Le Passé, textes de Léonid Andréïev, traduction d’André Markowicz, adaptation et mise en scène Julien Gosselin
Le Passé, textes de Léonid Andréïev, traduction d’André Markowicz, adaptation et mise en scène Julien Gosselin
On connait maintenant très bien en France le théâtre d’Anton Tchekhov, un peu moins les œuvres de Gorki, Tourgueniev, et très peu, celles de Léonid Andréïev (1871-1919), leur contemporain anti tsariste puis anti bolchévique qui dut s’exiler à la Révolution russe. Il meurt en Finlande après un suicide raté… Bien connu en Russie et en Allemagne, il est curieusement resté presque invisible des metteurs en scène français. Sauf Olivier Werner qui avait créé La Pensée en 2013 à Montreuil ( voir Le Théâtre du Blog). Julien Gosselin qui a été récemment nommé à la direction de l’Odéon, s’était fait connaître par une belle adaptation des Particules élémentaires de Joël Houellebecq puis a monté, entre autres, 2666 de Roberto Bolaño, Dekalog de Krzysztof Kieślowski…
Nous vous avions rendu compte de ce spectacle créé à l’Odéon il y a quatre ans (voir Le Théâtre du Blog). Julien Gosselin adore tricoter les textes entre eux. Ici, avec deux pièces de l’auteur russe: Ekatérina Ivanovna et Requiem mais aussi trois de ses nouvelles: L’Abîme, Après le brouillard et La Résurrection des morts, le tout pour construire un spectacle en entrelacement-pas toujours bien clair- de scènes en quatre heures et demi avec un seul entracte! Mais pourquoi ne passe-t-il pas lui-même à l’écriture?
Malgré les qualités (grande précision de la scénographie et quelques belles scènes), on retrouve les mêmes graves défauts que nous avions déjà relevés : une dramaturgie assez prétentieuse et peu convaincante, une vidéo, même employée en direct avec un beau savoir-faire, est permanente et envahissante. Quel que soit son rôle exact, c’est devenu un stéréotype. Et sous couleur de modernité, cette confusion entre théâtre et cinéma n’apporte rien de bon mais exige de gros moyens…
De la remarquable scénographie de Lisetta Buccellato, nous ne verrons en direct que l’extérieur, et via les caméras, les intérieurs de maison bourgeoise hyperréalistes où des cadreurs compétents vont tourner les scènes, la plupart en plan moyen, voire en en gros plan. Rien ne manque ici: beau parquet, lits, tableaux, guéridons, fenêtres avec voilages qui s’ouvrent, fauteuils confortables, chaises et tables en bois vernis fin XIX ème. Oui et après? Sous couleur de modernité, c’est quand même du vieux théâtre !
Et ce tricotage de textes nous a paru encore plus lourd, qu’à la création. Les acteurs ont un sérieux métier, mais on se demande bien pourquoi ils boulent souvent leur texte! Et les micros H.F. ici indispensables n’arrangent pas les choses ! On est donc obligé de lire le sur-titrage en anglais pour bien comprendre le dialogue! Bien entendu, le public a droit à de longues coulées de fumigène… autre stéréotype du spectacle contemporain venu du music-hall. Nous avons voulu rester jusqu’au bout mais ce Passé reste un trop long (plus de quatre heures et demi avec un seul entracte!) et pas intéressant spectacle.
Il y a quatre ans, la France n’était pas encore ce qu’elle est devenue, avec un dette abyssale, l’Ukraine n’était pas envahie par les troupes russes mais François Bayrou avait déjà pensé devenir un jour Premier Ministre. Certes, tout le monde a le droit de se tromper mais, vu le coût élevé, compte-tenu du nombre de techniciens et accessoiristes sur le plateau d’un tel spectacle, même si le décor est sans doute le même, attention, cette reprise fait politiquement désordre en ces temps de rigueur budgétaire… Et en semaine, les gens qui se lèvent tôt, peuvent-ils se coucher à une heure du matin, voire plus, s’ils habitent en banlieue a dit à la fin, une spectatrice ? Bien vu…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 4 octobre Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon, Paris (VI ème).

