Festival de Bayreuth Lohengrin musique de Richard Wagner, direction d’orchestre de Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Festival de Bayreuth

Lohengrin, musique de Richard Wagner, direction d’orchestre: Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Une réalisation très appréciée du public. Dans ce lieu privilégié et magique, un orchestre d’une qualité parfaite, conduit de main de maître, comme nous l’assurait l’audition du prélude. Une interprétation pleine d’élan révélant toutes les nuances et la profondeur d’une partition que l’on redécouvrait, grâce à l’acoustique exceptionnelle du Festspielhaus: c’est l’une des grandes qualités de cette salle et il y avait un équilibre parfait entre chanteurs et orchestre, sans domination des uns, sur l’autre.

Nous avons aussi découvert de remarquables interprètes: Piotr Beczala, grand ténor wagnérien, en Lohengrin puissant et lumineux. Elza von den Heever, au prénom prédestiné, une Elsa von Brabant d’une grande force expressive et dramatique. Miina-Liisa Värela, Ortrud puissante, incarnant à la perfection ce personnage sombre et démoniaque. Olafur Sigurdarson est lui aussi excellent en Friedrich von Telramund, entièrement manipulé par sa femme, Ortrud. Les chœurs, si importants dans Lohengrin, dirigés par Eberhard Friedrich et eux aussi parfaits, ont été très applaudis.

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On attendait beaucoup d’Yuval Sharon, Américain d’origine israélienne, féru de culture allemande, qui a mis en scène cet opéra opposant amour et pouvoir… Il a été follement applaudi à la fin par une salle conquise. Au premier acte, dans une sorte de centrale électrique avec des isolateurs, tels des troncs ébranchés, un pylône semble remplacer l’arbre tutélaire, le frêne du monde, ou le chêne judiciaire.
Lohengrin apparaîtra, muni d’un éclair, au lieu d’une épée. Vient-t-il réparer la centrale électrique ou apaiser la discorde ? La scénographie d’un bleu apaisant de Néo Rauch et Rosa Loy , contrastant avec les taches blanches des grands cols brabançons, est féérique. Des ailes de libellules ornent le dos des personnages. Celles de la pure et séraphique Elsa von Brabant, blanches comme son costume et, celles de la démoniaque Ortrud, d’un bleu foncé et nervuré, comme sa robe. Personnage divin, Lohengrin arrive en haut de la centrale, sur un  cygne représenté par une forme géométrique abstraite évoquant la colombe de l’Esprit-Saint.

Pour Yuval Sharon, Elsa est sous l’influence positive d’Ortrud. Ces femmes étant les deux faces d’une même personne. Elsa vivra une double libération. Au premier acte, Lohengrin la sauve de la mort et de l’hostilité de la société brabançonne. Puis, au troisième, Elsa refuse d’obéir à Lohengrin qui lui demande son nom. Ortrud est le négatif de la pure et noble Elsa, et une sorte de Satan.
Dans un commentaire publié, Yuval Sharon cite Bakounine, un ami de Wagner quand il composait Lohengrin. Le philosophe décrit ainsi Satan dans Dieu et l’Etat : « Dieu a voulu que l’homme, privé de toute conscience de lui-même, demeure à jamais un animal soumis au Dieu éternel, son Créateur et Seigneur. Mais alors est venu Satan, l’éternel rebelle, le premier libre-penseur et libérateur du monde. Il fait honte à l’homme de son ignorance et de sa soumission animale. Il le libère et marque son front du sceau de la liberté en l’exhortant à désobéir et à manger du fruit de l’arbre de la connaissance ». Ortrud est ce génie libre qui s’oppose à la société traditionnelle et oppressive des Brabançons… Une combattante de la liberté, en particulier celle des femmes soumises à la domination des hommes et au patriarcat.
Au troisième acte, dans la chambre nuptiale, Lohengrin montre à sa femme comment elle doit lui obéir. Le metteur en scène insiste sur cette domination. Le caractère féerique de Lohengrin est un masque derrière lequel Wagner a mis en scène une critique de la société de son temps, nous dit Yuval Sharon.
Un Lohengrin puissant sur les plans musical, vocal et scénique. Une tragédie intime renvoyant au Graal à jamais perdu ou à une société en voie de transformation. Une plongée dans l’univers wagnérien où amour et pouvoir sont inconciliables…

Jean-François Rabain


Spectacle vu le 6 août à Bayreuth (Allemagne).


Archive pour 13 août, 2025

Festival de Bayreuth Lohengrin musique de Richard Wagner, direction d’orchestre de Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Festival de Bayreuth

Lohengrin, musique de Richard Wagner, direction d’orchestre: Christian Thielemann, mise en scène d’Yuval Sharon

Une réalisation très appréciée du public. Dans ce lieu privilégié et magique, un orchestre d’une qualité parfaite, conduit de main de maître, comme nous l’assurait l’audition du prélude. Une interprétation pleine d’élan révélant toutes les nuances et la profondeur d’une partition que l’on redécouvrait, grâce à l’acoustique exceptionnelle du Festspielhaus: c’est l’une des grandes qualités de cette salle et il y avait un équilibre parfait entre chanteurs et orchestre, sans domination des uns, sur l’autre.

Nous avons aussi découvert de remarquables interprètes: Piotr Beczala, grand ténor wagnérien, en Lohengrin puissant et lumineux. Elza von den Heever, au prénom prédestiné, une Elsa von Brabant d’une grande force expressive et dramatique. Miina-Liisa Värela, Ortrud puissante, incarnant à la perfection ce personnage sombre et démoniaque. Olafur Sigurdarson est lui aussi excellent en Friedrich von Telramund, entièrement manipulé par sa femme, Ortrud. Les chœurs, si importants dans Lohengrin, dirigés par Eberhard Friedrich et eux aussi parfaits, ont été très applaudis.

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On attendait beaucoup d’Yuval Sharon, Américain d’origine israélienne, féru de culture allemande, qui a mis en scène cet opéra opposant amour et pouvoir… Il a été follement applaudi à la fin par une salle conquise. Au premier acte, dans une sorte de centrale électrique avec des isolateurs, tels des troncs ébranchés, un pylône semble remplacer l’arbre tutélaire, le frêne du monde, ou le chêne judiciaire.
Lohengrin apparaîtra, muni d’un éclair, au lieu d’une épée. Vient-t-il réparer la centrale électrique ou apaiser la discorde ? La scénographie d’un bleu apaisant de Néo Rauch et Rosa Loy , contrastant avec les taches blanches des grands cols brabançons, est féérique. Des ailes de libellules ornent le dos des personnages. Celles de la pure et séraphique Elsa von Brabant, blanches comme son costume et, celles de la démoniaque Ortrud, d’un bleu foncé et nervuré, comme sa robe. Personnage divin, Lohengrin arrive en haut de la centrale, sur un  cygne représenté par une forme géométrique abstraite évoquant la colombe de l’Esprit-Saint.

Pour Yuval Sharon, Elsa est sous l’influence positive d’Ortrud. Ces femmes étant les deux faces d’une même personne. Elsa vivra une double libération. Au premier acte, Lohengrin la sauve de la mort et de l’hostilité de la société brabançonne. Puis, au troisième, Elsa refuse d’obéir à Lohengrin qui lui demande son nom. Ortrud est le négatif de la pure et noble Elsa, et une sorte de Satan.
Dans un commentaire publié, Yuval Sharon cite Bakounine, un ami de Wagner quand il composait Lohengrin. Le philosophe décrit ainsi Satan dans Dieu et l’Etat : « Dieu a voulu que l’homme, privé de toute conscience de lui-même, demeure à jamais un animal soumis au Dieu éternel, son Créateur et Seigneur. Mais alors est venu Satan, l’éternel rebelle, le premier libre-penseur et libérateur du monde. Il fait honte à l’homme de son ignorance et de sa soumission animale. Il le libère et marque son front du sceau de la liberté en l’exhortant à désobéir et à manger du fruit de l’arbre de la connaissance ». Ortrud est ce génie libre qui s’oppose à la société traditionnelle et oppressive des Brabançons… Une combattante de la liberté, en particulier celle des femmes soumises à la domination des hommes et au patriarcat.
Au troisième acte, dans la chambre nuptiale, Lohengrin montre à sa femme comment elle doit lui obéir. Le metteur en scène insiste sur cette domination. Le caractère féerique de Lohengrin est un masque derrière lequel Wagner a mis en scène une critique de la société de son temps, nous dit Yuval Sharon.
Un Lohengrin puissant sur les plans musical, vocal et scénique. Une tragédie intime renvoyant au Graal à jamais perdu ou à une société en voie de transformation. Une plongée dans l’univers wagnérien où amour et pouvoir sont inconciliables…

Jean-François Rabain


Spectacle vu le 6 août à Bayreuth (Allemagne).

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