La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation et mise en scène de Léna Bréban
Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée de Beaumarchais, adaptation et mise en scène de Léna Bréban
Nous n’avions pu assister à ce spectacle créé au dernier festival d’Avignon. Mais Jean Couturier en avait rendu compte ici même. Il était intéressant de voir un mois et demi après, ce que cela pouvait donner à Paris. Avec son complice Alexandre Zambeaux, Léna Bréban, avait bien réussi Comme il vous plaira de Shakespeare, et à la Comédie Française, un très bon Sans Famille d’après Hector Malot, puis un remarquable Music Hall Colette de Cloé Sénia et Alexandre Zambeaux, à la Maison de la Culture de Chalon-sur-Saône ( voir Le Théâtre du Blog).
Ici, la metteuse en scène a voulu jouer sur une certaine folie, comme le sous-titre le laisse entendre, pour mieux mettre en valeur la critique socio-politique de cette pièce iconique aux accents féministes avec de nombreux chassés-croisés, libertinages, intrigues compliquées où les femmes savent être aussi redoutables et qui est à la source de nombreuses comédies du XVIII ème et XIX ème siècles. Le Mariage de Figaro n’est pas souvent monté à cause d’une distribution importante et d’un rôle comme celui de Figaro, presque toujours en scène, et pas facile à jouer. Mais à chaque fois, quel plaisir de retrouver ce scénario qui préfigure ceux d’Eugène Labiche et de Georges Feydeau, et ces formidables répliques où Beaumarchais sait magnifiquement jouer avec le langage : “Prouver que j’ai raison, serait accorder que je puis avoir tort.”“En fait d’amour, vois-tu, trop n’est pas même assez.” “Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce que l’on ignore… voilà toute la politique.” “La femme la plus aventurée sent en elle une voix qui lui dit : “Sois belle si tu peux, sage si tu veux, mais sois considérée, il le faut”. »Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. » Et, bien entendu, le virulent monologue de Figaro dont les phrases sont devenues célèbres : “Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus.” (…) “Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.”“Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs.”un moment d’anthologie qui reste d’une actualité cinglante… Reste à maîtriser ce texte et à diriger les acteurs de cette pièce assez longue aux nombreux personnages. Nous nous souvenons encore de la mise en scène de Jean Vilar avec un Daniel Sorano tout à fait remarquable, et très bien de celle de Jean-Pierre Vincent avec André Marcon (Figaro) et Didier Sandre (le Comte Almaviva).
Ici, il s’agit d’une adaptation clairement revendiquée mais Léna Bréban a coupé sans scrupule dans le texte et ce Mariage de Figaro format poche est une pâle copie de l’original où les nombreux personnages secondaires donnent une belle couleur à la pièce et qui manque cruellement ici de drôlerie, même si Léna Bréban l’a tirée vers le burlesque. Tout se passe comme si Philippe Torreton avait l’occasion de pouvoir enfin jouer ce rôle-titre…Même s’il n’a vraiment plus l’âge du rôle et ce soir-là, ne semblait pas vraiment à l’aise. Marie Vialle (Suzanne), Grégoire Ostermann (le comte Almaviva, Annie Mercier (Marceline) et Jean-Jacques Moreau (le médecin Bartholo), Grétel Delattre ( la Comtesse), Antoine Prud’homme de la Boussinière (Chérubin) font le boulot mais l’ensemble manque singulièrement de rythme et a, même sous une apparence de modernité, quelque chose de poussiéreux… Mieux vaut oublier la scénographie endroit/envers du décor: un procédé vu partout. Les costumes d’Alice Touvet sont bien conçus mais sans unité dans un mélange de modernité et de faux XVIII ème siècle sans doute voulu par Léna Bréban mais peu convaincant. Bref, on aura connu la metteuse en scène mieux inspirée et, désolé, le compte n’y est pas et nous ne pouvons vraiment pas vous conseiller d’aller voir l’adaptation pâlichonne de cette immense pièce aux incomparables dialogues que reste Le Mariage de Figaro.
Philippe du Vignal
Du 6 septembre au 4 janvier, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30.
Du 15 au 18 octobre, Théâtre National de Nice (Alpes-Maritimes)
Le 9 janvier, Théâtre Paul Eluard, Bezons (Hauts-de-Seine); le 14 janvier, Théâtre de Poissy, Théâtre Roger Barat, Herblay-sur-Seine (Yvelines); le 15 janvier, Théâtre André Malraux, Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine); le 16 janvier, Espace culturel Capellia, La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique); le 22 janvier, Scènes & Cinés, Istres (Bouches-du-Rhône); le 25 janvier, Théâtre Claude Debussy, Cannes et le 31 janvier, La Chaudronnerie, La Ciotat (Alpes-Maritimes).

