festival d’Aurillac
Festival international d’Aurillac
Cela a bien mal commencé avec des violences nocturnes dans le centre-ville habituellement paisible, la première nuit du 20 au 21 août. L’interpellation d’un jeune homme en flagrant délit de tags sur la façade d’une banque, avait déclenché l’arrivée de jeunes, souvent cagoulés ou masqués, venus d’autres villes avec l’intention d’en découdre avec la police et les C.R.S.. Ils se sont vite attaqués au mobilier urbain, mis le feu à des poubelles, et cassé les vitrines d’une autre banque et d’une agence immobilière, autour du square Vermenouze, face au Tribunal qui avait déjà fait l’objet en 2023 de dégradations importantes. Très bien entraînés, ils ont réussi à disparaître dans les petites rues mais certains ont été interpellés.
Le Maire d’Aurillac, Pierre Mathonnier et le Préfet ont aussitôt condamné ces agissements qui se sont reproduits en mode mineur deux jours plus tard… Rachida Dati a apporté son soutien au festival! Mais on comprend mal que son collègue, Bruno Retailleau, Ministre de l’Intérieur, d’habitude très bien renseigné, n’ait pas anticipé les choses, alors que le festival d’Aurillac est le plus important après celui d’Avignon! Gouverner, c’est prévoir… Et les C.R.S., pourtant formés à lutter contre cette guérilla urbaine qui ne dit pas son nom ,encadrée par des meneurs très entraînés, le sont visiblement moins que ces jeunes cagoulés, très rapides à se fondre dans la foule, après avoir cassé plusieurs vitrines et déclaré assumer leur volonté de s’en prendre à la République!
C’est la deuxième fois que cela se reproduit et il y a encore une récidive le lendemain. On a donc le droit de se poser des questions: bien entendu, on ne peut transformer le festival d’Aurillac en camp retranché, même si déjà, les rues du centre-ville sont barrées de béton, si le filtrage et le contrôle des sacs sont systématiques et si les vitrines de nombreuses boutiques sont protégées par des feuilles de contre-plaqué -quelle tristesse!
Manque d’anticipation visible, quant à ces troubles graves? Le maire Pierre Mathonnier ne peut sans doute faire plus et malgré de nombreux spectacles gratuits, une des originalités de cette manifestation internationale depuis ses débuts, visiblement le logiciel de ce festival de rue, sans doute victime de son succès, ne fonctionne plus. Et les rues, le soir étaient souvent désertes! Quelle tristesse…. Bref, Frédéric Rémy, son directeur, a du pain sur la planche pour l’édition 2026…
A 11h, ce vendredi, un des nombreux spectacles gratuits en plein air de ce festival… Quelque trois cent personnes regardent avec admiration quatre acrobates, tout habillés de noir, donc non identifiables, qui descendent par une fenêtre sur la façade de l’Hôtel de Ville. Grande prise de risque mais tout se déroule en silence et est parfaitement orchestré. Une remarquable performance. Arrivés au sol, il se livrent à quelques jeux gaguesques avec la complicité du public. Là, c’est nettement moins intéressant et ces acrobates hors-pair ont plus de mal à convaincre… Et de nombreux spectateurs avaient quitté la partie. Le spectacle impeccable sur le plan de l’espace, l’est sans doute moins sur celui du temps. Dommage…
Nous camperons ici de et avec Sébastien Barrier
Pas très loin de l’Hôtel de Ville, sur la charmante petite place de la Bienfaisance. « Nous camperons ici », c’est la phrase que ne manquait jamais de prononcer, solennel et autoritaire, le cowboy en tête de file quand il annonçait, le bras levé, atteignant enfin la cime d’un vallon surplombant un lac, qu’il était temps de faire une pause après une longue, très longue journée de marche, d’errance ou de fuite à travers des paysages bien trop grands pour nous. » dit Sébastien Barrier.
Il a travaillé avec des compagnies de rue, puis incarné, le « marin-prêcheur » Ronan Tablantec et en 2013, crée Savoir enfin qui nous buvons, une conférence de six heures où il brosse le portrait de vignerons philosophes. Et l’année suivante, Chunky Charcoal, un spectacle graphique et musical aux allures de messe païenne. Puis GUS en 2017, l’histoire d’un chat associable et dangereux, spectacle pour jeune public.En 2021, Ceux qui vont mieux, un théâtre-rituel. Et l’an passé, il a rendu hommage aux Sleaford Mods avec Dear Jason Dear Andrew.
Devant une camionnette noire qui lui sert d’abri pour la console, avec devant une toile blanche qu’il tend et ce solo, impeccablement réalisé, est le récit d’une vie parfois bousculée, avec des musiques et quelques chansons. L’acteur-performeur, diction et gestuelle parfaites, sait rassembler: il y a au moins trois cent personnes. A la fois drôle et chaleureux, il ressemble à un vieil ami de la famille, heureux de vous retrouver. Aucun temps mort et on l’écoute avec attention. Et les spectateurs acceptent d’être assis par terre ou pour les plus chanceux, sur les quelques bancs déjà pris une heure avant…
C’est un des spectacles gratuits de ce festival et une bonne surprise pour ceux qui auront eu la chance de le voir.
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 22 août , place de la Bienfaisance, Aurillac.
Le 29 août, Scène nationale La Passerelle, Saint-Brieuc ( Côtes-d’Armor).
Du 24 au 27 septembre, Les Quinconces, Le Mans (Sarthe)
Les 22 et 23 mai, Agora, Pôle National du Cirque (Corrèze).
Les 12, 13 et 14 juin, Mixt, Nantes (Loire-Atlantique).


