Croire aux fauves, d’après le récit de Nastassja Martin, spectacle itinérant, mise en scène de Cyril Puertolas, en collaboration avec Renaud Grémillon et Périne Faivre
Festival international d’Aurillac
Croire aux fauves, d’après le récit de Nastassja Martin, spectacle itinérant, mise en scène de Cyril Puertolas, en collaboration avec Renaud Grémillon et Périne Faivre
Croire aux fauves se passe dans les hauteurs de cette petite commune limitrophe d’Aurillac. Le programme avertit: « dénivelé, chaussures adaptées pour la marche (=vingt-cinq minutes avec dénivelé) et des vêtements chauds » ( sic).
Après la descente du car, distribution de tabourets tripodes en toile mais ce que le programme ne dit pas: le chemin de terre pour vaches et tracteurs est non pas dénivelé, mais escarpé avec des racines et/ou grosses pierres, des endroit boueux… La promenade étant éclairée par une dizaine de lanternes remises à des spectateurs. Bref, il y a tromperie suer la marchandise et c’est une trinité casse-gueule pour arriver dans une belle prairie… tout là-haut. Nous avons été priésd de monter en silence pour être au plus près des bruits et des parfums de la nature mais, que nenni, on a beau être attentif, aucun bruit nocturne de vents, hiboux ou rapaces. II fait froid et on n’a qu’une envie : arriver enfin au lieu de la représentation.
En 2019, Nastassja Martinla, anthropologue, spécialiste des populations arctiques, a fait le récit de sa rencontre avec un ours quatre ans auparavant, dans les montagnes du Kamtchatka sibérien. Mais cet ours l’a agressée et lui a arraché une partie de la mâchoire. Il a fallu l’opérer et elle a eu ensuite un long parcours de reconstruction. Elle dit comment, à la suite de ce drame personnel qui a bouleversé sa vie, elle a dû revoir ses modes de pensée et son attitude face aux animaux…
Nous allons assister à cinq séquences dans cinq lieux de cette prairie: récit de l’accident survenu à Nastassia Martin, réflexion de l’actrice sur son personnage, questionnement sur cette expérience. Puis, nous aurons droit au récit des nombreuses interventions chirurgicales qu’elle a du subir en Russie puis à la Salpêtrière à Paris. Enfin, aux conversations avec une psychologue et avec sa mère. Puis il semble qu’on on revienne au Kamtchatka. Nous marchons ensuite vers l’orée de bois où on peut voir l’actrice sur une balançoire. De temps en temps, apparait un gros ours brun -belle réalisation- et on entend des airs que joue un vrai pianiste dans la prairie.
Bon, en guise de hors d’œuvre, une balade dans la nature, pourquoi pas? Mais était-il nécessaire d’imposer au public un chemin aussi long et aussi pénible? Alors que cette immersion aurait pu se faire dans la prairie en haut, et facilement accessible? Frédéric Rémy le directeur du festival, y a-t-il pensé? Et quand on a déjà assisté à un spectacle à onze heures, puis à un autre à 18 h, désolé mais on est moins frais à 21h 45 et ce cheminement devient une véritable épreuve physique…
Quant à l’intérêt de ce solo, le moins qu’on puisse dire est qu’on reste sur sa faim, malgré la beauté du paysage cantalien, les éclairages subtils sous les châtaigniers et l’interprétation rigoureuse de Florie Guerrero Abras. Et curieuses, dans la nuit, la présence de l’ours et à la fin, d’une créature moitié femme/moitié ours. On ne voit pas bien où les Arts Oseurs veulent nous emmener. Le texte de cette anthropologue, intéressant mais sur le plan dramaturgique, ne tient pas vraiment la route et n’a rien de passionnant: vieille histoire des adaptations au théâtre…
Et dans le froid et l’humidité, pas loin de minuit, on se sent pris en otage. Et le spectacle a été fraîchement applaudi. Même si on nous offre à la fin, un petit verre de vodka ou un verre de tisane de verveine bien chaude. Avant de nous indiquer un chemin balisé de lumières presque plat en haut de cette colline. Alors pourquoi alors nous faire monter si longtemps sur ce chemin escarpé? Et à une centaine de mètres… attendaient les deux cars pour ramener la centaine de spectateurs… à Aurillac à minuit trente-cinq! Ouf! Si vous avez l’intention d’aller voir ce spectacle, renseignez-vous d’abord sur le parcours préalable…
Bref, à Arpajon-sur Cère, les Arts Oseurs n’ont pas réussi leur coup… Dommage
Philippe du Vignal
Spectacle joué les 22 et 23 août au festival d’Aurillac (Cantal).
Le 19 septembre, Théâtre Le Périscope, Nîmes (Gard); le 27 septembre, Scène nationale Carré-Colonnes, Blanquefort ( Gironde).
Du 1er au 3 octobre, Le Cratère, Scène nationale d’Alès, en collaboration avec Eure’kart; les 16 et 17 octobre, PIVO, Scène conventionnée d’intérêt national art en territoire, Eaubonne (Val-d’Oise).

