temporairement contemporain, une gazette quotidienne (six numéros) accompagne la manifestation. Depuis 2021, le dramaturge Arnaud Maïsetti, en est le rédacteur en chef. Chaque participant ou spectateur prend ainsi connaissance du menu quotidien: représentations, interviews, cartes blanches, échos…

Mais aussi, spécialement conçue pour cette édition,  Ivre de mots, en partenariat avec la Maison Antoine Vitez, est consacrée sur une après-midi, aux écritures néerlandophones et l’humour noir est ici à l’honneur. Autres curiosités réjouissantes :  une invitation en soirée à un cabaret original Et l’amour dans tout ça ?  sous le regard artistique de Véronique Bellegarde. Et Ma nuit à Beyrouth, au centre culturel Pablo Picasso à Blénod-lès-Pont-à-Mousson, un spectacle de danse-théâtre avec un atelier d’écriture et de danse, animé par ses créateurs  pour  les habitants  du bassin mussipontain. Article 353 du code civil  de Tanguy Viel, mise en scène d’Emmanuel Noblet à l’Espace culturel Montrichard de Pont-à-Mousson. Et à l’espace Saint-Laurent, Far away  de Caryl Churchill, mise en scène de Chloé Dabert. 

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©x Lucien Attoun

Les textes choisis par le comité de lecture de la Mousson d’été sont à découvrir sous forme de lectures mises en espace à l’abbaye des Prémontrés. Cette pratique a été inventée en 1971 par Lucien Attoun (1935-2023),  pour le Festival d’Avignon dirigé, à l’époque par Jean Vilar. Homme de théâtre et de radio, il fut un découvreur d’auteurs dramatiques comme Bernard-Marie Koltès (1948-1989) ou, en France, l’Autrichien Thomas Bernhard (1931-1989)… Et combien d’autres ! Un  exercice fragile et exigeant mais les artistes de la Mousson d’été- exceptionnels- travaillent selon la règle du jeu instaurée par Lucien Attoun : des acteurs avec un texte inédit en mains, un metteur en scène, quelques jours de répétitions, aucun décor. Il ne s’agit pas d’ébaucher une mise en scène mais de réaliser un objet théâtral accompli !
C’est toute sa singularité  et la grande qualité de cette pratique. Comme le dit Michel Vinaver : « Celle d’une urgence qui ne laisse passer que l’indispensable, donc une super-légèreté et une super-rigueur. Celle de comédiens se mettant complètement en danger.» Des conditions incontournables pour une lecture subtile créent une tension jubilatoire chez les acteurs, le metteur en scène et le public. Les soirées musicales et un spectacle viennent clôturer chaque journée bien remplie !
Autre point fort, l’Université d’été européenne. Dirigée et animée par des professionnels, fidèles d’une année à l’autre : Jean-Pierre Ryngaert, son directeur, professeur émérite en Etudes théâtrales à la Sorbonne nouvelle-Paris 3, metteur en scène et conseiller en dramaturgie, Joseph Danan, auteur dramatique,  essayiste et professeur émérite en Études théâtrales -Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Nathalie Fillion, autrice, metteuse en scène, actrice et pédagogue, Pascale Henry, comédienne, metteuse en scène et dramaturge. Chaque matin, l’équipe pédagogique et artistique réunit les nombreux inscrits et ensemble, sous forme d’ateliers, ils étudient et approfondissent, entre autres, les pièces de l’édition 2025. 

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©Boris Didym

Le paysage diversifié s’annonce, une fois de plus, prometteur en découvertes et ce festival est toujours à l’écoute des bruits du monde. Saluons-en la force vive; celles et ceux qui ont mis en œuvre les moyens pour de possibles créations.  Sensibilité et esprit convivial, la Mousson d’été est un rendez-vous privilégié qui ne cesse d’évoluer et de nous surprendre : «Le texte, dit sa directrice, y croise musiques, chansons,  numéros… Ces pas de côté renouvellent la perception des écritures théâtrales, en frayant d’autres chemins. »  

 Elisabeth Naud 

La Mousson d’été a commencé hier et finira le 27 août à l’abbaye des Prémontrés, Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) et dans le bassin du Grand-Est.

  

 

Ça y est, Aurillac va commencer… Nos souvenirs

Festival d’Aurillac

Nous avons suivi ce festival depuis sa création en 86 par Yvon Bec, adjoint à la Culture de cette ville de quelque 35.000 habitants. Il y avait seulement six compagnies, dont le théâtre Zingaro, devenu Bartabas et quatre venues de l’étranger. La population locale, assez réticente au début, s’est assez vite appropriée ce festival surtout les jeunes, grâce à la qualité de spectacles et… aux retombées économiques pour de très nombreux commerces. Et il y eut vite des reportages au Journaux Télévisés de 20 h ! De quoi rendre heureux et fiers, les habitants de cette ville auvergnate, peu connue des Français.  Il y a maintenant dix-huit compagnies dans le in, et six cent une compagnies dites « de passage »,  inscrites dans un catalogue etjouant un peu partout mais dans des lieux réservés à l’avance: soit un off dirigé par le in, une particularité d’Aurillac

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Michel Crespin, son directeur pendant six ans, avant  que Jean-Marie Songy ne prenne le relais  (voir plus bas) avait voulu   avec ce théâtre dit « de rue », qu’il soit accessible à tous avec des spectacles gratuits ou à prix relativement bas. Très vite, se met alors à venir un public bien différent de celui d’Avignon, souvent très jeune, qui se précipite dès que l’entrée n’est pas payante, en général dans la journée. Et de nombreux spectacles importants sont joués dans la nature (prairies, bords de lacs, stades, etc.) à la périphérie d’Aurillac mais seulement accessibles par bus, pour des raisons de sécurité routière, une autre spécialité d’Avignon.
Avec Pierre Berthelot, le cofondateur de la compagnie Générik Vapeur, Michel Crespin créera en 2013 la Cité des Arts de la rue, à Marseille où sont réunis sept compagnies et un centre d’enseignement: la FAI-AR, Formation avancée et itinérante des Arts de la Rue, première formation professionnelle dans ce domaine. De 94 à 2018, le festival sera dirigé par Jean-Marie Songy, remplacé, il y a six ans par son collaborateur, Frédéric Rémy. En 2004, l’association Éclat, productrice du festival, a construit le Parapluie, un vaste lieu à la sortie d’Aurillac qui abrite à la fois des répétitions dans l’année, et des spectacles pendant  la durée du festival. 
Et, depuis quelque vingt ans, deux semaines avant, des compagnies qui y jouent, présentent leur spectacle gratuitement- grâce à l’aide en particulier du Conseil Général- dans quelques petites communes cantaliennes, assez éloignées d’Aurillac. Des réalisations- le plus souvent des solos- d’intérêt variable… Mais celui que nous avions vu l’an passé, à Saint-Projet-de Cassaniouze, un hameau au bord du Lot, était d’un excellent niveau et a été très applaudi par plus de deux cent personnes (voir Le Théâtre du Blog).
Le festival ne cesse de s’étendre à la limite des possibilités de cette agglomération et depuis quelques années, a surgi un phénomène encore impensable, il y a dix ans: des chapiteaux privés en périphérie d’Aurillac, accueillent à la fois des bars-restaurants et des spectacles. Et des compagnies créent aussi des collectifs…

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©x  Place de l’Hôtel de ville à Aurillac

Sociologiquement, le festival a donc beaucoup évolué. Comme l’avait souligné Charlotte Granger dans un remarquable article d’Etudes Théâtrales: « Le « théâtre à 360° » ayant ses exigences propres, la dramaturgie mobile n’entraîne pas le même rapport au texte, au verbe, au mot, que le théâtre de salle. Elle doit se saisir de la matière urbaine. En cela, les artistes de rue renouvellent les conventions dans le domaine des écritures non textuelles. Leur capacité d’adaptation aux lieux choisis pour une représentation, des centres villes aux zones péri-urbaines ou rurales, fait de leurs spectacles un perpétuel « work in progress ». Enfin, la relation originale au public, via l’interaction et l’interpellation du spectateur, reste un ressort essentiel de la création des spectacles. » Le mot théâtre désignant comme étymologiquement, à son origine, ce qui est vu, plutôt qu’entendu par le public.

Le festival d’Aurillac, malgré les resserrements budgétaires, est toujours bien là, avec environ la même quantité de public mais qui, depuis deux ans, fait plus attention à ses petits sous. Mais c’est un des festivals de France où on peut venir avec sa tente et dormir un peu n’importe où… Et se nourrir n’est pas cher… On l’oublie souvent, cette manifestation est une des rares en France avec Chalon dans la rue en juillet, à accueillir l’été, un public populaire et surtout jeune… alors que le festival d’Avignon est devenu souvent financièrement inaccessible: il est prudent de réserver maintenant (et de payer!) pour juillet 2016, une petite chambre non climatisées chez l’habitant à 100 € minimum, la nuit… 

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Frédéric Rémy, le directeur du festival d’Aurillac, interviewé à France Inter, insiste sur la couleur socio-politique du festival, avec, cette année, des compagnies venues brésiliennes : « Ce n’est pas du tout de l’exotisme. C’est vraiment des artistes qui luttent et qui ont lutté par rapport aux années Bolsonaro, l’ancien président d’extrême-droite. « Il a fallu qu’ils résistent et ils parlent de leur engagement politique. On a des compagnies qui vont être vraiment dans cette intention, mais aussi qui parlent beaucoup d’intimité, d’inclusion, de leur singularité.
On est face à des artistes qui mettent le corps en avant, le corps qui peut être noir, le corps qui peut être LGBTQI+, le corps qui peut être indigène. C’est une affirmation très politique, très identitaire. Leur courage doit nous servir de modèle et je crois que ce qu’ils ont à nous dire, c’est surtout: faites attention et ce qui nous est arrivé, cela peut vous arriver. » Cela commence ce soir et finit samedi : c’est court mais nous essayerons de vous donner de ce festival, une image la plus exacte possible.

Philippe du Vignal   

 

Ça y est, cela va commencer… Souvenirs, souvenirs.

En 85, Il y a donc quarante ans, notre Théâtre de l’Unité est appelé par la mairie d’Aurillac.  Hervée de Lafond et moi, Jacques Livchine, prenons alors le le train de nuit,  je m’en souviens très bien. Rendez-vous  avec Yvon Bec, un socialiste, maire-adjoint à la Culture, ensuite devenu maire. Il nous propose d’organiser un évènement estival. Nous visitons l’espace des Carmes où il y avait un grand arbre qui, depuis, a été coupé. Cela nous paraissait évident d’accepter mais nous déclinons l’offre: c’était une époque où nos tournées de spectacles allaient bon train et nous pensions  que nous n’aurions ni le temps ni la force, d’organiser ce genre d’événement mais que cela intéresserait  Michel Crespin (1940-2014) que Jack Lang, alors ministre de la culture, avait nommé directeur du Centre national des arts de la rue. Celui-ci fut recruté et mit en place une première édition en 86. Il invitera ensuite quasiment tous nos spectacles. Mais la population ne semble pas réagir. Michel édite alors cinq mille tracts…

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Nous ouvrons le festival, place de l’Hôtel de ville, à midi pétantes, avec notre 2 CV théâtre… Mais il n’y a absolument personne!  Michel dit : on commence… Et Hervée de Lafond entame : « Circulez, il  n’y a rien à voir, vous êtes devant le plus petit théâtre du monde, un théâtre à deux places, oui, uniquement à deux places. Puis une, deux personnes, et six jusqu’à douze, nous observent à une dizaine de mètres. Il faut que nous ayons eu la foi! Tiens, un facteur s’approche et Hervée l’interpelle:  » Facteur, va distribuer tes lettres, il est déjà douze heures trente. »
Notre spectacle Le Mariage restera dans les annales: un de nos acteurs, Frank Herscher, tombe dans la cascade de la Jordanne et se casse un doigt. Puis il y eut nos impostures: on avait acheté un énorme fromage de Cantal dont nous avions besoin pour notre fête de rentrée… avec un billet de  cinq francs. Nous  dormions à l’hôtel Saint-Pierre. Ah ! Le luxe de l’époque! Nous faisions sécher nos costumes dans un kiosque à musique dans le square juste en face. Le dernier jour, deux-cent cinquante personnes au moins, nous suivaient. Mais le terme : « festivalier » n’existait pas encore.

 Trente-neuf ans plus tard, cette manifestation devenue internationale, est passée à quinze spectacles dans le in, et à sept-cent quarante-cinq dans le off: leurs créateurs viennent ici chercher le contact avec le public et surtout, avec les diffuseurs. Des milliers de personnes se baladent, ne regardent pas les programmes, s’arrêtent parfois et font cercle autour d’un spectacle off off… Aurillac, c’est aussi partout dans les rues: la canettes de bière, des punks avec leurs chiens, une zone franche pendant quatre jours et des camping-cars par centaines, des figures hirsutes. Et s’est récemment développé un phénomène, celui des cours intérieures: ainsi, la compagnie Gérard Gérard, issue de la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, dirige un collectif : Amour, Gloire et Parking dans un espace pour les spectacles à véhicules !

Les professionnels se rencontrent dans le lieu du festival, le jardin du lycée Jules Ferry et sont assaillis par les compagnies: comment se faire remarquer dans cette jungle? Là, commence l’adoubement, et toute la vie théâtrale n’est qu’une histoire d’adoubement. Tu dois être apprécié par tes pairs et, comme les infos vont vite, si, par bonheur, ton travail est reconnu, les gens seront là deux heures avant, à attendre en plein soleil! Le prix à payer pour… avoir une place, quand la représentation est gratuite. 
Mais le rêve absolu des compagnies: être repéré par un C.N.A.R.E.P. , un nom très laid pour désigner les treize fabriques de théâtre de rue labellisées par l’Etat. Je me souviens de prises de bec, quand elles sont apparues. Pascal Larderet qui dirigeait la compagnie Cacahuète, criait au scandale! Mais Marcel Freydefont, un de nos meilleurs théoriciens, aujourd’hui disparu, expliquait lui, que le développement du théâtre « de rue » passait par la création de socles solides.
 

© x Le Parlement de rue à Aurillac par le Théâtre de l'Unité

© x Le Parlement de rue à Aurillac par le Théâtre de l’Unité

Etre adoubé, c’est aussi être repéré par un des experts du comité d’une D.R.A.C. qui, lors de réunions bisannuelles, donne un avis sur les nombreuses compagnie qui en ont fait la demande, bénéficient-ou pas!- d’une aide financière de quelques milliers d’euros. Et, derrière un spectacle monté, il y a une terrible bataille, la plus dure qui soit, pour entrer dans le petit club des subventionnés du théâtre public. Attention, si les représentations marchent trop bien, vous serez vite suspecté de démagogie, voire de populisme! Mais puisque vous êtes dans la catégorie: rue, vous serez quand même classé, en bas de l’échelle sociale du théâtre…

Nous, Théâtre de l’Unité, nous avons été classés figure historique des arts de la rue et en plus, comme  nous l’a avoué un conseiller-théâtre d’une D.R.A.C. : « Unité de Bruit Médiatique ». Autrement dit, si on y avait touché à l’Unité, alors, aurait surgi: campagne de presse, pétitions, etc. Mais toi, Jacques Livchine aux cinquante métastases, vieux baroudeur avec autant d’années de théâtre, que penses-tu de cette évolution?
Réponse: dans ce festival-mastodonte, tu n’atteindras pas le public vierge dont tu rêves. Mais tu ne pourras pas plus rester cloîtré dans ton quartier, ton village ou ta ville moyenne, il faudra se confronter aux autres, entrer dans la course à l’adoubement et prendre le pouls de la vie théâtrale. Ensuite, tu pourras aller là où il y a un désert ou bien, encore et toujours, lutter, lutter, lutter… pour amortir ton spectacle dans un des quelque trois cent festivals français…  Et s’ils ne veulent pas de toi?  Alors, tu en monteras un trois-cent et unième… Apophtegme de fin: « Apprends à vendre, à donner, à revendre, donc prends, donne, prends… écrivait Blaise Cendrars dans Feuilles de route il y a déjà un siècle…
Jacques Livchine, ex-codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs).

Flâneries nocturnes du Clos Lucé Lascia ch’io pianga et Le Sacre du printemps, chorégraphies de Marie Chouinard

Flâneries nocturnes du Clos Lucé

Lascia ch’io pianga et Le Sacre du printemps, chorégraphies de Marie Chouinard

Splendide programme dans le parc Leonardo da Vinci, château du Clos Lucé à Amboise, avec deux œuvres du répertoire de la compagnie Marie Chouinard, Lascia ch’io pianga (2018) et Le Sacre du printemps (1993). Le duo de cinq minutes Lascia ch’io pianga, interprété par Adrian W.S. Batt et Valeria Galluccio sur l’air éponyme de Georg Friedrich Haendel, tiré de son opéra Rinaldo (1711), vise à mettre en valeur la danseuse d’exception Valeria Galluccio.

 ©V. Gallucio

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Son partenaire, qu’on le veuille ou non, passe au second plan, réduit au rôle traditionnel des danseurs de ballet, celui du porteur. Le corps athlétique et démesuré de la ballerine efface littéralement l’interprète masculin.La pièce est, somme toute, féministe, l’homme étant à son tour « invisibilisé ». N’étaient les portés émaillant la monstration -l’un sur l’épaule du jeune gens, l’autre, la danseuse courbée vers l’arrière, posée sur le dos de celui-ci, ou bien simplement soulevée à bout de bras- Adrian W.S. Batt aurait peu de grain à moudre. Et le pas de deux serait un solo. Une variation sur pointes des plus ardues, souvenirs de la formation classique de Marie Chouinard.

 Quoique le contraste physique soit frappant et rappelle les couples du cinéma burlesque, opposés par leur corpulence : Charlie Chaplin/Eric Campbell dans The Rink (1916), Buster Keaton/«Fatty » Roscoe Arbuckle dans The Cook (1918), Laurel et Hardy/James Finlayson dans Big Business (1929). Ou opposés par leur taille, comme Karl Valentin/Liesl Karlstadt. Mais ici, nous ne sommes ni dans le comique ni dans le tragi-comique. Si pastiche il y a, il vise à contester par les seuls moyens de la danse, le ballet romantique du temps jadis, mais nullement le contenu dramatique de l’aria de Haendel. En français : « Laisse-moi pleurer sur mon triste sort et soupirer pour la liberté. Que la douleur brise les chaînes de mon martyre. » Pour que pastiche il y ait, il faut que le niveau technique soit au moins égal à celui de son objet. Et c’est ici, le cas.

 Dans sa présentation de la soirée, François Saint- Bris a fait le lien entre l’art et la technique sans faille de la compagnie québécoise et le goût du polymathe Léonard pour le mouvement : pour lui « source de toute vie ». Après la performance époustouflante de Valeria Galluccio, nous avons eu droit à la version maison du Sacre du printemps, musique d’Igor Stravinski qui, selon nous, plus que la chorégraphie originale de Vaslav Nijinski, fit scandale en 1913. On doit aussi au compositeur, ainsi qu’au peintre Nicolas Roerich, l’argument de ce ballet en deux parties et une douzaine de thèmes : danses des adolescentes, jeu du rapt, rondes printanières, jeux des cités rivales, cortège du Sage, adoration de la Terre, danse de la Terre, cercles mystérieux des adolescentes, glorification de l’Élue, action rituelle des ancêtres, danse sacrale. L’œuvre avait pour sous-titre : Tableaux de la Russie païenne. Le hasard a voulu que ce Sacre, peu orthodoxe, ait été présenté à Amboise, un soir d’Assomption. Incarné par treize officiants, comme autant d’apôtres dans La Cène de Léonard de Vinci à Milan.

 

© Marie Chouinard

© Marie Chouinard

 La mi-août correspond aussi au repos d’Auguste et les Italiens appellent encore «ferragosto», un temps propice à l’escapade, à l’excursion, au congé payé. Et Pagliacci (1892), un opéra de Ruggero Leoncavallo se déroule un jour de « ferragosto ». Marie Chouinard a créé et dansé elle-même sa version de L’Après-midi d’un faune en 87, en partant du ballet de Nijinski qui indigna les bien-pensants en 1912 en raison de ses allusions sexuelles. Elle s’attaqua ensuite au morceau de bravoure du Sacre qui a inspiré Martha Graham, Israel Galván, en passant par Mary Wigman, Maurice Béjart et Pina Bausch. «Il n’y a pas d’histoire dans mon Sacre, dit-elle, pas de déroulement, pas de cause à effet. Seulement de la synchronicité. C’est comme si j’avais abordé la première seconde suivant l’instant de l’apparition de la vie dans la matière. » Le peu de narration de l’original est esquivé, à savoir le sacrifice de l’Élue.

La prestation des danseurs est prodigieuse et il faut tous les citer : Michael Baboolal, Adrian W.S. Batt, Justin Calvadores, Rose Gagnol, Valeria Galluccio, Béatrice Larouche, Luigi Luna, Carol Prieur, Sophie Qin, Celeste Robbins, Clémentine Schindler, Ana Van Tendeloo et Jérôme Zerges. Ils se sont dépensés sans compter. Tous vêtus, ou plutôt dévêtus, ce qu’il faut et comme il faut, par Liz Vandal. Hommes et femmes torse-nu, pieds-nus, maquillés par Jacques-Lee Pelletier, coiffés par Daniel Éthier.
En son temps, Raphaël de Gubernatis avait dit l’essentiel, et fort bien, sur ce chef d’œuvre de la compagnie canadienne. Il parlait de «gestuelle vigoureuse, sauvage, teintée d’un primitivisme exceptionnellement éloquent, quelque chose de fort et de terrien qui vous frappe directement aux entrailles. » La chorégraphie de Marie Chouinard et la partition de Stravinski n’ont  pris aucune ride. Les conditions de diffusion sonores étaient idéales et nous avons pu capter la moindre nuance de la musique-enregistrée-de Pierre Boulez dirigeant le Cleveland Orchestra. Nombreux ont été les rappels.

 Nicolas Villodre

 Spectacle vu le 15 août dans le parc Leonardo da Vinci, château du Clos Lucé, Amboise (Indre-et-Loire).

Livres et revues Les mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité de Jacques Livchine

Livres et revues

Les mille et une plaisanteries du Théâtre de l’Unité  de Jacques Livchine


Dernier livre de Jacques Livchine, metteur en songes, comme il se définit lui-même.  En cent-vint pages et avec une couverture rouge comme les rideaux du théâtre bourgeois auquel il n’a cessé de s’attaquer, une sorte de catalogue liste memorandum-réflexion des quelque quatre vingt spectacles et interventions créés par le Théâtre de l’Unité depuis 1968 jusqu’à l’an passé. Avec la trente-cinquième édition  de La Nuit unique en juin à l’Avant-Scène à Colombes (Hauts-de-Seine), Hervée de Lafond, sa codirectrice et Jacques Livchine ont éteint les projecteurs d’une aventure hors-normes. Sans regrets, disent-ils. Peut-être, mais avec une épaisse couche de nostalgie  (voir Le Théâtre du Blog).

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©x Dans leur lieu à Audincourt

« Toute ma vie je n’ai été hanté que par une seule question : arracher le théâtre au carcan sociologique d’une culture dite cultivée. Alors, l’Unité c’était une course effrénée, nous n’avons jamais cessé d’ouvrir de nouvelles routes, de secouer le théâtre dans tous les sens, de faire bouger les paramètres, d’expérimenter, de « rater mieux », de jouer pour les chiens, dans une 2 CV, de s’adresser à une ville toute entière, de jouer partout, même dans les théâtres, d’inventer des actes poétiques radicaux. Nous pensions toujours que de l’idiotie pouvait jaillir une étincelle. »

Nous avons vu la majorité des créations de l’Unité soit environ une quarantaine, ce qui est exceptionnel pour une compagnie dans une vie de critique et avons aussi demandé à ces fous exemplaires de diriger des stages A.F.D.A.S. pour comédiens à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. Mais aussi de mettre en scène des spectacles avec les élèves en fin d’études, notamment Le Mariage au festival de Blaye que l’Unité avait créé au festival in d’Avignon. Ils auront été de remarquables pédagogues et directeurs d’acteurs. Et la promotion qui a travaillé avec eux, en a été marquée pour toujours.  Sans eux, L’Ecole où ils intervenaient régulièrement, n’aurait jamais été ce qu’elle a été. Ils ont apporté  un tsunami qui déplaisait fortement-et c’était formidable-aux gens du Ministère de la Culture, en charge de l’enseignement théâtral… 
 Folie mais aussi exigence professionnelle…Nous entendons encore la voix d’Hervée de Lafond portant à cent mètres, hurler dans les coulisse de Blaye: « Dites, donc les filles, les bas noirs et porte-jarretelles, on ne les laisse pas traîner par terre, on les range avec soin: cela coûte cher. Et vous, les garçons, les chemises même sales, cela se met sur des cintres, sinon, demain même lavées, elles auront un parfum dont vous vous souviendrez.  » Ils ont aussi créé un remarquable petit spectacle sur le Moyen-Age, dans le cloître de l’abbaye de Conques (Aveyron).
Ces ex-élèves ne les ont pas oubliés. Hervée et Jacques, non plus… Faustine Tournan jouait il y a deux ans dans Une Saison en enfer.  Léna Bréban, metteuse en scène et Alexandre Zambeaux, acteur et dramaturge, en parlent avec reconnaissance. Comme Nathalie Conio-Cauvin: « Ils  trouvaient une forme toujours unique pour parler d’eux et envoyer des messages, entre autres, dans Terezin qui se jouait en déambulation dans un théâtre à l’italienne et où j’ai joué la résistante Natacha… Ces incroyables formateurs de vie et de pensée m’ont apporté une envie forte de mise en scène engagée…et de projets sans limite ! »
Nous avions vu Jacques tout jeune, débuter comme acteur avec Didier Sandre, acteur d’Antoine Vitez, dans Glomoel et les pommes de terre de Catherine Dasté, la fille de Jean Dasté, et la petite-fille de Jacques Copeau. Elle aura révolutionné le théâtre pour enfants dans les années soixante-dix avec des mises en scène à la fois pleines d’humour et d’une rigueur exemplaire…
Puis nous avons assisté aux spectacles les plus forts de l’Unité depuis cinquante ans, et cela en fait des souvenirs… Vous y allez y avoir droit en feuilleton cet été mais vu la canicule, il y a du retard à l’allumage…  Parmi les plus belles créations: L’Avare, La 2 CV théâtre, Le Mariage, Mozart au chocolat, et La Célébration de la Guillotine au festival d’Aurillac 87-inoubliable, même en ce matin pluvieux, place de l’Hôtel de Ville-  L’Histoire du Soldat, Don Juan, Le Bourgeois gentilhomme,  Terezin, 2.500 à l’heure souvent repris et où jouèrent plusieurs anciens élèves de Chaillot,  Oncle Vania à la campagne, fabuleux de poésie,  vu dans une prairie en Suisse,  leur cabaret mensuel dit Kapouchnik  très populaire et joué  pendant vingt ans dans leur lieu  à Audincourt. La Tour bleue  à Amiens devant des milliers de personnes, Le Parlement de rue à Aurillac, Macbeth, dans une forêt mouillée en hiver près de Montbéliard, La Nuit Unique à Aurillac, Une Saison en enfer, promenade magistrale dans les chemins empruntés par Arthur Rimbaud et le dernier, le court mais impressionnant Les Femmes puissantes d’après L’Assemblée des femmes d’Aristophane, mise en scène d’Hervée de Lafond sur les restes d’un ancien théâtre antique romain de 2.000 places, près d’Audincourt…

Nous avons vite oublié des échecs revendiqués comme tels, un ennuyeux et mal joué Revizor, un de leurs premiers spectacles dans une triste salle à Paris et L’Avion dans une prairie en lointaine banlieue, une fausse bonne idée sur le crash d’un Boeing qui fut aussi un crash théâtral… Mais une des forces de cette compagnie, c’est accepter l’échec et en tirer les conséquences, puis d’avoir la ténacité pour résister d’abord aux gens du milieu et aux politiques qui leur vouaient un mépris, voire une haine tenace. Exemple: aucun directeur du Théâtre National de Strasbourg n’aura pris la peine d’aller-ou d’envoyer un collaborateur- voir un de leurs spectacles, même quand Hervée et Jacques dirigeaient pendant huit ans la Scène Nationale de Montbéliard… à deux heures de train. Pourtant, l’Unité aura joué  des centaines de fois à l’étranger et sur trois continents. Levez le doigt ceux qui peuvent en dire autant!

En lisant ces pages, nous avons repensé à ce que nous liait si fort au théâtre de l’Unité: d’abord avec Jacques, un passé commun: Etudes Théâtrales en Sorbonne avec Bernard Dort, ce fabuleux professeur et le Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne où nous avons appartenu, mais pas en même temps. Et aussi des valeurs qui ont fait respecter le Théâtre de l’Unité: trouver un autre public, une des obsessions de Jacques et Hervée, même au prix d’échecs inévitables mais assumés : leur fameux « ratez mieux ».
Et la provocation revendiquée non comme but mais moyen de meilleure relation avec le public. Et une  intelligente revisitation de classiques: Don Juan où Jacques interrompait le début du spectacle où on voyait trois Don Juan et trois Elvire nus. Depuis la salle, il faisait baisser le rideau: « Excusez-nous, ce n’était finalement pas une bonne idée. On reprend depuis la début. » Et une minute à peine les acteurs revenaient habillés. Vrai? Faux? Hervée et Jacques étaient déjà passés maîtres dans le jeu du théâtre dans le théâtre et le public de banlieue parisienne était tout de suite subjugué. Ou Le Bourgeois Gentilhomme, présenté au cours d’un  grand dîner avec toute la Cour, femmes et hommes en costumes d’époque devant le Roi…
Il y a aussi un paramètre souvent exploité: la représentation unique comme la démolition d’un H.L.M. vétuste par explosion dans La Tour bleue,  en banlieue d’Amiens, avec, avant des chansons et sketchs dans les étages très bien éclairés. Des milliers d’habitants étaient là…  qui se sont fait avoir comme les deux ou trois critiques parisiens venus pour le spectacle et l’explosion en direct. Tous roulés dans la farine. Bien joué! Impossible en effet de procéder à cette explosion tant attendue, puisque nous étions à une vingtaine de mètres!
il y a aussi à l’Unité, une affection pour les repas pris en commun, histoire de tisser des liens… que Jacques sait préparer pour trente personnes. Et très souvent, un dîner est prévu dans leurs spectacles comme dans Le Bourgeois Gentilhomme, Le Mariage, Le Repas des riches et le Repas des pauvres…. Et dans  un chaudron pendant la représentation d’Oncle Vania à la campagne, cuisait doucement une soupe offerte aux spectateurs, juste après les dernières répliques, à la nuit tombée.
Autre marque de fabrique chère à l’Unité: l’amour de la poésie: Arthur Rimbaud, Blaise Cendrars, Ghérasim Luca… souvent cités.  Et l’amour des animaux : Jacques a toujours eu un adorable bouvier  bernois  qu’il faisait  parfois intervenir dans leurs créations et ils ont commis un spectacle Le Théâtre pour chiens.
Et l’élasticité du temps: les spectacles peuvent durer quelques minutes, une heure trente ou deux, ou toute la nuit. Et ils savent jouer par tous les temps, le plus souvent, dans des lieux atypiques petits ou à la taille d’une ville comme pour Le Réveillon des boulons à Montbéliard. Et à chaque fois différents, selon le lieu de représentation mais très consciencieusement repérés : Le Chemin de Rimbaud dans sa campagne, Les Femmes puissantes avec comme scène ce qui restait des gradins d’un théâtre antique, Le Moyen-Age dans un cloître du XIII ème siècle,  en essayant de calculer en janvier l’inclinaison du soleil en juillet, pour que le public ne soit pas ébloui. Professionnalisme garanti…
Autre marque de fabrique évoqué aussi par Jacques Livchine dans ce livre: le plaisir de provoquer, que ce soit les adversaires de la peine de mort (dans La Célébration de la guillotine) ou les politiques et barons de tout bord. Hervée, en 2024, nommée commissaires de Montbéliard, capitale française de la culture, tutoie ainsi à l’inauguration Gabriel Attal, alors Premier ministre.  «Tu es venu en avion, alors qu’il y a un TGV, tu te prends pour qui ? Pour le Premier ministre ? » Et elle a fait remarquer que la ministre de la Culture, Rachida Dati n’avait pas daigné se déplacer et que deux cent millions d’euros de crédits ont été annulés pour le ministère de la Culturen cette même année 2024.  Emois dans les rangs.. Hervée de Lafond causa ainsi un mini-scandale chez les élus du coin qui n’aimaient pas beaucoup le Théâtre de l’Unité, trop dérangeant à leur goût. Et enfin un élément- non des moindres- le plaisir de transmettre évident chez ces complices, que ce soit régulièrement, et avec quelle efficacité! à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot ou à Audincourt, dans leurs Ruches des stages pour les jeunes, qu’ils animaient chaque année.

Voilà, nous espérons vous donner envie de lire ce petit mais grand livre, qui sonne comme un testament mais très vivant. Il n’y a aucune photo mais, avec un peu de chance, vous en trouverez sur Internet et pour le festival d’Avignon, à la Maison Jean Vilar. Mais de nombreux documents ont été brûlés après un attentat de leurs locaux à Montbéliard. Souvent méprisé, voire injurié, le Théâtre de l’Unité-nous persistons et signons- aura  été le créateur du théâtre, dit de rue en France avec Jean Digne à Aix-en-Provence, aujourd’hui très malade. Et l’Unité aura eu une influence souterraine mais considérable sur le spectacle contemporain. Aujourd’hui, Hervée de Lafond et Jacques Livchine qui parle ouvertement de ses métastases, ne sont plus tout jeunes et ont préféré transmettre  cet outil à leurs collaborateurs. « Peu à peu se dégage  une réputation que nous ne maîtrisons pas. Nous sentons bien, dit Jacques Livchine, qu’il y a une légende qui naît avec ses exagérations et ses mensonges. » Mais avec ses vérités: celles des innombrables articles, films et documents sonores comme le récent interview à France-Culture. Quant à nous, nous ne regretterons jamais d’avoir travaillé avec Hervée et Jacques.
Que dire de plus? Vous, jeunes élèves d’une école de théâtre, lisez aussi ce livre exigeant et d’une rare intelligence artistique, cela vous donnera envie de ne pas avoir peur.

Philippe du Vignal

Éditeur: Théâtre de l’Unité, vente uniquement par envoi postal. Achat possible au Théâtre de l’Unité à Audincourt: 15 €.

 

 
 

Festival de Bayreuth Lohengrin musique de Richard Wagner, direction d’orchestre de Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Festival de Bayreuth

Lohengrin, musique de Richard Wagner, direction d’orchestre: Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Une réalisation très appréciée du public. Dans ce lieu privilégié et magique, un orchestre d’une qualité parfaite, conduit de main de maître, comme nous l’assurait l’audition du prélude. Une interprétation pleine d’élan révélant toutes les nuances et la profondeur d’une partition que l’on redécouvrait, grâce à l’acoustique exceptionnelle du Festspielhaus: c’est l’une des grandes qualités de cette salle et il y avait un équilibre parfait entre chanteurs et orchestre, sans domination des uns, sur l’autre.

Nous avons aussi découvert de remarquables interprètes: Piotr Beczala, grand ténor wagnérien, en Lohengrin puissant et lumineux. Elza von den Heever, au prénom prédestiné, une Elsa von Brabant d’une grande force expressive et dramatique. Miina-Liisa Värela, Ortrud puissante, incarnant à la perfection ce personnage sombre et démoniaque. Olafur Sigurdarson est lui aussi excellent en Friedrich von Telramund, entièrement manipulé par sa femme, Ortrud. Les chœurs, si importants dans Lohengrin, dirigés par Eberhard Friedrich et eux aussi parfaits, ont été très applaudis.

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On attendait beaucoup d’Yuval Sharon, Américain d’origine israélienne, féru de culture allemande, qui a mis en scène cet opéra opposant amour et pouvoir… Il a été follement applaudi à la fin par une salle conquise. Au premier acte, dans une sorte de centrale électrique avec des isolateurs, tels des troncs ébranchés, un pylône semble remplacer l’arbre tutélaire, le frêne du monde, ou le chêne judiciaire.
Lohengrin apparaîtra, muni d’un éclair, au lieu d’une épée. Vient-t-il réparer la centrale électrique ou apaiser la discorde ? La scénographie d’un bleu apaisant de Néo Rauch et Rosa Loy , contrastant avec les taches blanches des grands cols brabançons, est féérique. Des ailes de libellules ornent le dos des personnages. Celles de la pure et séraphique Elsa von Brabant, blanches comme son costume et, celles de la démoniaque Ortrud, d’un bleu foncé et nervuré, comme sa robe. Personnage divin, Lohengrin arrive en haut de la centrale, sur un  cygne représenté par une forme géométrique abstraite évoquant la colombe de l’Esprit-Saint.

Pour Yuval Sharon, Elsa est sous l’influence positive d’Ortrud. Ces femmes étant les deux faces d’une même personne. Elsa vivra une double libération. Au premier acte, Lohengrin la sauve de la mort et de l’hostilité de la société brabançonne. Puis, au troisième, Elsa refuse d’obéir à Lohengrin qui lui demande son nom. Ortrud est le négatif de la pure et noble Elsa, et une sorte de Satan.
Dans un commentaire publié, Yuval Sharon cite Bakounine, un ami de Wagner quand il composait Lohengrin. Le philosophe décrit ainsi Satan dans Dieu et l’Etat : « Dieu a voulu que l’homme, privé de toute conscience de lui-même, demeure à jamais un animal soumis au Dieu éternel, son Créateur et Seigneur. Mais alors est venu Satan, l’éternel rebelle, le premier libre-penseur et libérateur du monde. Il fait honte à l’homme de son ignorance et de sa soumission animale. Il le libère et marque son front du sceau de la liberté en l’exhortant à désobéir et à manger du fruit de l’arbre de la connaissance ». Ortrud est ce génie libre qui s’oppose à la société traditionnelle et oppressive des Brabançons… Une combattante de la liberté, en particulier celle des femmes soumises à la domination des hommes et au patriarcat.
Au troisième acte, dans la chambre nuptiale, Lohengrin montre à sa femme comment elle doit lui obéir. Le metteur en scène insiste sur cette domination. Le caractère féerique de Lohengrin est un masque derrière lequel Wagner a mis en scène une critique de la société de son temps, nous dit Yuval Sharon.
Un Lohengrin puissant sur les plans musical, vocal et scénique. Une tragédie intime renvoyant au Graal à jamais perdu ou à une société en voie de transformation. Une plongée dans l’univers wagnérien où amour et pouvoir sont inconciliables…

Jean-François Rabain


Spectacle vu le 6 août à Bayreuth (Allemagne).

Adieu, Sofia Seirli !

Adieu, Sofia Seirli
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Une figure emblématique du théâtre grec s’est éteinte hier dimanche 10 août, à soixante-dix-sept ans… Cette mort brutale a plongé le monde artistique dans une grande tristesse. Sofia Seirli était en vacances à Fournoi sur l’île d’Ikaria. Selon des témoignages, la célèbre actrice et scénariste a essayé de nager de la plage de Kamari jusqu’à l’îlot Saint-Minas. L’amie qui l’accompagnait, s’est inquiétée quand elle n’est pas revenue et a alerté les autorités. De forts courants l’ont sans doute emportée et elle s’est noyée…

Née à Alexandrie en 1947, elle était diplômée de l’École d’art dramatique du Théâtre National et a très vite collaboré avec des metteurs en scène renommés dans plusieurs théâtres en Grèce et à Chypre. Dont Pantelis Voulgaris, Nikaiti Kontouri, Antonis Kalogridis, Giannis Kakleas, Efi Theodorou, Giannis Rigas, Thodoris Abazis, Michaël Marmarinos, Vassilis Papavasiliou, Nikos Mastorakis, Nikos Hatzopoulos, Dimitris Tarloun Yannis Houvardas…
Au Théâtre Libre, à la Scène Libre, à l’Organisation théâtrale de Chypre, au Théâtre d’Art, au Théâtre Amore…. Elle a interprété de nombreux rôles d’auteurs classiques, contemporains, grecs ou étrangers.  Comme récemment  dans L’Hirondelle de Guillem Cloua, avec Vassilis Mavrogeorgiou, dans la réalisation d’ Eleni Gasouka, Thérèse Raquin, d’après le roman d’Émile Zola, mise en scène par Lilly Meleme, La Reine de beauté de Martin McDonagh, dans une mise en scène d’Eleni Skoti qui a reçu les Prix du public Athinorama,  entre autres, le premier prix de la meilleure représentation et de la meilleure mise en scène. Crime et châtiment,  une adaptation du roman éponyme de Fiodor Dostoïevski, mise en scène de Dimitris Tarloou, Une Maison lumineuse comme le jour  de Tony Küshner, mise en scène par Yannis Moschos.
Parallèlement, elle a écrit des scénarios pour la télévision et a joué dans de nombreuses séries, entre autres des personnages cmme Maro Lykoianni, la mère de Zachos dans Les Abeilles sauvages ou  la Nonne Afxentia dans La Rose noire. Elle a aussi enseigné au Département d’études théâtrales à l’Université de Patras et dans les écoles d’art dramatique. 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Festival de Bussang

Festival de Bussang  

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Aller au théâtre du Peuple à Bussang (Vosges), c’est retrouver l’enchantement de ce lieu que nous avions découvert il y a longtemps.  Frédéric Pottecher, alors acteur, scénariste, célèbre chroniqueur judiciaire et écrivain mort en 2001 qui avait une voix que l’on n’oublie pas, était le neveu du créateur de ce lieu emblématique dans la région. Maurice Pottecher, industriel mais aussi poète, auteur et metteur en scène de son épouse Camille, actrice, a créé en 1895, cette grande salle en bois, pour faire partager une émotion théâtrale aux gens du village.  Douze directeurs lui sont succédé… Pierre-Richard Willm, François Rancillac, Philippe Berling, Jean-Claude Berruti, Pierre Guillois, Simon Delétang. Julie Delille, nommée en 2023 est la première femme à diriger ce lieu exceptionnel, construit au fil des ans, et maintenant classé monument historique. Le Théâtre du Peuple se démarque des lieux culturels : le bâtiment est construit tout en bois et en fond de scène, deux portes coulissantes s’ouvrent sur un décor naturel! Celui de la forêt vosgienne. Et l’on se surprend à imaginer, l’apparition furtive d’un animal…. Un cadre magnifique, avec, chaque année, deux créations en alternance dont l’une depuis l’origine du Théâtre du Peuple, avec des artistes professionnels et amateurs. Le Roi nu d’Evgueni Schwartz, mise en scène de Sylvain Maurice L’auteur russe écrit cette pièce en 1934 en s’inspirant des contes d’Andersen: La Princesse et le Porcher, la Princesse au petit pois, Les Habits neufs de l’Empereur. Le protagoniste est un tyran mais aussi un bouffon autoritaire et capricieux. Jamais jouée du vivant d’Evgueni Schwartz, elle a, depuis, connu un triomphe mondial et reste très actuelle. Sylvain Maurice  s’est installé à Bussang en juin pour mettre en scène cette farce grinçante et ludique pour tous: ici, le tyran sature les écrans et les réseaux sociaux… mais finira déchu.  

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L’histoire : Henri, modeste gardien de cochons et Henriette, une belle princesse, tombent amoureux. Mais le père d’Henriette lui a choisi pour mari, le Roi le plus terrible qui fait régner la terreur sur ses sujets et sur  sa Cour. Henri, bien que banni, accompagné  par son ami Christian, va déployer intelligence et énergie pour retrouver son Henriette. A l’issue d’un stratagème, il mettra à nu le tyran, rendu ainsi ridicule aux yeux de tous, s’enfuira, laissant enfin le peuple recouvrer ses droits. Il croyait être le plus intelligent mais sera puni par sa bêtise…

 Sylvain Maurice a confié le rôle du Roi à Manuel Le Lièvre, magnifique comédien… Dès qu’il apparaît en haut d’un escalier blanc, il emporte tout sur son passage, de la caricature à la fragilité, avec les pires excès d’autoritarisme et de vantardise.  Il est ce Roi, enfant gâté à qui personne ne résiste et tel une rock-star,  il emmène le public et tous ses camarades  dont Maël Besnard, jeune comédien tout en nuances (Henri et son ami Christian le tisserand), prétendant habiller le roi d’un vêtement visible aux seuls yeux des personnes intelligentes, Nadine Berland (Ministre des Tendres Sentiments), Hugues Dufrannois (Le poète de la Cour) et Jacques Courtot (Le Premier Ministre) de la troupe amateur. Une farce jubilatoire au vitriol avec de remarquables costumes, est jouée avec deux musiciens sur scène et elle résonne encore très bien aujourd’hui. On pense à certaines personnalités… Un grand moment d’actualité.
 
Je suis la bête, adaptation du roman d’Anne Sibran, mise en scène et interprétation de Julie Delille

Abandonnée dans un placard, une enfant grandira dans la forêt, élevée par un animal qui va lui apprendre la vie sauvage et la langue des bêtes. Méline est ce monstre enfanté par la violence du monde civilisé, recroquevillé, entre ombre et lumière. « Nous, c’est le silence qui raconte, les hommes il leur faut une voix.» Anne Sibran raconte l’histoire d’une métamorphose de notre espace mental, d’une renaissance par l’entremise des mots et des silences.

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Ce solo est mis en scène et interprété par Julie Delille dans un dispositif sonore immersif… Nous parviennent ainsi des mots enfouis dans la mémoire, des bruits et odeurs jaillissant des entrailles de la terre. Une adaptation d’un texte de grande intensité, a été créée il y a sept ans à Nanterre-Amandiers et s’inscrit dans la nouvelle programmation de Bussang.  Les spectateurs peuvent tenter une expérience en immersion totale avec, comme seuls guides, leurs sens et leur instinct. Un moment sombre et poétique… à condition d’y entrer.

Solange Barbizier

Jusqu’au 30 août, Le  Roi Nu et Je suis la bête, au Théâtre du peuple, Bussang (Vosges). Réservations @theatredupeuple.com T. : 03 29 61 50 48

Exposition de la compagnie Atomik Family à la Maison de la magie Robert-Houdin à Blois


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xposition Magie foraine à la Maison de la magie Robert Houdin, à Blois

 «Apparues aux origines de l’art, les figures de l’étrange et de la monstruosité, dit son commissaire, Frédéric Dautigny, sont un répertoire inépuisable, riche de significations et magie. Barnum les a ensuite rendues célèbres. Sous de petits chapiteaux: des «baraques», on proposait des spectacles au pittoresque et aux scènes remarquables, au-delà de toute description…

©  Nicolas Wietrich

© Nicolas Wietrich

L’histoire commence en octobre, l’an passé à Blois, voisine des plus beaux châteaux français et dont les habitants sont gens de bon sens, doués pour le rêve et peu sceptiques… Mais depuis 98, le fantastique et la magie ont envahi la ville avec un musée, la Maison de la magie Robert Houdin. Arnaud Dalaine, metteur en scène et directeur de ce musée m’appelle et voudrait savoir ce que sont mes attractions foraines proposées lors d’animations du Freaky Circus et dont on lui a parlé. Il m’explique son projet d’exposition sur l’univers féerique et coloré de l’art forain, un monde où magie et création émerveillent petits et grands. Arnaud est un fin négociateur et on se comprend tout de suite…
Je collectionne les bizarreries, curiosités, singularités humaines et animales depuis trente ans et elles produisent chez la plupart des gens, frissons et émerveillement. Je propose à Arnaud de mettre ma collection à sa disposition. Heureux de faire partie de cette nouvelle aventure, je prends rendez-vous avec lui en Avignon où j’expose toute l’année au Tarot Créatif, des artefacts magiques et entre-sorts… Il choisit des pièces et découvre les coulisses d’un art longtemps considéré comme mineur mais pourtant riche de savoir-faire, poésie et invention. Il choisit chacune avec précision, pour raconter l’histoire des fêtes foraines, avec saltimbanques, montreurs de phénomènes, jeux de foire, spectacles ambulants…

Cette exposition exceptionnelle retrace l’histoire de ces arts forains grâce à une collection unique d’affiches, objets, photos de monstres, installations mêlant patrimoine, émotions et spectacles vivant. Elle fait renaître des artistes talentueux qu’on pouvait rencontrer dans les «baraques à boniments». À travers une célébration du divertissement, c’est tout un pan de notre mémoire qui reprend vie; l’inauguration en avril dernier a été un véritable succès  les trois premiers mois, le musée a affiché une fréquentation record.
Entrez, entrez… sous un chapiteau imaginaire où les lumières vacillent comme des étoiles et où le temps suspend son vol. L’art forain est un divertissement mais aussi un langage oublié, celui des couleurs qui chantent, des bois sculptés qui murmurent, des automates qui s’éveillent, à la tombée de la nuit….
Un monde à part: le merveilleux s’y invite au quotidien et les rires des enfants se mêlent à la nostalgie des parents. Les miroirs y reflètent nos rêves enfouis et les baraques peintes racontent en silence des histoires de fêtes et voyages en liberté. Chaque objet est un fragment d’enfance, la mémoire des fêtes foraines et un battement de cœur venu d’hier.£
Laissez-vous guider par la musique d’un ancien orgue  de barbarie… Elle vous mènera dans un univers où le réel flirte avec le fantastique, où l’artisan devient magicien et où chaque tour est une promesse d’évasion. Bienvenue dans l’art forain, ce théâtre de la joie nomade, ce musée vivant. Merci à tous ceux qui, chaque jour, dans ce temple, font vivre la magie. »

Sébastien Bazou

Exposition Magie Foraine jusqu’au 4 janvier, Maison de la magie Robert Houdin, Blois (Loir-et-Cher). Conférence de Frédéric Dautigny, le 19 septembre.

 

 

 

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