Festival de Charleville-Mézières Celles qui trinquent installation immersive id’Aurélie Hubeau

Festival de Charleville-Mézière 

Celles qui trinquent installation immersive d’Aurélie Hubeau

La marionnettiste a été élève de l’Ecole nationale de Charleville-Mézières et présente ici une exposition et un spectacle. A la suite de rencontres avec des femmes qui se battent contre l’alcoolisme : patientes et soignantes du service addictologie de l’hôpital Bélair, elle a imaginé cette installation, réalisée à partir d’une série d’entretiens avec ces femmes et des sculptures en argile, visions d’elles-mêmes qu’elles ont elles-même créées.  On peut entendre ici dans le cadre d’un projet Culture et Santé avec la DRAC Grand-Est et l’Agence Régionale de Santé Grand-Est, la parole de ces patientes alcooliques et des soignantes de l’unité d’addictologie Michel Fontan, de l’hôpital de jour du Centre Hospitalier Bélair et du C.M.P. d’addictologie Marcel Méhaut à Charleville-Mézières.

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Ces alcooliques sont d’autant plus méprisées qu’elles sont des femmes. Et comment ne pas être sensible à cette lutte que mène ici Aurélie Hubeau contre les préjugés et la méconnaissance de cette addiction.
Les phrases qu’on entend- bien mis en valeur par des sonorités et de sifflements métalliques -sont de celles qu’on n’oublie pas. Toutes, dures poignantes, avec en filigrane, la solitude permanente et une extrême dépendance chez Anne-Marie, Sandra, Sophie, Sylvie…
« Je ne sors jamais de chez moi. Petite, j’ai vécu des sévices sexuels et à onze ans, j’ai commencé à déprimer. C’était tabou mais je pense que mon alcoolisme, cela vient de là./Le père de ma fille était alcoolique. Au début, cela allait mais après il me violentait:  tu es bête, tu es bête. Cela ma enlevé la confiance en moi./ Accident de voiture de mon fils qui est décédé. Après je souffrais tellement, que  j’absorbais de l’alcool de façon massive./ Vivre avec l’alcool, c’est vivre avec la mort. dans des réunions politiques, les verres de vin puis le whisky. A quarante et un ans, j’ai rencontré quelqu’un qui buvait quotidiennement mais raisonnablement. Je l’ai dépassé et puis la cirrhose est venue. (..) J’en suis au troisième arrêt.

Je bois du whisky à me rendre malade./ Mon cerveau me dit : va t’acheter de l’alcool mais l’angoisse est toujours là malgré les médicaments./ Quand on boit, on se sent mieux, on oublie ses soucis. L’alcoolisation massive, cela fait oublier./ J’avais envie de parler à ma sœur comme si je ne la reverrai plus/ J’étais anesthésiée par l’alcool je n’avais pas d’heure. Une fois réveillée, je buvais, je buvais/
Une personne alcoolique à gérer, c’est difficile mais deux en couple, c’est impossible. / Je croyais que l’alcool me ferait du bien mais non elle ne fait pas de bien./L’alcool ne console pas l’homme. Dieu est remplacé par l’alcool/ J’ai commencé à voire toute seule chez moi à partir où on commence à boire chez soi seul, c’est fini
Cinq à six verres de vin blanc en quelque heures. Après, je suis passée au whisky (…) J’en étais quand même à une ou deux bouteilles par jour. /L’alcool accompagne d’abord les relations sexuelles et remplace l’événement de la jouissance. /Il me suffit d’un verre pour retomber dedans. Rien que d’en parler, j’ai envie de boire mais je ne le ferai pas. /J’ai vraiment bu beaucoup. Je recommence à boire à partir d’un seul verre de vin.  Ces phrases de ces femmes dépendantes à l’alcool font froid dans le dos!
Oui, l’alcool fait des ravages humains dès l’adolescence et jusqu’à un âge avancé. En France43 % des collégiens -en sixième, 27%- déclaraient il y a trois ans en  avaient déjà consommé.  Comme 74 % des élèves de terminale et un quart des 65–75 ans, eux, quotidiennement! Avec, au compteur, 49.000 décès par an et un coût des séjours hospitaliers estimé à 2 ,64 milliards d’€. A votre santé…

Exposition présentée du 19 au 27 septembre à la Médiathèque Voyelles de Charleville-Mézières (Ardennnes). 

Alcool, texte de Marguerite Duras, mise en scène d’Aurélie Hubeau, marionnettes: Elise Combet, Ionah Mélin   

En lien et résonance avec cette installation, un court spectacle avec une marionnette: on entend la voix de Marguerite Duras, alcoolique notoire: «Ne jamais être saoule. Retirée du monde, inatteignable, mais pas saoule. » Elle a commencé à boire à trente-cinq ans, aux fêtes et réunions politiques. D’abord nuit et jour, puis toutes les deux heures.« Je me voyais me défaire, c’était jouissif de dégringoler. »  Jusqu’à la cirrhose.  On retrouve cette descente alcoolique dans son roman Moderato cantabile (1958) où il y a une attirance sexuelle entre Chauvin et Anne, avec verres de vin au café du coin.

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Premier tableau avec un delirium tremens avec troubles et altérations des sens. Marguerite Duras raconte ici par la voix d’Anne See, ses nombreuses cures de désintoxication en hôpital. Sur le sol noir, une plante verte, chaise, un table et une lampe de chevet en miniature- et le sinistre bruit de portes en fer (remarquable création sonore de Maxime Lance, Vivien Trelcat).
Puis  une marionnette se tient en équilibre sur un fil, symbole d’une existence passée entre la boisson et l’écriture qui était aussi la vie de l’écrivaine consciente de sa dépendance qu’elle savait toxique pour sa vie mais tout aussi indispensable pour réussir à dominer ses angoisses…Ensuite, elle danse grâce à des fils horizontaux.
Un spectacle très bien réalisé avec un texte fulgurant et on l’espère, dissuasif: il  parle à chacun prenant un apéritif de de temps à autre, seul ou pas. Il qui dit les choses et  dérange, en mettant en avant l’alcoolisme d’une écrivaine. Le théâtre ne peut tout résoudre mais au moins offrir une piqûre de rappel efficace comme ici.

Sylvia Monroe

Spectacle vu le 20 septembre au festival de Charleville-Mézières (Ardennes).

 


Archive pour septembre, 2025

C’est mort (ou presque) texte de Charles Pennequin, composition originale et jeu de Joachim Latarjet, mise en scène de Sylvain Maurice

C’est mort (ou presque)  texte de Charles Pennequin, composition originale et jeu de Joachim Latarjet, mise en scène de Sylvain Maurice

Petite mode des années quatre-vingt-dix à propos d’un projet inabouti, dire: « C’est mort. »Là où il fallait dire, «raté», ou même «raté mieux», en hommage à Samuel Beckett (Cap au pire). Mais non, « mort » convient très bien pour un ratage construit, organisé, lu et approuvé, à partir de Pamphlet contre la mort de Charles Pennequin. Forcément, les textes que nous fait entendre Joachim Latarget, mêlés à ses musiques électroniques bricolées, sont étranges, profonds, drôles, sans points ni barres. Ce qui va de soi : mettre un point final ressemble terriblement à une sorte de mort, et la mort, le poète est contre.

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La seule chose que l’on reprocherait au spectacle, est d’être trop court et certains spectateurs ont osé demandé, à la fin : «Une autre, une autre !» En vain, l’homme-orchestre a construit autour de lui un petit bosquet de micros sur pied pour varier les sons, les émotions et la mémoire qui leur sont associées. Il a son petit pédalier pour appeler les lumières et leurs couleurs… Il y a quand même un régisseur, salué d’un large geste à la fin et qui a son ordinateur portable pour envoyer aux circuits électroniques, boucles et ritournelles (c’est son mot) qu’il compose. Parmi ces instruments fins, aiguisés et apparemment « froids », surgit la panse dorée d’un énorme tuba, et soudain la poésie prend un air rabelaisien. Une belle guitare bleu mauve adoucit leurs visages, un trombone s’allonge et sonne parfois de sa profondeur élastique… Il produit, quelquefois avec sa sourdine, des pleurs de bébé triste. Les machines, dociles, en récupèrent et en reproduisent les morceaux.

Et nous nous sommes captivés par l’homme qui fait  des pieds et des mains, sobrement au milieu de son petit laboratoire. Sans se perdre jamais dans le flux de sa musique ni dans le rythme qu’il lui donne en direct, il nous invite « à ce chef-d’œuvre qui n’est jamais sorti de ma tête ». Ou plutôt, pour le citer une phrase complètement : « J’ai pris le pli de composer mes textes dans ma chambre et d’imaginer des concerts inoubliables dans ma tête, car je peux créer ainsi une symphonie pour moi seul dans ma tête et je suis très ému d’être l’unique public de ce chef-d’œuvre qui n’est jamais sorti de ma tête ». (C’est l’auteur qui souligne).

Nous aurons vu sur la petite scène de la jolie et presque inaccessible salle Christian Bérard ( à l’estime: plus de trois escaliers et déconseillée aux personnes à mobilité réduite) à quel point la musique peut être un théâtre, traversée par une parole poétique agissante.  Cela raconte beaucoup de choses sur l’absence de frontière entre vous et moi, c’est-à-dire la vie, entre la musique produite par Joachim Latarget et celle que nous entendons, les oreilles remplies d’avance par toute une histoire de la musique. Mais celle-ci, assez simple, est capable de se faire une place et de se faire entendre. Et elle nous invite à la regarder, à suivre les gestes nécessaires de son protagoniste. On est bien, on rit parfois, on en demande tout simplement: « encore ! ». Et on court chez son libraire indépendant acheter Pamphlet contre la mort de Charles Pennequin.

Christine Friedel

Jusqu’au 4 octobre, Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet, 2-4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris (IX ème). T. : 01 53 05 19 19

La Guerre n’a pas un visage de femme d’après Svetlana Alexievitch, traduction de Galia Ackerman et Paul Lequesne, version scénique de Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos, mise en scène de Julie Deliquet

La Guerre n’a pas un visage de femme d’après Svetlana Alexievitch, traduction de Galia Ackerman et Paul Lequesne, version scénique de Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos, mise en scène de Julie Deliquet

Cela se passe dans un de ces nombreux « kommunalka »,ces appartements communautaires  apparus juste après la Révolution de 1917. Après 45, le gouvernement décide que les citoyens vont vivre ensemble et réquisitionne de grands appartements privés ou réaménage des appartements d’État… Les familles ont des chambres particulières où elles s’entassent mais doivent se partager cuisine, toilettes et salle de bains! Avec tous les conflits, que cette promiscuité peut engendrer. Dans ces logements sordides aux installations d’électricité et plomberie obsolètes, le linge de tous sèche sur des cordes juste sous le plafond de la cuisine…

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Zoé Pautet et Julie Deliquet ont conçu une impressionnante scénographie hyperréaliste avec une accumulation d’appareils ménagers, bassines, casseroles, assiettes et couverts, petits meubles de rangement,valises, vêtements entassés sur des rayonnage, lits une place et des centaines d’objets, livres,  valises bon marché, piano droit dans le fond, vielles chaises dépareillées en bois et tabourets en stratifié qui font toujours le bonheur des metteurs en scène quand ils veulent évoquer les années cinquante. Du linge sèche près du plafond sur des cordes. Murs peints il y a a très longtemps, lumière grisâtre et tristesse garanties…  Impressionnant de vérité!

Comme Svetlana Alexievitch dans son livre, une écrivaine (Blanche Ripoche) cahier et crayon à la main introduit puis conduira ce récit. D’abord sagement alignées et assises face public, Valentina, Olga, Antonina, Tamara, Alexandra, Lioudmilla, Klavdia, Nina et Zinaïda qui ne se sont jamais vues, vont apprendre à se connaître pendant ces deux heures quarante…
Venues
de Russie, Ukraine, Biélorussie, Russie, elles ont participé à la seconde guerre mondiale contre les nazis après le pacte germano-soviétique rompu en 41. Souvent, en première ligne du front, parfois très jeune (quinze ans!), ce million -au moins- de brancardières, infirmières, médecins, agents de renseignements, pilotes d’avion, tireuses d’élite, vivait dans les pires conditions d’hygiène, surtout quand elles avaient leurs règles. Comme les hommes, elles ont connu la guerre de près et la mort, mai n’ y ont pas toutes échappé.

Ces  neuf femmes d’âge et condition sociale différente racontent ici l’enfer au quotidien qu’elles ont subi, avec une solidarité exemplaire: relations parfois difficiles avec leurs camarades masculins, allongés sur des lits d’hôpital et des images insupportables : nombreuses amputations de soldats, corps déchiquetés par des mines, enfants confrontés à l’horreur comme ce petit garçon auprès du corps de sa mère qui a été tuée, purges de 37 dans l’armée, envoi au goulag pour les contestataires, haine de leur belle-famille, une fois la paix revenue qui les regardait comme des putes à soldats… Bref, rien ne leur sera épargné, même pas abensce d’une quelconque reconnaissance officielle ! Comme dit le titre: la guerre n’a pas un visage de femme… Ecrit par Svetlana Alexievitch en 85, soit quarante ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, ce premier livre d’elle rassemble les témoignages de ce million de femmes qui, à la cinquantaine, ont eu envie de dire ce qu’elles avaient vécu loin, bien loin des textes officiels.

Cette adaptation regroupe des monologues qui se croisent, rebondissent ou sont interrompus par une de ces femmes qui a subi une même expérience et qui l’approuve ou la consteste. Une voix individuelle et collective où il n’y a aucun vedettariat. Seul point commun, elles veulent toutes dire combien elles ont été marquées dans leur corps et leur esprit par ces années de guerre.
Un récit d’une grande richesse, tant leurs expériences sur le front ont été diverses. Et il y a une bande d’actrices toutes excellentes et crédibles: Julie André, Astrid Bayiha, Marina Keltchewsky, Odja Llorca, Marie Payen, Amandine Pudlo, Agnès Ramy, Blanche Ripoche, Hélène Viviès, et la grande Evelyne Didi, absolument exceptionnelle et souvent bouleversante. Et quand l’une d’elle parle, toutes les autres sont très attentives, ce qui n’est pas si fréquent dans une distribution…Et il y a des moments où l’émotion gagne le public de Saint-Denis souvent jeune qui doit pourtant avoir une connaissance très approximative de l’histoire de la seconde guerre mondiale vécue par leurs grand-parents alors enfants.Miracle du théâtre…
Julie Deliquet les dirige bien et il n’y a aucun temps mort.. Et les costumes: remarquables robes, chaussures, pantalons de
 Julie Scobeltzine sont d’une tristesse absolue, gris, jaunes pâle ou maronnasses comme on en voyait encore en Russie ou en Pologne il y a une vingtaine d’années, sont en parfaite harmonie avec l’absende de couluers vives de cette cuisine collective où elle sont, pour un temps, réunies.
L’esprit du texte de Svetlana Alexievitch est parfaitement respecté et les actrices semblent avoir vraiment connu une triste période de l’humanité, il y a maintenant plus de quatre-vingt ans: de toutes ces combattantes au courage exemplaire qui ont témoigné pour Svetlana Alexievitch, très peu doivent être encore en vie…
En filigrane, bien sûr, les bégaiements de l’Histoire et on pense à toutes ces femmes, jeunes ou moins en Ukraine comme à Gaza qui souffrent au quotidien, victimes d’opérations initiées par des hommes et qui, malgré toutes les horreurs de la guerre, continuent à lutter pour leur pays.
C’est un bon spectacle, souvent statique, au moins du début, et surtout trop long qui aurait mérité des coupes et parfois un peu d’air… Julie Deliquet aime faire dans la longueur mais une fois de plus, elle maîtrise mieux l’espace, que le temps et la dernière partie manque de rythme…Il y a sans doute un glissement vers  une sorte de dialogue mais cela ne fonctionne pas et tourne souvent au brouhaha, voire aux criailleries. Et c’est dommage… Pourtant, et heureusement, ces monologues croisés sans pause ni entracte, ont été suivis dans un silence complet et ont très applaudis par le public, surtout par les nombreux jeunes, ce samedi après-midi. Ce qui est rare au théâtre actuellement.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 17 octobre, Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Théâtre National de Nice, Centre dramatique national Nice-Côte d’Azur (Alpes-Maritimes) .Les 8 et 9 janvier. MC 2: Maison de la Culture de Grenoble ( Isère) Scène nationale. Les 14 et 15 janvier, Les Célestins- Théâtre de Lyon ( Rhône) du 21 au 31 janvier

Comédie de Saint-Étienne, Centre Dramatique National (Loire), les 4 et 5 février. Théâtre de Lorient-Centre Dramatique National (Morbihan), les 10 et 11 février, Comédie de Genève (Suisse) du 18 au 20 février. Scène nationale Chambéry-Savoie, les 25 et 26 février. Théâtre Dijon Bourgogne, Centre Dramatique National ( Côte-d’Or), du 3 au 7 mars.

Comédie de Caen, Centre Dramatique National de Normandie ( Calvados) les 11 et 12 mars. Le Grand R, Scène nationale, La Roche-sur-Yon (Vendée). Les 18 et 19 mars. L’Archipel, Scène nationale, Perpignan (Pyrénées Orientales). Le 27 mars. Théâtre de la Cité, Centre Dramatique National de Toulouse-Occitanie (Haute-Garonne) du 31 mars au 3 avril. Comédie de Reims-Centre Dramatique National, du 8 au 10 avril

La Ferme du Buisson, Scène nationale, Noisiel (Seine-et-Marne) le 14 avril. Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge ( Essonne)le 17 avril. Nouveau Théâtre de Besançon, Centre Dramatique National (Doubs) les 22 et 23 avril. La Rose des vents- Scène nationale, Lille Métropole, Villeneuve d’Ascq ( Nord) les 28 et 29 avril.

Équinoxe, Scène nationale, Châteauroux (Indre) le 5 mai.

La Guerre n’a pas un visage de femme est paru aux éditions J’ai lu.

 

Une agression raciste à Lyon

Une agression raciste à Lyon

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Vendredi soir,  ces artistes invités par la Biennale de la danse et la Villa Gillet à Lyon, le Centre Georges Georges Pompidou: Dorothée Munyaneza, chanteuse, actrice, danseuse et chorégraphe britannico-rwandaise, Ben LaMar Gay, compositeur, multi-instrumentiste, chanteur et poète de Chicago et Julian Knxx, photographe et vidéaste de Sierra Leone qui habite et travaille à Londres, ont été victimes d’une agression raciste après leur spectacle à 23 h, devant un bar dans le quartier de la Croix-Rousse. Ils ont été agressés verbalement et la jeune femme reçu des coups.  Elle a obtenu deux jours d’I.T.T. Heureusement, ils sont hors de danger. 

« Nous condamnons avec la plus grande fermeté, disent ces institutions, cette violence insupportable qui nous choque profondément et nous rappelle combien le racisme continue de traverser et blesser notre société. Nous défendons depuis toujours la diversité, le respect et le dialogue entre les cultures, avec toutes celles et ceux qui subissent encore la haine raciale. Plus que jamais, nous devons rester unis et vigilants, et rappeler que l’art est un espace d’ouverture et d’émancipation, jamais de repli ni d’exclusion.  »
Ces artistes ont porté plainte et, bien entendu, toute l’équipe du Théâtre du Blog leur apportent son soutien.

Jean Couturier

Robinson d’Erwan Creignou, d’après l’œuvre de Daniel Defoe, mise en scène d’Erwann Creignou et Martine Le Houezec

Robinson d’Erwan Creignou, d’après l’œuvre de Daniel Defoe, mise en scène d’Erwann Creignou et Martine Le Houezec

C’est une adaptation très libre du célèbre roman que l’écrivain anglais a écrit à la première personne et publié en 1719. Daniel Defoe s’était inspiré d’une histoire vraie, celle d’Alexander Selkirk qui avait été sauvé, après avoir vécu absolument seul pendant vingt-huit ans sur une île du Pacifique, près des côtes du Vénézuela.
Cette histoire a émerveillé et continue à émerveiller les enfants comme les adultes et a fait l’objet de nombreuses adaptations : romans -le plus connu étant Vendredi ou les Limbes du Pacifique de Michel Tournier- des spectacles dont un opéra de Jacques Offenbach, des B.D., documentaires, films dont celui de Luis Buñuel, Les Aventures de Robinson Crusoé et  des séries télévisées…
Cela commence une nuit de septembre 1659 par une terrible tempête. Et sur le bateau où il est tout jeune marin, Robinson sera le seul survivant de l’équipage. Naufragé sur une île déserte, une fois le choc passé, il récupère, du bateau échoué sur la plage, quelques outils et comprend qu’il va devoir lutter pour survivre. Dans la plus extrême solitude, il est obligé de trouver des solutions pour manger s’abriter du froid, de la pluie, de la chaleur. Il compte les jours et les mois en faisant des entailles sur un morceau de bois. Pour se nourrir, il chasse des chèvres et heureusement, l’île est riche en poissons, fruits et légumes sauvages mais comestibles…

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Et, comme il a réussi à sauvegarder du naufrage un sac de graines de blé, il va les semer et verra ainsi sa première récolte pour faire du pain et élèvera de chèvres dans un enclos pour avoir du lait. Et des chats qui élimineront les gros rats qui envahissent sa cabane et lui mordent les pieds la nuit. Il passera ainsi, du statut de cueilleur, à celui de récolteur-éleveur.
Mais un jour, il découvre une empreinte de pied sur une plage : il n’est donc plus seul et voit au loin un bateau avec des hommes qui s’enfuieront quand il leur tirera dessus avec son fusil. Un seul viendra vers lui: Vendredi, un Indien. «C’était un grand beau garçon, svelte et bien tourné, et à mon estime d’environ vingt-six ans.» Il aurait bien envie d’avoir comme esclave… mais Vendredi qui a aussi été marin et qui parle anglais, va mettre les choses au point avec Robinson.  Enfin, lui qui a le sentiment d’être abandonné, pourra enfin parler à quelqu’un. Finie la solitude mais bonjour l’apprentissage de la vie à deux… Mais Vendredi qui sait beaucoup de choses, lui enseignera nombre de techniques agricoles…

« J’ai emprunté à Daniel Defoe, à Michel Tournier, à Patrick Chamoiseau, à tous les naufragés et à leurs récits de survie, dit Erwan Creignou. J’ai emprunté à nos rêves d’enfants, à nos cabanes du bout du monde, dit Erwan Creignou, qui joue à la fois le Narrateur, Robinson et Vendredi.. Et Thierry Bosc, en voix off qui joue le père de Robinson, est toujours aussi excellent.
Et cela donne quoi ? Erwan Creignou qui a une impeccable diction, est un bon conteur et la partie récit du spectacle captive le public. Mais le texte et très inégal:  les dialogues entre Robinson et Vendredi ne nous ont pas convaincu et la dernière partie de ce solo est un brin longuette. Et, pour dire la nature exubérante de cette île perdue, il y a des grandes herbes en plastique qui pendouillent! Mieux vaut oublier. Donc, à vous de décider si cela vaut le coup d’y aller voir ( les places sont quand même à 32 €!)

Philippe du Vignal

Jusqu’au 2 novembre, Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris ( VI ème). T. : 01 45 44 57 34.

 

Festival d’automne : Affaires familiales, conception, écriture et mise en scène d’Emilie Rousset

Festival d’automne :

Affaires familiales, conception, écriture et mise en scène d’Emilie Rousset

Emilie Rousset avait créé avec la même exigence Reconstitution : Le Procès de Bobigny. (voir Le Théâtre du Blog). Histoires de famille: cela ne nous regarde pas, c’est une affaire privée, dira-t-on.  Et le bureau des Affaires familiales -Emilie Rousset nous l’apprend- est tout petit! Les couples en instance de divorce y sont entre eux, avec leurs seuls avocats, ou avocates le plus souvent : ces affaires sont bien moins prestigieuses que les délits financiers et moins encore, bien sûr, qu’au Pénal. Et puis chacun sait, ajouterons-nous, avec ironie. que, par nature, les femmes sont plus qualifiées en ce qui concerne le foyer et la famille…
Pas de solennité, donc, pour ces affaires familiales même si les catastrophes qui amènent ici les justiciables sont aussi parfois sur le chemin du pénal, toujours  avec de lourdes conséquences sociales, trop mal prises en compte par les politiques.

Emilie Rousset a travaillé son sujet en profondeur, avec des dizaines d’entretiens ; elle et son équipe ont rencontré aussi des juristes, avocats, justiciables, femmes et hommes politiques, responsables d’associations…. L’aide à l’enfance, par exemple, comme une grande part des tâches sociales-clés, est délaissée par la puissance publique et confiée en sous-traitance à des associations.
L’enquête dépasse largement les frontières et s’étend à d’autres pays : Espagne, Italie… ce qui, en soi, crée une théâtralité particulière, avec la diversité des langues et l’intervention d’ interprètes. S’y ajoute, et cela donne un relief particulier à l’écriture même de la pièce, la correspondance établie par moments entre le direct du plateau et les brèves séquences filmées. Parfois, cela recouvre parfaitement la scène jouée. Entre autres, dans les jeux de mains qui parlent mieux que les mots… En parallèle et semblables, mais avec d’autres interlocuteurs. Qui est le témoin et l’acteur ? Peu importe, tout est vrai et fait image. Le dispositif bi-frontal ne reproduit pas la scénographie d’un Palais de justice mais favorise une plus grande concentration du public sur le débat en jeu et souligne un élément essentiel : la nécessité de points de vue multiples.

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On en apprend beaucoup sur la bonne volonté des institutions et sur leurs échecs : ainsi, les mères, supposées favorisées quand il y a conflit pour obtenir la garde des enfants, sont en réalité souvent pénalisées par un souci d’égalité entre hommes et femmes. Voire soupçonnées d’avoir manipulé les enfants qui témoignent d’un inceste, ou inculpées de non représentation d’enfant: un délit commis souvent par crainte de le confier à un père maltraitant. Oui, il existe des mères maltraitantes et manipulatrices, mais en quelle proportion? En quoi cela jette-t-il le soupçon sur toutes celles qui se veulent protectrices de leurs enfants? Cette fois, les statistiques ont leur utilité et pointent une interprétation masculiniste du droit.

Outre la question de la garde alternée, le spectacle parle, via les témoignages et enquêtes,de la parentalité homosexuelle, des droits et non-droits des «parents d’intention», de la nuance entre mère porteuse  et mère gestatrice, des vertiges engendrés par les vides juridiques entourant ces situations… On en apprend beaucoup et c’est peut-être la limite de ce spectacle d’une grande rigueur-ce qui n’est jamais un défaut- mais il ne laisse passer aucune sortie de route émotionnelle, si bénigne soit-elle. Le «droit positif» (la loi écrite) traite de situations dramatiques, c’est vrai, et est censé les dénouer avec rationalité. Manque ici un peu de la beauté inutile du théâtre: une grande respiration intempestive. Mais nous sommes  devant un beau et passionnant théâtre-document-plus que documentaire, à voir et à recevoir avec la même énergie, que celle qui nous est ici donnée.

Christine Friedel

Jusqu’au 3 octobre, Théâtre de la Bastille,  76 rue de la Roquette, Paris (XI ème) T. : 01 43 57 42 14.

 

Vaslav, conception et interprétation d’Olivier Normand

Vaslav, conception et interprétation d’Olivier Normand

 

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En longue robe noire, bijouté, très bien maquillé et coiffé d’un béret de marin à l’indispensable pompon rouge porte-bonheur, Vaslav accueille chaque spectateur comme une ami qu’on n’aurait pas vu depuis quelque temps. Beau jeune homme (enfin pas si jeune que ça, dit-il, avec un panache certain), il a la grâce des danseurs, une voix sidérante de soprano, l’image même de la « jolie femme ». Merci de nous avoir invités.
Il officie généralement dans la troupe de Madame Arthur, le plus ancien (1946) et le plus vénérable cabaret de travestis en France une institution classée au patrimoine festif de Paris. Rita Ora, Bambi, Capucine, Coccinelle… Leur photo et leur nom ont brillé d’un éclat exceptionnel dans Paris-Match avec ceux des têtes couronnées et autres stars. Et aujourd’hui, Vaslav de Folleterre prend la suite à sa façon, avec ce prénom masculin. dans ce seul en scène…

Gracieux, drôle et pince-sans-rire, il joue simplement et avec précision de tous ses talents : comédien, danseur, chanteur, non sans laisser filtrer (à peine) le lettré qu’il est aussi. Il va chercher du côté de Jane Birkin, faisant glisser Baby alone presque jusqu’à une voix d’opéra. Une façon de suggérer avec amour à la chanteuse disparue: tu aurais pu aller plus loin, laisser parler ta puissance…
Puis du côté de Jean Genet et de l’homosexualité flamboyante et transgressive avec Le Condamné à mort musique d’Hélène Martin et Marc Ogeret : « un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour ». Il nous explique pourquoi « les chanteuses à texte sont traditionnellement vêtues de noir». Mais il ne reprend pas les chansons de Barbara, Edith Piaf au célèbre décolleté en cœur.
Féru de musiques anciennes, il s’accompagne de sa Shruti, boîte à musique indienne portative à soufflets et à anches : une sorte de guide-chant pour ceux qui ont connu cet outil à l’école. Basse continue, bourdon : l’instrument soutient avec modestie le souffle de l’artiste.

Perfectionniste et sincère, Vaslav donne ce qu’il veut et c’est beaucoup… Et il garde une étonnante réserve, à tous les sens du terme. Comme si le vernis parfait qui « finit » son travail de scène protégeait la personne et les futurs spectacles. Olivier Normand travaille, masqué, pour Vaslav, qui lui-même (ou elle-même) reste masqué, en nous offrant généreusement un spectacle raffiné. Où va donc se cacher la mélancolie?Applaudissons.

 Christine Friedel

 Jusqu’au 4 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 00.

Madame Arthur, Le Divan du Monde, 75 bis rue des Martyrs, Paris (XVIII ème). T. : 07 68 78 68 01.

 

Adieu Vassilis Doropoulos

Adieu Vassilis Doropoulos
Cet artiste internationalement reconnu a vécu en France et ses remarquables sculptures ornent les places de nombreuses villes grecques, avait quatre-vingt trois ans. Né en 1942 à Messopotamia, région de Kastoria, il a été élève -diplômé en 72- de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 66 (ateliers de peinture de Marcel Tondu et en sculpture de César, Étienne Martin et René Collamarini à qui, en 40, le directeur du théâtre Montparnasse, Gaston Baty, commanda trois cent marionnettes en bois! dont trente sept ont été acquises par la BnF.

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©x Monument de la réconciliation nationale Athènes

Principales expositions de Vassilis Doropoulos: l’une de peinture et sculpture à la bibliothèque municipale de Kastoria en 77, à la galerie Syllogi l’année suivante puis à la galerie Metopi en 96. Puis au musée Nicolas Poussin aux Andelys (Yvelines).E n 85, rétrospective de son œuvre à l’UNESCO à Paris et en 93, En mémoire de ma mère, exposition de sculptures et peintures sous l’égide de l’ambassade de Grèce, à la Maison hellénique de Paris en 2006.
Son œuvre a aussi été présentée dans des expositions collectives: Les Panhelléniques de 71 à 87, à Thessalonique, Capitale culturelle de l’Europe Sculpture grecque contemporaine E.E.T.E., en 97, et Olympia 95. Et il a participé à une exposition en plein air à Olympie antique 95. Et à Paris: au Grand Palais en 69,  à Formes Humaines, Biennale des sculptures contemporaines, à l’Orangerie du Luxembourg …

Vassilis Doropoulos a reçu de nombreux prix au Salon des artistes français, Grand Palais 1969, Prix du portrait Paul Louis Weiller de l’Académie des Beaux-arts en 74,, 8ème biennale des Formes Humaines  au musée Rodin,  Palme d’or des critiques d’art, Paris 1982….
lI est l’auteur  du Monument dédié à G. Lambrakis, Thessalonique (1985), du Monument à la Résistance nationale, Korydallos (1986), du Monument de la Réconciliation nationale en bronze, place Klathmonos à Athènes en 89.  
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis 
 

La peur est partout, où que tu sois…

 
 La peur est partout, où que tu sois…
 
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1-La planète nous prépare des chaleurs extrêmes et des inondations monstrueuses. Les maisons se fissurent à cause de la sécheresse! Des paquebots géants polluent comme un million de voitures.

2- Partout il y a des trafiquants et on peut se prendre une balle perdue.
3-La dette de la France est abyssale.
4-On ne trouve pas de remède contre les tiques, ni pour faire reculer la maladie d’Alzheimer. Et on ne sait pas éradiquer les punaises de lit.
5-La pauvreté augmente.
6-L’obésité gagne du terrain et les pesticides accélèrent les cancers de toute sorte.
7-L’intelligence artificielle risque de supprimer des millions d’emplois.
8-On enferme tellement de monde, que les prisons explosent.
9-Paris est envahie par les rats.
10-La France est menacée par la Russie. Les menaces nucléaires sont  de plus  en plus probables. Israël veut éradiquer toute trace de Palestinien.
11-Les commerces des centres-villes se vident, attaqués par les grandes enseignes.
12-Le prochain covid est attendu d’un jour à l’autre.13-Les médicaments commencent à manquer.
14-Les démocraties meurent à petit feu mais sûrement.
 
 Mais, comme dit le proverbe russe : « Quand ça va bien, on se plaint, quand ça va mal, on pleure, mais quand ça va très mal, on rit et on fait la fête… Parcourir les réseaux sociaux est édifiant : partout fêtes immenses,humoristes en quantité, festivals mastodontes,terrasses de café joyeuses…
Jacques Livchine co-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt ( Doubs).
 
 
 

La Disparition de Josef Mengele, d’après le roman d’Olivier Guez, adaptation et interprétation : Mikaël Chirinian, mise en scène de Benoit Giros

La Disparition de Josef Mengele, d’après le roman d’Olivier Guez, adaptation et interprétation : Mikaël Chirinian, mise en scène de Benoit Giros

Les solos ont envahi depuis longtemps le festival d’Avignon et les autres, comme les scènes parisiennes mais sont rarement de qualité. Celui-ci est exceptionnel. Bien adapté du roman par cet excellent acteur qu’est Mikael Chirinian, il raconte la deuxième partie de la vie de Josef Mengele, médecin nazi à Auschvitz, surnommé l’Ange de la mort. Il avait fait des expériences sur les prisonniers, torturé des enfants… Puis après la guerre, avait dû comme beaucoup d’autres dont le sinistre Adolf Eichmann, qui s’enfuira en Amérique latine  après avoir reçu l’aide du Vatican! pour obtenir une fausse identité!  Il vivra surtout en Argentine mais aussi au Brésil et au Paraguay. Poursuivis par les services secrets d’Israël, ils essayeront de sauver leur peau. Ce qu’arrivera très bien à faire Joseph Mengele au début de son exil, réussissant même à créer une entreprise. Juan Peron le dictateur  et sa femme étant peu regardants…

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En fond de scène, un mur où sont accrochés les portraits de dirigeants nazis et celui en neuf exemplaires, de Joseph Mengele et de sa femme qui, restée en Allemagne avec leur petit garçon, demandera le divorce. L’acteur assis sur une chaise blanche embarque le public dans l’histoire personnelle de ce médecin-bourreau, monstrueux qui vécut paisiblement avec sa femme et leur bébé à Auschwitz.  Persuadé d’avoir agi au mieux dans l’intérêt de son pays, il a pourtant envoyé des milliers de juifs à la mort. D’abord protégé par le gouvernement argentin, il ne rencontrera son fils qu’une seule fois. Joseph Mengele aura passé en cavale quarante ans, constamment inquiet, changeant plusieurs fois de pays pour essayer d’échapper à la justice. Vivant treize ans dans une exploitation agricole au Brésil comme ouvrier puis dans une autre, appartenant aux mêmes propriétaires hongrois qu’il a aidés à l’acheter. Mais, un jour, ils le vireront à cause du danger pour eux, s’il venait à être arrêté. Et Joseph Mengele émigrera au Paraguay…

Cet ex-médecin, pourtant déchu de tous ses nombreux titres universitaires, n’a aucun remords, aucun doute sur sa conduite soi-disant scientifique à Auschwitz : il tuait, mutilait ou infectait des hommes, des  femmes et leur bébé avec des virus pour voir ce qui allait suivre. Après quelques années d’errance dans l’Allemagne occupée, Joseph Mengele, arrêté par les troupes américaines, n’est pas identifié comme criminel de guerre et part pour l’Argentine en juillet 49 grâce à d’anciens S S. Il vit à Buenos Aires, sans aucun doute protégé par le régime de Juan Peron et mène la vie toute à fait normale d’homme d’affaires qui gère une entreprise avec un sentiment de totale impunité.
Il reviendra en Europe et rencontra son fils Rolf, auquel on avait dit qu’il était son «oncle Fritz », avant de passer une semaine dans la maison de sa belle-sœur Martha qui était veuve. À son retour en Argentine Joseph Mengele commença à vivre sous son vrai nom et fit venir Martha et son fils, Karl Heinz, un mois plus tard. Ils se marièrent en Uruguay en 58. Mais devenu suspect, il quitte l’Argentine et se réfugia au Brésil pour échapper au moins un certain temps aux agents du Mossad israélien. Mais Adolf Eichmann, lui aussi réfugié à Buenos Aires, sera capturé puis jugé à Tel Aviv et pendu. En 79, Joseph Mengele, lui, mourra noyé sur une plage. Il avait soixante-sept ans.

En fond sonore, des grincements de machines créent un climat anxiogène et ont penser aux outillages agricoles produits par la riche société familiale Mengele. La mise en scène est un peu minimaliste mais le spectacle a un très bon rythme; même si Mikaël Chirinian pendant la première partie, reste assis sur une chaise avant de s’asseoir à nouveau en fond de scène sur une autre chaise. Mais le texte bien construit et d’une fluidité remarquable et l’interprétation, sont d’une rigueur absolue.
Ce conteur au métier très sûr, qui a été longuement applaudi, met le doigt sans aucun pathos, là où cela fait mal ! Le texte pose la question: comment un jeune médecin a-t-il pu commettre pendant des années de telles horreurs sans jamais penser en être coupable ? Comment aussi, et au nom de quelle morale, Juan Peron et sa femme ont-ils trouvé juste de protéger plusieurs dizaines de hauts responsables nazis, coupables d’avoir envoyé à une mort atroce, des centaines de milliers de juifs ? Comment croire en ces temps inquiétants pour l’Europe, que de tels comportements n’auront pas lieu à nouveau et que l’Histoire -la petite et la grande- ne se mette à bégayer? Allez voir cette
Disparition de Joseph Mengele. Ce court spectacle vaut bien des cours d’histoire et les nombreux jeunes dans la salle qui n’aveint pas lu le roman étaient ravis d’entendre cette incroyable saga… Une occasion de réfléchir - Le théâtre peut aussi servir à cela  et ce n’est pas un luxe par les temps qui courent- à ce qu’Hanna Arendt, avait écrit  au moment du procès d’Eichmann qu’elle avait suivi sur  la « banalité du mal « , sur l’incapacité de ces hommes à penser et leur manque d’imagination pour se mettre à la place de leurs victimes.  

Philippe du Vignal

Théâtre de la Pépinière-Opéra, rue Louis-le Grand, Paris ( II ème). T. : 01 42 61 44 16.

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